Sylvaine Pascual – 18 août 2008 – Publié dans: Vie professionnelle / Entretenir des relations saines
Le triangle de Karpman: un jeu relationnel sinistre
Nous avons souvent un rôle dominant, mais passons aussi de l’un à l’autre, parfois très rapidement, au cours d’une seule conversation. Ces rôles bloquent l’évolution de la relation, aucun n’est meilleur ou pire qu’un autre, et ils se nourrissent d’un mélange de peur et de manque d’estime ou de confiance en soi. Ces rôles peuvent générer beaucoup de stress et engloutir des quantités d’énergie.
L’idée générale est double:
D’apprendre à repérer le rôle que nous jouons car cela nous permet d’en sortir, tout simplement, afin de prendre sa vraie place dans la relation.
D’apprendre à repérer le fonctionnement habituel de nos interlocuteurs afin d’éviter de rentrer dans leur jeu.
Le développement de l’estime de soi et de la communication assertive sont d’excellents moyens pour y parvenir.Triangle et relations professionnelles
Les relations professionnelles, qui s’inscrivent aussi fréquemment dans le triangle, sont davantage compliquées par les positions hiérarchiques, qui peuvent en renforcer les caractéristiques et les rendres extrêmement stressantes.
Voici trois portaits tout à fait schématiques de nos héros du jour.
Attention, il ne s’agit pas de nous auto-flageller en disant, OK, alors tout est de ma faute. Il faut deux personnes pour avoir un relation, chacun à sa part de responsabilité et ne peut agir que sur elle.
Le persécuteur: toutes griffes dehors pour mieux dominer |
Le persecuteur: Cruella nous voilà
Le persécuteur, par crainte des échanges d’une relation qui l’inquiète, a besoin de dominer. Il construit son estime de soi aux dépends de l’autre. Pour cela, il établit les règles, décide, dirige et corrige à la moindre erreur. Il ne pardonne pas le plus petit écart et n’hésite pas alors à tenir des propos désobligeants, dévalorisants, voire humiliants, à faire des critiques destructrices, à mettre son interlocuteur en position d’infériorité, à manipuler, à culpabiliser. Insultes, menaces, harcèlement, colère peuvent faire partie de son attirail de parfait petit persécuteur. |
|
Le sauveur: Zorro est arrivéLe sauveur se construit une image acceptable de lui-même en volant à la rescousse de la veuve et de l’orphelin avec altruisme et générosité.
Plutôt sympa, à première vue, non? Le problème, c’est qu’en réalité, la détresse d’autrui provoque un mal être chez notre Zorro, ce qui le pousse à intervenir dans la vie d’autrui, plein de bonnes intentions, persuadé qu’il DOIT aider, et du coup à se positionner en protecteur, conseiller, expert, justicier… y compris quand on ne lui a rien demandé. Malheureusement, ce rôle est infantilisant pour l’interlocuteur, qui va finir par prendre ses jambes à son cou, laissant notre Zorro tout déçu devant l’absence totale de reconnaissance, ce qui peut le pousser à devenir persécuteur ou victime. |
Le sauveur: grand protecteur
|
|
![]() La victime: petite fleur fragile |
La victime: Cendrillon, Caliméro et compagnieLe rôle de victime est de loin le plus fréquent. Attention, ne confondons pas le rôle relationnel de victime avec le statut (victime d’un accident, d’un cambriolage…)
Notre victime, c’est Cendrillon tout craché. Elle a le sentiment que ce qui lui arrive n’est pas de sa faute, elle subit des circonstances et des personnes négatives. Elle a souvent l’impression d’être agressée, manipulée, et de rester impuissante. Elle peut alors se laisser diriger, mener contre son gré sans rien dire ou en se plaignant à des tiers. La victime cède sa part de responsabilité dans la relation à son interlocuteur. C’est un rôle fortement encouragé par l’éducation (on DOIT écouter ses parents, professeurs… sans répondre), poussant ainsi à subir sauveurs et persécuteurs sans moufter. Si l’on reprend l’exemple de Cendrillon, c’est aussi un rôle faussement confortable: il attire l’attention et évite la remise en question. Il révèle que notre victime s’accorde moins de valeur qu’elle n’en a. |
Je suis plutôt sauveur/victime.
Et vous, dans quel(s) rôle(s) vous reconnaissez-vous?
Quels rôles vos interlocuteurs jouent-ils?
Voir aussi:
Les relations professionnelles difficiles
Les relations difficiles: sortir du triangle
Triangle de Karpman: quand Little Miss Sauveur tombe sur un o(ur)s
Définir ses limites
Vie professionnelle
Entretenir des relations saines
Le persécuteur: toutes griffes dehors pour mieux dominer

malheureusement, on trouve cela de plus en plus souvent dans notre société … en particulier dans le domaine de la politique
Ton article est super, je pense que cela pourra en aider beaucoup, j’ai fait le point et dis clairement ce que je pensais, depuis j’ai une paix royale pourvu que ça dure, ce qui ne l’empêche pas de se défouler sur d’autres. Un petit coup de gueule de temps en temps, c’est assez sain non ? Bonne soirée
Votre article est très intéressant. Il met en évidence une chose, je ne sais pas si elle est vraie, mais les trois types de comportements aboutissent d’un de ces comportements basiques « déçu ». Comme si les gens avaient un comportement de base, et en changeaient pour un autre… Est-ce le cas ?
Et y a-t-il d’autres comportements que ces trois-là qui peuvent entrer en ligne de compte ?
Bonjour,
Et merci pour cet article, cela me permets d’identifier plus clairement les rôles que je joue ou que certain joue, en tout cas d’y mettre des mots et une forme concrète.
la question qui me vient, sortons nous de ces trois roles des fois ? ou la communication n’est faite que d’échanges de ce type ?
merci, vraiment excellent blog, les mots et les idées sont clairs et surtout accessible à beaucoup je pense.
J’ai découvert votre site par hasard vendredi dernier et je l’ai dévoré toute l’après-midi. Maintenant que je suis repue d’informations qui m’ont fait un bien fou et m’ont permis d’enfin identifier et mettre des noms clairs sur certaines de mes attitudes, j’aimerais vous poser une question concernant le triangle de Karpman. Je me suis rendue compte, il y a quelques temps que je débute toutes mes relations dans la position du « sauveur ». Élevée en Afrique, je viens d’une culture communautaire où les rôles sont attribués dès l’enfance: celui qui réussit le mieux doit assumer les rôles de « sauveur » ou de « persécuteur », et ça ne dérange personne. C’est une société où l’entraide, la solidarité, voire le sacrifice de soi pour le bien commun, sont valorisés. Et personne ne s’en porte mal. Puis j’arrive en Amérique du Nord, société très individualiste par excellence; l’Europe de l’Ouest, c’est de la gnognotte à côté. Et automatiquement, je me mets dans la position du sauveur, mais disons plutôt du Messie dans mon cas, car je suis très croyante et pour moi, c’est: « Si Jésus le fils de Dieu s’est mis au service de ses disciples, en allant même jusqu’à leur laver le pied, je dois en faire de même. » Mais ici, en Amérique, on s’en fiche de tout ça: c’est chacun, son bifteck et c’est « si je ne t’ai rien demandé, que tu veux m’en donner plus, ben, je me sers et voilà… ». Du coup, de « sauveur », je suis passée à « victime » puis la frustration m’a conduit à la position de « persécuteur ».
Tant que je vivais en Afrique, dans une société où l’individualisme n’a pas sa place, je me sentais normale et absolument pas en décalage. Mais, dans une société aux codes sociaux différents, le triangle de Karpman me permet de comprendre ce que je fais « mal ». Toutefois, quand j’interagis avec mes proches restés en Afrique, et qu’ils se comportent selon des schémas que j’identifie et qualifie maintenant, soit de « persécuteur » ou de « sauveur », je vois qu’ils sont désarçonnés par mes réactions de « rejet » car dans ma tête, c’est: « Cette dynamique est dysfonctionnelle et m’enferme dans des schémas qui ne me permettent pas d’évoluer, du moins dans la société dans laquelle je vis ». Alors, après cette looogue mise en contexte, cette histoire de triangle de Karpman, on ne peut pas dire que c’est une réalité universelle qui s’applique à toutes les sociétés humaines? Ça marche pour les sociétés occidentales, urbaines, individualistes, modernes mais je ne crois pas que ça marcherait pas pour des gens vivant au fin fond de l’Amazonie, de l’Océanie ou de l’Afrique. Qu’en dites-vous?