Autopsie d'une incompréhension sémantique

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Un léger malentendu sur Twitter qui montre l’importance de s’entendre sur le sens des mots, pour éviter bien des incompréhensions qui, dans des circonstances moins triviales, pourraient s’avérer dangereuses.

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Incompréhension cinéphile

Hier, sur Twitter, j’explique que “j’aurais trouvé le film Shutter Island agréable, sans la présence de Di Caprio”.
Plusieurs personnes avec qui je suis en contact ont vu le mot agréable et en ont eu une interprétation différente de la mienne. Du coup, ils ont estimé le terme peu approprié à un thriller qu’eux-mêmes avaient trouvé dérangeant.
Est-il possible qu’on trouve qu’un thriller dérangeant ne puisse pas être agréable? Certainement.
Est-il possible qu’on trouve agréable le moment passé devant un triller dérangeant ? Bien sûr.  A condition toutefois que ledit thriller soit bon!

j’ai joliment réussi à susciter des réactions bien différentes que celles que j’attendais: mes interlocuteurs ont focalisé sur le choix du terme et pas du tout sur mon déplaisir cinématographique. Tout simplement parce que nous n’avons pas donné le même sens à un mot. Un seul et unique mot. Un seul, tout petit et malheureux mot! Et pendant que je serais occupée à tenter -parfois vainement – d’expliquer ce que je voulais dire, la discussion sera bien éloi de celle que je voulais.
Toute la question, évidemment, tourne autour de comment je m’y suis prise pour arriver à ce résultat navrant.

Malentendus sémantiques et responsabilité partagée

L’incompréhension naît très vite lorsque le sens que nous mettons sur un mot diffère de celui de notre interlocuteur. Il n’y a pas de “bonne” ou de “mauvaise”  définition, à partir du moment où le sens que nous donnons à un mot fait partie de ses acceptions. Et encore, les définitions évoluent parfois de manière surprenante, comme celle du mot “blasé” dans la bouche des ados, par exemple.

Nous sommes ici coeur des incompréhensions sémantiques, qui sont aux ratés de la communication ce que les scorpions sont au délirium tremens: une composante redoutable .  En choisissant nos mots en fonction de leur effet et des connotations que nous y voyons, nous prenons le risque que le message reçu soit éloigné du message transmis.
Le message est interprété par le destinataire en fonction de ses propres filtres, connotations, associations d’idées etc.  Nous sommes donc co-responsables de nos malentendus lexicaux, et si je veux être sûre que tout le monde comprenne que je n’ai pas aimé Shutter Island, il est plus sûr de dire “je n’ai pas aimé Shutter Island”.

Le piège des généralisations abusives et  d’un vocabulaire riche

Une évidence? Pas forcément. Notre égo gonflé à l’hélium a une fâcheuse tendance à généraliser notre propre expérience et perception  à l’humanité toute entière, et si nous estimons qu’agréable veut dire “divertissant”, “qui me plaît” ou je ne sais quoi d’autre, nous nous imaginons, avec toute la force de notre arrogance auto centrée, que la galaxie entière met la même définition dessus. Bref, nous frôlons à tout instant la générlisation sémantique abusive: tel mot veut dire telle chose et rien d’autre. C’est évidemment comme ça que nous finissons par avoir des dialogues de sourds déguisés en conversations.

D’autre part la langue française a les défauts de ses qualités. Le fait que le français cherche à embellir son expression au moyen d’un vocabulaire riche favorise ce type d’incompréhension. Car au fond, mieux nous parlons, plus nous cherchons à être subtils, plus le décodage de nos messages est compliqué.

Et les conséquences de ces malentendus lexicaux peuvent être désastreuses, comme en témoigne la consternante expérience d’un client avec qui j’ai travaillé en coaching relationnel. Lors de son entretien annuel, son N+1 lui explique qu’il doit être “moins transparent”. Voilà mon client convaincu que ses émotions se voient trop et qui se renferme sur lui-même, alors que son chef voulait qu’il s’affirme davantage et qu’on le voit davantage.

Ces incompréhensions peuvent donc générer bien des impasses, des incohénrences, des frustrations, des antagonismes, des conflits latents ou des guerres ouvertes. Alors si les politiques s’appuient dessus pour nous manipuler, entre gens de bonne compagnie, autant les prévenir!

Quant à moi rassurez-vous, ce petit malentendu m’a valu un échange de mails convivial et enrichissant avec une lettreuse passsionnée et douée d’un vrai brin de plume:)

Auto coaching: éviter l’incompréhension sémantique

Maintenant que nous avons disséqué mes mésaventures linguistiques sur Twitter, passons aux choses sérieuses et voyons comment contourner le piège du malentendu lexical.
Nous l’avons vu, nous sommes deux dans la relation de communication, aussi nous sommes co-responsables de ses réussites et de ses échecs. Cependant, nous ne pouvons agir que sur la partie qui nous revient.

Si vous êtes émetteur:
Qu’allez-vous dire?
Que voulez-vous dire exactement?
A présent, retirez toutes les fioritures linguistco intellectuelles qui rendent le message interprétable.
Et dites ça.

Si vous êtes le récepteur:
Vérifiez votre compréhension du message en posant des questions et en faisant préciser les termes:
Qu’entends-tu par … ?
Quant tu dis… que veux-tu dire, précisément?
Donc, ce que tu attends de moi, c’est… ?

Bref, pratiquez l’écoute active.

Et enfin, afin d’éviter d’apauvrir votre expression de façon systématique au profit d’une compréhension optimale, je vous propose de distinguer deux cas: ceux dans lesquels il est indispensable que le message reçu soit identique au message transmis, sous peine de conséquences désastreuses, et les autres. Et de choisir votre façon de vous exprimer en fonction.

Et s’il vous arrive de sauter à peids joints dans l’incompréhension mutuelle, soyez bienveillants envers vous-mêmes: ça peut arriver à tout le monde, y compris à votre coach sur-entraînée;)

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Les ratés de la communication
Les ratés de la communications: les interprétations abusives
Tous manipulés, tous manipulateurs!
Les ratés de la communication: généralisations abusives
Petit gris et stratégies d’échec

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Ateliers individuels de développement personnel
Coaching relationnel

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12 Comments

  • Gabriel dit :

    Bonjour Sylvaine,

    Je voudrais ajouter que notre cerveau a bien du mal a tenir compte des négations… et donc de la deuxième partie de la phrase qui “annule” la première.
    David Lefrançois l’illustre en parlant de l’entraîneur de l’équipe de judo qui aurait dit “Ne met pas ta main devant”, ce que l’athlète s’est évidemment empressé de faire.
    Ou plus simplement, “n’imaginez pas un bon steak saignant avec des frites délicieuses” et vous salivez déjà 😉
    à bientôt !
    Gabriel

  • didier dit :

    Ahh ! J’adore ton billet, je le trouve “agréable”.
     Le sens naît souvent d’une incompréhension (ne pas confondre avec une mésentente). d’un faux pas linguistique, d’un clin d’?il lancé au mauvais moment, ou trop appuyé. C’est le sel de nos vies. A trop vouloir lisser son discours, ne risque t-on pas d’être insipide ? Alors que d’aucuns lisent un terme avec leur grille de lecture, on est tous tôt ou tard confrontés à ça. La méprise.

  • MADmoiselle dit :

    C’est Bernard Werber qui répête souvent “Entre ce que je pense, ce que je veux dire, ce que je crois dire, ce que je dis, ce que tu penses, ce que tu veux entendre, ce que tu crois entendre, ce que tu entends, il y a 8 chances pourqu’on ne se comprenne pas, mais essayons quand même.” 🙂

    Je ferai une note trrrès bientôt sur “Shutter island” (j’aime pas non plus Di Caprio, mais… c’est un bon acteur, même si je suis d’accord, ça aurait été plus agréable avec un autre :p )
    Il y a un autre film du genre qui fait maintenant partie de mes préférés, mais comme je ne sais pas si tu l’a vu, je ne vais pas révéler le titre de peur de te spoiler, mais y’a pas Di Carpaccio dedans 🙂
    Quel dilemme !

  • Encore un article bien “agréable”. C’est vrai qu’il est quasiment indispensable d’adapter son langage à son interlocuteur si l’on veut avoir une chance d’être compris, mais parfois, oh, surprise, on s’est mépris sur celui-ci et on se plante ! Voilà qui nous ramène au problème général de l’humour, bien résumé par Pierre Desproges (On peut rire de tout, mais pas avec n’importe qui).

  • MADmoiselle dit :

    Deux choses à ajouter :
    – Je suis allée voir pour créer une fan page sur FB, mais il faut un compte entreprise pour pouvoir le faire.
    – Suite à ma note sur le film sur mon blog, j’ai eu des commentaires dont 2 comprenaient les mots “agréable” et agréablement. Alors soit c’est une coïncidence, soit y’a eu un énorme buzz autour de ça… 8o

  • fredheas dit :

    Bonjour Sylvaine, il n’est pas toujours aisé de s’expliquer sur chaque chose à moins de maitriser les mots et leur champs sémantique sur le bout des doigts!
    Pour en revenir à ta source de discorde, à savoir le film Shutter Island, je l’ai trouvé bien réalisé et provocateur…
    Excellente journée à toi! 😉

  • Michèle dit :

    Ik deel uw mening over de hele lijn!  Tu vois déjà la difficulté que l’on peut avoir en parlant la même langue, et quand dans un même pays il y en a 3 officielles, que faire ? Ne plus s’étonner déjà des querelles, mais tant que ça reste des guerres verbales…. (ce qui n’a pas toujours été le cas)
    La pratique de l’écoute active a encore plus son sens ici!! 

  • Michèle dit :

    “Je partage votre avis sur toute la ligne” (sous entendu très chère Sylvaine !)

  • MADmoiselle dit :

    Eh bien alors, il s’agit du “Machiniste” 🙂

  • valérie dit :

    Dans l’exemple professionnel, il est évident que le hiérarchique aurait du être plus précis, plus calird dans son expression.

    mais dans la vie de tous les jours, avec ses amis ou sa famille, la communication risque de manquer de sontanéité si on passe son temps à réfléchir au sens que l’autre va donner au mots que l’on dit, non ?

  • Jean-Arnaud dit :

    Chère Sylvaine,

    Je vous rejoins à 100% sur l’importance de la sémantique. Dans bien des environnements professionnels, on voit des équipes échouer ou stagner dans la conduite de leurs projets, ou l’analyse de leurs problèmes, par manque de “leadership sémantique”, parce que la vision, l’objectif a atteindre, le problème à régler, n’ont pas été formulés clairement, et ne sont pas partagés (chacun se fait alors sa propre définition de l’objectif à suivre et part dans sa propre direction… ). Que dire aussi des effets de l’approximation sémantique dans la mémoire institionnelle des organisations…

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