5 pistes pour gérer le sentiment d’impuissance

5 pistes pour gérer le sentiment d'impuissance

Sacré sentiment d’impuissance face à une situation, qui a le don de générer une collection d’émotions pénibles: agacement, frustration, inquiétude ou découragement… dont on se passerait aussi volontiers que de devoir faire les courses le samedi.  Parce que l’impuissance à résoudre un problème, à trouver une solution, à obtenir ce que nous voulons est l’indicateur de quelque chose qui nous déplaît foncièrement: nous avons atteint nos limites.

5 pistes pour gérer le sentiment d'impuissance

 

Le sentiment d’impuissance au quotidien

Nous n’allons pas parler ici du sentiment d’impuissance face à des situations potentiellement traumatisantes comme la perte d’un emploi, ou de celui à tendance absolue ou existentielle annonciateur de burnout. Ceux-la nécessitent probablement un traitement plus psychologique que comportemental.

Nous allons plutôt nous intéresser à nos réactions émotionnelles face ces circonstances qui constellent nos quotidiens professionnels, mais aussi personnels, de sensations de blocage, d’être entravé pas l’impression de ne pas disposer des moyens nécessaires pour accomplir une tâche ou obtenir quelque chose d’important à nos yeux. Bref, ces situations qui nous laissent comme une fleur de printemps prise dans les glaces d’une neige tardive.

Ce sentiment d’impuissance nous renvoie à une incapacité morale, relationnelle ou opérationnelle de faire face à la situation, qui grignote goulûment l’estime de soi, et nous l’avons tous croisé un jour:

– Vous avez attendu une plombe sur la hotline de votre FAI et vous vous retrouvez face à un interlocuteur qui après 38 manips et vérifs ne trouve aucune explication rationnelle à vos problèmes de connexion Internet.
– Vous avez suivi à la lettre la notice du meuble suédois que vous avez acheté le week end dernier et rien à faire, la pièce KraftSven B12 est trop grande d’un centimètre.
– Suite au contrôle technique de votre voiture, la célèbre franchise Estauto vous présente le devis: 1100 € de pièces à changer. Vous avez le sentiment confus de vous faire empapaouter, mais bon les arbres à came, c’est pas vraiment votre truc.

sentiment impuissance.2

 

Sentiment d’impuissance et réactions épidermiques

Ça, c’est pour les  multiples petits incidents agaçants de la vie courante. Prenons à présent un exemple dans la vie professionnelle: Dupont-Durand devait vous remettre les prévisions comptables sur lesquelles reposent toutes vos propositions pour le second trimestre il y a trois jours, mais il est débordé, il a même pas commencé et la réunion, c’est demain à la première heure.

Evidemment, il peut être difficile de résister à l’envie de trépigner d’agacement et de laisser libre cours à notre colère. C’est d’ailleurs ce que nous faisons souvent dans ces cas-là, car elle a l’avantage, en s’abattant sur un contemporain qui cesse d’écouter à la première gueulante, de détourner l’attention d’éventuels quidams à l’affût de preuves de nos faiblesses. Voire peut-être de nous déresponsabiliser.

Car c’est sans doute cela qui génère toutes les émotions négatives décrites ci-dessus: le sentiment d’impuissance nous indique clairement que nous avons atteint notre seuil d’incompétence et qu’il nous faudra bien avoir recours à d’autres ressources pour trouver une réponse adéquate à la situation qui nous préoccupe.
Nous pouvons maugréer tout notre soûl et vouer le sort à des gémonies toutes piloriques: la situation nous échappe et les vociférations n’y changeront pas grand chose.

 

5 pistes pour gérer l’impuissance

1- Prendre du recul

Rappelons-nous que céder à l’expression d’une frustration pénible sur une tierce personne, si elle paraît à première vue pouvoir nous soulager, peut présenter des inconvénients majeurs:

Préférons donc prendre du recul et nous pencher sur les besoins insatisfaits qui déclenchent nos réactions négatives face à la situation: voir Remparts, coursives et échauguettes, les états de défense aux émotions. Les pistes développées ci-dessous sont des moyens de satisfaire certains de ces besoins.

En l’occurence, il peut s’agir d’un besoin de développer des compétences spécifiques (opérationnelles mais aussi relationnelles, comme s’affirmer), d’accepter que nous ne maîtrisons pas tout, ou encore de faire appel à une autre personne pour nous aider (auquel cas, le besoin peut très bien être de construire une estime de soi suffisante pour accepter ses propres limites):

Quelles sont les situations qui génèrent chez vous un profond sentiment d’impuissance?
De quoi avez-vous besoin pour vous sentir mieux?
De l’aide de qui?
De développer quelle compétence?
D’accepter quoi?

Et comme toujours, faites preuve de bienveillance envers vous-mêmes, d’abord parce que vous êtes une personne sympa, et ensuite parce que vous malmener mène à la dévalorisation, pas à l’amélioration;)

Cesser de se dévaloriser et construire un regard bienveillant

 

2- Lâcher prise

Certaines situations sont tellement hors de notre contrôle que le sentiment d’impuissance devient peut-être le reflet d’un désir de toute-puissance qui mène à bien des déceptions: nos propres attentes vis-à-vis de nous-mêmes sont alors complètement disproportionnées et méritent d’être revisitées pour nous lâcher un peu la grappe et nous éviter rumination et auto-dévalorisation.

 

3- Retrouver le fil et agir

Reprenons l’exemple de Dupont-Durand qui n’a pas fait son boulot. Il est possible que notre colère face à l’impossibilité de faire le nôtre sans avoir les informations nécessaires viennent aussi du fait que nous n’avons pas assuré le suivi du dossier en amont. Faute de communication, nous nous retrouvons dans l’impasse et au fond, c’est à nous-mêmes que nous en voulons. Remonter à l’origine du problème pour voir comment les mécanismes se sont jouer et mettre en oeuvre une autre stratégie la prochaine fois est un bon moyen de sortir du duo infernal culpabilisation/rumination.

remonter à la source du problème et trouver des solutions grâce au pourquoi

 

4- Trouver des solutions

Si le point 3 est indispensable, il ne résout pas notre problème du moment: Dupond-Durand ne nous ayant pas donné ses conclusions, comment allons-nous présenter des propositions dignes de ce nom demain matin? Si la situation est délicate, elle n’est probablement pas désespérée:

  • Vous avez développé votre débrouillardise et votre créativité, elles vont vous aider à rebondir et à trouver des solutions rapides avec Dupond-Durand.
  • Vous avez travaillé l’estime de vous et êtes capable d’une affirmation de vous sereine et décomplexée, qui vont vous permettre d’aller exposer la situation à votre N+1 sans tout mettre sur le dos de Dupond-Durand, et peut-être négocier un délai avec assertivité et aller faire un tour du côté du triangle de Karpman.

 

5- Accepter ses limites et demander de l’aide

Il nous est souvent difficile de nous résoudre à demander de l’aide dans des environnements professionnels souvent perçus comme hostiles et dans lesquels admettre ses limites peut être considéré comme un aveu de faiblesse. Autant par le biais des jugements hâtifs d’autrui que par nos propres tendances à la dévalorisation, d’ailleurs, en mode “je dois y arriver tout seul sinon je suis nul/je vais passer pour un abruti”. Pourtant, connaître et reconnaître ses limites relationnelles ou opérationnelles est plutôt un preuve de caractère, le reflet d’une estime de soi qui ne craint pas le regard de l’autre, ce qui constitue une grande force et nous évite bien du stress. Si le sentiment d’impuissance vous vient d’une situation qui dépasse vos compétences, autant apprendre:

Personnellement, je me suis débarrassée de bien des agacements face à mon incapacité à traiter certains problèmes d’ordinateur, mon principal outil de travail, depuis que j’ai admis ma limite de compétence et confié l’affaire à un informaticien, qui me les règle en moins de temps qu’il en faut pour le dire;)

devenir assertif au lieu de réagir en paillasson ou hérisson

 

 

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Aller plus loin

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8 Comments

  • Mohamed dit :

    Tout d’abord merci pour cet article
    Je ne sais pas pourquoi mais je me sens repose de l’avoir lu, c’est assez bizzarre lol

    Tu as raison d?intituler ton article avec le mot sentiment car après tout c?est de cela qu?il s?agit. Une perception de nous-mêmes, une impression qui souvent est déformée et nous laisse croire que ce que nous percevons (de mauvais) est toute la réalité de notre être.

     

    Merci encore

     

    Mohamed

     

  • Amitasolo dit :

    C’est vrai qu’on aime pas être pris en flagrant délit d’incompétence!
    J’ai du me battre contre mon assurance qui refusait de payer suite à un cambriolage, et je me suis senti vraiment con, à avoir l’impression d’être incapable de faire valoir mes droits. J’étais désemparé, j’avais la sensation désagréable de ne pas être capable de résoudre mes problèmes seul et de me faire entendre. Mais en fait, c’est vrai que j’avais besoin d’aide et avec un avocat, ça a été tout de suite mieux. Cependant, ça n’enlève rien au sentiment d’avoir été en dessous de tout.

  • Ce que vous dites sur le fait qu’on doive accepter ses limites est tout à fait intéressant et très vrai. Mais je me rends compte très souvent que quand je dis à quelqu’un “je ne sais pas”, je le déstabilise ou si, par maladresse, je fais comprendre un peu trop directement à quelqu’un qu’il ne sait pas faire quelque chose, cela provoque un genre de tsunami. Accepter de ne pas savoir réparer la voiture, accepter de ne pas savoir faire fonctionner un ordinateur même si on a le mode d’emploi, reconnaître ne rien comprendre à quelque chose, semble inacceptable dans ce monde où il faut être performant tout le temps.
    Oui, vraiment, très intéressant votre article. Je reviendrai certainement.
    Bonne soirée.

    • Sylvaine Pascual dit :

      Merci pour ce retour;)
      Effectivement, se libérer des injonctions de performance et de complétude version je-sais-tout-faire, c’est aussi cesser de voulir être superman et redevenir les humains que nous sommes…

  • Erminig dit :

    D’accord mais un sentiment d’impuissance peut être aussi la conséquence d’une véritable situation d’impuissance , et là on fait comment ? Par exemple des injonctions contradictoires d’une hiérarchie incompétente dont toutes les décisions au quotidien plantent votre equipe et l’empêchent de fonctionner ? Accepter d’être piègé et d’en prendre plein la figure quoi qu’on fasse ?
    Tout n’est pas que dans la tête (conception culpabilisante), la vraie vie est faite de rapports de force …

    • C’est exact, et il n’est jamais question d’accepter d’être piégé.
      L’article s’intéressait essentiellement à des situations moins délétères, dans lesquelles il existe une marge de mavoeuvre qui permet d’en dépasser le sentiment (c’est précisé au début). Typiquement, les injonctions paradoxales répétées sont de celles qui mènent au stress et au burnout.

      Su le sujet des injonctions paradoxales, de nombreuses publications proposent des solutions managériales: mis en plce d’outils etc. Ce qui n’aide en rien le quotidien du manager soumis à ces choix cornéliens qui lui reviendront à la figure quoiqu’il choisisse. Alors en attendant que des experts en management génèrent des théories miracles (ce à qoui on croit très très fort), l’une des solutions réside peut-être dans votre avant-dernière phrase. Quitte à en prendre plein la gueule quoi que vous fassiez, autant faire ce qui vous paraît le mieux pour votre équipe, le plus éthique, le plus efficace, bref, de faire un choix en fonction de ce qui vous paraît le plus essentiel, le plus pertinent. Et puisque votre entreprise vous manipule, manipulez-là en retour en ajoutant dedans une ou deux miettes de ce qu’elle vous demande, histoire de lui faire croire que vous avez marié le singe et l’âne de leurs demandes infaisables.
      C’est un résumé très bref d’une seule possibilité, il y en a d’autres. Par exemple, le psychiatre Eric Albert, psychiatre et spécialiste du management, propose d’en parler dans cet article “« Plus j’explicite, plus je décris la situation, plus je dis en quoi je me sens coincé dans telle injonction, plus je conduis mon interlocuteur à en sortir », constate Éric Albert. Plus facile à dire qu’à faire ? Oui, mais plus facile à dire — car il s’agit bien de cela, pouvoir dire — quand on parvient à formuler sans agressivité, sans faire perdre la face à son interlocuteur. « Soyez assertif dans votre façon d’exprimer les choses, sortez de l’implicite ». Ce qui nécessite une dose solide d’assurance et d’assertivité.
      Une autre solution consiste peut-être à changer de boulot?

      Lsujet mériterait d’être traité dans un billet complet, vous m’en avez donné, l’idée, merci, je vais m’y atteler;)

  • Abc dit :

    la societe est tellement competitive, on retrouve dans tous les domaines les injonctios de la vie professionnelle et cette obligation implicte d’etre toujours au top et à la pointe, du coup on se retrouve vite avec el sentiment d’etre une minable, à mon sens ça devient très grave lorque ça dépasse le domaine professionnel proprement dit avec tous ces slashers et yuccies…
    bref je suis vraiment concernee par cet article dans tous les aspects de ma vie, c’est une bonne chose d’avoir si clairement abordé le sujet, merci pour ces ressources 🙂

    • Bonjour!
      Il est à la fois important et difficile de ne pas se laisser influencer par les icônes de l’instant, les canons de la réussite en vogue qui sont aussi culpabilisantes que conformistes, car les injonctions à être parfaitement conforme aux images nous entraînent dans des paradoxes insurmontables. Gardons précieusement en tête ce que nous considérons comme étant notre propre réponse à nos propres questions:)

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