Reconversion professionnelle: la tentation de l’indépendance

 

Quand il s’agit de construire une nouvelle vie professionnelle, la tentation de faire cavalier seul en se mettant à son compte est grande, comme en témoigne le succès du statut d’auto entrepreneur, et l’une des raisons fréquemment mentionnée est la possibilité de travailler sans patron.

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Sans patron le bonheur?

Dans le discours collectif des salariés, le chef, le boss, le patron est une sorte d’entité qui a vite fait d’endosser à sons insu les rôles les moins enviables, depuis celui de harceleur ou de persécuteur patenté jusqu’à monsieur-je m’en-mets-plein-les-fouilles-pendant-que-les-autres-font-le-boulot. Le boss, c’est celui qui donne les ordres, qui prend les décisions, qui impose l’organisation, les horaires, les conditions, les contraintes et les objectifs, évalue les résultats, décide des promotions, des augmentations, qui fait  pression pour nous pousser à des performances inhumaines, qui abuse de son pouvoir,  etc.

Avec parfois un sens des relations qui n’appartient qu’à lui, la délicatesse du rhynocéros et les scrupules du matou qui fait ses griffes sur votre tapis d’orient tout neuf. Bref, le patron et ce qu’il représente n’a aucune difficulté à se trouver au hit parade des déclencheurs de stress et des désirs d’indépendance.

Tout cela est parfois vrai, dans une certaine mesure. Ce qui peut l’être moins, c’est la vision idyllique du travail à son compte que se font ceux qui imaginent qu’être indépendant, c’est exactement le contraire, puisque personne ne nous impose quoi que ce soit, que nous n’évoluons alors pas sous le joug pesant et infantilisant du patron. Car en tant qu’indépendant, nous nous retrouvons avec des patrons multiples: les clients. Aussi avant de croire que sans, patron, c’est le bonheur, n’oublions pas de nous interroger sur ce critère relationnel comme motif de reconversion professionnelle.

Autant sur le plan relationnel qu’organisationnel, être indépendant peut être aussi enthousiasmant qu’ insupportable, selon les types de situations professionnelles dans lesquelles nous nous sentons à l’aise, aussi avoir une idée claire de ce qui nous attend permet de faire des choix plus éclairés…

Les relations pénibles au travail sont-elles une raison suffisante pour changer de métier?

 

Les avantages de travailler en freelance

D’après le site netpme.fr, 87% des personnes qui se sont mis à leur compte “ne regrettent pas leur nouvelle orientation professionnelle.” Et cela n’étonnera guère, car à partir du moment où l’on s’est forgé une clientèle suffisante, les avantages sont nombreux:

 – L’autonomie, la liberté totale de choix concernant l’orientation et le développement,  les politiques commerciales et marketing de son entreprise.
 – La liberté d’accepter ou non des missions, et donc de choisir les plus enthousiasmantes (quelles que soient les raisons de l’enthousiasme!)
 – La flexibilité dans la gestion et l’organisation des tâches, du temps de travail.
 – La liberté de choix de l’environnement de travail. Les tiers-lieux ont de plus en plus de succès.
 – La reconnaissance plus accessible, par le contact direct avec le client et la vision concrète du fruit et/ou de l’utilité de son travail.

Le quotidien varié et les tâches multiples peuvent particulièrement convenir aux multipotentialistes qui y trouvent les moyens d’exprimer des compétences très diverses.

tiers lieux de travail

 

Les exigences du travail indépendant

Elles sont elles aussi nombreuses et nécessitent de jongler en permanence avec des responsabilités très diverses:

 – Jouer tous les rôles, enfiler tour à tour toutes les casquettes de l’entreprise: commercial, administratif, comptable etc. en plus de son métier.
 – Etre à l’aise avec la prise de décision, car seul aux commandes de son navire, c’est à lui qu’elles reviennent.
 – Etre à l’aise avec des revenus fluctuants, ce qui peut être difficile pour ceux avec un besoin fort de stabilité et de sécurité.
 – Savoir fixer des limites: de façon générale, les indépendants sont envers eux-mêmes des patrons bien plus exigeants que tous ceux qu’ils ont subi avant leur reconversion professionnelle: horaires de folie, peu de vacances, travail les samedis et dimanches et j’en passe.

De plus, de par la nature même du travail indépendant, ils n’échappent pas toujours au stress et aux contraintes. L’énorme différence, c’est qu’étant le produit d’un choix personnel, le stress est souvent perçu d’une manière bien différente de celui subi en entreprise. Et le plaisir au travail, pour peu que l’indépendant parvienne à fixer ses propres limites, peut être décuplé.

pour que la prise de décision cesse d'être une prise de tête

 

Compétences relationnelles et estime de soi

On l’oublie trop souvent, les relations à soi et aux autres sont le cocktail indispensable à la réussite de nos ambitions professionnelles, quelles qu’elles soient. Etre à son compte nécessite donc des compétences relationnelles fortes et une estime de soi solide pour faire face à toutes les situations, parfois déstabilisantes, lorsqu’on est aux commandes de sa propre entreprise:

 – Avoir une estime de soi solide pour être en mesure de gérer les aléas économiques, les revers et les difficultés en mode valorisation ou triplettes du coaching.
 – Avoir une assurance sereine (non arrogante) et dynamique à la fois pour être convaincant face à ses partenaires professionnels.
 – Etre sorti des rôles relationnels pour se positionner d’égal à égal avec ses partenaires professionnels, que l’on soit en position d’expert ou de demandeur.
 – Avoir un leadership de soi bien ancré pour gérer son entreprise en totale cohérence avec soi-même et donner envie aux clients de travailler avec nous.

Le leadership de soi condition préalable au leadership tout court

 

Auto coaching: comment savoir si on est fait pour être indépendant?

Je n’ai cédé à la question classique qu’en apparence: pour moi, elle ne se pose pas en ces termes, car s’imaginer qu’on est “fait” ou “pas fait” pour être indépendant est une croyance limitante, une idée reçue. En effet, les compétences énoncées ci-dessus et la posture entrepreneuriale peuvent s’acquérir ou se développer, à partir du moment où le candidat à la reconversion montre une certaine motivation.

Oublions donc les tests ou critères!

Ainsi, certains sont, par exemple, tout à fait à l’aise avec l’exécution de tâches déterminées par d’autres et peuvent n’avoir aucune envie de se retrouver dans les bottes d’un décideur. Inversement, un exécutant hors pair, mis en présence de décisions difficiles à prendre qui ne concernent que lui et son entreprise, peut se découvrir une motivation enthousiaste à le faire. Inversement encore, s’il a une appétence particulièrement limitée pour certaines tâches inhérentes à un statut d’indépendant, il est souvent possible de les déléguer à des professionnels compétents. Dès lors, les questions à se poser seraient plutôt:

Dans quelle mesure puis-je répondre à ces exigences?
Quelles compétences, qualités ou ressources puis-je mettre au service de ces exigences?
Quelles sont celles que j’ai besoin de développer?
Dans quelle mesure ai-je ENVIE de les développer?
Quelles solutions pour faire sans celles que je n’ai pas envie de développer?

Où, quand comment, à qui déléguer?
Quelles solutions pour développer celles que je veux développer?

 

Explorer le désir de reconversion et la tentation de l’indépendance

Comme toujours, il me semble qu’au final, avant de prendre des décisions qui engagent l’avenir, comme renoncer par crainte des difficultés ou foncer tête baissée sans avoir conscience des obstacles, l’important est de s’autoriser l’exploration du désir de reconversion, de travail indépendant pour pouvoir faire un choix en connaissance de cause. Autorisons-nous donc la réflexion, puisqu’elle n’est pas une prise de risque.

Transition professionnelle: la reflexion n'est pas une prise de risque


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Aller plus loin

Vous voulez construire et entretenir une posture, un état d’esprit et un relationnel sereins et dynamiques à la fois, propices à la concrétisation de vos aspirations professionnelles? Pensez au coachingPour tous renseignements, contactez Sylvaine Pascual 

 

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4 Comments

  • MADmoiselle dit :

    Bon sang de bois !!! En ce moment j’ai un mal fou à venir sur ton blog… La Note d’avant (enfin, celle avec la statue en illustration) : impossible de lire plus que le début et encore moins de poster. Là, ça rame encore un peu mais ça va mieux 🙂
    Bref, c’est ce que nous penseons faire aussi avec le projet de librairie… Ne pas avoir un patron qui n’y connaît rien sur le dos, quelle liberté. Bon, c’est sûr qu’il y a aussi certaines contraintes… mais, c’est à nous de redresser la barre 🙂

  • fredheas dit :

    Merci pour ces précieux conseils @Sylvaine!
    Excellente fin de soirée à toi! 😉

  • annie dit :

    c sûr,il faut continuer à se lever tôt le matin,faire sa journée et régler les problème ensuite: le soir et les week-end! en plus qui dit vacances dit: pas de rentrée d’argent! et faut pas être malade non plus parce que ça coûte la peau des fesses…….;bref sinon c’est vrai que c l’indépendance par rapport à la gestion de son activité.
    Bon courage à tous
    annie

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