Identifier une voie de reconversion (2): se libérer des injonctions

Reconversion: lébérer la pensée des injonctions

 

Nous avons abordé l‘épineuse question de l’identification d’un métier, qui concerne bon nombre de candidats à la reconversion, question le plus souvent remise dans le discret tiroir à sujets délicats, parce que la réponse n’est pas résumable en trucs et astuces, donc trop compliquée et pas assez putaclic. Et l’une des complications lorsqu’on cherche une voie de reconversion, c’est cette collection d’injonctions qui génère une auto-censure digne d’un régime totalitaire. Libérons la réflexion sur la reconversion!

Reconversion: lébérer la pensée des injonctions

 

 

Reconversion: des freins et des besoins de libération

Le premier frein à la reconversion ne se situe même pas à l’identification d’un métier qui donne envie. Il se situe bien en amont, au moment où la réflexion tourne en rond car chaque tentative de sortir des sentiers battus se heurte aux injonctions qui cachent des carcans moraux et sociétaux, des croyances limitantes, des préjugés de toutes sortes. Or, la plupart des désirs de reconversion ont besoin de s’aventurer au delà des normes pour explorer des idées de toutes sortes, dont certaines seront finalement rejetées. C’est dans ce tri que les vraies pistes feront surface, elles apparaissent rarement d’un coup de baguette magique.

Une piste même pas abordée sous prétexte qu’elle est trop farfelue laisse des regrets et continue à prendre de la place dans un espace mental qui a besoin de se libérer pour pouvoir carburer. Chaque idée rejetée nécessite d’avoir fait l’objet d’une décision de la part du candidat à la reconversion: en son âme et conscience il choisit de ne pas retenir telle ou telle piste parce qu’elle n’est pas pour lui. Et pour cela, il a besoin que les pistes puissent émerger. Il a donc besoin de place dans sa cafetière, d’huile dans sa fabrique à idées. Il a besoin de penser grand et tous azimuts. Donc de se libérer des contraintes de la pensée étriquée telle qu’elle est trop souvent proposée.

 

Se libérer du syndrome de l’enfant sage

Certaines entraves à l’émergence de métiers possibles se situent bien en amont de la réflexion et interdisent même d’aborder cette étape: ne pas y aller du tout, c’est au fond plus simple comme ça. C’est le cas de l’enfant sage qui peut se faire entendre chez le plus rebelle d’entre nous, pour peu que le désir de reconversion déborde le cadre de ce qu’il s’autorise et qui se retrouve à faire ce qu’on lui dit et surtout pas ce qu’il veut, par crainte du rejet…

Cet(te) enfant sage qui n’écoute pas les envies fantasques que ses tripes lui envoient, des fois que ça fâcherait Papa-Maman ou Mémé Huguette, ou les copains qui ne pensent qu’à gravir les échelons (on a pas fait une grande école pour rien), ou encore le (la) conjoint(e) qui n’a aucune envie de remettre en question son niveau de vie (du moins le croyons-nous) ou son manager/sa boîte (comment ferait-il sans moi). Aaaah, ces enfants sages pétris de culpabilité à l’idée de se faire plaisir, de s’occuper de ses propres aspirations, parce que hein, quand même, ce serait égoïste et individualiste, et qui cèdent au conformisme (les carrières linéaires ont finalement la peau bien dure). Et l’enfant sage remet son désir dans sa poche avec son mouchoir par dessus et quand ça le ou la titille, il/elle se raisonne, baisse la tête et remet son joug. Et finit gagné par l’amertume, la lassitude, la frustration, parfois le ressentiment.

Ce syndrome-là a une tendance confondante à tuer dans l’œuf toute velléité de réfléchir à des ailleurs professionnels réjouissants: aucun risque de trouver une voie pour changer de métier, quelle qu’elle soit;)

explorer tout désir de reconversion pour en entendre les messages

 

Se libérer de l’obligation de « trouver sa voie »

Partout on vous dit qu’il faut « trouver sa voie », le job pour lequel vous êtes fait, le job de votre vie, celui qui vous collera à la peau jusqu’à la tombe, trouver LE métier qui a du sens pour vous, trouver votre passion, VOTRE voie etc. De préférence en citant Confucius, ça donne du poids, les citations des grands hommes 😉

Bref, il serait donc obligatoire de dénicher cette solution par définition unique pour vous, si minuscule et insaisissable qu’elle soit au milieu du gigantesque champ des possibilités.  Et ça, ça rend les choses vachement compliquées d’un coup : comment être sûr de ne pas se tromper, s’il n’y a qu’une seule option ? On ne trouve pas toujours les aiguilles dans les meules de foin, surtout quand en réalité elles sont déguisées en brins de paille.

Heureusement, vous n’êtes probablement pas fait pour un seul métier, d’ailleurs 60% des métiers de demain n’existant pas encore. Le déterminisme professionnel condamnerait  ainsi une sacrée part salariés à l’inemployabilité définitive dans les 5 ans? C’est une vision bien étriquée que celle d’être « fait pour quelque chose », une seule chose, d’autant que si vous n’avez pas encore deviné pour quoi vous êtes fait, ça culpabilise d’une part et ça signifie probablement que vous n’êtes pas fait pour grand-chose d’autre part.

C’est d’autant plus étrange qu’on nous serine avec la fin des carrières linéaires et qu’apparemment, nous serions amenés à exercer plusieurs métiers – et pourquoi pas avec bonheur – au cours de notre vie. Ce qui signifie que deux possibilités: soit nous avons effectivement 1 seul métier “qui nous colle à la peau” et nous sommes condamnés à souffrir comme des damnés dans toutes les autres périodes professionnelles de notre vie sauf une, soit la quête du “job de votre vie” est une ânerie.  Vous imaginez si le seul job pour vous, c’était poinçonneur des Lilas?

D’autre part, nos désirs et nos aspirations professionnels évoluent, le job idéal de nos 30 ans n’est pas nécessairement celui de nos 40 ou de nos 50 et un métier réjouissant à un instant T de notre vie peut devenir parfaitement fastidieux quelques années plus tard, par exemple une fois qu’on en a fait le tour.

Pour finir, il est rare qu’un métier tel qu’il est généralement exercé corresponde à 100% à nos désirs et aspirations professionnels, qu’il soit d’un seul tenant le métier de nos rêves. Il est en général nécessaire de l’adapter, voire de le réinventer pour qu’il s’adapte à nous, et se rapproche ainsi du job idéal, plutôt que le contraire, ou plutôt que d’espérer qu’il existe tel quel.

réinventer son métier pour se libérer au lieu de crouler sous les contraintes

Il s’agit donc de se libérer du carcan de La voie de reconversion et de chercher une  voie de reconversion, une voie qui va répondre à vos besoins, vos désirs, vos aspirations, une voie qui va susciter le plaisir de travailler et vous apporter les satisfactions professionnelles que vous espérez. Cette voie n’a pas besoin d’être une passion ou une vocation, elle a simplement besoin de cocher les cases essentielles d’un métier réjouissant à vos yeux, autant dans sa nature que dans le sens qu’il a pour vous et ses conditions d’exercice.

 

Se libérer de la dictature obsolète des compétences

Posons un principe de base : contrairement à toutes les idées reçues, ne commencez jamais votre exploration des reconversions possibles par vos compétences. A moins de vouloir une simple évolution de carrière (par exemple dans un autre secteur d’activité ou dans un métier connexe) c’est une erreur monumentale qui restreint le champ, limite les possibilités et démultiplie vos chances de passer à côté d’un job qui vous conviendrait et donc augmente considérablement la probabilité de ne pas changer de métier, par défaut d’options, ou de rater votre reconversion, faute de réelle motivation. Les adeptes du bilan (c’est à dire ceux qui les vendent) le répètent à l’envi « ça donne des idées ». Sans doute, mais quitte à avoir des idées, autant qu’elles s’inscrivent directement dans un périmètre motivant, qu’elles émanent de l’univers personnel et des tripes du candidat à la reconversion plutôt que d’un test élaboré à partir de généralisations forcément abusives.

D’autre part, partir des compétences présuppose que vous voulez continuer à les exercer, ce qui paraît un peu surprenant si vous êtes dans une démarche de reconversion et non de simple évolution. Car en général, le désir de reconversion marque une volonté de rupture avec des tâches (indissociables des compétences) qui ont perdu leur sens ou qui ne sont plus suffisamment stimulantes. Le dégoût pour certaines compétences peut même être tel qu’il signifie une exclusion pure et simple dans le cadre du projet, quitte à les déléguer si elles se révèlent indispensables. On ne peut pas imaginer un plaisir au travail pérenne et motivant dès lors qu’on se retrouver coincé dans des compétences qu’on ne supporte plus mais qu’on se croit obligé de continuer à exprimer.

Partez de vous, partez de rien, partez à l’aventure, partez de tout ce que vous voulez mais laissez vos compétences là où elles sont, en tout cas au début de votre réflexion. C’est plus tard que vous aurez l’occasion de faire un point sur celles que vous voulez continuer à exercer, la façon dont vous allez les transférer dans votre projet et celles à acquérir. Car dans le cadre d’une reconversion, le bilan d’incompétences est finalement plus essentiel que le bilan de compétences;)

le bilan de compétences est rarement une réponse adaptée à un désir de reconversion

 

Se libérer des « bonnes questions à se poser »

Nous l’avons vu dans un autre billet aussi je ne vais pas trop m’étendre sur ce sujet: le florilège des questions à se poser telles qu’il apparaît sur internet est une affligeante collection de non réflexions : des questions vagues et vides qui amènent peu de réponses et ne tracent aucun itinéraire. Elles ne sont d’aucune aide (Quelles sont vos valeurs? Franchement? La vacuité d’une telle question laisse sans voix) et vous enferment plutôt dans un rond-point où la pensée perd ses moyens. Autant donc cesser d’attendre les bonnes questions et abordons toutes les questions qui nous viennent en tête, réfléchissons à différentes dimensions du plaisir au travail, des besoins professionnels et de la façon dont ils s’expriment chez nous.

Reconversion professionnelle: les questions à éviter

 

Se libérer des croyances limitantes et des héritages

L’un des obstacles intangibles à l’identification d’une voie de reconversion, c’est cette collection de convictions, héritées ou construites par nos soins, les “il faut ” “on doit” de principes moraux, de généralisations pseudo-réalistes (Le BTP? Même pas la peine). De même lorsque nous nous imaginons que cette reconversion va être la solution à tous nos maux. Notre cerveau n’est pas idiot, il sait parfaitement que ça ne marche pas comme ça, que les problèmes se règlent en amont et du coup il ne peut entrevoir aucune piste qui correspond à cette attente irréaliste.

changer de métier: objectif, la Lune!

 

Se libérer de la peur de la fausse piste

L’obsession des “bonnes questions” mène tout droit à la peur panique de la fausse piste. Et si je me trompais? Ce qui rejoins assez rapidement la fausse promesse de “trouver SA voie”: j’ai beaucoup plus de chances de me tromper si j’ai une seule voie possible pour moi que s’il y en a tout un panel.

Tout d’abord, se libérer des injonctions du pseudo-réalisme et s’autoriser à penser en liberté ne veut pas dire qu’à l’arrivée, on va faire n’importe quoi. Les pistes qui vont émerger et sembleront être solides feront l’objet d’une enquête suffisamment minutieuse pour que vous puissiez décider vous-mêmes de leur faisabilité. D’autre part il y a plus de chances d’échouer et de rater sa reconversion quand on prend des chemins trop raisonnés-raisonnables, vecteurs de peu de motivation et donc de peu de force de conviction. Alors laissons les petits bouts de la lorgnettes aux frileux spécialistes de la stratégie d’échec et laissez respirer vos méninges: chaque piste sera, en temps et en heure, observée, étudiée et intelligemment validée ou invalidée. Encore une fois, la réflexion n’est pas une prise de risque et elle est à distinguer du passage à l’action: entre les deux, le temps des décisions est celui dont vous avez besoin pour assurer que votre choix de reconversion répond à un quoi/pourquoi/comment sérieux et motivant.

Reconversion et enquête métier: les questions à poser pour un métier salarié

 

Se libérer de tout et penser en grand

Si vous êtes le capitaine de votre âme, vous êtes aussi le PDG de vos pensées. Autorisez-vous toutes les idées, sans censure, sans limite, sans contrainte. Pensez comme si tout était possible. Le temps, l’argent, les lieux, rien ne compte, seules vos envies ont de l’importance. Et ne vous laissez pas avoir par la frilosité pseudo pragmatique qui veut qu’on censure d’emblée toute proposition farfelue: celles qui le sont vraiment s’élimineront d’elles-mêmes et en attendant, elles sont toutes porteuses d’enseignements.

Vous ne deviendrez probablement pas astronaute ou pilote de formule 1, mais ça n’a aucune importance : ce qui est intéressant dans l’exploration sans censure, c’est qu’elle permet de faire émerger des éléments constitutifs de votre plaisir au travail et d’un job qui a du sens pour vous. Ainsi ce qui vous titille dans ces deux métiers est porteur d’enseignements sur certains de ces éléments. De cette mosaïque naîtront des pistes à explorer, des pistes plus envisageables, des pistes dont vous pourrez évaluer la faisabilité et ensuite faire un choix éclairé. Liberté, curiosité et sérendipité sont les maîtres mots de ceux qui pensent leur reconversion en grand. Et, de façon pas si paradoxale, c’est lorsqu’on se laisse enfin penser en grand que le brouhaha intérieur commence à se calmer, qu’on parvient à prendre de la hauteur et à regarder loin.  Et à mesure que les voix des craintes se taisent, celles des désirs et aspirations parviennent enfin à se faire entendre;) Pour ceux qui aiment les métaphores sylvestres,

deux dimensions essentielles du changement de métier: idenitifer une voie de reconversion et en vérifier la pertinence et la faisabilité

 

Une fois libéré de toutes ces entraves à la pensée, le candidat à la reconversion peut enfin réfléchir à ses désirs professionnels, en termes d’environnement, de conditions de travail, de relations, de tâches, de valeur accordée au travail, de convictions, de sources de motivation, de domaines de prédilection, de sens. Il est alors aussi à même de passer à des outils destinés à faire émerger des pistes. Nous en verrons quelques uns dans un prochain billet;)

 

Voir aussi

Ithaque 1er influenceur français sur la reconversion professionnelle

Renoncer à un désir de reconversion professionnelle

Chronique d’une reconversion professionnelle annoncée

La reconversion professionnelle, une affaire de tripes!

Reconversion professionnelle et leadership de soi

 

Aller plus loin

Vous voulez explorer votre désir de reconversion et identifier un projet professionnel pertinent et cohérent avec vos aspirations? Ithaque vous accompagne. Pour tous renseignements, contactez Sylvaine Pascual.

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3 Comments

  • Florence dit :

    Comme tout cela est vrai et bien dit, j’ai la chance de faire une activité dans laquelle je m’accomplis et qui a beaucoup évolué, j’ai chaque fois décidé de “prendre le risque” de suivre cette évolution sans me laisser freiner par la peur, et ça m’a bien réussi… mais tout ce que vous dites là est parfaitement applicable, aussi, au développement intérieur. Et là… j’ai nettement plus de chemin à faire pour botter les fesses à mon enfant sage 😉 !

  • Julien dit :

    A lire cet article, finalement, je me rend compte que chercher une reconversion c’est designer son futur et son métier. les mêmes remarques s’appliquent quand il faut faire preuve de créativité – Se libérer des dictats, des paradigmes, ne pas chercher des idées en fonction de ce qu’on sait déjà faire… Donc si je file l’analogie, je rajouterai que trouver une voie de reconversion ne se réduit donc pas à un simple brainstorm (comme être créatif ce n’est surement pas faire un brainstorm) et donc il faut oser utiliser le meilleur outil de la créativité, le plus fabuleux et surement celui qui donne les idées les plus intéressantes : le temps !

    • Exactement! J’ai justement en préparation un billet sur cette dimension du temps nécessaire à l’élaboration d’un projet de reconversion à une époque d’immédiateté et d’urgence et ce qui ressort de la réflexion, c’est que renouer avec le temps, c’est sacrément nourrissant^^

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