Emotions: éloge du plaisir

Sylvaine Pascual – Publié dans: Comprendre les émotions   /  Vitamines mentales

 

 

Ce plaisir bienfaiteur, qui nous nourrit l’âme autant que les boles de Picolat remplissent l’estomac, développe la motivation et la joie de vivre, le sentiment de satisfaction et nous procure une énergie tenace, un peu comme une sorte d’éolienne intérieure: écologique et renouvelable.

 

 

 

Le plaisir et ses multiples bienfaitsPlaisir et digression rugbystique

 

Chers lecteurs, permettez-moi un préambule en forme de digression enthousiaste et rugbystique: en 2009, L’Usap, l’équipe de rugby de Perpignan a remporté le championnat de France.  Bonheur immense pour tout un peuple uni autour de son équipe de rugby! Mais au delà même de la joie de la victoire, ce qui m’intéresse aujourd’hui, c’est le plaisir immense que nous autres Catalans avons eu à nous retrouver, en famille et entre amis, un verre de muscat dans une main et un escargot dans l’autre, revêtus de sang et d’or, simplement pour encourager nos petits.

 

Trois sources de plaisir d’un coup: relationnel, sportif et gustatif, trois manières conjuguées de profiter des bienfaits insoupçonnés de cette émotion parfois mal perçue:  ancrer la bonne humeur et emmagasiner une énergie précieuse, un plein ultra efficace de vitamines mentales!

 

 

 

Nés pour le plaisir

 

Le plaisir une une émotion simple, avec une fonction simple: il participe de la survie des espèces en leur indiquant la satisfaction de leurs besoins. Par extension, à l’époque moderne, il nous indique ce qui est bon pour nous, les clés de notre bien-être. En d’autres termes, nous sommes nés pour le plaisir et nous ne le savions pas.

 

C’est épatant de voir à quel point le terme de plaisir est associé à un but peu respectable, teinté d’abus, d’obscénité, d’égoïsme, de paresse, d’obésité, d’oisiveté, d’inconséquence etc., qui montrent combien le jour où l’Homme s’est mis à réfléchir et à raisonner sur les émotions, il aurait sans doute mieux fait d’aller s’étendre au soleil dans une prairie verte et de s’émerveiller de l’instant présent en regardant avec béatitude les papillons folâtrer dans les fleurs sauvages. Ou bien d’organiser une cargolade.

 

En effet les convictions héritées de la société, la famille, le milieu, la culture, l’éducation etc.  nous poussent à croire en vrac:

 

  • que le plaisir se mérite
  • qu’il est suspect
  • qu’il est honteux
  • qu’il viendra à qui sait attendre
  • qu’il détourne de la réalité
  • qu’il y a un temps pour tout
  • qu’il est égoïste
  • qu’il coûte cher
  • qu’on est pas là pour rigoler et j’en passe.

On peut regarder le plaisir avec mépris, le vouer aux gémonies tant qu’on veut, sa recherche guide pourtant nos comportements: connaissez-vous beaucoup de gens qui cherchent un emploi dans l’espoir de s’y emmerder à mourir, qui choisissent délibérément des amis qu’ils détestent, des vêtements qui leurs déplaisent, de la nourriture qui les dégoûte, des loisirs qui les ennuient?

 

 

 

L’écueil du plaisir compensatoire

 

Le plaisir indique la satisfaction d’un désir, lui-même parfois trompeur, et c’est là que le bât blesse et que le mulet commence à se gaver de bunyetes (à défaut de fraises Tagada) ou à acheter 4×4 plus gros que celui du voisin. Car ce désir a une fonction claire: combler un besoin.

 

Cette part d’instinct sait très bien ce dont nous avons besoin, mais à force de raisonnement raisonnable, nous ne comprenons plus son langage et tombons parfois dans le plaisir compensatoire (ou plaisir indirect) et culpabilisant. Ainsi on se gave de biscuits apéros pour combler un manque affectif, ou bien on veut absolument une piscine pour épater le voisin , croyant ainsi se valoriser. Mais en réalité, on renforce au passage  les émotions négatives, puisque le besoin réel n’est pas comblé.

 

Ce n’est donc pas le plaisir qui est responsable de l’obscénité, l’inconséquence et tous les vilains comportements évoqués plus haut, mais l’attitude compensatoire suite à un décalage entre le message envoyé et le message reçu.

 

 

 

Réhabiliter le plaisir

 

En nous indiquant ce qui est bon pour nous, pour notre bien-être physique, relationnel et psychologique, il contribue ainsi à l’équilibre biologique, physiologique et émotionnel, avec un effet calmant qui permet la prévention d’un stress inutile et de nombreuses autres vertus:

 

  • Il renforce le système immunitaire
  • Il aide à développer la joie de vivre et le sentiment de satisfaction.
  • Il participe du développement de relations satisfaisantes et dénuées de jeux de pouvoir (trouver jouissif d’avoir le dernier mot, de rabattre le caquet  etc. sont des plaisirs compensatoires)
  • Il contribue au développement de l’estime de soi et d’un bien-être général
  • Il favorise un dynamisme et d’une vitalité à la fois physiques et psychologiques, qui facilitent la vie, le rendent plus belle et limitent le trou de la Sécu car au passage:
  • Il permet d’être en meilleure santé.

Selon le physiologiste canadien Michel Cabanac, professeur à la Faculté de Médecine, et pour qui l’émotion est un aspect de l’intelligence, “La recherche du plaisir est la force motrice qui gouverne nos comportements et nos prises de décision et, à ce titre, elle peut être considérée comme la cinquième grand force de la nature”. Toujours selon lui, la notion de plaisir “est libératrice et conduit à une éthique de l’effort et du don de soi.”

 

Comme ça, le plaisir n’est pas égoïste et ne rend pas paresseux!!
Alors cessons de culpabiliser, débarrassons-nous de morales asservissantes qui nous privent de la liberté d’être bien dans nos jolies godasses et autorisons-nous le plaisir, en particulier dans nos vies professionnelles, alourdies par le joug des idées reçues et des messages contraignants. Parce que la vie est trop longue pour ne pas se faire plaisir au boulot et que le job idéal est simplement une réalité à inventer.

 

Jouissif, simple ou jubilatoire, le plaisir s’exprime de bien des manières, de la béatitude à l’émerveillement, du contentement à la volupté, et il est bon à prendre, qu’il soit physique ou intellectuel. Rappelons que le plaisir est relatif et individuel, ce qui nous fait plaisir dépend uniquement de nous et que chacun est seul à déterminer le degré de plaisir que lui procure telle ou telle action.

 

  • Qu’est-ce qui vous fait plaisir?
  • Dans quelle mesure vous accordez-vous le droit de vous faire plaisir?

 

 

 

Mini coaching: halte aux plaisirs compensatoires

 

Les passionnantes recherches de Michel Cabanac ont montré entre autres, que le plaisir d’une cuillerée d’eau sucrée devient déplaisir quand on a passé le seuil de satiété. Aussi si je me goinfre de pizza sans m’en dégoûter, il est possible que je comble un besoin autre que celui de manger…

 

  • Dans quelle mesure ce qui vous fait plaisir est-il compensatoire? Soyez honnête avec vous-même car nous avons tendance à éviter de regarder en face nos compensations. Observez les raisons qui vous poussent à combler tel ou tel désir. Observez dans quelle mesure ce qui vous fait plaisir a des conséquences négatives pour autrui, pour vous-même.
  • Quel besoin mal comblé se cache derrière ce plaisir compensatoire??
  • Comment le combler pour accéder à un vrai plaisir?

 

 

 

Mini coaching: mettre davantage de plaisir dans sa vie

 

Rappelons pour la forme qu’il existe mille manières de se faire plaisir, physiquement et intellectuellement, pour pas cher et facilement: je vais me faire plaisir en faisant ma réac deux minutes: on peut jouer au basket sans WII. A vous de jouer!

 

  • Quels sont les plaisirs non compensatoires que vous avez envie de développer?
  • Qu’allez-vous faire pour mettre davantage de plaisir dans votre vie personnelle?
  • Dans votre vie professionnelle?
  • Dès demain?
  • A court terme?
  • A moyen terme?
  • A long terme?

 

 

 

 

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11 Comments

  • MADmoiselle dit :

    Je rapproche le plaisir au problème de procrastination ; si ça ne me procure pas de plaisir immédiat, j’ai tendance à procrastiner.
    Par exemple, le ménage… ça me gave. Je suis obligée de sortir le balai au milieu du couloir pour penser à le faire et m’y obliger. Par contre, si je vois que c’est sale par terre, ça me fera plaisir de voir un sol propre, et là je le fais. Malheureusement, s’il faut attendre que ça soit sale par terre, heu… :/

  • MADmoiselle dit :

    Euh… 😀 Bin… je regarde mon agenda… Ah non, ça va pas être possible 😀

    C’est ce que je me disais après avoir répondu à ta note : mon problème, c’est que je n’arrive pas à me projeter dans l’avenir, je n’ai jamais su.

  • MADmoiselle dit :

    De rien 😉 😀

    Je sens que ça va m’être utile 🙂

  • Merci pour ces textes
    Est il possible de reprendre, la semaine prochaine, des extraits de cet article sur mon blog ?
    Par ailleurs je serais heureux de pouvoir mettre aussi votre blog en lien sur le miens

    chaleureusement

  • Gérard dit :

    Bonjour

    Que de bonheur dans cet article , cela va me permettre de me poser des questions ..qui je l’espère seront les bonnes.
    Cordialement
    Gérard

  • Romain dit :

    Heu, j’ai pas tout compris mais, franchement, je savais pas que le plaisir c’était si compliqué, sinon l’image est magnifique

  • Bonjour,

    j’apprécie l’article. Notamment la réflexion entamée sur les plaisirs profonds.
    En effet, il y a des plaisir qui constituent nos raisons de vivre. Il y a des plaisirs émancipateurs, et d’autres qui sont aliénants, ou de peu d’intérêt. Connaître ces plaisirs, les explorer, les visiter, et se donner des plaisirs profonds mène à une existence pleinement épanouie..

    • Sylvaine Pascual dit :

      Bonjour Nicolas,
      Effectivement tout l’art de se faire plaisir réside dans la faculté à faire la différence entre les deux, pour ne pas tomber dans les pièges des plaisirs immédiats ou compensatoires.

  • Sensilux dit :

    Les grands plaisirs se cachent souvent dans les petites choses. Il faut tendre l’oreille, affuter son regard, mettre son imagination à contribution pour capturer ses instants fugaces, ces opportunités évanescentes où le plaisir sort de sa cachette, le nez en l’air, prudent, prêt à s’enfuir. Octroyons-nous le permis de chasser !

    • Sylvaine Pascual dit :

      Comme c’est joliment dit!
      A lire, à entendre dans ses pensées, ces mots enchanteurs sont déjà les prémisses du plaisir recherché, merci de les avoir partagés:))

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