Sylvaine Pascual – Publié dans: Comprendre les émotions
| De l’agacement à la fureur, la colère nous fait passer par toutes les couleurs de l’arc-en-ciel, consomme beaucoup d’énergie et n’aide pas toujours à régler nos problèmes. Pourtant, comme toutes les émotions, la colère vise un bénéfice et nous transmet des messages essentiels à notre bien-être et à notre équilibre. Serait-elle finalement bonne conseillère ? |

| La colère salutaireIndignation, mécontentement, rage, hargne, emportement, exaspération, les nuances de la colère sont multiples et traduisent toutes une frustration liée au décalage entre la réalité telle qu’elle est et telle que nous voudrions qu’elle soit.La colère intervient quand petits désagréments et grandes emmerdes viennent bousculer ce qui autrement pourrait être un quotidien fluide.
Ainsi un train en retard, un entretien raté, un collègue qui ne dit pas bonjour, le petit qui renverse son chocolat ou nos clés qui ont encore trouvé le moyen de se planquer ailleurs qu’à leur place et nous voilà dans tous nos états, prêts à mordre, à bouder ou à piquer une crise. |
Rappelons-nous de l’origine primitive des émotions : les animaux utilisent la colère pour envoyer un message clair, à défaut d’être aimable, à leurs congénères : tu représentes une menace, si tu continues je vais t’arracher les viscères et m’en faire un collier. La colère a donc un double bénéfice salvateur : elle nous informe sur ce que nous percevons comme une menace à notre intégrité physique ou morale, et elle informe l’interlocuteur que son comportement ne nous convient pas du tout.
Et la colère est salutaire à plus d’un titre : d’abord parce qu’elle nous permet de modifier nos interactions pour éviter de reproduire les situations relationnelles qui la déclenchent, mais aussi parce que dans un sens plus large, elle nous fournit un carburant sacrément puissant pour modifier ce que nous considérons comme injuste, illégitime etc. Elle est le moteur de bien des engagements, comme par exemple la lutte en faveur de causes importantes à nos yeux, politiques, humaines etc.
Exprimer sa colère, ou pas ?
Le soulagement que peut éventuellement procurer le fait de beugler sur son prochain est désagréablement limité dans le temps et ne nourrit pas l’estime de soi (à ne pas confondre avec l’égo vaniteux qui se réjouira, lui, d’avoir pris le dessus).
D’autre part, notre communication, sous le coup de la colère, se teinte de nuances agressives qui au mieux, mettent l’interlocuteur sur la défensive (il est alors peu enclin à nous entendre), et au pire, suscitent sa propre colère, et on tombe alors dans le dialogue de sourds. Ce n’est pas la colère en soi qui est mauvaise conseillère, ce sont les réactions qu’elle génère en nous.
A l’inverse, par peur du rejet ou parce que culturellement nous méprisons la colère, nous pouvons avoir tendance à ne rien dire, à garder pour nous cette frustration rentrée qui construit patiemment un ressentiment de plus en plus difficile à réprimer et mène tout droit au stress. La tension interne augmente jusq’au jour où ce sera l’explosion nucléaire, à la plus grande surprise de l’interlocuteur qui n’y comprendra rien.
Toute la difficulté, avec la colère, réside donc dans le fait d’accepter de la ressentir, pour entendre son message, tout en évitant de réagir à chaud et de nous en prendre à autrui, ce qui est le plus souvent un tantinet contreproductif. Pour exprimer ce qui nous met en colère sans céder à l’emportement, mieux vaut prendre un peu de recul, quitte à s’isoler un moment pour prendre le temps d’écouter le message qu’elle nous envoie réellement et décider de la marche à suivre en fonction.
Entendre le message de l’émotion
Avec le développement de comportements légèrement plus civilisés que celui décrit plus haut, les menaces ont changé mais l’émotion et les réactions qu’elle génère sont restées intactes. Et le décalage entre les deux ne facilite pas du tout le décodage du message transmis. Pourtant, la compréhension de l’information suffit souvent à faire retomber l’émotion et à diminuer l’état dans lequel elle nous met.
Voyons donc de quoi est fait ce message. Rappelons d’abord que comme toutes les émotions, elle nous parle de nous et uniquement de nous, même quand si nous ressentons de la colère vis-à-vis d’une personne, d’une institution, d’une situation etc. Toujours comme toutes les émotions, elle nous signale un besoin insuffisamment comblé. Elle nous indique souvent qu’une limite a été franchie, que nous nous sentons agressés, abusés, floués, que quelqu’un empiète sur nos plates-bandes et elle est donc souvent liée au besoin de reconnaissanceet d’affirmation de soi.
Déclenchée par un événement comme un avion en retard, elle nous indique un besoin excessif de tout contrôler, notre incapacité à lâcher prise sur ce que nous ne maîtrisons absolument pas. Ce qui cache sans doute des peurs. : en effet, la colère est une émotion secondaire, c’est-à-dire déclenchée par d’autres émotions comme la peur ou la tristesse.
Passer à l’action
Une fois le message entendu, nous pouvons passer à l’action pour combler le besoin insatisfait.
Par exemple, si une personne a eu l’outrecuidance d’avoir un comportement qui nous déplait, nous pouvons le lui dire et en l’assortissant d’une demande assertive ou d’une critique élégante, de façon à éviter que la situation se reproduise.
Auto coaching : comprendre la colère
Voici quelques question destinées à apprivoiser la colère et profiter de ce qu’elle a de salutaire. A utiliser soit en dehors de tout sentiment de colère pour mieux se connaître, soit sous l’émotion pour explorer le message qu’elle nous envoie:
Et vous, qu’est-ce qui vous met en colère ?
Comment réagissez-vous quand vous êtes en colère ?
Ces réactions : quels sont leurs bénéfices ? Quels sont leurs coûts ?
Qu’est-ce que cette colère vous dit sur vous-même ?
Comment y remédier ?
Et comme d’habitude, faisons preuve de bienveilanece envers nous-mêmes: il peut nous arriver à tous de céder à la colère et de nous emporter… aussi inutile de nous traiter de tous les noms et de torpiller au passage l’estime de soi. Il est possible que cet emportement nous soit utile, si nous en tirons les leçons;)
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Aller plus loin
Comme pour toutes les émotions, ne pas trop savoir quoi en faire, avoir envie de les mettre à son service relève de mon activité de coach, entre autres dans le cadre des ateliers individuels de développement personnel. Une fréquences et/ou une intensité trop élevées de la colère nécessitent sans doute un accompagnement psychologique.
Voir aussi:
Nos émotions nous parlent de nous
Les besoins à combler
Rôle des émotions: tristesse et manque affectif
Stress: et si on arrêtait de lutter contre?
Stress et besoin de reconnaissance
Les dossiers d’Ithaque: Comprendre les émotions
Ateliers individuels de développement personnel
Bonjour @Sylvaine, comme tu l’indiques la colère vient souvent d’un décalage entre le message que l’on nous a transmis et comment on le perçoit nous même!
Il est alors important de savoir décortiquer celui-ci pour éviter les « excès » de colère!
Belle journée à toi et à bientôt à la TV!
Par ces temps où la colère est pointé du doigt comme une émotion négative et donc à proscrire, ça fait du bien de lire un article, qui recentre le débat: la colère a une utilité mais bien sûr il ne faut pas se laisser posséder par elle. Si j’ai bien compris, ça sert d’alerte…
Ha oui, bravo pour le passage à la télé!
Merci pour cet article particulièrement intéressant et instructif. Ruminer sa rancoeur pendant des semaines, c’est le signe qu’on a des choses à dire, et c’est le moyen de cesser de ressasser.
Ce qui me frappe le plus, c’est qu’on se met en colère contre quelqu’un, mais que pour savoir vraiment ce qui nous pose pboblème, il faut regarder à l’itérieur de soi, pas chez l’autre. C’est d’ailleurs ce qui me parait le plus difficile, de détourner son attention de ce que l’autre personne a fait pour se préoccuper de moi, alors qu’à priori, je veux juste que l’autre change.
Bonjour,
La colère est un merveilleux cadeau pour exprimer ce que le sent à l’intérieur de nous même. A travers le regard de la Communication NonViolente voici ce qu’est la colère :
Critiquer et punir les autres sont autant d?expressions superficielles de la colère. Si nous souhaitons exprimer pleinement la colère, le premier pas est de décharger l?autre de toute responsabilité, afin de porter notre entière attention sur nos propres sentiments et besoins. Nous avons bien plus de chances d?obtenir ce que nous souhaitons en exprimant nos besoins qu?en jugeant, critiquant ou punissant l?autre.
L?expression de la colère se fait en quatre temps :
1 ? marquer une pause et respirer profondément
2 ? identifier les jugements qui nous viennent à l?esprit
3 ? prendre conscience de nos besoins
4 ? exprimer nos sentiments et nos besoins inassouvis
Il se peut que, entre les étapes 2 et 3, nous choisissons de témoigner de l?empathie à l?autre pour lui permettre de mieux nous écouter lorsque nous exprimerons notre demande.
Il est nécessaire de prendre son temps pour apprendre le processus de la CNV, et aussi pour l?appliquer.
Exercice pratique : recensez les jugements qui vous viennent le plus souvent à l?esprit en commençant votre phrase par : « je n?aime pas les gens qui sont? » A partir de cette liste de qualificatif négatifs, demandez-vous : « lorsque je juge quelqu?un, quels sont les besoins qui, chez moi, ne sont pas satisfait ? » Peu à peu, vous apprendrez ainsi à penser davantage en termes de besoins insatisfaits que de jugements.
En CNV la pratique est essentielle, la CNV se vit et se sent au c?ur de son être en lien avec sa conscience. Juger et critiquer sont devenu chez nous une seconde nature? C?est pourquoi l?apprentissage de ce processus est long, tout comme sa mise en application. En même temps chaque pas réalisés sur ce chemin est comme une libération des tensions et des tiraillements internes qui nous empêchent de voir l?Homme tel qu?il est : bon, généreux, créatif, exceptionnel, protecteur, aimant. (Marshal Rosenberg)
Chaleureusement
Eric
PS : au travers de votre article il me semble que vous connaissez la CNV ?