10 bonnes raisons de cultiver l’émerveillement au travail

Sylvaine Pascual – Publié dans Vitamines mentales / Talents et ressources

 

 

Nous l’avons vu, le sens de l’émerveillement est une qualité remarquable. Mais de là à la cultiver au travail, il y a toutes les barrières invisibles des idées reçues sur les comportements adultes et responsables. Voici donc 10 bonnes raisons de nous y mettre, au bénéfice de notre humeur et de la capacité à se faire plaisir au travail.

 

 

Cultiver le sens de l'émerveillement

 

 

 

L'émerveillement, énergie douce au service du plaisir au travailJ’ai eu l’occasion d’évoquer longuement le sens de l’émerveillement et ses bénéfices avec Isabelle Leclerc de Hauteclocque – consultante RH et coach, qui l’intègre avec beaucoup d’intelligence dans sa pratique et considère que “l’émerveillement et son énergie douce sont au coeur du métier d’accompagnement des transformations.”

 

Isabelle intervient dans le domaine de l’accompagnement humain des changements, notamment par le développement de:

 

 

  • Nouvelles formes de leadership
  • L’intelligence collective
  • Les compétences individuelles et collectives en matière de changement

Sa vision m’a particulièrement intéressée, aussi j’ai eu grand plaisir à lui proposer de venir co-écrire avec moi duex billets, sur les bénéfices de l’émerveillement et comment nous pouvons en mettre (bien) davantage dans nos vies professionnelles.

 

 

L’émerveillement : point commun entre les enfants et les scientifiques 

 

l'émerveillement, point commun entre les scientifiques et les enfants

Pour l’enfant, tout est nouveau, il accède progressivement à la connaissance par l’émerveillement. Ensuite, il perd peu à peu cette capacité en faisant l’expérience de la violence, de l’absurde, de l’injustice, etc. La notion d’émerveillement est de surcroît largement absente de la pédagogie scolaire.

 

Malgré tout, certaines personnes conservent ou retrouvent cette capacité d’émerveillement en constatant que le monde n’est pas uniquement solitude, injustice, violence, horreur, absurdité, ennui, qu’il est aussi soutien, douceur, beauté, étrangeté, possibilités, merveilles. Dans des circonstances de chaos extrême, l’émerveillement devient alors porteur de sens, ressource personnelle. Parmi de nombreux exemples, citons les récits de:

 

  • Viktor E. Frankl, Découvrir un sens à sa vie (Poche 2013)
  • Patrick Bourdet, Rien n’est joué d’avance (Fayard, 2014). 

Ni pessimisme cynique, ni optimisme béat, l’émerveillement permet précisément de sortir d’une vision manichéenne du monde. Comme le chercheur d’or qui découvre des pépites dans la boue, loin de nier la dureté du monde, il y cherche des moyens de donner du sens.

 

Chez les scientifiques, depuis les paléoanthropologues dont chaque découverte repousse les limites de la connaissance de l’évolution humaine jusqu’aux astrophysiciens qui ne sont pas prêts de connaître tout l’univers, en passant par les mathématiciens, les biologistes, … l’émerveillement est familier. Ce mot exprime à la fois le plaisir, la joie de la découverte qui survient au milieu des difficultés, pas toujours là où on l’attendait, mais aussi l’humilité qu’il suppose et suscite.

 

Pour Albert Einstein, “Celui qui ne possède pas le don d’émerveillement ni de ravissement, autant vaudrait qu’il fut mort : ses yeux sont fermés.” Il devient incapable de saisir “la structure grandiose de tout ce qui est”, inapte à comprendre le monde et ses mystères, à le questionner, à en faire quelque chose.

 

 

 

Joie de la découverte et recherche de sens

 

Entre étonnement et recherche de sens (dans tous les sens, justement, du terme), l’émerveillement devient un moyen : c’est parce qu’ilsque les scientifiques s’émerveillent de l’univers, de la nature, du corps humain etc., de ce qu’ils peuvent y découvrir, en apprendre, en faire, qu’ils sont capables de patience et de ténacité pour mener des recherches parfois longues, parfois fastidieuses, parfois infrucuteuses bref, d’un travail dont le quotidien n’est pas fait que découvertes géniales et de remises de prix Nobel.

 

cultiver l'emerveillement

 

Au-delà de leurs spécificités, les exemples de l’enfant et du scientifique montrent que l’émerveillement est lié à:

 

  • la découverte de l’inconnu
  • l’acquisition de connaissances nouvelles

 

 

10 bonnes raisons de remettre de l’émerveillement dans l’entreprise

 

Bizarrement, ce mot est quasi inexistant dans les organisations. Essayez d’y prononcer le mot « émerveillement » et vous verrez des sourires étonnés, gênés, peut-être même sarcastiques. Demandez à vos interlocuteurs s’ils ont déjà entendu ce mot dans leur entreprise: perplexité garantie ! Et pourtant, il semble bien qu’il y ait de bonnes raisons à cultiver un émerveillement qui non seulement ne coûte rien mais a de multiples bénéfcies:

 

 

1- Stimuler la créativité, l’innovation, la résolution de problème

L’émerveillement stimule la créativité parce qu’il suppose de porter un regard neuf sur notre environnement, nos habitudes, nos représentations. Il comporte quelque chose d’humble mais aussi d’audacieux, d’espiègle, voire de transgressif – puisqu’il s’octroie le droit là où il existe si peu. Humilité d’accepter que nous ne connaissons jamais tout d’une personne, d’un paysage, d’un problème, … et audace de l’acteur innovant qui prend le risque de sortir du cadre habituel de la pensée, des façons de faire.

 

Ce regard neuf permet de découvrir du beau, du nouveau, de l’inédit.  Il y a là quelque chose de l’ordre de la sérendipité dans la mesure où les surprises surviennent par hasard mais aussi parce que nous sommes dans un état de veille, de « chercheur » d’émerveillement. Ces découvertes, mises au service de la créativité, aident à la gestion des imprévus, à la résolution de problème à la débrouillardise.

 

 

2- Faire de ses émotions une ressource

S’émerveiller, c’est aussi parler de façon très ouverte d’une belle surprise et accepter un tant soit peu de se laisser toucher. Vue, ouïe, odorat, … quels que soient les sens en jeu, le résultat, c’est une palette d’émotions positives d’intensité variée. En effet, l’émerveillement peut être quelque chose d’extrêmement simple (un sourire, un geste bienveillant, un bonjour) ou beaucoup plus exceptionnel (la découverte d’une nouvelle planète, le premier vol d’un nouvel avion, etc.).

 

Dans un autre registre, on peut aussi s’émerveiller de ces émotions négatives, fidèles gardiennes de notre bien-être, qui nous apportent des messages cruciaux sur comment le cultiver et le préserver.

 

Dans les deux cas, les émotions deviennent une ressource plutôt qu’un “problème”. Retrouvant leur fonction première, nous pouvons nous appuyer dessus en toute quiétude, les exploiter, comme nous sommes censés le faire, plutôt que nous acharner à les refouler ou à les contrôler.

 

 

3. Aiguiser la soif d’apprendre

Enfants ou scientifiques ont en commun d’accéder à la connaissance par l’émerveillement. Les émotions positives qu’il suscite ouvrent l’appétit, donnent envie d’aller voir plus loin, de comprendre, de découvrir. Un cheminement cérébral individuel ou collectif transforme alors l’émerveillement en curiosité et en apprentissage: devant une pomme qui tombe, c’est lui qui incite Newton à réfléchir et à élaborer la loi de la gravitation universelle.

 

l'émerveillement donne au scientifique sa ténacité

 

Comme pour les scientifiques, l’émerveillement favorise aussi l’envie de tester d’expérimenter – des hypothèses, des méthodes, des stratégies etc. Voir aussi

4- Renforcer la relation par le partage

L’émerveillement est contagieux et naturellement tourné vers l’autre : notre premier réflexe est bien souvent de chercher à partager cette surprise positive. Partager un sujet d’émerveillement crée alors du lien tout en augmentant la joie de celui qui a fait cette expérience et qui veut la transmettre, comme de celui qui la reçoit. C’est une énergie qui invite à la fois à aller plus loin et à aller vers les autres.

 

 

5- Augmenter la capacité à saisir les opportunités

L’ouverture d’esprit que suppose l’émerveillement permet d’être à la fois vigilant et attentif au monde qui nous entoure. Ce qui stimule la capacité à identifier les opportunités – un naturel méfiant, cynique ou dubitatif aura beaucoup trop tendance à se concentrer les inconvénients, les difficultés et les “oui, mais” pour reconnaître facilement une véritable opportunité.

 

 

6- Favoriser la résilience individuelle

Notre cerveau est naturellement cablé pour attirer notre attention sur ce qui ne va pas et doit (devrait) être traité. Cette aptitude a été renforcée par l’avènement de la raison au point de perdre la capacité à s’émerveiller qui venait équilibrer l’ensemble. Redévelopper le sens de l’émerveillement, c’est redonner de la place aux émotions positives et s’en nourrir de façon à engranger cette énergie pure, sur laquelle il est possible de s’appuyer lorsque les aléas de la vie personnelle ou professionnelle viennent ébranler notre équilibre interne. Il favorise ainsi la capacité à rebondir dans l’épreuve. Voir:

 

7- Renforcer la bonne humeur

Véritable concentré de vitamines mentales, s’émerveiller,  c’est collectionner les instants cléments, la beauté, les moments heureux, si ténus ou éphémères soient-ils, tout ce qui fait que la vie peut être belle. Et ceux-ci suffisent à améliorer l’humeur, à renforcer une joie de vivre qui facilite la confrontation aux difficultés. Cette bonne humeur est aussi un virus hautement transmissible qui aura des répercussions positives sur l’humeur de l’entourage. Voir

 

8- Augmenter la résilience collective

Etre capables de s’émerveiller ensemble, ou a minima de se laisser emener par l’émerveillement d’un collègue ou d’un collaborateur renforce les liens, donc le sentiment d’appartenance et l’humeur. Les trois sont hautement responsables de la capacité collective à être résilents face aux épreuves de le vie professionnelle. Voir

 

9- Diminuer le stress et réenchanter le travail

De Christophe Dejours* à l’Essec**, l’idée de réenchanter le travail est devenue omniprésente, comme solution à son antonyme, le désenchantement responsable de démotivation, de désengagement, de perte d’efficacité, de stress. Revenons tout simplement à la définition du verbe « désenchanter »: “Désillusionner quelqu’un, lui faire perdre son enthousiasme. Décevoir, désappointer” (Larousse).

 

Réenchanter le monde, ce serait donc retrouver l’enthousiasme, l’esprit de découverte,  répondre à des attentes (en particulier le besoin de reconnaissance, de recréer du lien, de restaurer de la confiance). Réenchanter le travail, ce serait donc lui redonner du sens, de la saveur, du plaisir. Jacques-Yves Cousteau disait “Pour leur faire aimer la mer, il faut les émerveiller autant que les informer”. Au fond, il en va de même pour le boulot.

 

 

10 – Augmenter l’efficacité personnelle et professionnelle

Parce qu’ils sont naturellement observateurs (de tous leur sens) et parce qu’ils se laissent aller à savourer la beauté, l’intelligence ou l’intérêt de ce qui les entoure, ceux qui ont le sens de l’émerveillement se ressourcent plus facilement que les autres – s’émerveiller un instant est une micro pause ultra salutaire pour le cerveau sur-sollicité, et un cerveau reposé est une cerveau efficace. D’autre part, ils ont davantage de facilité à repérer et avoir envie d’expérimenter d’autre vecteurs de performance.

 

 

Au final, tout cela est bon pour l’estime de soi et donne envie de passer à l’action, d’entreprendre toutes sortes de projets.

Cet échantillon des bénéfices de l’émerveillement n’est pas exhaustif, tant il est une force qui met en mouvement, un moteur de l’action et du sentiment de satisfaction. Cependant il aura, nous l’espérons, piqué votre curiosité et votre envie d’en apprendre davantage sur les moyens de l’utiliser en entreprise, au service de l’efficacité et du plaisir individuels et collectifs, de la collaboration et du sens du travail. Renvez-vous la semaine prochaine pour explorer 10 façons de cultiver l’émerveillement au travail;)

 

 

*  Christophe Dejours, La panne. Repenser le travail et changer la vie (Bayard, 2012)

** « Réenchanter l’entreprise », thème choisi par Le Club ESSEC Entrepreneurs en association avec le Club ESSEC Spiritualité pour sa conférence du 13 février 2014.

 

 

Ressources externes

Votre enfant intérieur détient les clés – Clés magazine

S’émerveiller, une solution pour être heureux? – Inrees

 

 

Voir aussi

S’émerveiller

A la rencontre de la beauté

Eloge du plaisir

L’aigle en chacun de nous

10 aptitudes pour un état d’esprit serein et dynamique

Bien-être: la vie est belle!

Regarder grandir

 

Aller plus loin

Vous voulez construire et entretenir une posture, un état d’esprit et un relationnel sereins et dynamiques à la fois, propices à la concrétisation de vos aspirations professionnelles? Pensez au coachingPour tous renseignements, contactez Sylvaine Pascual au 01 39 54 77 32

 


2 réflexions au sujet de « 10 bonnes raisons de cultiver l’émerveillement au travail »

  1. Emerveiller, enchanter dans son travail, avec ses collègues, ses partenaires permet effectivement d’aller plus loin dans ses relations avec les autres, d’en tirer plus de profils.
    Je mentionnerais également dans la même optique l’ouvrage de Guy Kawasaki: L’art de l’enchantement.

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