15 trucs infaillibles pour ne pas obtenir ce que l’on demande

Une requête spécifique? Un comportement qui nous dérange et qu’on veut voir modifier? Réussir à ne pas obtenir ce que nous demandons est un art que nous maîtrisons bien malgré nous.  Des moyens de rater ses demandes, il n’y a qu’à demander, il y a en veux-tu en voilà. Détaillons-en 15, histoire d’être sûrs et certains de réussir à rater nos demandes…

Stratégie d’échec

Le pompon d’or de la stratégie d’échec érigée en solution miracle est décernée ce mois-ci à Capital.fr qui a réussi à simplifier jusqu’au simplisme contre-productif une méthode qui avait été expliquée dans Management.

15 trucs infaillibles pour rater sa demande assertiveQuitte à ne pas obtenir ce qu’on veut, autant ne pas s’en tenir à leurs explications et se contenter d’un mollasson “je voudrais davantage de considération” gentiment inscrit dans un discours Victime qui transforme en serpillière, certes, mais qui reste la conséquence maussade d’habitudes de communication. Autant y aller franco, avec panache et s’assurer la non communication totale en exploitant toute la gamme des moyens infaillibles pour que les parties cessent de s’écouter quelque part entre la première et la quatrième phrase.

Cultivons donc les nombreux moyens linguistiques et contextuels à notre disposition, pour que ne pas obtenir ce qu’on demande deviennent un art consommé, une marque de fabrique, un mode de vie. Et surtout, évitons le piège de l’élégance relationnelle qui pourrait nous rendre aimables et affirmés! Au boulot!

1- Penser que rien ne marchera, puisqu’on l’a déjà demandé

Un grand classique chez ceux à qui on propose la demande assertive ou la communication non violente. Einstein disait ” « La folie, c’est se comporter de la même manière et s’attendre à un résultat différent.  » Et il avait raison, le bougre! Alors soyons fous, continuons à demander de la même manière ce qu’on est pas parvenu à obtenir jusqu’ici, ça nous évitera d’obtenir un résultat qui ressemblerait à une réussite.

Les pièges à éviter: accepter d’appliquer scrupuleusement les étapes de la CNV ou de la demande assertive en se disant que c’est un peu comme toute activité nouvelle: les premières fois, on est moyennement à l’aise. Avec un peu de pratique, vous risqueriez de parvenir à la maîtriser avec aisance

la communication non violente pour recadrer un comportement pénible

2- La demande version Persécuteur patenté

La demande-caprice excessive et auto-centrée, ou bien l’avalanche de demandes dictatoriales, version petit Persécuteur du quartier, sont un moyen particulièrement efficace de tuer dans l’œuf l’efficacité d’une demande assertive, car vous tombez alors dans l’utilisation manipulatrice de l’outil. Le pourcentage de chances pour générer la méfiance, puis la rébellion est délectable: élevé à souhait.

Les pièges à éviter: Savoir distinguer les situations qui dans lesquelles la CNV est largement suffisantes de celles qui nécessitent une demande assertive ou une limite. Savoir réserver cette dernière aux situations intolérables, aux comportements qui menacent directement votre intégrité physique ou morale, et la demande assertive à celles qui heurtent vos valeurs ou votre bien-être d’une façon significative. Vous risqueriez de gagner en crédibilité sereine qui sait quand s’affirmer. Et vous attirer le respect.

3 niveaux de communication pour recadre un comportement pénible

3- Omettre de définir à ce qu’on veut obtenir, exactement

Quand un comportement lourdingue suscite la colère, nous sommes souvent aveuglés par celle-ci, que nous ne savons la plupart du temps pas lire. Nous omettons alors de réfléchir à ce que nous voulons obtenir, et cela suscite quelques pierres précieuses de la stratégie d’échec: des non demandes, des demandes incohérentes,des demandes qui cherchent à reprendre le pouvoir sur l’autre, et rien de bien constructif pour la relation.

Les pièges à éviter: creuser ce que la situation nous renvoie pour aller chercher le message qu’on souhaite réellement transmettre. Cela risquerait de faire sens à l’oreille de l’indélicat, qui pourrait bien le comprendre, le message.

la lecture émotionnelle au service du plaisir au travail

4- Les non demandes

C’est vraiment le bazar dans ce bureau” Ces petites réflexions en forme de messages codés sont de l’or en barre dans la non communication. Elles qui se veulent culpabilisantes et cherchent à “faire comprendre”, y compris en mode grononitude qui grommelle ont en réalité l’art d’être indéchiffrables par l’auteur du comportement qui nous agace: si la personne en question avait le même sentiment que vous sur ce qui constitue “le bazar”, elle agirait probablement autrement. Message nul et non avenu, l’interlocuteur aura juste l’impression que vous vous parlez à vous-même. Et s’il décèle la tentative de manipulation, il prendra un malin plaisir à vous donner ce que vous chercher: la non-réponse à une non-demande.

Les pièges à éviter: la demande claire et directe. En l’absence de tentative de manipulation et en présence d’une demande spécifique, l’interlocuteur risque de se sentir concerné par votre propos. Et de l’entendre.

15 trucs infaillibles pour rater sa demande assertive

5- Le “tu” qui tue

Le “tu” bien brutalement accusateur, mis au tout début du début de la première phrase de votre demande revêtue des oripeaux du reproche a bien des vertus: il tue la communication bien plus vite qu’un papier tue-mouche n’englue la ténue bestiole.

Le tu, ce premier coup porté qui vous garantit immédiatement la mise en défense de votre interlocuteur, qui ferme illico les écoutilles pour concentrer toute son énergie sur la façon dont il va se sortir de ce mauvais pas. Et comme dans les arts martiaux, l’exercice va consister à repérer dans votre discours non pas le sens du message, mais quels mots peuvent être retournés contre vous. Fin de la communication.

Les pièges à éviter: parler de vous au lieu de parler de l’autre. Vous risqueriez alors de susciter intérêt et empathie, ce qui ne va pas du tout, mais alors pas du tout dans le sens d’une demande non entendue. A bon entendeur…

6- Les interprétations

Elles ont cela de magique qu’elles sont, la plupart du temps, totalement ou partiellement fausses et/ou exagérément centrées sur nous-mêmes. Un “j’ai bien compris que tu fais ça pour…” et hop! l’instinct de survie de votre interlocuteur va immédiatement se jeter sur ce qu’il va considérer comme des petits mensonges pour les retourner contre vous. La communication est morte et enterrée, car il va à présent surtout chercher à vous faire admettre sa vérité à lui.

Les pièges à éviter: se contenter d’exprimer les faits, rien que le faits, dépouillés de toute interprétation. Il se pourrait alors que votre demande corresponde à une réalité observable, donc audible pour votre interlocuteur et, ô malheur, qu’il la prenne en compte au lieu de la rejeter en bloc. Vous risquez alors de débuter une conversation dans laquelle il y a communication, au lieu de rester dans les modèles rêvés dans lesquels chacun se parle à lui-même.

les interpretations abusives, bombe à retardement de la relation

7- Les généralisations abusives

Consteller votre discours de toujours et de jamais est un atout majeur dans votre stratégie d’échec: c’est là un moyen redoutablement efficace de réveiller les souvenirs de votre interlocuteur. Pour prendre un exemple trivial de la vie de bureau: “Oui, y’en a marre, c’est toujours moi qui fait le café le matin” est une formule formidable: elle rappellera immédiatement à votre interlocuteur ce jour glorieux de janvier 2005 où il sait très bien qu’il a fait le café (parce que c’était le jour ou Duschmoll a eu la promotion à sa place et qu’il avait besoin de réconfort ou tout autre explication). Une fois votre discours mensonger étalé au grand jour, vous avez gagné: la conversation est terminée, votre interlocuteur aura surtout envie de démontrer que vous racontez des salades.

Les pièges à éviter: la nuance. La nuance dans l’exposition des faits, à l’aide d’expressions comme “il arrive que” pose un problème majeur: elle risque d’inscrire votre discours dans l’indéniable, et donc de déboucher sur un échange serein et peut-être même un compromis. Tout, mais pas ça…

8- Les valeurs universelles

Encore un outil merveilleux: ériger ses propres valeurs en vérité universelles a l’immense mérite de revenir à expliquer à l’autre combien il n’en a pas, lui, de valeur, puisqu’il ignore celles qui structurent le monde. Un “tu comprends bien que cela ne se fait pas” bien placé et c’est la rupture consommée: vous n’appartenez pas au même monde, vous n’avez pas les mêmes valeurs, fin de la conversation. Et votre interlocuteur aura surtout envie de vous les faire bouffer en salades, vos valeurs de donneur de leçons.

Les pièges à éviter: exprimer ses sentiments. Parler de ce que nous ressentons, nous, face au comportement de l’autre est une menace directe à la réussite de notre échec, car exprimer nos émotions suscite l’empathie.

principes ou valeurs, nous les exigeons d'autrui plus que nous ne les appliquons nous-mêmes

9- La demande vague

Jouer au maximum sur l’ambiguïté à coup de concepts galvaudés et de termes vagues. Ce qu’il y a de formidable avec une expression comme « je voudrais plus de considération » (exemple malheureux de l’article sus-mentionné), c’est que l’imprécision rend l’obtention de ce qu’on veut quasi impossible. Ce « plus » fabuleux, qui prétend quantifier l’inquantifiable inquantifié! Ce concept indéfini de “considération” qui se pose en vérité universelle insaisissable ! On pourrait aisément le remplacer par « respect » et obtenir le même résultat : se placer dans une dimension spatio-temporelle qui exclut l’autre, puisqu’il ne sait pas de quoi elle est faite. Et finir en Victime qui s’égosille comme un être humain dans un vaisseau pleins d’aliens : dans l’espace, personne ne vous entend crier.

Les pièges à éviter : clarté et précision sont les deux mamelles de la compréhension,  alors méfiance ! A choisir des mots trop clairs, à parler de comportements trop précis, vous prenez le risque que votre interlocuteur sache exactement ce que vous attendez de lui, et comble de l’horreur : qu’il décide d’agir en fonction.

10- Le conditionnel

Nos craintes d’un discours trop direct nous offrent sur un plateau une stratégie discrète mais imparable : l’utilisation systématique du conditionnel, qui, sous son déguisement de politesse, est un outil majeur de la non-demande. Utilisable dans une communication non violente simple, lorsqu’il est généralisé à toutes nos demandes, le « je voudrais », le « j’aimerais bien » qui ne demandent rien mais parlent d’un paradis virtuel qui n’existe que dans les fantasmes de celui qui s’exprime ont un avantage précieux : ce monde-là n’existe pas dans l’imaginaire de l’interlocuteur et donc ne le concerne pas. Bye-bye communication, vous vous parlez tout seul à voix haute.

Les pièges à éviter : le demande directe, sous la forme d’un « je te demande de » franc et direct, simple et compréhensible, non agressif, bref, l’ennemi absolu du malentendu.

11- L’excès de justification

S’embourber dans des dédales de justifications onctueuses que l’on croit destinées à amortir le choc a un effet secondaire inattendu mais parfaitement utile à le non obtention de ce que nous voulons: elles sous-entendent que nous avons peut-être tort de penser ce que nous pensons. C’est donc pour l’interlocuteur la porte grande ouverte à écouter ses propres opinions plutôt que les vôtres. Et à trouver un moyen de vous convaincre qu’effectivement, vous avez tort. Son attention ne tiendra pas jusqu’à la demande.

Les pièges à éviter: exprimer ses besoins de façon claire et concise. L’interlocuteur risquerait de croire que vous avez le droit de penser ce que vous pensez, de ressentir ce que vous ressentez. Et donc d’être empathique.

12- La demande à chaud

Lorsqu’on fait une demande à chaud, au moment où l’incident relationnel se produit, nous sommes sûrs et certains de teinter notre discours d’un ton, d’une gestuelle et d’expressions emprunts d’émotions en tout genre. Et nous voilà à larmoyer ou au contraire à sauter à la figure de l’autre, ou encore à bafouiller ou à chercher nos mots. L’interlocuteur ne réagit alors plus à ce que vous avez à lui dire, mais il réagit émotionnellement à vos propres émotions. Et vos indignations vertueuses ont des chances de rapidement le soûler, car ses propres mécanismes émotionnels sont différents des vôtres.. Fin de la communication.

Les pièges à éviter : se rappeler que nos émotions ne nous parlent que de nous et choisir de réfléchir à tête reposée à ce qu’on veut réellement obtenir. Puis trouver un moment propice à une demande énoncée de façon calme et sereine. Votre interlocuteur pourrait alors être disposé à vous écouter calmement et même à discuter calmement. Vous pourriez alors renforcer vos liens au lieu de les pourrir, ça serait bête.

Exprimer la colère peut compromettre la réussite d'un objectif

13- La demande en public

Personnellement, je l’aime beaucoup, celui-la. Ce qui est épatant avec la demande en public, c’est qu’elle piège votre interlocuteur dans le regard des autres et les prend à parti. Il déteste se faire manipuler ainsi. Il va peut-être prétendre accéder à la demande juste pour se débarrasser de cette situation embarrassante. Mais de là à tenir parole, il y a un monde, et même dans ce cas, sa vengeance risque d’être terrible. D’autant que régler ses comptes en public est souvent perçu, à juste titre, comme un sacré manque de courage et nous place direct dans la catégorie des mini-Persécuteurs à Victimiser en retour, d’une manière ou d’une autre. Karpman nous voilà!

Les pièges à éviter: aller trouver la personne à un moment et dans un espace propice au règlement à l’amiable d’une situation problématique. A quoi bon en parler intelligemment alors qu’on peut si facilement déclencher le persécuteur en l’autre?

14- Le blabla et les non demandes

Enrober son discours dans une profusion d’enjoliveurs linguistiques ou de détours sémantiques destinés à “faire comprendre” ce qu’on veut ne changera rien à la nature de votre demande, mais tout à sa réception dans l’oreille de votre interlocuteur. Il a une demande à entendre, son temps d’attention et la quantité de neurones qu’il met à votre disposition sont nettement inférieurs à ceux dont il a besoin pour suivre une tragédie de Shakespeare dans le texte. Une fois égaré dans les méandres verbeux de votre affaire, il n’aura qu’une envie, aller boire un une boisson à bulles qui va favoriser la digestion de cette logorrhée ou qui va attribuer à votre discours l’attention qu’il mérite, sous forme de non-réponse à une non-demande.

Les piège à éviter: concision et précision sont les alliées de l’efficacité d’une demande. Ne vous risquez surtout pas dans cette voie hasardeuse qui pourrait lui donner une idée intelligible de ce que vous voulez.

Survivre à une pie jacasse au boulot

15- L’intervention d’un tiers

Faire exprimer la demande par un tiers a un avantage énorme: elle est le plus souvent interprétée comme l’expression de la lâcheté d’une Victime-née qui est bien incapable de régler ses problèmes par elle-même. Le procédé aura de forte chance de susciter un mélange d’agacement et de mépris de la part de du récipiendaire de la demande. Qui cherchera des moyens de vous montrer ce qu’il pense à présent de vous. Conflit en vue!

Les pièges à éviter: réserver l’intervention d’un tiers aux écueils dans la sphère professionnelle uniquement après avoir épuisé toutes les possibilités de régler la situation seul(e). Vous pourriez d’une part gagner en courage à force de mener des actions, et au passage de gagner en affirmation de vous et en image.

Bonus:  Partir du principe que tout ça est artificiel est compliqué

Celui-là est le plus facile: il y a tellement de moyens de rater ses demandes et à l’inverse la demande assertive est tellement structurée que tout nous pousse à ce merveilleux petit arrangement avec notre absence d’envie d’essayer autre chose: c’est trop compliqué, ou bien je préfère être spontané(e). Bravo, car cette conviction limitante-là vous épargne toute tentative malheureuse qui pourrait vous mener à être entendu. C’est la conviction ultime, à développer pour boucler la boucle et revenir à notre affirmation Einsteinienne du 1-

Les pièges à éviter: l’expérimentation et l’entraînement. Ces viles techniques qui permettent d’acquérir de nouvelles compétences, d’affiner le geste, de transformer petit à petit l’affaire en compétence inconsciente. Mais il y a pire: associer l’expérimentation à une triplette du coaching qui aidera à valider la stratégie, ou au contraire à en identifier les ajustements nécessaires, qui pourrait vous sortir définitivement du sentiment d’échec et vous donner envie d’essayer à nouveau. Triple beurk.

Voir aussi: la triplette opérationnelle

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