10 façons de passer un bel été

Sylvaine Pascual, publié dans : Bien-être et estime de soi / Vie professionnelle

 

 

 

Enfin l’été! Nous les avons tant attendus, ces jours qui rallongent, annonciateurs de bonheur estival, synonyme d’humeur égale, d’expériences séduisantes, de moments de convivialité décontractée, de calme blanc au boulot. Mais à sortir trop vite le soufflé du four, le voilà qui retombe! En vertu du principes que nos déceptions sont à la mesure de nos attentes passives, passons à l’action poir nous élaborer des été aux petits oignons!

 

 

passer bel été

 

 

 

 

L’été, le week end de l’année

 

Chaque année, c’est la même chose ! Juin arrive avec ses journées lumineuses à rallonges et ses promesses d’un bel été, vite rattrapées par la réalité : il va au final ressembler à l’été précédent, un été en demi-teinte, bien loin de nos souvenirs d’enfants.  Juin est un peu le vendredi de l’année, au même titre que juillet et août en sont les samedi et dimanche. Et nous les ratons de la même manière, avec au soir de notre été, les mêmes regrets qu’en fin de week end : le sentiment de ne pas être tellement reposés.

 

voila étéÇa me rappelle une chanson des inimitables Négresses vertes, à la fin des années 80, qui évoque les promesses de l’été:

 

 

Voilà l’été, j’aperçois le soleil
Les nuages filent et le ciel s’éclaircit
Et dans ma tête qui bourdonnent,
Les abeilles !
J’entends rugir les plaisirs de la vie

 

C’est le retour des amours qui nous chauffent
Les oreilles, il fait si chaud
Qu’il nous pousse des envies
Qu’il le bonheur rafraichie d’un cocktail
Les filles sont belles et les dieux sont ravis.

 

Bref, tout un programme. Qui a tôt fait de tourner vinaigre!

 

Toujours l’été c’est pas du superflu
Il fait trop chaud, l’soleil m’abasourdit
Rillettes sous les bras j’avance dans la rue
J’pense à ces cons qui s’font chier dans l’midi
Tous ces torche-culs qui vont cuire dans leurs jus
Tous ces noyés, la mer quelle saloperie
Et sur les routes le danger ça vous tue
Vivement l’automne, je me sens tout aigri.

 

Voilà donc qui résumerait 30 ans d’étés, ratés, sacrifiés sur l’autel de quoi donc, d’ailleurs? Parce qu’après tout, il ne tient qu’à nous qu’à faire de notre été une saison réjouissante et décontractée. Et la question ici est donc bien de passer un bel été, pas seulement de passer de belles vacances !

 

 

 

10 façons de passer un bel été

 

L’été, c’est le temps des récoltes, le temps des fruits, le temps des vacances : c’est une saison propice à:

 

  • Evaluer, faire des bilans, réfléchir 
  • Savourer, profiter
  • Se détendre, décélérer

Partant de ces trois aspects saisonniers, voici 10 pistes pour vous garantir à vous-mêmes un été reposant, jubilatoire et énergisant!

 

 

 

1- Ralentir

Rien de plus simple que d’associer été et doigts de pieds en éventail a bord de la piscine, à siroter mollement un cocktail avec un parasol dedans. Ou d’ailleurs, doigts de pieds en éventail après avoir enlevé ses chaussures de montagne et siroter un pastis bien mérité en regardant le soleil descendre derrière les cimes.  Mais ce sont là des lenteurs de villégiature que, potentiellement, on peut s’octroyer chaque année. Mais on peut aussi aller plus loin: l’été dans son intégralité se prête à un ralentissement plus généralisé, dont vous pouvez ainsi expérimenter les bénéfices, en termes de bien-être et d’efficacité, pour ensuite ralentir… toute l’année !

Profiter des vacances pour réapprendre à glandouiller, à revasser

 

 

2- Prendre du recul

L’idée est de s’éloigner de son arbre pour mieux le regarder, dans ses détails comme sa globalité. Car l’arbre du quotidien finit par cacher des forêts de dossiers à traiter, qui génèrent de l’agacement, de l’inquiétude, de la fatigue, bref, du stress. L’été se prête aussi à un ré-apprentissage salutaire : se détendre, décompresser et s’apaiser, réfléchir en toute quiétude et nous ressourcer abondamment, histoire d’être en mesure d’observer tous nos dossiers à traiter avec une distance émotionnelle bienfaisante et concocter des solutions à mettre en œuvre à la rentrée.

Quelques pistes pour prendre du recul pendant l'été

 

 

3- Réfléchir à son avenir professionnel en mode décontracté

Il ne s’agit évidemment pas d’emmener le top 10 des publications management de l’année pour les ingurgiter sur la plage. Vous avez déjà de fortes chances de passer un été en demi-teinte, n’en rajoutez pas avec des bonnes résolutions estivales.  Il s’agit de prendre le temps de réfléchir à cette transition de carrière ou à ces changements professionnels qui vous titillent depuis quelques mois, parce que justement, du temps, on a le sentiment d’en avoir plus l’été. La baisse d’activité au travail, les enfants envoyés chez leurs grands-parents, les journées plus longues, tout cela libère à la fois du temps et de l’espace mental, du temps de cerveau disponible que vous pouvez enfin vous autoriser à ne vendre qu’à celui qui en a le plus besoin : vous-même. La réflexion d’été, parce qu’elle est plus sereine et plus décontractée, est souvent plus porteuse.

Vous avez une vague envie de changer de boîte, de métier, de vous mettre à votre compte ? C’est un moment idéal pour sortir l’idée de son tiroir et l’explorer en toute tranquillité.

Vous estimez que votre job a besoin d’un bon décrassage pour retrouver du sens et du plaisir au travail générateurs de motivation et d’entrain? C’est le moment d’évaluer les points d’insatisfaction et de préparer les changements à mettre en oeuvre en automne:

reconversion, transition, quel que soit le projet professionnel, l'été est un bon moment pour y réfléchir

 

 

4- Eviter de rater ses vacances

Chaque année, c’est formidable, je vois autour de mois des gens qui vont passer des vacances épatantes dans des endroits de rêve, depuis les trois semaines aux Seychelles jusqu’au trek en Inde, en passant par le séjour tranquille dans la maison familiale. Et qui attendent impatiemment le départ, dans l’espoir de laisser derrière eux soucis professionnels et contraintes quotidiennes.

 

Et je vois des tas de gens qui rentrent un peu fourbus, au terme de vacances qu’ils espéraient formidables et qui se sont passées, en demi-teinte, au mieux fades, au pire plombées par les sollicitations des collègues, la difficulté à déconnecter, les contraintes réinventées, les choix en forme de stratégie d’échec. Pour réussir ses vacances et s’assurer de rentrer ragaillardi, requinqué et regonflé, rien de tel que de savoir comment être certain(e) de les foirer:

Déconnecter sans culpabiliser pendant les vacances

 

 

5- Renforcer ses compétences relationnelles

L’été c’est l’occasion de tous les dangers… relationnels. Les querelles d’amoureux parce qu’on supporte pas belle-maman et que franchement Chéri(e)-Chéri(e) lui passe tous ses caprices, les ados qui sont plus difficiles chaque année et ne semblent avoir maîtrisé qu’une seule chose dans la vie, l’art de faire la gueule, les copains avec qui on s’attendait à passer des vacances de rêve mais qui se révèlent ne pas du tout avoir le même mode de vie… les ratés relationnels en vacances, c’est le meilleur moyen de se gâcher tout l’été.

 

Alors c’est peut-être l’occasion de travailler l’affirmation de soi, sereine, respectueuse et décomplexée, histoire de désamorcer d’éventuels conflits et de favoriser l’intelligence collaborative au sein même se sa petite tribu:

 

  • Se mettre d’accord sur les règles de vie commune et les faire respecter
  • Exprimer ses envies et ses besoins
  • Accueillir les envies et les besoins des autres
  • Concilier les envies et les besoins de tous
  • Fixer des limites quand c’est nécessaire

C’est donc l’occasion de tester d’autres façons de communiquer, si peu exploitées et pourtant si efficaces, vous savez, celles sur lesquelles vous avez passe 25mn lors de votre dernier séminaire de formation “communication et management (ou leadership)”, que vous avez trouvées géniales mais que vous n’avez jamais testées (because de toute façon, rien ne marche avec Jean-Fabien, quelle tête de pioche ce môme). Bref, quand vous déciderez de vous y mettre et que vous parviendrez à gérer vos ados, vous serez aussi en mesure de manager vos collaborateurs, vos pairs et vos N+tout ce que vous voulez et même cet empaffé de Bichtouille, qui est forcément un manipulateur pervers.

Pratiquer chaque jour une communication bienveillante, respectueuse de soi et d'autrui

 

 

6- Vitamines mentales estivales : Réapprendre à s’émerveiller

Souvenez-vous de vos étés d’enfant… Cet émerveillement, autant dans l’attente des vacances tant espérés que dans le séjour lui-même, a sans doute laissé des traces en chacun de nous. Je me souviens de l’odeur de la confiture de mûre qu’on faisait chez ma grand-mère, après s’être soigneusement écorchés dans les ronces qui séparent les vignes, des figues qu’on mangeait chaudes dans l’arbre, des amandes qu’on cassait avec des cailloux… Je me souviens aussi  du parfum de l’aube, à la montagne, du bleu des crépuscules et du goût des côtelettes d’agneau que mon père faisait griller sur des barbecues toujours improvisés (à la catalane, quoi).

 

Il ne s’agit pas de vous encourager à la nostalgie du paradis perdu, mais plutôt de vous rappeler des émerveillement si facile de nos jeunes années pour remettre de l’enfance dans nos étés et réapprendre à nous émerveiller des petites et grands expériences que nous y faisons. De goûter l’été comme un fruit mûr et d’en savourer la générosité sur nos papilles émerveillées. Parce que c’est bon pour l’humeur et ça nous accumule des vitamines mentales dans la cafetière.

réapprendre à s'emmerveiller pour engranger de l'énergie

 

 

7- Vitamines mentales estivales : Changer ses habitudes

Les soirées sont longues, le temps est beau, l’été, c’est aussi l’occasion de changer ses habitudes et de redécouvrir, entre autres, combien il fait bon dehors. Travailler à l’extérieur,  redécouvrir le plaisir des pique-niques, d’une partie de foot improvisée sur l’esplanade derrière la maison, prendre un pot en terrasse après le boulot, aller se balader dans la forêt le soir en semaine, sortir la télé dans le jardin (s’il faut vraiment la regarder), il y a mille et une manières de profiter de l’été en changeant un brin nos habitudes et en profitant de chaque instant de temps clément: faisons preuve d’imagination!

D’autre part, c’est une saison idéale pour la contemplation autant que pour les instants de convivialité: c’est le moment de questionner les habitudes prises et de ré-apprendre, ne serait-ce qu’un peu, à déconnecter et à revenir dans les plaisirs de l’instant présent:

Prendre un instant pour admirer la poésie du monde

Et au boulot, bousculer ses habitudes, ça peut aussi être expérimenter de nouveaux rythmes, explorer les tiers-lieux de travail etc.

 

8- Eviter de se pourrir la rentrée

Sérieusement, s’il y a bien un truc qui m’épate chaque année, c’est la propension à se pourrir la rentrée si répandue, si systématique et pourtant si évitable. Septembre, c’est encore l’été et à l’instar de ces dimanches soirs sinistres que nous passons à repasser la chemise du lundi et à ressasser les lendemains moroses, nous mettons parfois un zèle consommé à en faire un enfer estampillé « stress de la rentrée ».

 

Nous commençons dès le retour de vacances par anticiper avec anxiété obligations, impératifs et contraintes incontournables qui s’égrènent tout au long de septembre, comme les fausses notes aigrelettes d’un violon désaccordé.  Bye bye les flonflons de juillet, nous voilà bien de retour à la triste réalité. Et pour en rajouter une louche, voilà qu’on prend des bonnes résolutions! Clairement, une fois qu’on s’est pourri septembre, toute l’énergie accumulée pendant l’été s’est envolé. Dire qu’il va falloir attendre l’année prochaine pour revenir faire la fête aux crustacés…

 

Ou pas ! Car hauts les cœurs, lecteurs fidèles, nul n’est condamné à des rentrées stressées et énergivores, quelques changements, y compris de percetion, suffisent. Comme peut-être admettre qu’Agathe, 13 ans, est capable de s’inscrire toute seule à son cours de dessin, vous libérant ainsi de faire la queue au forum des associations. ET comme pour les vacances, apprenons de nos erreurs:

10 trucs infaillibles pour rater sa rentrée

 

 

9- Se mettre en mode coaching d’été dès juin

Et maintenant que vous avez testé sur quelques dimensions de votre été, l’année prochaine vous anticiperez et vous mettrez au coaching d’été dès juin, pour concocter une saisons estivale délectable dans toute sa durée:

L'été: la saison des bilans et de la réflexion en mode décontracté

 

 

10-  Et si vous êtes entrepreneur, apprenez à profiter de la baisse d’activité estivale

Angoisse classique de l’indépendant et qui peut, potentiellement, lui gâcher une bonne partie de l’été, celle générée par la baisse d’activité. Pour que l’inquiétude ne vous rende pas amer et désabusé, au risque de transmettre votre morosité à un entourage qui ne vous sera pas du tout reconnaissant, Voici quelques moyens de gérer le ralentissement économique de l’été:

entrepreneurs gérer la baisse d'activité en été

 

 

Je vous souhaite un bel été!

 

 

Voir aussi:

 

Carrière: que faire pendant les vacances pour avancer professionnellement?

Tous en short! Les hommes, la chaleur et les codes vestimentaires

 

 

 

 

Aller plus loin

 

Vous voulez profiter de l’été pour entamer une réflexion sereine sur votre désir de transition professionnelle ou de changement au travail? Pensez au coaching. Pour tous renseignements,contactez Sylvaine Pascual au 01 39 54 77 32

 

 

Génération Y et reconversion professionnelle

Sylvaine Pascual – Publié dans : Reconversion professionnelle

 

 

A peine arrivée sur le marché du travail, la génération Y faisait déjà l’objet de schématisations, de stéréotypes et d’idées reçues. Et le fait qu’elle se mette plus jeune que les autres à changer de métier vient renforcer les préjugés! Entre similitudes et différences, un tour d’horizon des spécificités de la reconversion de la génération Y.

 

 

reconversion generation Y

 

 

 

 

La génération Y se met à changer de métier

 

Jusqu’à il y a peu, la reconversion professionnelle concernait essentiellement deux catégories de travailleurs :

 

  • Des ouvriers souvent ultra spécialisés dont les usines fermaient ou disparaissaient, donc souvent des reconversion subies.
  • Des salariés, souvent cadres, quarantenaires ou cinquantenaires, qui avaient suivi des voies royales, des itinéraires tout tracés, souvent avec succès, et se retrouvaient à avoir envie d’explorer d’autres aspirations professionnelles, à donner du sens à leur seconde partie de carrière, donc des reconversions volontaires.

Au milieu, et de façon plus anecdotique, on pouvait trouver toutes sortes d’autres cas, comme une situation médicale qui entrave ou interdit l’exercice de l’ancien métier ou, parfois, des plus jeunes qui s’étaient rendu compte que le monde du travail, dans la branche où ils avaient atterri, ne correspondait pas à leurs aspirations.

 

Ce dernier cas n’est peut-être pas en passe de devenir la norme, mais le nombre de moins de 35 ans en désir de reconversion augmente de façon étonnante, au point de devenir une véritable tendance. Ainsi la benjamine de mes clients a 27 ans, a fait de brillantes études commerciales, travaille depuis 3 ans et en a ras-le-pompon d’un milieu qu’elle trouve détestable.

 

Bien entendu, la tentation est grande  de chercher des responsables: l’école, les parents, la société etc.  Cependant, à moins d’avoir une vocation tenace, il n’est pas toujours simple à 17 ou 18 ans d’avoir une idée précise de ce que l’on veut vraiment faire et d’être en mesure de déterminer si, 5 ou 20 ans plus tard, on aura encore du plaisir à le faire. Il est du coup bien légitime pour les parents d’orienter leurs enfants vers des voies porteuses.

 

Ainsi Maxime, 29 ans, m’expliquait l’autre jour que sa famille l’avait poussé vers une prépa scientifique parce qu’ils était bon en sciences et ne savait pas quoi faire et que “les maths, ça mène à tout”. Il est aujourd’hui ingénieur, pas passionné par son travail, mais il n’aurait pas du tout imaginé à 18 ans ce qui pouvait l’inspirer. Est-il bien utile de blâmer ses parents? Il s’agit donc beaucoup plus de comprendre les spécificités des bifurcations professionnelles pour pouvoir les accompagner sans sombrer dans les clichés générationnels.

 

 

 

Une génération pas si différente…

 

On trouve malheureusement très peu de littérature analytique sur le sujet, la plupart des publications se limitant à resservir les poncifs habituels sur la génération Y, une génération for-mi-da-ble, qui n’aurait peur de rien et qui aurait un rapport au travail et des valeurs heureusement bien différentes de la précédente, cette vilaine génération X qu’on aimerait bien déjà à la retraite, tant la longue liste de ses défauts nuit à l’entreprise.

 

Pourtant, comme l’a montré une récente étude Deloitte, la génération Y est très semblable à la précédente, en particulier dans sa relation au travail. “la valeur accordée au travail est largement similaire d’une génération à l’autre. Les deux groupes se trouvent simplement à des étapes différentes de leur vie et de leur carrière respectives.” Ca alors, le désir de loyauté et d’engagement n’est pas mort et la génération Y partage les mêmes aspirations que son aînée.

 

 

 

Intolérance à la frustration et reconversion précoce

 

Alors si les aspirations et la valeur travail de la génération Y sont si proches de celles de la génération X, comment expliquer l’abaissement spectaculaire de l’âge du désir de reconversion? L’une des raisons se loge sans doute dans des différences générationnelles flagrantes, mais pas celles qu’on croit, : non, cette génération n’a pas inventé la quête de sens, le besoin de sens fait partie des besoins fondamentaux qui nous animent tous et la génération X ne se reconvertit pas pour la beauté du geste!

 

En revanche, élevée à l’immédiateté là où la génération précédente a été nourrie à l’effort, cette génération a les qualités de ses défauts. Beaucoup plus intolérante à la frustration que la précédente, elle songe à changer de métier dès que l’insatisfaction pointe son nez et s’évite ainsi une vie professionnelle en demi-teinte, dictée par des canons obsolètes de la gestion de carrière. Avec un peu de chance, elle sera donc moins sujette au burnout.

 

 

 

Des motivations identiques

 

Comme pour la génération précédente, les choix de voies professionnelles au travers des études ont souvent été le prolongement naturel des croyances et des valeurs familiales, de l’image que la société nous renvoie, bref, de toutes les idées reçues sur “un bon métier” et sur le déroulement d’une carrière. Par conséquent, comme pour la génération précédente, le désir de reconversion naît:

 

  • de l’envie de rompre avec des choix qu’ils n’ont pas toujours le sentiment d’avoir fait en toute autonomie.
  • du désir de mettre du sens et du plaisir autant dans leur métier que dans leur quotidien professionnel
  • De l’envie de mieux concilier vie personnelle et professionnelle et de pouvoir consacrer du temps à d’autres activités ou à leurs proches

la boussole de l'olympisme au service du plaisir au travail

 

 

 

A 25 ou 45 ans, la reconversion ne se vit pas de la même façon

 

Mais si cette jeune génération prend conscience de sa frustration et décide de passer à l’action beaucoup plus tôt,  elle ne le fait pas sans heurts. Elle se retrouve ainsi parfois en proie à divers degrés de culpabilité vis-à-vis :

 

  • De parents qui ont financé des études « pour rien », ce qui peut entraîner des freins du type “je dois me reconvertir dans quelque chose qui va exploiter mes compétences, même si je les déteste”.
  • Des images d’Epinal de la « réussite professionnelle » dont les médias et publications carrière et management, qui ne sont pas à une injonction paradoxale près, continuent à nous abreuver, entre deux écrits sur « la fin des carrières linéaires »
  • De la société qui leur renvoie combien « tu as de la chance d’avoir un job ».
  • Du sentiment de ne pas être « allé au bout » de quelque chose, de ne pas être à la hauteur d’un monde de l’entreprise qu’ils avaient imaginé autrement.

Il est donc au préalable indispensable de se réconcilier avec son propre désir d’un changement de métier, le plus souvent motivé par une quête de sens et de plaisir au travail et d’en accepter la légitimité. Ne serait-ce que pour faire le deuil de ses études qui n’ont pas débouché sur le rêve espéré et pour se libérer des carcans, réels ou imaginaires, des convictions et du regard des autres. Voir aussi:

Quand l'héritage familial génère des conflits de valeurs, il devient une entrave à la reconversion professionnelle

 

En même temps, cette génération de jeunes diplômés ayant des aspiration similaires aux autres, son parcours de vie s’inscrit dans la droite lignée des générations précédentes, avec les mêmes priorités : acheter un logement, avoir une famille. Ce qui signifie alors que le désir de reconversion arrive à une phase de vie qui nécessite une prise en compte spécifique. Là où les contraintes des quadra/quinquas sont plus de l’ordre du financement des études de leurs enfants, pour les 25/35 ans, le désir de reconversion vient s’inscrire dans une situation perçue comme moins facile:

 

  • Avant de mettre un bébé en route, d’acheter une maison, avec parfois le report problématique de ces projets
  • Avec des enfants en bas âge ou des remboursements d’emprunt parfois conséquents

L’itinéraire de reconversion est bien entendu profondément impacté par ces choix et la conciliation entre tous les besoins et désirs est indispensable (on ne renonce pas à un enfant maintenant de la même manière qu’on renonce à des vacances de ski).

 

D’autre part, parmi les idées reçues sur la génération Y, on nous explique souvent qu’ils attribuent moins d’importance à la réussite financière, mais n’en tirons pas trop de conclusions: s’ils gagnaient le même salaire qu’après 20 ans de carrière, ils réfléchiraient sans doute à deux fois sur la question. Disons plutôt qu’ils n’ont pas encore des revenus tellement élevés qu’il soit pour eux difficile d’y renoncer et qu’il est naturellement difficile de se projeter dans ce qu’on n’a pas vécu. Encore un point à prendre en compte dans l’accompagnement de leur changement de métier.

 

 

 

Des freins spécifiques à la reconversion de la génération Y

 

Les bifurcations professionnelles entreprises entre 25 et 35 ans ne sont ni plus ni moins faciles que celles de la génération précédente. Elles ont simplement leurs spécificités qui nécessitent une vigilance adaptée, car elles peuvent devenir des obstacles conséquents. Attention cependant, ce sont des caractéristiques potentielles, qui ne concernent pas la totalité des personnes de 25 à 35 ans qui veulent changer de métier:

 

  • La scolarité proche. L’école n’est pas loin et même s’ils ont apprécié leurs études, ils n’ont pas toujours envie de les reprendre. Ils n’ont pas toujours droit à grand chose en termes de financement et pas toujours des moyens élastiques pour choisir un auto-financement.
  • La culture de l’immédiateté qui génère de l’impatience peut favoriser l’apparition de projets dits “paravents”, c’est à dire qui réponde à leurs besoins les plus prioritaires, mais pas à tous, ce qui augmente considérablement le risque d’erreurs d’aiguillages. Cette impatience peut aussi les pousser à se lancer trop vite dans des projets pas tout à fait ficelés. Ce qui n’est pas un problème en soi dès lors qu’on accepte la prise de risque peut le devenir pour une génération qui a autant peur de l’échec que son aînée.
  • Une aptitude moindre à l’introspection : directement liée à la culture de l’immédiateté d’une part et à l’hyper connexion qui leur a laissé moins de temps à accorder à des voyages intérieurs qui sont le terreau de l’introspection. D’autre part, la génération X, tout simplement parce qu’elle a 25 ans de plus, a eu davantage d’occasions de se poser des questions. Cependant, cette aptitude moindre est souvent compensée par un désir très prononcé d’apprendre à se connaître
  • La confusion entre déclencheur du désir de reconversion et vraie motivation à se reconvertir: souvent, il leur suffit d’une première expérience professionnelle désagréable, comme par exemple un premier conflit avec un  supérieur, pour croire que la solution passe par un changement de métier.
  • L’illusion du “sans patron le bonheur” Ils sont plus en proie à l’illusion qu’être son propre patron c’est le pied car ils ont été nourris à la “fin du salariat” annoncée et à “si a 30 ans t’as pas créé ta start-up, t’as raté ta vie”. Ils sont plus facilement dupes de la réussite facile d’une part, et de l’idée qu’être indépendant c’est ne pas avoir de patron d’autre part.
  • La méconnaissance de soi C’est aussi une tranche d’âge qui se connaît moins bien et qui a moins d’expériences sur lesquelles appuyer une évaluation de ses besoins professionnels et de ce qui pourra réellement les satisfaire, ou pas, dans un autre métier.

 

 

Des reconversions comme les autres…

 

Nous l’avons vu plus haut, les motivations à un changement de métier sont les mêmes pour toutes les générations. Dans l’accompagnement aux reconversions des jeunes générations, on retrouve aussi beaucoup d’éléments communs à tous les itinéraires bis: les mêmes héritages familiaux, les mêmes croyances limitantes, les mêmes manques d’estime de soi ou de confiance en soi, la même méconnaissance de soi, les mêmes craintes de se tromper, le même besoin d’élargir le champ et d’explorer pour clarifier ses aspirations et vérifier ce qu’on imagine comme des sources de plaisir.

 

Les résultats de ces accompagnements sont les mêmes: les mêmes proportions de gens qui finissent par renoncer à la reconversion et par opter pour le job crafting, les mêmes proportions de gens qui vont vers une évolution relativement dans la lignée de leur métier d’origine, la même proportion de gens qui identifient des projets professionnels aux antipodes de leur métier d’origine. Voir aussi:

Devenir l'artisan de son propre plaisir au travail, bon pour l'efficacité et l'estime de soi

 

 

 

… à mener pas comme les autres, mais comme l’apprentissage de l’évolution professionnelle

 

Il convient donc d’être vigilant dans l’accompagnement des reconversions de la génération Y parce qu’elle peut avoir l’air tout feu tout flamme, peut sembler prête à tout, volontaire, très sûre de ce qu’elle croit, sans l’être plus que les autres générations. Mais au fond, c’est le cas avec n’importe quel candidat à la reconversion, indépendamment de son âge: la prise en compte de ses spécificités est (ou devrait être) une constante dans l’accompagnement au changement de métier.

 

Ce n’est pas là que se loge la vraie différence dans l’accompagnement à la reconversion de la génération Y, c’est dans l’objectif de cet accompagnement. Elle a avant tout besoin qu’on lui permette d ‘apprendre à réfléchir à une transition professionnelle, à la construire et à la mener car il y a fort à parier qu’elle en fera plusieurs. Et ce pour deux raisons:

 

  • L’évolution des besoins professionnels individuels. Les besoins professionnels sont étroitement liés à une phase de vie qui, une fois dépassée, cédera la place à une autre phase avec d’autres besoins et potentiellement, d’autres aspirations.
  • L’évolution rapide du marché du travail. Les mutations de plus en plus rapides du monde du travail vont exiger d’eux toujours plus de flexibilité et d’adaptabilté dans leurs évolutions professionnels, ils ont donc

 

Et c’est sans doute là la vraie différence avec la génération différente, cet apprentissage de l’évolution professionnelle comme une compétence à part entière, que le candidat à la reconversion pourra réactiver à chacun de ses questionnements sur une transition possible, donc à toutes les étapes de sa vie professionnelle. Il s’agit donc de lui fournir un accompagnement suffisamment pédagogique pour qu’il puisse s’en approprier les outils, les méthodes et moyens de réflexion, pour pouvoir

 

En conséquence, si la démarche bilan de compétences est déjà largement inappropriée pour les quadras et quinquas dans le cadre d’une reconversion, chez la génération Y, elle devient absurde. Outre le fait qu’à peine mises en oeuvre, elle a déjà peu de goût pour ses compétences, qu’elle n’a pas eu le temps d’en développer beaucoup d’autres et a un désir ancré d’aller vers ses appétences, elle a avant tout besoin d’apprendre à changer de trajectoire professionnelle, à analyser et évaluer ses propres besoins professionnels et ses sources de plaisir et les leviers de leur mise en oeuvre. Voilà qui ne peut évidemment pas se faire à coups de tests de personnalité😉

 

 

 

 

Voir aussi

 

Ithaque, premier influenceur français sur la reconversion professionnelle

Faire de sa passion un métier

Chronique d’une reconversion professionnelle annoncée

Mobilité professionnelle: confiance et pouvoir d’agir

Reconversion professionnelle: une affaire de tripes!

La lecture émotionnelle au service de la reconversion professionnelle

Reconversion professionnelle: vous avez demandé la Lune? Ne quittez pas…

Reconversion professionnelle: du projet rêvé à sa faisabilité

 

 

 

 

 

 

Aller plus loin

Vous avez un projet professionnel et voulez en vérifier la pertinence? Vous voulez identifier une voie de reconversion professionnelle? Pensez au coachingPour tous renseignements, contactez Sylvaine Pascual au 01 39 54 77 32

 

 

 

5 moyens infaillibles de tuer ses rêves

Sylvaine Pascual – Publié dans: Vie professionnelle

 

 

Evidemment, par rêves, je n’entends pas ces fantasmes de “meilleur job du monde”, de célébrité ou de richesses délirantes. J’entends ces aspirations qui nous font vibrer, ces projets qui ont du sens et réveillent en nous des envies profondes et qu’on remise parfois dans les arrières-boutiques de nos turbines à projets, à coups de pseudo rationalisations et de vraies croyances limitantes. En voici 5 qui vont immanquablement envoyer vos aspirations grossir les effectifs ces sinistres cimetières à rêves…

 

 

5 moyens de tuer ses reves

 

 

 

Faire vivre ses aspirations professionnelles

 

Combien de rêves finissent dans les cimetières parce que nous avons l’art de les condamner, de les auto-avorter à coups de croyances erronées, de les envoyer à la morgue des rêves assassinés? La majeurs partie de nos aspirations, qu’il s’agisse d’un désir de reconversion ou d’une idée de création d’entreprise, nos aspirations professionnelles, surtout si elles s’éloignent un peu des sentiers battus, finissent plus souvent au fond d’un tiroir qu’explorées dans toutes leurs dimensions, décortiquées et concrétisées.

 

rêves jamais réalisés

 

Bel Pesce est auteur de trois livres sur la concrétisation des aspirations et fondatrice d’une école dont le but est d’aider les étudiants à faire vivre leurs idées.  Pour nous encourager à faire vivre ces projets qui nous tiennent à cœur, dans cette conférence TED, elle a choisi de prendre le contre-pied des conseils de réussite et de nous détailler 5 moyens infaillibles de les tuer dans l’œuf.

 

 

 

 

 

5 moyens infaillibles de tuer ses aspirations

 

1- Croire que le succès est instantané

C’est bien connu, réussir à atteindre un objectif, en particulier s’il est ambitieux, tient plus du coup de bol qui produit un résultat instantané. Cette analyse, très ancrée, est pourtant souvent éloignée de la réalité et incomplète.

 

L’atteinte d’un objectif est toujours le résultat des actions mises en oeuvre, des efforts fournis pour y parvenir. Bel Pesce donne l’exemple de son admission au MIT. Elle a postulé et hop! Elle l’a eu! Beaucoup de gens ont interprété cet accomplissement comme un succès instantané alors qu’il a été le fruit de 17 ans d’implication dans ses études, pas le résultat miraculeux du remplissage d’un formulaire! De même, l’auteur d’un application qui connaît un grand succès en a sûrement développé 20 auparavant, il a probablement passé des années d’études à se perfectionner.

 

En d’autres termes, un objectif s’atteint avec du temps, de l’investissement, de l’engagement. Et si vous voulez être sûr de le foirer, continuez à croire que la réussite est une histoire de claquement de doigts, de succès éclair;)

 

succès éclair

 

 

2- Croire que les autres détiennent le secret de votre réussite

Les autres qui nous veulent du bien, notre entourage personel ou professionnel, nos proches, veulent nous aider et ne manquent pas de vous abreuver de leurs bons conseils car ils pensent tous avoir un idée précise de ce que vous devriez faire. Ils vous voient bien dans tel ou tel job, dans telle ou telle entreprise. Mais dès lors que vous regardez à l’intérieur de vous-même, d’autres possibilités émergent. Et ces décisions-là sont les vôtres, personne ne peut vous les dicter. Voir aussi:

 

 

3- Croire qu’on peut se reposer une fois atteint le sommet

Pour Bel Pesce, une fois atteint l’objectif que nous nous sommes fixés, il faut s’en fixer un autre plus élevé et ne jamais relâcher ses efforts, car selon elle, ce qui est bien n’est pas suffisant. C’est le seul point sur lequel je suis un peu en désaccord: autant je comprends l’idée de ne pas relâcher son effort, au risque de se voir dégringoler autant le mieux est parfois l’ennemi du bien et le culte du toujours plus ne produit pas toujours des gens heureux.

 

s'arrêter en court de route

 

A chacun d’établir sa propre définition de la réussite et, quand nous l’avons atteinte, il peut alors s’agir tout simplement non pas de conquérir d’autres sommets plus hauts et plus exigeants, mais d’entretenir le plaisir et la satisfaction. Avec des ambitions peut-être plus modestes, du moment que nous les trouvons nourrissantes. Et pour ceux qui veulent de frotter à de nouveaux défis toujours plus grands, ils en ont évidemment la possibilité. Voir aussi:

 

4- Croire que quelqu’un d’autre est responsable de nos échecs

“J’ai une idée géniale, mais personne ne veut investir dedans” ou bien “mon produit est épatant mais il ne se vend pas à cause de la crise” ou encore “mon équipe est incompétente, d’où le déficit de performance”. Voilà trois excuses qu’on peut aisément entendre face à un projet qui peine à décoller.

 

Dès lors que vous avez un projet qui vous tient à coeur, c’est à vous de tout mettre en oeuvre pour le réaliser. Oui, c’est potentiellement difficile de mettre sur pied une bonne équipe, oui, le marché n’est pas rose et les investisseurs difficiles à convaincre, mais la crise et les autres ont bon dos: si vous n’y arrivez pas, vous en êtes partiellement responsable et c’est en mesurant cette part de responsabilité que vous pouvez rebondi.

 

faute autrui

 

Il s’agit donc de prendre la responsabilité de ces objectifs qui nous tiennent à coeur et d’évaluer les stratégies que nous avons mises en place:

 

5- Croire que seul l’objectif compte

Selon Bel Pesce, le sentiment de plaisir et de satisfaction, d’accomplissement est plus directement lié au parcours qu’à l’objectif en lui-même. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle avec mes clients, nous intégrons l’objectif pour lequel il vient me voir dans un itinéraire plus large et incluons les objectifs qui suivrons l’atteinte du premier.

 

etapes plus importantes que objectifs

 

Nous avons tendance à croire que l’arrivée au sommet est un endroit magique où règne un bonheur durable, alors que ce n’est q’un sentiment temporaire dans un parcours de vie. Il est donc indispensable de savourer chaque étape de chaque objectif pour se nourrir de 1000 petits bonheurs plutôt que d’espérer que la félicité, une fois atteinte, soit égale et invariable. Ce qui, d’ailleurs, une fois le processus d’habituation achevé, la rendrait d’une fadeur et d’une monotonie bien éloignées du bonheur.

 

Chaque étape est différente. Certaines seront couronnées de succès,  savourez-les et profitez-en pour capitaliser sur l’accomplissement. D’autres vous verront trébucher et vous écorcher les genoux: faites-en des sources d’apprentissage et d’amélioration de vos stratégies. Voir:

 

Maintenant à vous de jouer et de donner corps à vos aspirations^^

 

 

 

Voir aussi:

 

Bonheur au travail : que faire quand on n’est pas salarié d’une entreprise libérée ?

Les talents naturels: passeport pour le plaisir au travail

Carrière: t’as le profil Coco?

Entreprendre: les 10 clés de la réussite

Seconde partie de carrière: exploration et orientation

10 aptitudes pour une vie professionnelle sereine et dynamique

 

 

 

 

 

 

 

Aller plus loin

 

Vous avez des aspirations professionnelles et voulez leur donner corps et vie? Pensez au coaching. Pour tous renseignements, contactez Sylvaine Pascual au 01 39 54 77 32

 

 

Reconversion professionnelle: gérer les épouvantails

Sylvaine Pascual – Publié dans: Reconversion professionnelle

 

 

Ils vous auront prévenu(e)! Votre désir de reconversion est une idiotie, une aberration, une cause perdue! Et pour vous en convaincre, ils jouent les épouvantails, ces lugubres corbeaux qui vous expliquent en détail comment votre projet est une vraie fausse bonne idée. Nous avons vu combien il est important de gérer les casse-pieds pour conserver une énergie précieuse pour votre projet. Voici 5 pistes pour éviter de subir ou de vous fâcher avec la moitié de votre entourage.

 

 

gérer les épouvantails citiques et annonciateurs de l'échec de votre projet

 

 

 

Les épouvantails, passeurs de doutes

 

Face à votre désir d’ailleurs professionnel, les épouvantails ont revêtu leurs habits de corbeaux en deuil et, oiseaux de mauvaises augure, ils vous abreuvent de leurs mises en gardes, vous brossent des tableaux sinistres de cet avenir professionnel, jadis si prometteur et que vous êtes en train de compromettre sans vous en rendre compte. Ils soumettent chacune de vos réflexions aux couperets de leur censure, ils vous décrivent les échecs effroyables qui vous attendent, ils vous admonestent, vous sermonnent, vous chapitrent, ils vous conjurent de retrouver la raison et de rentrer dans les chemins douillets des carrières linéaires. Aaaah les tristes sires qui ne comprennent ou ne partagent ni vos élans, ni vos moteurs!

 

L’enthousiasme et la motivation de celui ou celle qui cherche une voie de reconversion ou a trouvé un projet qui parle à sa panse sont souvent éprouvés par les réactions de l’entourage personnel ou professionnel. Les vérités universelles péremptoires, les jugements définitifs, les critiques ouvertes de ceux-qui-nous-veulent-du-bien fleurissent comme les pâquerettes au soleil, en définitivement moins agréable à côtoyer.

 

Rapidement, les réactions négatives peuvent générer des doutes et des questionnements sur le bien-fondé de la bifurcation que notre trajectoire professionnelle s’apprête à prendre. Nous aimerions tellement que l’entourage comprenne nos choix, les encourage, les soutienne, et fassent des suggestions positives et constructives… mais c’est souvent le sentiment de solitude qui l’emporte, aussi mieux vaut protéger ses arrières pour éviter la perte de confiance en soi et en son projet.

 

« Il est plus facile de critiquer que d’avoir raison » Disait Disraeli. Et ils ne vont pas se gêner, vos épouvantails personnels, car il n’y a rien de plus simple que de critiquer un projet, en particulier lorsqu’il ne correspond pas à l’idée, forcément étriquée que le critique se fait de la situation. Vision étriquée parce qu’une certitude l’est toujours, elle est le reflet d’une représentation de la réalité, pas de LA réalité.

 

 

reconversion oiseaux de mauvais augure

 

 

Les épouvantails ne sont pas une suprise

 

Le plus souvent, les réactions pénibles face aux projets de ré-orientation professionnelle ne sont pas tout à fait une surprise. Vous le saviez bien que l’Oncle Alfred, avec ses idées tranchées sur les carrières linéaires et la définition d’un « bon » métier, ne réagirait pas très bien à notre envie d’ouvrir une boutique en ligne de couverts en bambou !

 

Et Maman qui croit qu’Internet c’est pour envoyer des mails et réserver des billets d’avion, vous imaginiez bien que votre envie de quitter votre poste d’ingénieur en aéronautique pour devenir community manager n’allait pas la faire sauter de joie !

 

De même, votre meilleur pote qui a gravi les échelons de sa boîte à la sueur de son front et est devenu directeur commercial, alors qu’il rêve secrètement de tenir une librairie depuis l’âge de 16 ans, il n’est pas surprenant qu’il tente de vous dissuader d’aller vers un métier qui parle à vos tripes alors qu’il ne se l’autorise pas pour lui-même, à coups de rationalisations raisonnées-raisonnables.

 

 

 

Épouvantails épouvantés

Supporter les mises en garde sans fin des épouvantails du changement de métier, c’est assez accablant et pour s’en détacher, commençons par comprendre ce qui les motive. L’empathie a de bon qu’à défaut de nous rendre l’autre acceptable, elle le rend compréhensible. Le négativisme forcené de ceux qui se fichent bien de savoir si votre projet vous tient à cœur et comment vous compter le faire vivre, quelle que soit la manière dont il s’exprime, à un dénominateur commun: la peur.

 

Une peur qui, bien entendu et en dépit de ses discours altruistes, ne parle pas de vous, mais le renvoie directement à lui-même:

 

  • Peur d’avoir tort: il craint que ses propres certitudes sur la vie professionnelle, la relation au travail ne soient pas des vérités universelles: votre projet vient bousculer les fondations de leur propre trajectoire et ça fait mal.
  • Peur des incertitudes et des risques inhérents à un changement de trajectoire professionnelle, donc de ne pas être en mesure de s’y mettre soi-même, ce qui génère de la rancœur vis-à-vis de ceux qui le font.
  • Peur de l’inconnu, de ce qu’on ne sait pas faire soi-même et qu’on projette sur l’autre en prédisant les échecs possibles. Les critiques hâtives du changement de métier en sont rarement des spécialistes et c’est davantage leur incompétence qui parle.
  • Peur que l’autre accède à un plaisir au travail auquel il ne fait qu’aspirer sans agir. Les Victimes (au sens triangle de Karpman du terme, d’où la majuscule) aiment gémir, de préférence à plusieurs elles n’aiment pas que d’autres s’en sortent.

Toutes ces craintes vont pousser les commentateurs pas très sportifs à tenter de vous dissuader de vous lancer dans une entreprise qu’ils estampilleront hasardeuse, ridicule, absurde etc.

 

Le plus souvent, ces craintes sont peu conscientes et il n’y a pas de désir vraiment volontaire de saper votre projet : les critiques se parlent à eux-mêmes de leurs propres peurs et si d’aventure vous étiez d’accord avec eux, ça les rassurerait sur la légitimité des craintes en question.Ce qui n’empêche pas que le degré de pénibilité de leurs observations.

 

 

 

Gérer les épouvantails, 3 erreurs courantes

 

Par crainte donc, Ils se transforment donc en oiseaux de proie qui tournent autour de votre projet et vont se jeter sur la moindre faille pour démontrer la véracité de leurs propos. Et parce que c’est usant, à un moment où nous aurions grand besoin de discussions constructives, nos réactions peuvent être un poil épidermique et se finir en erreurs relationnelles qui aident somme toute assez peu:

 

  • Se mettre sur la défensive :  votre interlocuteur sait alors qu’il a atteint sa cible et il ne va pas se gêner pour vous balancer une bordée d’autres flèches.
  • Se justifier : le défaut majeur de la justification, c’est qu’elle sous-entend directement que peut-être, effectivement, vous avez tort. Qui s’excuse s’accuse, comme dirait l’autre, et fait le jeu de l’épouvantail.
  • Argumenter : leur réaction étant d’ordre émotionnel, la logique ne risque pas de les faire changer d’avis et votre décision peut être profondément rationnelle à vos yeux, vous ne risquez pas de les convaincre.

Voici donc quelques alternatives pour préserver la relation et favoriser un retour à des interactions acceptables:

 

 

1- Choisir à qui on parle

Il n’est pas forcément une bonne idée d’aller raconter vos désirs de bifurcations professionnelles à votre pote Bichtouille qui est convaincu que la seule voie est celle qui fait grimper un à un les échelons. Dans votre entourage, certains seront hermétiques à vos envies de reconversion, d’autres plus à l’écoute, même s’ils ne sont pas forcément à l’aise avec votre cheminement. Choisir soigneusement ce qu’on va dire à qui, c’est souvent s’épargner bien des déconvenues. Voir:

Tout le monde ne peut pas tout entendre et tout recevoir. POur éviter les déceptions relationnelles: bien choisir à qui on dit quoi

 

2- Questionner ce qui motive les commentaires négatifs

Malgré tout le soin que vous avez mis à choisir à qui parler, il reste quelques épouvantails. Le moins énergivore est sans doute de questionner ce qui motive leurs commentaires négatifs. Il peut y avoir trois résultats:

 

  1. Identifier les craintes : cette technique est particulièrement intéressante avec des proches qui peuvent être directement impactés par votre projet (en d’autres termes la ou les personnes avec qui vous partagez votre vie: votre conjoint, vos enfants. Vos parents et amis ne sont pas directement impactés, même si les premiers aiment à vous dire le contraire), car vous êtes alors au fait de leurs craintes et pouvez trouver des solutions ensemble.
  2. En tirer des enseignements : peut-être que leurs critiques ont été formulées de manière excessivement négatives tout en contenant, au fond, des éléments intéressants à prendre en compte, fruits d’une réelle analyse des écueils à éviter. Ceux-là vous feront avancer.
  3. Déboucher sur une discussion: qui peut vous permettre d’expliquer le quoi/pourquoi/comment de votre changement de métier et ainsi de vous faire mieux comprendre, de faire davantage accepter vos choix.

 

3- Accueillir la critique

Une autre option consiste à accueillir la critique comme on le ferait dans n’importe quelle autre situation: avec élégance. Ne cherchez pas à convaincre à tout prix, à contredire, à rétablir ou faire valoir votre vérité: reformulez le jugement passé et remerciez votre interlocuteur de vous avoir fait part de ses réserves. Vous pouvez même couper court à la conversation en disant que vous allez y réfléchir. Pour vous aider:

 

4- L’édredon

La technique de l’édredon est une façon moelleuse et en douceur de recevoir la critique sans en accuser émotionnellement réception.  C’est un mélange d’accueil des faits et d’absence de réaction face au jugement qui amortit le choc pour vous d’une part et désarme l’interlocuteur d’autre part. Il ne trouve alors pas ce qu’il chercher, la confrontation et le jeu de pouvoir, mais a le sentiment d’avoir été entendu. Il y a des fortes chances pour qu’il lâche l’affaire. Particulièrement efficace vis à vis des attaques un peu brutales. Voir:

La technique de l'edredon pour amortir les critiques et les prendre avec calme et dignité

 

4- La lecture émotionnelle

Les réactions émotionnelles de vos oiseaux de mauvaise augure sont porteuses d’enseignements sur leurs besoins. Les déchiffrer permet de répondre à ces besoins et de les détendre:

 

  • Les agacés: ceux qui ont la moutarde qui leur monte au nez à l’idée de votre projet ont besoin de concret, de résultats tangibles, ils se fichent bien du comment et du pourquoi de votre itinéraire. Donnez-leur des faits, des conclusions, bref, du solide, du grain à moudre.
  • Les inquiets: ceux que votre projet angoissent ont besoin de points de repère pour se rassurer. Vos formidables motivations à contribuer à quelque chose qui vous tient à cœur ne les intéresse pas: ils veulent un itinéraire précis, des étapes claires. Parlez-leur de votre projet en lorsque vous êtes suffisamment avancé(e) pour pouvoir expliquer comment vous allez vous y prendre.
  • Les attristés: ceux que vos projets fatiguent et décourage ont besoin d’en comprendre le sens. Le concret et les étapes de votre projet leur importent peu: ils sont intéressés par vos motivations, l’utilité de votre projet, la façon dont vous allez contribuer à quelque chose. Avec eux, vous pouvez analyser, parler tentants et aboutissants, bénéfices, valeurs et cohérence du projet.
  • Voir: La lecture émotionnelle au service des relations

 

5- L’affirmation de soi

Face aux épouvantails de haut vol, les trop récurrents, trop péremptoires, trop agaçants ou fatigants, il vous reste la possibilité de vous positionner plus fermement – mais toujours de manière non agressive – en ayant recours à la demande assertive, ou à l’établissement d’une limite, au cas où l’importun dépasse les bornes d’une façon franchement intolérable. Attention tout de même, la limite est à réserver aux cas extrêmes.

 

 

Voir aussi

 

Ithaque, premier influenceur français sur le reconversion professionnelle

Reconversion: entourage et sentiment de solitude

La reconversion professionnelle, une affaire de tripes!

Reconversion professionnelle: 6 points indispensables à traiter

Reconversion professionnelle et croyances limitantes

Quand l’héritage familial entrave la reconversion professionnelle

Une reconversion professionnelle zen et dynamique à la fois!

 

 

 

 

 

 

Aller plus loin

 

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Carrière: t’as le profil, coco?

Sylvaine Pascual – Publié dans : Vie professionnelle

 

 

Donnez un coup de pied dans les publications emploi et il tombe du « profil » en veux-tu en voilà. Des armées mexicaines de profils normés, prêts à l’emploi avec une jolie étiquette d’employabilité ou de réussite assurée.  Et si vous ne rentrez pas dans ces cases prêtes à cocher, gare à vous, bande de casse-cou imprudents et irréfléchis! Ou comment les profils types sont des freins crétins à la transition de carrière.

 

 

 

Ne pas chercher si on a le profil, chercher comment réussir avec ses propres qualités

 

 

 

T’as pas le profil Coco

 

Ils sont légions, les amateurs de cases rassurantes qui veulent vous  faire ingurgiter des définitions normées sans se préoccuper des éventuelles indigestions générées. Car la vérité universelle sécurise le frileux qui craint de penser par lui-même, au cas où ses escapades en dehors des sentiers battus lui valent rejet, échec et toutes les épouvantables mésaventures réservées aux intrépides.

 

Il en va ainsi pour les « profils ». Il faut avoir le profil, l’habit qui fait le moine, la gueule de l’emploi, faute de quoi nous voilà condamnés à errer dans les limbes de l’inemployabilité ou de l’échec annoncé. Réussir sa vie professionnelle, c’est simple comme un test de personnalité !

 

Car ces profils s’articulent autour de qualités pré-mâchées et se targuent d’apporter une réponse claire à une question omniprésente dans les inquiétudes des candidats à une évolution professionnelle: t’as le profil ou tu l’as pas, coco. Ainsi dans le mode du travail: soyons tous des fourmis clonées et uniformisées :

 

  • Le « profil » du parfait petit entrepreneur, multicasquette, commercial dans l’âme, financier et comptable, à la fois audacieux et prudent, ambitieux, créatif, autonome, blablabla.
  • Le « profil » du parfait candidat à un emploi, qui candidate exactement où il faut en dépit des petites annonces obscures, qui a un discours bien huilé, les qualités qui vont bien, l’assurance de James Bond et la soumission heureuse, beaucoup de résilience et peu d’exigences etc.
  • Le « profil » du parfait salarié : collaboratif, « disponible » (lisez : corvéable à merci), dynamique, engagé, motivé, plein d’initiative mais sans jamais sortir du cadre autorisé, il est aussi forcément « ambassadeur de l’entreprise », assiste à tous les pots obligatoires, se réjouit de l’incentive annuel et fait du sport avec ses collègues.
  • Le « profil » du parfait télétravailleur traçable et manageable, qui sait « se motiver et se discipliner tout seul » (alors qu’on sait très bien qu’en réalité, le télétravailleur a surtout besoin d’apprendre à arrêter de bosser)
  • Le « profil » du parfait leader à la mode début de XXIème siècle, « manager-coach » qui pratique l’écoute et fait émerger les idées, qui « donne du sens », mobilisateur d’énergies, ascenseur à compétences des collaborateurs, charismatique, empathique, sympathique etc.
  • Le « profil » du parfait manager, du parfait commercial, du plombier-zingueur,
  • Et voilà que maintenant il y a un « profil » pour travailler en temps partagé.

 

Transition de carriere: ne pas se préoccuper des "profils"

 

Tu l’as pas, le profil? Honte à toi, miséreux, qui ose espérer une bifurcation professionnelle ou une modification de tes conditions de travail, surtout reste bien sagement dans ton pré, vilain troll, ces options-là ne sont pas faites pour toi. Et hop ! Voilà l’outplacement ou le bilan de compétence qui t’ont ramené sur le droit chemin, ouf, nous voilà sauvés !

 

Ça a un petit air anecdotique et caricatural, ces profils dont on est censés savoir qu’ils sont schématiques et « juste une piste de réflexion », mais en réalité, ils génèrent plus de freins que d’examen des options, des possibles et de délibérations constructives sur la faisabilité d’un projet de transition de carrière.

 

 

 

 

Porteur de projet, montre-toi de face !

 

A question stupide réponse erronée, à question fermée réponse douteuse. T’as pas le profil, Coco ? Pourtant :

 

  • La plupart des compétences peuvent s’acquérir, se renforcer ou être déléguées.
  • Nos qualités, ressources internes et talents personnels peuvent être mis au service de nombreux projets.

 

les freins des "profils"

 

 

Alors n’en jetez plus, des profils, j’ai l’impression de vivre dans un tableau du Picasso ou dans une fresque égyptienne. Candidat à un changement de métier, à une création d’entreprise,  arrête donc de chercher ton profil, de te montrer de profil. Montre-toi de face, regarde-moi dans les yeux,  que je te vois dans ton intégralité, dans ta singularité et que je puisse te poser une question plus génératrice d’idées claires :

 

Quels sont tes qualités, tes ressources, tes talents,

et comment peux-tu les mettre au service de ton projet ?

 

Car il n’y a pas de profil d’entrepreneur, il y en a un par créateur d’entreprise

Il n’y a pas de profil du candidat idéal, il y a une façon de candidater qui est la vôtre et est efficace pour vous

Il n’y a pas de profil du parfait salarié : il y a une combinaison de mécanismes personnels unique à mettre au service d’un employeur

Etc.

 

Bref, cher candidat à des détours professionnels par des ailleurs potentiellement plus générateurs d’envie et de plaisir, ne te demande plus si tu es fait pour quelque chose qui te tient à cœur, il n’y a pas de réponse. Demande-toi  comment tu peux faire vivre ce projet et comment tu peux l’adapter à toi-même pour qu’il corresponde à tes aspirations et à tes valeurs, car il y a aussi 1001 façons de vivre sa vie professionnelle. Et de deux choses l’une :

 

  • Il y a un tas de réponses, de correspondances, de moyens de transférer vos mécanismes de réussite, de mettre vos talents au service de ce projet, de les exploiter pour pallier à ce qui vous fait défaut, pour trouver des stratégies et alors peut-être que ce projet est une bonne idée.
  • Il y a peu de réponses, les possibilités de transférer vos talents naturels et vos ressources internes sont limités, peu générateurs de solutions et de stratégies et le tout vous donne un sentiment aigre-doux et une motivation en demi-teinte et il est alors fort probable que ce projet ne soit pas pour vous. Vous pourrez alors vous accorder le plaisir d’y renoncer 😉

 

 

En finir avec les stéréotypes

 

Dans le même ordre d’idée, la réussite d’un choix de carrière ne passe pas par un itinéraire tout tracé, il y a 1001 manières de vivre et d’exercer un métier, en dépit de tous les clichés sur le sujet.

 

Ainsi, pour un créateur d’entreprise, « La rage de vaincre doit toujours m’emporter sur le doute » peut-on lire*. Ah bon. Je sais gérer les doutes, mais en revanche, je n’ai jamais connu « la rage de vaincre », je n’ai pas l’esprit de compétition très développé, je me fiche de convaincre à tout prix, de vendre à tout prix. Je préfère exposer mes idées et m’achète qui veut. Mince, mon entreprise est donc en phase de mort annoncée et je ne le savais pas !

 

J’ai lu aussi quelque part des conseils aux recruteurs qui tenaient à peu près ce propos « si vous voulez embaucher un comptable rigoureux, ne vous attendez pas à ce qu’il soit en plus créatif et plein d’initiative ». Aie, les préjugés ont la peau tellement dure qu’on se croirait dans une série télé américaine ou chaque personnage est un archétype et non pas une âme individuée (ce serait vite trop compliqué à suivre). Le monde du travail n’est pas un concentré de stéréotypes, c’est un agglomérat de bipèdes singuliers, à la personnalité unique, à la façon d’être performant atypique quasiment par nature.

 

Comme le dit Patrick Viveret, « être heureux est un acte de résistance ». Au boulot encore plus qu’ailleurs ! Alors, allez à la rencontre de ce vous-même extra-ordinaire, mettez-le à votre service, mettez-le  en valeur, œuvrez pour les projets qui vous font vibrer  et nous vous laissez jamais cataloguer : vous valez bien mieux qu’un algorithme ou un préjugé.

 

 

 

 

*Inutile de citer des sources : le but n’est pas de fustiger un auteur ou une publication, simplement de proposer une autre façon de penser.

 

 

 

Voir aussi:

 

Redécouvrir nos talents

Les talents naturels, passeport pour le plaisir au travail

Accepter ce que l’on est… et s’appuyer dessus!

Connaissance de soi: le questionnaire de Proust

Plaisir au travail: 3 solutions pour les cadres qui ont le blues

Reconversion professionnelle: du projet rêvé à sa faisabilité

Reconversion professionnelle et leadership de soi

Entreprendre: les 10 clés de la réussite

8 atouts des candidats ayant mené une reconversion professionnelle

 

 

 

 

Aller plus loin

Vous voulez construire l’état d’esprit et les plans d’action qui vous permettront de mener à bien votre projet professionnel? Pensez au coaching. Pour tous renseignements, contactez Sylvaine Pascual au 01 39 54 77 32

 

 

Reconversion professionnelle: du projet rêvé à sa faisabilité

Sylvaine Pascual – Publié dans: Reconversion professionnelle

 

 

La reconversion professionnelle commencerait-elle à sortir de la démarche poussiéreuse dans laquelle elle est enfermée, au risque d’aborder ses aspects essentiels, jusqu’ici soigneusement évités, faute de solutions pré-mâchées? C’est  le cas dans cet article de Monster, pour lequel je suis ravie, du coup, d’avoir été interviewée;)

 

 

deux dimensions essentielles du changement de métier: idenitifer une voie de reconversion et en vérifier la pertinence et la faisabilité

 

 

 

La reconversion par l’autre bout de la lorgnette

 

Le plus souvent, lorsque je suis interviewée sur la reconversion professionnelle, la part belle est faite aux questions classiques, au déroulé poussiéreux des démarches inquiètes: on parle formation, financement, risques, compétences.  On lâche de temps en temps, du bout des lèvres, le terme “valeurs”, mais au fond, on se préoccupe assez peu de l’immense quête de sens et de plaisir qui motive le désir de changement de métier, des fois qu’il pousse à des chemins de traverses en apparence ni raisonnés ni raisonnables, donc pas rassurant du tout. Du coup, il est assez rare qu’on aborde en profondeur deux aspects essentiels de la reconversion:

 

  • Comment on identifie un projet réellement motivant (autre que les navrantes catégorisations “vous êtes extraverti? Faites du commercial”)
  • Comment on vérifie la pertinence et la faisabilité du projet en question (non, ce n’est pas qu’une question d’immersion)

 

Alors je tire mon chapeau à Sophie Girardeau qui a regardé par l’autre bout de la lorgnette et c’est intéressée à au binôme: reconversion qui parle aux tripes / faisabilité du projet. Car c’est bien là le cœur de la genèse d’une bifurcation professionnelle garante d’un plaisir au travail durable et de l’aube de beaux lendemains professionnels.

 

Si l’on a vite fait de glisser sous le tapis la question de l’identification d’une voie de reconversion ou de la vérification de la pertinence d’une piste, c’est parce que c’est assez complexe et ça demande autre chose que deux/trois outils de coaching ou tests pré-mâchés. Du coup, de nombreux consultants continuent à éviter de parler de cette phase cruciale et à s’appuyer sur le bilan de compétences ou les tests de personnalité, au détriment du champ des possibles et de la motivation. Ils se facilitent la vie en en faisant correspondre des métiers et des profils types, pour donner des projets qui seront, au mieux, menés à bien dans l’effort, au pire facteurs d’échecs et de désillusions. Voir:

 

Satisfaction professionnelle et désir de vie simple

 

 

L’article de Sophie Girardeau résume comment, à partir du sens et du goût des choses, on fait émerger des pistes qui font vibrer, pour en évaluer ensuite la pertinence et la faisabilité non pas en fonction d’un quelconque réalisme, qui serait plutôt le reflet des préjugés d’un “expert”, mais des aptitudes du porteur de projet à le réaliser, des stratégies qu’il va inventer pour le faire vivre. Ou pas, ce qui inclue donc l’autorisation d’un renoncement en connaissance de cause. Voir:

En d’autres termes, il montre comment l’accompagnement à la reconversion peut laisser l’auto-censure et les idées reçues à ceux qui préfèrent les itinéraires normés, balisés, éclairés (y compris les coachs/consultants qui manquent de confiance en les talents de leurs clients et leur capacité à inventer des solutions) et inversement : conjuguer la tête dans le ciel et les pieds sur le plancher des vaches, histoire d’élaborer des vies professionnelles jubilatoires autant que faisables, qui s’appuient sur un plan d’action soigneusement réfléchi et élaboré en fonction du porteur de projet. L’article est à lire sur le Blog pour l’emploi de Monster:

 

 

Voir aussi

 

Ithaque, principal influenceur français sur la reconversion professionnelle

Reconversion professionnelle: vous avez demandé la Lune… ne quittez pas…

Reconversion professionnelle et leadership de soi

Faire de sa passion un métier

10 moyens infaillibles de rater sa reconversion professionnelle

Une reconversion professionnelle zen et dynamique à la fois!

 

 

 

Aller plus loin

Vous avez un désir de reconversion et voulez l’explorer? Vous voulez construire l’état d’esprit et les plans d’action qui vous permettront de mener à bien votre projet de changer de métier? Pensez au coaching. Pour tous renseignements, contactez Sylvaine Pascual au 01 39 54 77 32

 

 

 

De l’importance de la distinction entre stress et émotions

Sylvaine Pascual – Publié dans: Comprendre les émotions

 

 

Comme elle est pratique, cette étiquette “stress”, vaste sac dans lequel on fourre en vrac les réactions émotionnelles sur lesquelles nous peinons à mettre des mots… Pratique, certes, mais peu utile à la gestion et à la compréhension des émotions en question. Pas de mot pas de maux, en quelque sorte? C’est bien l’inverse: à ignorer jusqu’au nom de nos émotions, nous ne risquons pas d’éteindre l’incendie dont elles sonnent l’alarme.

 

 

 

Cesser d'appeler nos émotions "stress" et mettre des mots dessus

 

 

 

Ne pas passer à côté des émotions, nos alliées

 

De la même manière que tout conflit se retrouve vite estampillé “harcèlement” ou que le moindre comportement persécuteur ou désagréable confère au simple abruti ordinaire qui en est l’auteur le statut de manipulateur pervers, nos réactions se trouvent vite résumées par un terme devenu générique à émotions: le stress.

 

Angoisse, insatisfaction, anxiété, exaspération, tristesse, inquiétude, agacement, frustration, dégoût, etc. Ces expériences émotionnelles négatives entraînent des réactions physiques et mentales pénibles qui nous laissent ultra tendus n’ont plus qu’un seul nom sans nuance et sans précision.

 

  • Je suis stressé(e) j’ai une présentation à finir pour demain.
  • Les retards de trains, ça me stresse!
  • Dupont-Durand me stresse avec ses airs de coq de basse-cour, depuis qu’il est devenu chef de service.
  • Quel stress, ces réunions où je me planque dans mon petit coin pour ne pas avoir à intervenir.

Stress, de quoi es-tu donc le nom? Quelle importance, me dit-on souvent? Qu’est-ce que ça peut bien faire d’utiliser un mot ou un autre? C’est notre équilibre et notre bien-être qui sont en jeu. Ce n’est pas simplement un jeu de lettrés linguistes perfectionnistes, si la langue française a de multiples nuances pour exprimer les émotions!  Il y a bien une raison: à mettre un mot générique sur toutes nos émotions, nous finissons par être complètement déconnectés de ce qui se passe à l’intérieur de nous, de nos réactions face aux événements et incapables d’exprimer ce que nous ressentons. Nous savons juste qu’ils déclenchent un mal-être lourdingue et parfois invalidant.

 

Nous passons ainsi à côté de nos plus fidèles alliées, ces émotions qui, pour peu qu’on les écoute, nous fournissent toutes les indications dont nous avons besoin pour vivre une vie plus sereine et… moins stressée, justement.

 

Car le stress est la conséquence d’un trop plein d’émotions, pas les émotions en elles-mêmes. Celles-ci sont les messagers de notre cerveau qui, lui, sait très bien ce dont nous avons besoin pour nous sentir bien. Ou du moins mieux, en l’occurrence.

 

 

 

 

Stress/émotions : une confusion contre-productive

 

A confondre les deux, nous nous éloignons totalement de ces messages. Allez, j’affectionne les comparaisons saugrenues, aussi permettez-moi de vous en servir une toute chaude tout juste sortie du four: c’est une peu comme si la médecine se contentait d’un “mal au ventre” pour tout ce qui se passe entre le diaphragme et les jambes. Plus aucune disctinction entre un ulcère, une hépatite, un colon irritable, une appendicite etc. Pas besoin d’observer les symptômes, de localiser la douleur, de chercher le vrai problème etc., le diagnostic est ultra simple: vous avez “mal au ventre”.

 

J’arrête là la métaphore médicale, vous avez compris où je veux en venir: le spécifique a ses vertus, il permet le traitement d’une situation précise. Pour ce qui concerne les émotions, mettre des mots dessus, c’est un premier pas vers leur compréhension et le traitement des déclencheurs.

 

Mais voilà, le problème avec les émotions, c’est qu’à un moment dans l’histoire, des savants éclairés ont décidé qu’il fallait leur préférer la raison, plus élégante et plus louable. Ils ont décidé qu’en tant que fonctions naturelles de l’organisme, elles étaient méprisables et qu’il était plus noble de s’acharner à les “contrôler”, c’est à dire à les exprimer le moins possibles, à les ressentir le moins possible, avec un succès somme toute très modéré. Ces tentatives de contrôle sont à peu près aussi productives à long terme que de mettre un cache sur le voyant du tableau de bord qui s’allume, au lieu d’emmener la voiture au garage.

 

Car n’en déplaise aux amateurs d’intelligence émotionnelle, les émotions ne se maîtrisent pas, ne se contrôlent pas: elle sont une réponse automatique du système reptilien-limbique à une situation perçue comme problématique. A abuser du mot “stress”, on se retrouve avec le citron en confiture d’oignon: on finit en stress par défaut de mots, la matière grise en marmelade douce-amère d’émotions non traitées.

 

 

L'intelligence émotionnelle ne tient pas toujours ses promesses

 

 

 

 

Retrouver le nom et le goût de nos émotions

 

C’est comme ça que l’autre jour, une cliente m’explique qu’elle est “stressée” pendant les réunions. Elle a eu beaucoup de mal à mettre des mots dessus, à sortir des “je suis mal, quoi” et autres “tu vois ce que je veux dire”.  Il se trouve qu’en fait, son excès d’assurance la rend un poil autoritaire et lui vaut la méfiance de ses collègues. Cette méfiance, elle la ressent et se retrouve inquiète et frustrée à l’idée d’être mal jugée. Etre “stressé(e)” en réunion pourrait signifier vingt-cinq autres problématiques, depuis la crainte de la prise de parole jusqu’à l’agacement du manque d’écoute, et chacune nécessiterait une solution différente.

 

C’est l’exploration de l’émotion qui permet de déterminer le besoin à combler. Ce qui démontre l’importance d’éviter d’utiliser “stress” à toutes les sauces et d’être précis dans l’observation de son expérience émotionnelle. Une fois cette expérience décrite avec précision, il devient possible alors:

 

Bref, de pratiquer un peu de lecture émotionnelle. Ce qui a l’énorme avantage de générer des plans d’action qui vont traiter les déclencheurs de l’émotion, réduisant ainsi sa récurrence et son intensité. Voilà qui est quand même plus productif que de s’acharner à tenter de respirer, de se relaxer, de sophrologiser, alors qu’on sait bien qu’on n’éteint pas les incendies en soufflant dessus! Et de perdre ainsi une énergie précieuse en pansements sous lesquels, ô ironie toute Shakespearienne, la plaie continue de s’infecter.

 

Inversement, l’accueil et l’écoute des messages de l’émotion permettent de prendre des mesures concrètes pour vivre et bosser moins stressés:

 

  • D’entendre derrière l’agacement les demandes que l’on a à faire, les opinions à affirmer, les résultats à obtenir.
  • De voir derrière la peur les itinéraires à tracer, les informations à aller chercher, les solutions à anticiper, les pièges à éviter.
  • De saisir derrière la tristesse et le découragement les directions à prendre, les analyses à mener, ce à quoi contribuer.

Nous voilà en capacité de redécouvrir et d’accueillir le goût suave des émotions qui veillent sur nous, au lieu de nous rêver éternellement décontractés et paisibles, fantasmes éthérés de nous-mêmes, ou bien  impassibles et marmoréens, en psychopathes décérébrés.

 

 

 

Identifier les émotions derrière le stress

 

Lorsque l’expression “je suis stressé(e)” vous vient à l’esprit ou à la bouche, observez-vous:
Cette émotion qui vous submerge, c’est quoi, exactement?
Quels sont les sentiments qui lui sont associés?
Que se passe-t-il dans votre tête? Dans votre corps?
A quelle grande catégorie d’émotion se rattache-t-elle: tristesse, peur, colère?

 

Vous voilà prêt(e) à passer à la lecture de l’émotion:

 

 

La distinction entre grognon et ronchon, ça a du bon, remettons des mots sur nos émotions! Alors à vos dictionnaire, revisiter le vocabulaire, c’est déjà élargir le champ de nos ressentis, de nos alertes, de nos fièvres, de désordres et de nos troubles;)

 

 

 

Voir aussi
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Rôle des émotions: tristesse et manque affectif

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Confiance en soi: la raison et les tripes
Emotions: comprendre la colère

 

Ce billet est une mise à jour d’un article publié le 10 mars 2010.

 

 

 

 

 

Aller plus loin

Vous voulez renouer avec le plaisir au travail et construire l’état d’esprit qui vous permettra de mener à bien vos projets professionnels? Pensez au coaching. Pour tous renseignements, contactez Sylvaine Pascual au 01 39 54 77 32

 

 

 

Quatre menuisiers et l’arithmétique du monde

Sylvaine Pascual et Thomas Labrégère – Publié dans Vie professionnelle

 

 

Arithmétique et monde de l’entreprise… on pense tout de suite feuilles Excel, chiffre d’affaire, marges, finances, dividendes, contrôle de gestion, bénéfices bref, les aspects de l’entreprise qui me donnent envie de me mettre aux abonnés absents et de m’emmener promener dans la forêt… Mais il existe une mathématique de l’entreprise plus savoureuse et plus génératrice de sens et de bon sens. C’est Thomas Labrégère qui nous la propose.

 

 

 

Dans quel monde professionnel voulons-nous vivre?

 

 

Thomas Labrégère, ingénieur RH et observateur de l’entreprise

 

Je suis ravie d’accueillir Thomas Labrégère sur Ithaque! Vous le savez, je ne suis pas toujours tendre avec les RH, mais reconnaissons-le, on en rencontre de remarquables. Parmi eux il y a donc Thomas. J’apprécie son analyse fine, le regard intelligent et critique qu’il porte sur le monde de l’entreprise et qu’il rapporte avec de l’humour et de la plume, ce qui rend ses écrits aussi savoureux que nourrissants.

 

 

thomas labregere

Ingénieur de formation, Thomas s’est rapidement orienté vers les métiers des Ressources humaines et notamment vers les thématiques de compétences et de formation. Persuadé que les nouvelles technologies vont révolutionner la fonction RH et notre façon de penser le travail, il est un observateur de toutes les innovations dans ce domaine, en France et dans le monde.
Curieux de tout, Geek de la première heure, passionné de technologies web, il aime unifier toutes les facettes de son profil atypique :

 

  • Ses compétences techniques et ses connaissances métier.
  • Ses centres d’intérêts : Gestion de projet, PNL, conduite du changement.

Formé au métier de formateur, il propose des formations innovantes basées sur une autre de ses passions, le théâtre d’improvisation, qu’il pratique et enseigne depuis 10 ans. Son site: la Boîte RH

 

Et il nous propose de nous intéresser à l’arithmétique de l’entreprise….

 

 

 

 

4 MENUISIERS…

 

 

Ce matin j’ai vu passer un tweet en buvant mon café.

 

arithmétique du monde

 

Un tweetos poste une question que sa fille a eu en devoir…

 

Une question anodine tweetée comme ça, pour la blague. Moi-même étant dans un état semi comateux de sortie de grasse’ mat du samedi, je me suis prêté au jeu.

 

Assez rapidement il m’est apparu que la question était posée de manière assez ambigüe.

 

Si on part du principe qu’un menuisier est capable de fabriquer une table du début à la fin, la question revient à dire qu’un menuisier peut fabriquer 1 table en 4 jours, et donc pourra fabriquer 5 tables en 20 jours.

 

La réponse est alors 4.

 

 

 

Or, la question n’est pas posée de cette manière. Elle parle de 4 menuisiers pour fabriquer 4 tables.

 

On peut alors imaginer que l’atelier de menuiserie est ordonnancé en ateliers selon une répartition taylorienne du travail. Disons par exemple qu’un ouvrier est dédié à la découpe du bois, un autre au collage, un troisième au ponçage et le dernier à la peinture.

 

Notez bien le décalage de vocabulaire employé, nous sommes passés de « menuisier » à « ouvrier »…

 

Dans cette configuration, la réponse inclue dès lors que quel que soit le nombre de tables à fabriquer, il faudra un minimum de 4 ouvriers-menuisiers pour les fabriquer.

 

 

 

 

Poussons un peu le raisonnement…

 

Cette  organisation du travail sous-entend qu’un ouvrier ne puisse fabriquer de manière autonome une table.

 

  • Que se passe-t-il si l’un des ouvriers est absent pendant la période ? Les autres sont-ils formés à le remplacer sur son poste ?
  • Dès lors, l’indicateur de rentabilité n’est plus individuel mais collectif : le rendement de l’équipe est soumis au rendement de chacun des membres sur son poste de travail. Est-ce un facteur de tension ? l’ouvrier a-t-il l’impression d’être évalué sur sa compétence et la qualité de son travail ? A-t-il l’impression d’avoir une latitude et une autonomie satisfaisante dans la réalisation du produit ? Son degré d’exigence sur le produit fini est-il pris en compte ?
  • Comment mesure-t-on la performance de l’individu ?
  • Les taches le long de la chaîne de travail sont-elle équivalentes en termes de savoir-faire ?
  • Les risques d’accidents ou de contacts avec des produits chimiques sont-ils pris en compte de manière équitable ?
  • Si l’ouvrier à la découpe perd sa main, comment pourra-t-on continuer à l’intégrer dans l’équipe ?

 

 

 

Entre dans le fil de la tweet-line la question suivante :

 

temps-de-travail

 

 

La question du temps de travail est donc posée et oui, elle entre dans l’équation.

Si on réduit le temps de travail des ouvriers, faudra-t-il plus d’ouvriers pour fabriquer la même quantité de tables dans le même délai  ou les ouvriers seront-il obligés de faire des heures supplémentaires ?

 

 

 

Poussons un peu le raisonnement…

 

Nos menuisiers ne sont pas les seuls à fabriquer des tables, il semble donc évident qu’il va falloir trouver des moyens de fabriquer des tables plus attirantes que les autres.

 

On peut jouer sur la qualité, nos tables sont meilleures que les autres. Cela implique que nos menuisiers soient bien formés, que l’outil de travail soit de très bonne qualité et efficacement organisé et qu’enfin, la table fabriquée ai été bien pensée. Tout cela a un coût évidement.

 

Et justement puisque nous arrivons au coût, le second levier pour se démarquer de nos concurrents va être d’abaisser le coût de fabrication pour une qualité égale, ou même de réduire le coût au maximum pour une qualité à peine convenable.

 

  • 4 menuisiers mettent 4 jours à fabriquer 4 tables.
  • 3 menuisiers pourraient-ils le faire ? On gagnerait le salaire d’un menuisier.
  • Peuvent-ils fabriquer 4 tables en trois jours ?
  • Peut-on trouver des menuisiers moins chers ?

 

ouvriers-chinois

 

 

 

 

Poussons un peu le raisonnement…

 

Je ré-énonce la question :

 

Combien de menuisiers seront nécessaires pour fabriquer 20 tables?

 

Pourquoi 20 tables ? La question élude un point qui est pourtant important : De combien de tables a-t-on besoin ?

 

Sans se poser cette question, on fait l’hypothèse qu’il y aura toujours un besoin en tables, de plus en plus de tables, or la logique élémentaire nous indique que non, à un moment tous les clients potentiels auront une table. Il faudra donc trouver des moyens de les faire renouveler leur table.

 

Plusieurs solutions :

 

Créer un nouveau besoin en expliquant au client que leur table n’est plus assez bien pour eux et qu’ils ont besoin de la table avec un nouveau « design » et beaucoup plus pratique.

 

On peut également  compter sur le fait que les tables ne vont pas durer éternellement et qu’il faudra les remplacer quand elles seront cassées ou abîmées.  De là à imaginer que si on fabrique des tables de moins bonne qualité dès le départ, on s’assure du travail pendant une plus longue période.

 

Nous pourrions donc poser la question de façon différente : Combien de jours de travail seront nécessaires à 4 menuisiers pour que le besoin en tables soit comblé ? Marrant qu’on ne se pose JAMAIS la question dans ce sens-là…

 

 

 

Poussons un peu le raisonnement…

 

Pour réaliser les tables, il faut du bois. Or le bois est une  ressource qui a un impact direct sur l’environnement. Il convient donc de se poser la question :

 

Quelle quantité de bois est nécessaire aux menuisiers pour fabriquer 20 tables ? 

 

Posons qu’il faille 1 arbre pour fabriquer une table (oui c’est probablement assez peu exact mais c’est plus simple pour le calcul).

 

Or, il y a un moyen de fabriquer 2 tables dans un arbre, mais cela demande 2 jours au lieu d’1… est-ce que le gain en ressource est rentable au vu du temps passé en plus ?

 

Si non, est-ce qu’il ne serait tout de même pas préférable de passer ce temps supplémentaire pour préserver la ressource bois au détriment de la rentabilité?

 

 

 

L’arithmétique du monde expliquée aux enfants.

 

Voyez, cette question en apparence anodine de prime abord m’en a amené une ribambelle d’autres. Des questions sur l’organisation du travail, sur le sens du travail,  sur le partage du temps de travail, sur l’évaluation du travail, les risques physiques et psycho sociaux du travail, sur le système de surconsommation et de croissance à tout prix, sur l’obsolescence programmée, les délocalisations, la perte d’emploi, la responsabilité vis-à-vis de l’environnement…

 

Ce sont des questions un peu complexes à poser à une enfant. Pour autant, lorsque l’on pose la question de cette manière, on pose toutes les autres qui en découlent implicitement. Et les réponses que nous apportons à ces questions façonnent le monde dans lequel nous vivons et que nous léguons à nos enfants.

 

Ces questions, il est de notre responsabilité de nous les poser et d’y répondre en conscience.

 

Après réflexion donc, ma réponse (un peu sentencieuse j’en conviens) à « Combien de menuisiers faut-il pour fabriquer 20 tables en 20 jours » est : 

 

« CA DÉPEND DU MONDE DANS LEQUEL NOUS SOUHAITONS VIVRE »

 

J’espère qu’en tant que parents, nous aurons tous un jour l’occasion d’expliquer cela à nos enfants. Car finalement, ce sont eux qui grandiront dans le monde que nous leur léguons et qui, à leur tour, auront à apporter leurs propres réponses.

 

 

Et vous, dans quel monde voulez-vous vivre?

Quelle arithmétique voudriez-vous voir dans nos entreprise?

 

 

 

Vous pouvez retrouver Thomas sur:

 

 

 

Efficacité, créativité: les itérations nécessaires

Sylvaine Pascual – Publié dans : Talents et ressources

 

 

 

Nous rêvons sans doute d’une efficacité et d’une créativité égales et immuables, d’une capacité à la concentration illimitée, mais notre cerveau en a décidé autrement, qui a besoin d’alterner deux modes de fonctionnement. Dont acte, au lieu de nous acharner à lutter contre une machine sacrément bien foutue et risque de finir la cafetière en rideau, mettons son mode binaire à notre service et expérimentons les itérations nécessaires. 

 

 

efficacite creativite iterations

 

 

 

Les hauts et les bas du plaisir au travail

 

Le plaisir au travail, ce n’est pas un bonheur serein, établi et imperturbable. Il est fluctuant et a ses propres hauts et ses bas, au gré d’un quotidien parfois capricieux et qui ne répond pas au doigt et à l’œil de nos désirs. Et un battement d’aile peut suffire à la déstabiliser durablement. Un coup de fatigue et hop, il nous faut davantage de temps pour réaliser une tâche, et nous mordons alors sur notre temps de ressourcement pour l’achever dans l’effort, parfois sans panache et sans plaisir. Et nous voilà l’esprit moins frais, qui va demander plus de temps et d’effort pour la tâche suivante.  Elles arrivent ensuite très vite, les spirales qui nous éloignent insidieusement de la fluidité, du plaisir dans les tâches, de l’efficacité et du sentiment de satisfaction qui va avec le travail bien fait.

 

D’autre part, comme l’explique cet article de Kaizen magazine, “la capacité de traitement qu’a l’esprit conscient est limitée. C’est la conséquence de l’évolution du système attentionnel de notre cerveau. Celui-ci possède deux « modes » majeurs liés à l’attention : le réseau « centré sur la tâche » et le réseau « par défaut ». Le premier correspond à des périodes de concentration volontaire, le second s’active lorsque nous laissons notre esprit vagabonder. Nous avons besoin des deux pour exprimer pleinement notre potentiel, et contrairement à bien des idées reçues, la rêverie a des vertus insoupçonnées et est aux sources de la créativité. Lorsque nous abusons du réseau exécutif (centré sur la tâche) en tentant de rester concentré plus que de raison, le cerveau rentre en surchauffe et fonctionne moins bien.

 

D’où l’intérêt de mette en place un système d’itérations, de plages te temps allouées à des tâches précises, y compris celle… de n’avoir rien à faire.

 

Le vice a ses vertus, donc la glandouille est pleine de bienfaits à réhabiliter

 

J’emprunte sans vergogne le terme itération aux agilistes (merci Oana Juncu) qui lui donnent un sens de plage de temps: un projet se réalise en une séquence de plages de temps et il s’agit bien de séquencer pour nous de voir comment séquencer journées et projets pour libérer efficacité et créativité.

 

Retenons deux degrés d’itérations nécessaires au plaisir au travail et puis, tiens, donnons-leur des noms pompeux qui sonnent jargon managérial:

 

  • Les itérations organisationnelles : au quotidien, pour construire des journées créatives et efficaces, génératrices de plaisir et de fluidité
  • Les itérations évaluatives: qui permettent de tester les différentes possibilités jusqu’à trouver celle qui nous convient.

 

 

 

1- Les itérations organisationnelles

 

Travailler mieux, ce n’est pas travailler plus, se déguiser en exterminateur d’interruptions et autres “voleurs de temps” pour consacrer 8 heures par jour à son travail en mode über-concentré, ce qui risquerait surtout, vous l’avez compris, de nous laisser le citron en bouillon de bœuf.  La capacité de traitement des informations, d’analyse et de réflexion du cerveau est limitée, et dépasser ses limites c’est prendre le risque de finir surmené, lessivé, épuisé. Distinguons trois sortes d’itérations organisationnelles:

 

  • Découper le projet à mener ou la tâche à accomplir en petites actions qui permettent de prendre conscience de son avancement.
  • Découper sa journée en plage de temps allouées à différentes tâches et supprimer les interruptions uniquement à l’intérieur de celles qui demandent une concentration continue, comme les tâches créatives, analytiques ou rédactionnelles.
  • Découper temps de concentration (temps de cerveau exécutif) et temps de réseau par défaut,  pour alterner temps de travail et temps de pause et permettre au cerveau un fonctionnement cohérent et moins consommateur d’énergie.

 

 

Les itérations concentration/pauses

Le blog emploi rapporte cette étude menée par Desktime qui définit que le temps de travail “idéal” est 52 minutes pour 17 de pause. Cette étude a été reprise, sans surprise, sous la forme d’une vérité universelle: le temps optimal d’une plage de travail serait 52 mn. C’est évidemment archi-faux, puisqu’il s’agit là  de la moyenne des 10% les plus productifs, ils ne sont donc surtout pas à prendre au pied de la lettre!

 

Ils ne signifient donc évidemment pas qu’il FAUT absolument caler votre minuteur sur 52 et que si vous le mettez à 50 pour une pause de 15mn, c’est toute votre capacité de performance qui s’écroule. L’essentiel à retenir, c’est que des pauses régulières et substantielles permettent de reposer le cerveau exécutif, de le laisser recharger ses batteries et de pouvoir repartir rafraîchi.  Les itérations de concentration sont à adapter en fonction de votre propre rythme. Et aussi pour certains en fonction de la nature de la tâche.

 

La technique de la tomate, quant à elle, recommande des plages de 25 mn suivies d’une pause de 5.

 

être efficace en travaillant par plages horaires de 25mn

 

L’idéal serait probablement d’alterner les deux (temps longs, temps courts, pauses longues, pauses courtes) tout en expérimentant plusieurs plages de temps pour trouver l’organisation qui vous convient le mieux. Et ne pas céder à la tentation d’un rythme trop strict et trop automatisé, en particulier si vous êtes plus adeptes d’un rythme varié.

 

 

Découper sa journée

Il s’agit d’accorder des temps à chaque chose, depuis les plages de travail concentré sur une tâche précise, jusqu’à des périodes de glandouille décomplexée destinées à laisser votre cerveau réfléchir comme il aime le faire: tout seul.

 

Souvenons-nous aussi que les temps passés sur nos smartphones, à papoter à la machine à café, sur les réseaux sociaux, à envoyer des sms ou à lire les mails de belle-maman sont des temps de cerveau exécutif, ce ne sont pas des moments de cerveau en mode veille. Les temps de cerveau par défauts sont des moments passés seuls, à buller, ou bien ou les seules activités possibles sont celles qui sont complètement mécaniques (marcher, prendre une douche etc).

 

Le découpage de la journée peut prendre bien des formes, à vous de déterminer celles que vous avez envie d’expérimenter. Et pour ce faire, vous avez besoin des itérations évaluatives.

 

 

 

2- Les itérations évaluatives

 

Avant de décider qu’un découpage cerveau exécutif/cerveau par défaut nous convient, il est essentiel de l’expérimenter.

D’autre part, même lorsqu’on a procédé à un job crafting minutieux et sculpté un plaisir au travail réjouissant à la force du poignet, rien n’est gravé dans le marbre. C’est l’entretien qui fait la durabilité du véhicule!

Troisièmement, le plaisir au travail peu avoir des effets pervers comme le toujours plus qui peut pousser le plus paisible des job crafters à se relever la nuit pour en demander encore, à brûler la chandelle par les deux bouts et à transformer sa matière grise en confiture de cerise..

Pour finir, il y a aussi les durs à cuire, les résilients au cuir épais qui ne craignent pas la besogne, au point, eux aussi, de finir en burnout.

 

Ca fait quatre sacrées bonnes raisons de procéder régulièrement à des évaluations, qui sont de deux sortes:

 

  • les évaluations d’expérimentation
  • les évaluations d’adaptation

 

 

Les évaluations d’expérimentation

Elles correspondent à la triplette opérationnelle du coaching et permettent de tester une solution de développement du plaisir au travail ou d’efficacité, telle qu’un découpage en itérations cerveau exécutif/par défaut sur une période donnée et de l’adapter si nécessaire jusqu’à obtenir des résultats satisfaisants.

Lorsqu’on met en place une nouvelle façon de faire, par exemple un nouveau rythme de travail, il s’agit avant tout de l’expérimenter pour en vérifier la pertinence. Cela revient à mettre en place des itérations, et au terme de chacune, de prendre le temps d’évaluer votre degré de satisfaction et d’ajuster, le cas échéant.

 

 

Les itérations d’adaptation

Lorsque nous avons trouvé un rythme qui nous convient et que nous œuvrons à présent dans une fluidité et un plaisir qui nous ravissent, il arrive que nous soyons aveugles au grain de sable qui pourrait enrayer la machine. Un changement, une nouvelle contrainte mal prise en compte, et hop! Voilà la mécanique qui ralentit

 

Pour éviter le re-plongeon, autant rester vigilants et mettre en place un système d’évaluation qui va permettre de regarder régulièrement de près comment le moteur tourne. A minima tous les trois mois, accordez-vous un temps pour vous, pendant lequel vous allez évaluer votre satisfaction et procéder aux ajustements nécessaires.

 

 

Par exemple sur une échelle de 1 à 10:

 

  • De 8 à 10: cette option est satisfaisante.
  • De 5 à 7: la solution testée fonctionne… à moitié. Cherchez les points d’achoppement et ajustez-là en fonction. Puis testez à nouveau!
  • De 0 à 4: cette solution n’est peut-être pas pour vous. Il convient de la remettre à plat complètement ou de tester autre chose.

 

 

 

Au final, bien entendu, il ne s’agit pas de s’imposer une alternance ultra précise de plages horaires avec une régularité de métronome. Il s’agit plutôt de redécouvrir l’importance du mode cerveau par défaut et de ses bienfaits sur le mode cerveau exécutif, de réapprendre à éteindre nos smartphones et à nous déconnecter d’une monde parfois trop psychotoxique et réinvestir nos propres espaces intérieurs: il s’y passe des choses passionnantes:)

 

 

 

Voir aussi

 

Efficacité professionnelle et émotions

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Créativité, inspiration et moule safranée

Quand l’exercice physique booste la créativité

Créativité: les 6 chapeaux de de Bono, version individuelleLeadership, efficacité: les états de grâce

 

 

 

 

 

Aller plus loin

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Courage et responsabilisation: cesser de voir des fautifs partout!

Sylvaine Pascual – Publié dans: Bien-être et estime de soi / Compétences relationnelles

 

 

Combien d’entre nous, dès lors que quelque chose ne fonctionne pas comme la mécanique bien huilée que nous imaginions en résultat logique de nos louables efforts, s’empressent de chercher à qui la faute ? Combien d’entre nous sont des reprochards* compulsifs, pointeurs  et receveurs de doigts accusateurs ? Probablement tous, à des degrés divers. Voici pourquoi c’est une sacré fausse bonne idée relationnelle et comment dépasser ce penchant contre productif.

 

 

Chercher un fautif, pointer du doigt pour dédétourner l'attention de soi

 

 

 

Fleur fragile pointe du doigt et craint le doigt pointé

 

Nous sommes tous prompts à pointer du doigt ce fautif impardonnable responsable des situations déplaisantes dans lesquelles nous nous retrouvons, histoire de détourner l’attention (la nôtre comme celle des autres) de notre propre part de responsabilité. En vertu du principe de la paille dans l’œil du voisin, c’est plus simple d’admonester, de désapprouver, de chapitrer autrui que de balayer devant sa porte.

 

Pourtant, nous sommes tous des fleurs fragiles, n’en déplaise à l’image de supermen et de superwomen que nous aimerions donner, nous sommes tous délicats et vulnérables, en particulier aux doigts accusateurs qui nous accusent de tous les maux. Bref, nous faisons aux autres ce que nous n’aimons pas qu’on nous fasse, nous nageons en pleine incompétence relationnelle;)

 

Brené Brown, dans cette jolie vidéo, dissèque avec bienveillance les dessous peu affriolants de la recherche systématique d’un coupable.  Chercher et professeur à l’université de Houston, elle s’est fait connaître auprès du grand public au travers de sa conférence TED Le pouvoir de la vulnérabilité.

Elle démontre ici comment la tendance à chercher le fautif nous coupe de la responsabilité et nuit à nos relations.

 

 

 

 

 

Chercher le fautif  pour soulager son propre malaise

 

Parce que les exemples sont souvent parlant, Brené Brown explique qu’elle avait demandé à son mari de rentrer à 22h parce qu’elle n’arrive pas à s’endormir lorsqu’il n’est pas là. Il rentre à 22H30 et le lendemain matin, lorsqu’elle laisse sa tasse de café lui échapper des mains, que celle-ci vole en éclat et macule son pantalon blanc, ce qui lui vient à ‘esprit, c’est que c’est la faute de son mari qui est rentré tard et qu’elle n’a pas eu le sommeil nécessaire. Cet exemple, hilarant d’absurdité, nous renvoie tous à des pensées que nous avons eues, à des reproches déconnectés de la réalité que nous avons faits, à des jugements noir-et-blanc bien étriqués que nous avons formulés.

 

Renvoyer la faute sur quelqu'un d'autre, c'est nier sa propre responsabilité

 

 

Pourquoi avons-nous tendance à chercher le fautif où qu’il se niche ? La recherche a montré que ce penchant est un simple moyen de nous soulager du malaise, un exutoire à la colère, à l’énergie négative. Et nous allons même jusqu’à préférer nous blâmer nous-mêmes plutôt que de ne trouver aucun fautif, parce pointer du doigt nous donne un sentiment de contrôle censé contrebalancer ce malaise.

 

Mais dans les deux cas, c’est le contraire qui se produit, car  au final, c’est un piège relationnel, autant dans la relation à soi qu’à l’autre : la recherche du fautif déforme la réalité, nous dévalorise, nous dépouille de notre empathie, nous coupe de l’autre et de la possibilité de nourrir notre courage, le courage de nous regarder en face. Nous finissons par reprocher aux autres nos manquements et par nous blâmer nous-mêmes de problèmes des autres.

 

Ajoutons à cela qu’entre pointage du doigt et mise à l’index, il n’y a qu’un pas, franchi parfois avec force médisance et jugement péremptoire, qu’il y a des bouc-émissaires faciles et qu’on finit rapidement par distribuer des pommes de discordes plutôt que le meilleur de soi. Et que tout cela manque considérablement de panache relationnel!

 

 

La peur et ll'égo, vers dans le fruit de nos relations

 

 

 

 

Le courage de la responsabilité

 

Ceux qui ont tendance à abuser du reproche, constate la scientifique, ont rarement le courage de réellement demander des comptes à ceux qu’ils tiennent pour responsables, parce qu’ils dilapident leur énergie dans l’expression de leur colère et la recherche du fautif.

 

La responsabilité, par définition, rend vulnérable. Elle consiste à reconnaître nos propres manquements, limités et erreurs. Elle nous expose aux jugements des autres et à leur reprochardise. Et c’est bien en cela qu’elle est courageuse et démontre – autant qu’elle nécessite – une solide estime de soi. C’est elle qui va nous permettre d’assumer réellement note part de responsabilité et elle aussi qui nous encourage à dire ce que nous avons vraiment à dire au lieu de chercher le fautif,  de lui dire « je me suis senti très mal dans cette situation » puis d’en parler, au lieu de l’agonir de reproches, de désapprobation et d’admonestation.

 

Chercher le fautif pourrit les relations et entrave l’empathie : lorsque nous entendons une histoire, nous n‘écoutons pas, notre esprit se précipite sur les liens de causes à effets qui pourraient déterminer l’origine de la faute, pointer du doigt cet autre qui servira aussi à détourner l’attention de nous. Car à force de chercher les fautifs, nous pensons aussi que les autres cherchent systématiquement les imparfaits, les responsables, les coupables et qu’ils pourraient bien nous désigner nous. Aaah, cercle vicieux, quand tu nous tiens !

 

 

 

 

Cesser de chercher le fautif et favoriser le lien à la place

 

Le site Psychcentral propose une méthode intéressante pour dépasser notre tendance à chercher le fautif.

 

  • Repérer nos moments reprochards : qu’ils soient focalisés sur autrui ou sur nous-mêmes et observer comment ils nous servent à évacuer l’énergie négative suscitée par la situation. Comment vous sentez-vous juste après ? Etes-vous réellement soulagés ? D’autres énergies négatives s’immiscent-elles en vous ?
  • Repérer les moments reprochards des autres : remarquez-vous le malaise qui les précède ?
  • Ce repérage, qu’en retirez-vous ? Que remarquez-vous ?

 

J’y rajoute quelques éléments issus de la lecture émotionnelle, qui m’est chère, tant il peut être libérateur d’écouter ses émotions au lieu de chercher par tous les moyens à s’en débarrasser. Car c’est bien de cela qu’il s’agit : l’énergie négative dont nous croyons nous soulager, ce sont des émotions qui génèrent un inconfort moral et physique que nous n’avons pas appris  traiter. Nous cherchons donc des exutoires. Pourtant, tant que l’émotion indicatrice d’un besoin mal comblé n’est pas entendue et traitée, elle reviendra dans toutes les situations similaires. Alors plutôt que de mettre le terme “stress” dessus, recours facile et vague qui nous éloigne de nos sentiments mieux vaut:

 

  • Ecouter l’émotion : ce sentiment qui vous pousse à pointer du doigt, s’agit-il d’agacement, d’énervement (lutte), d’inquiétude, d’angoisse (fuite), de tristesse, de découragement (repli)?
  • En déduire les besoins à combler : en fonction de l’état de défense, identifier ce dont nous avons vraiment besoin pour traiter le problème.
  • Les transformer en action à mener : il peut d’agir d’une demande à faire, d’une information à aller chercher, d’anticiper des solutions, de partager un ressenti etc.

Ce qui peut donner quelque chose de l’ordre de:

 

  • si vous êtes en lutte, vous avez peut-être besoin de clarifier les résultats précis que vous voulez obtenir et le cas échéant, trouver des moyens non violents de l’exprimer.
  • Si vous êtes en fuite, vous avez peut-être besoin d’identifier des options possibles, d’établir les étapes vers ce que vous voulez.
  • Si vous êtes en repli, vous avez peut-être besoin de comprendre ce qui s’est passé pour déterminer la direction à suivre.

 

triplette élégance relationnelle

 

En s’appuyant sur la communication non violente et les demandes assertives, nous pouvons ainsi aller vers une jolie triplette prosociale nous débarrasser d’éléments corrosifs de la relation et exprimer sereinement ce qui nous tient vraiment à cœur. Il suffit d’avoir le courage de parler de soi au lieu de pointer du doigt 😉

 

 

*Je sais, la mode est à la soumission au Globish dominant par l’adoption de tout terme nouveau issu d’une langue que Shakespeare ne reconnaîtrait pas. Je préfère emprunter à la linguistique de la Perfide Albion sa propension à l’invention sémantique et à la transcrire dans ce bon vieux français pour lequel j’ai de l’affection.

 

 

 

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Aller plus loin

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