Comportement victime et recherche d’emploi

Sylvaine Pascual – Publié dans Vie professionnelle

 

 

Deuxième étape de notre exploration de l’influence des rôles relationnels sur la recherche d’emploi. Aujourd’hui parlons du comportement victime, de loin le plus répandu des trois rôles. Nous avons tous un côté victime qui ressort de temps à autre, et quelle qu’en soit l’ampleur, il ne facilité par la recherche d’emploi. Quand Caliméro cheche un jo, c’est parti…

 

 

rôle de victime et recherche d'emploiLe rôle de victime

 

Rappelons pour commencer que nous parlons ici de victime au sens rôle relationnel, pas au sens du statut de victime d’une situation non désirée. La nuance est d’autant plus importante que dans le cas d’une recherche d’emploi, nous sommes le plus souvent dans une situation difficile non désirée.

 

Rappelons aussi les composantes principales du rôle de victime:

  • Le sentiment d’impuissance face à ce qui lui arrive
  • Le penchant à subir en se plaignant
  • La déresponsabilisation et la recherche de coupables extérieurs
  • La recherche d’attention au travers de l’étalage de ses malheurs
  • L’absence de remise en question
  • Le manque d’estime de soi et d’affirmation

 

Ce portrait n’est pas joli-joli? Pourtant, c’est de très loin le rôle le plus joué, dans toutes ses nuances, et nous avons surtout beaucoup de mal à porter un regard objectif sur nous-mêmes, car nous avons tous un petit côté victime quiplus ou moins souvent et avec plus ou moins d’intensité.

 

Le rôle de victime va souvent s’exprimer au travers de râleries et jérémiades de toutes sortes, cependant, ne confondons pas le fait de s’indigner contre un système ou une situation socio-économique qui génère de réelles difficultés à retrouver un emploi. Cette propension à d’indigner mène d’ailleurs à des colères saines qui poussent à l’engagement pour des causes. Ce dont nous parlons ici, ce sont plutôt les râleries et agacements passifs, qui nous poussent à disserter pendant des heures sur où va le monde, dans une déperdition d’énergie qu’il serait plus utile de mettre au service de sa recherche d’emploi.

 

 

Victime et perte d’emploi

 

La perte d’un emploi est potentiellement une étape douloureuse, qui peut nécessiter d’en faire le deuil pour pouvoir rebondir et passer à autre chose.

Lorsqu’une victime perd son emploi, son penchant naturel à rejeter la faute sur l’autre trouve du grain à moudre, puisque cette fois-ci, même si éventuellement elle peut avoir sa part de responsabilité, c’est vrai. Et il y a là un gros risque pour elle, car elle peut se retrouver à avoir beaucoup de mal à faire le deuil de cette perte et à rebondir. Elle peut alors ressasser, ruminer, sans parvenir à s’extraire du marasme dans lequel elle s’enfonce, à mesure qu’elle nourrit son sentiment d’injustice. Non géré, celui-ci peut mener à tous les stades de la frustration et s’exprimer par la colère, l’aigreur, voire la dépression, bref, tout un tas d’états d’esprit qui ne vont pas aider à retrouver un job.

 

 

Victime et recherche d’emploi

 

La victime va chercher tout un tas de raisons externes qui expliquent sa difficulté à retrouver un emploi. Elle va consciencieusement décortiquer ce qui fait que, dans l’affreux monde où nous vivons, retrouver un job est un combat sans merci contre des moulins à vent, puisqu’aucun recruteur ne se rend compte de ses qualités.

Ce mécanisme a diverses conséquences pas vraiment encouageantes, comme la dévalorisation, la passivité et le renforcement des convicitons limitantes qui fonctionnent sous forme de vases communiquants et s’alimentent les un les autres.

 

Dévalorisation

L’attribution de ses difficultés aux autres s’accompagnent souvent de tout un tas de pensées et de jugements négatifs sur soi, de comparaisons qui mènent tout droit à la dévalorisation. A son tour, celle-ci diminue la confiance en soi, et le cercle vicieux est enclenché.

 

Bonnes excuses et passivité

A force de trouver des tombereaux de raisons qui expliquent sa difficulté à retrouver un job, la victime peut se décourager très vite, et ses bonnes excuses la dédouane de toute action qui pourrait bousculer l’ordre établi, remettre en cause ses manières de faire. Ainsi, la victime sabote ce qui lui reste d’employabilité au nom de convictions renforcées au fur et à mesure qui, si elles sont partiellement vraies, restent des généralités abusives et ont uniquement la valeur que la victime leur accorde.

 

S’il est exact que trouver un emploi est difficile, se concentrer là-dessus au lieu de chercher des solutions est une vraiestratégie d’échec qui a une forte tendance à déboucher sur la passivité.

 

Renforcement des convictions

La victime vient d’obtenir une preuve maousse de la méchanceté du monde, au travers de la perte de son job précédent, et cela va l’encourager à renforcer des convictions qui, si elles ne vont pas directement l’empêcher de trouver un job, vont diminuer sa faculté à voir les opportunités, à les saisir et développer un défaitsime et un pessimisme qui n’ont rien de réalistes: ils sont juste fortement consommateurs d’énergie et aussi bon pour le moral qu’un dimanche pluvieux de novembre.

Le renforcement des convictions est un processus simple: le cerveau cherche des preuves de ce qu’il est déjà enclin à croire. Aussi une victime va inlassablement chercher des exemples qui viennent étayer des théories peut-être dormantes, mais assez caractéristiques de ce comportement. Elles peuvent varier en fonction de l’âge et de la situation, et s’expriment en général au travers de pseudos vérités universelles, depuis « on ne retrouver pas de boulot après 50 ans » jusqu’à « les recruteurs détestent les parcours atypiques », en passant par toutes la gamme des petits arrangements avec l’égo.

 

Par extension, chaque candidature qui n’aboutit pas peut servir à renforcer un état d’esprit morose qui grignotte la confiance en soi et l’estime de soi et rend le relationnel encore moins fluide, avec une incidence directe sur le ressenti du recruteur à chaque entretien.La victime peut même pousser la stratégie d’échec jusqu’à candidater pour des postes qui sont en inadéquation flagrante avec son parcours, ses besoins ou ses aspirations.

 

 

Victime, CV et entretiens d’embauche

 

Le rôle de victime va transparaîte à tous les niveaux de la recherche d’emploi. Ainsi, le CV va souvent refléterla difficulté à se valoriser, à valoriser ses expériences et ses compétences. Lors des entretiens, la victime pourra facilement donner le sentiment qu’elle vient mendier un job, être mal à l’aise lorsqu’il s’agit de parler d’elle-même, faire des choix linguistiques inconscients, mais qui respirent au mieux l’absence de valorisation, au pire le calimérisme défaitsite, qu’il soit déguisé en faux cynisme ou en pseudo-réalisme.

 

Se faire aider pour la rédaction du CV de façon à éviter cet écueil peut aider, à l’évidence, si le discours du chercheur d’emploi est cohérent avec. Et c’est parfois l’explication, lorsque, malgré un CV béton armé, les entretiens d’embauche finissent systématiquement par une fin de non recevoir. Parce que pour être cohérent avec son CV réécrit par un oeil expert et neutre, le chercheur d’emploi va devoir sortir de son rôle de victime et s’exprimer avec une assurance et une aisance dénuée des artifices linguistiques et comportementaux propres à la victime.

 

Vous l’avez compris, pour cadrer avec ses convictions, la victime peut adopter tout un tas de comportements qui réduisent nettement l’envie de l’embaucher, à coup de stratégies d’échec de toutes sortes: sinistre, pas souriant, quémandeur ou au contraire serpillère, en retrait etc…

 

 

 

Mini coaching: évaluer son rôle de victime dans la recherche d’emploi

 

Explorer la façon dont s’exprime son côté victime dans la recherche d’emploi, c’est donc s’offrir la possibilité de modifier la manière dont il s’exprime, de gagner en confiance en soi et de sortir de tout un tas de stratégies d’échec qui freinent l’obtention d’un nouvel emploi. Pour se débarrasser d’un côté victime, après l’identification de ses modes d’expression, il est très utile de renforcer l’estime de soi et la confiance en soi.

Explorez en détail la façon dont vous agissez dans le cadre de votre recherche d’emploi pour déterminer l’ampleur de votre éventuel comportement victime.

 

Dans quelle mesure le comportement victime teinte-t-il votre recherche d’emploi?

Dans quelle mesure renforce-t-il des convictions limitantes?

Dans quelle mesure vous pousse-t-il à subir, à vous plaindre?

Dans quelle mesure vous pousse-t-il à l’inaction, au découragement?

Comment se traduit-il dans vos discours? Dans CV?

Comment se traduit-il dans votre façon de vous exprimer et vos attitudes lors des entretiens?

 

Au regard de vos réponses: sur une échelle de 1 à 10, où situez-vous l’ampleur du rôle de victime chez vous?

Au delà de 5, réfléchissez à la possibilité de vous faire aider pour sortir de votre rôle: il se peut qu’il soit en grande partie responsable de vos difficultés à retrouver un emploi.

En deça de 5:

De quoi avez-vous besoin pour gagner en confiance?

Quelles mesures pouvez-vous prendre pour modifier ces comportements?

Quand allez-vous les mettre en oeuvre?

 

 

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2 thoughts on “Comportement victime et recherche d’emploi

  1. Très bien vu Sylvaine ! J’espère que ton article aidera certains chercheurs d’emploi qui sont dans cette posture à sentir un « tilt » car il n’est pas aisé d’en sortir, du calimérisme : la victime est souvent aveugle à elle-même et les bénéfices de sa position passive l’empêchent de prendre conscience des inconvénients à y rester. Reprendre sa responsabilité c’est aussi reprendre du pouvoir et de la liberté, comme tu le montres bien. Quand on a compris ça, souvent, on quitte son couvre-chef en coquille d’oeuf ;)

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