Job crafting: devenir l’artisan de son propre plaisir au travail

Devenir l'artisan de son propre plaisir au travail, bon pour l'efficacité et l'estime de soi

 

Le job crafting consiste à mettre les doigts dans le cambouis d’un job imparfait pour le mettre à sa main et le rendre plus agréable et satisfaisant. Au prix d’un peu d’exploration, d’huile de coude et au bénéfice d’un quotidien professionnel remodelé, pimenté, amélioré, devenir l’artisan de son propre plaisir au travail est bénéfique à plus d’un titre. Décodage d’une pratique jubilatoire!

 

Devenir l'artisan de son propre plaisir au travail, bon pour l'efficacité et l'estime de soi

 

 

Job crafting: le petit futé du plaisir au travail

Le job crafting consiste à façonner son travail par soi-même, dans plusieurs de ses dimensions, de manière à le mettre à sa main et y trouver davantage de plaisir, d’engagement, de motivation, de résilience, de satisfaction. Les Job crafters peuvent modifier les contours de leur poste de bien des manières, comme le souligne cette étude de l’Université du Michigan What is Job Craftin and Why does it Matter?:

  • Les tâches: leur nature, ampleur, variété et quantité
  • Les méthodes de travail (un comptable qui créée un nouveau mode d’archivage pour rendre cette tâche moins répétitive)
  • L’organisation
  • La perception des tâches (par exemple, focaliser sur l’utilité et la contribution d’une tâche ou d’un métier)
  • Les relations interpersonnelles
  • etc

Crafty, c’est aussi être malin, futé et c’est une idée que j’aime bien dans le fait de se prendre par la main pour mettre son boulot à sa main, car c’est une entreprise qui demande d’être inventif, de sortir des sentiers battus, d’oser expérimenter d’autres façons de travailler. Du coup, se mettre au job crafting, c’est aussi explorer les recoins de sa débrouillardise et reconnaître les ressources qu’elles recèlent. En d’autres termes, devenir l’artisan de son propre plaisir au travail est bon autant pour le sentiment de satisfaction qu’on en retire que pour l’estime de soi.

Disons-le tout net, le job crafting n’a rien de nouveau, puisqu’il s’agit, pour un salarié, de façonner de sculpter son job jusqu’à en faire un travail a minima satisfaisant et potentiellement jusqu’à un boulot dans lequel il trouve plaisir, satisfaction et épanouissement professionnel. C’est ce qu’Ithaque propose depuis cinq ans sous l’appellation « Job idéal et vitamines mentales ».

 

Artisan du plaisir au travail : parce qu’on met les mains dedans !

L’artisan, c’est celui qui met les mains dans sa matière première, qui la sculpte, qui la modèle, qui la transforme, qui l’agence en choisissant à chaque fois l’outil adapté à ses besoins. Bref, son job est concret, pragmatique, il demande de la réflexion, aussi il ne s’imagine pas qu’en faisant un exercice de visualisation, il va d’un seul coup d’un seul transformer des bouts de tuyaux en une plomberie, des rouages en horloge.

Dans le même ordre d’idée, ce n’est pas la méditation, la relaxation ou la sophrologie qui vont vous permettre tout à coup de transformer un boulot ennuyeux ou stressant en job de rêve. Seules les actions concrètes destinées à façonner votre quotidien professionnel à votre main vous aideront à vous rapprocher d’un job qui, à défaut d’être parfait, deviendra bien plus satisfaisant et générateur de plaisir. Ces trois techniques quant à elles pourront accompagner et faciliter la mise en action, mais pas s’y substituer.

Bref, on se rapproche du job idéal en se retroussant les manches et en mettant les mains dans le cambouis de ses rouages, parce qu’il est une réalité à inventer, pas en attendant le passage de la fée du management ou en le visualisant passivement.

 

Modeler son boulot pour y trouver plus de plaisir, de fluidité, de sérénité

 

Inimitable noblesse d’âme des entreprises

Le terme job crafting est l’un des rares qui n’a pas vraiment trouvé son public auprès des français pourtant friands (et étonnamment toujours pas gavés) d’américanismes de tout poil. Il ressort régulièrement dans les colonnes de nos publications sans vraiment s’y faire une place, là où le concept de « bonheur au travail » est en passe de trouver ses lettres de noblesse. Ses dernières occurrences ont un goût de récupération déguisée en « innovation » managériale, avec à la clé le risque d’une modélisation et d’une application normée aux antipodes de ses principes : ce serait une politique interne aux entreprises qui « laisseraient » chaque employé façonner son boulot. Nobles entreprises !

Sous la plume des Echos, le job crafting a changé de camp et est devenu « est l’art de laisser le collaborateur libre de « façonner » son travail pour le rendre plus attractif. Cette démarche responsabilisante qui implique l’assentiment du top management ». Cette notion d’assentiment du management est une bonne chose, si elle se limite à encourager les salariés à faire les demandes d’adaptation qui amélioreraient leur qualité de vie au travail, et de prendre en compte ces demandes – ce qui d’ailleurs ne signifie pas tout accepter.

La où elle me laisse plus perplexe, c’est qu’elle dit aussi en substance aux entreprises de s’approprier l’affaire et de lui donner un cadre bien contrôlant, de crainte peut-être que les salariés s’octroient un brin trop de pouvoir. Or, le job crafting est bien l’inverse : la façon dont le salarié s’approprie et modèle son travail ou sa fonction pour les rendre plus agréables se fait indépendamment de l’entreprise, voire même à son insu, lorsque son accord n’est pas nécessaire.

Car tous les ajustements que l’on peut mettre en œuvre dans son quotidien professionnel n’ont pas besoin d’être modélisés, cadrés et surveillés. Et c’est bien là leur force : ils répondent à des besoins et des aspirations individuelles qui lui donnent toute son efficacité. Et si certains nécessitent l’accord de l’entreprise, c’est bien la liberté du salarié que d’en faire la demande ou non.

 

Plaisir au travail: une marge de manœuvre à redécouvrir

Et c’est en cela que le job crafting est intéressant : il reconnaît de facto au salarié – comme à n’importe quel autre travailleur – une réelle marge de manœuvre dans l’adaptation de son poste à ses besoins, de manière à ce qu’il soit davantage une source de plaisir que de contraintes. Les études menées sur le job crafting montrent que, si les métiers à forte autonomie offrent une plus grande variété d’adaptations possibles, même les métiers qui s’effectuent dans les conditions les plus rigides sont susceptibles d’être ajustés pour mieux correspondre à nos attentes. Et cette latitude a l’avantage de ne dépendre que de notre motivation à oeuvrer pour mettre en place des alternatives.

Bien éloigné d’un levier managérial normatif, c’est un peu l’open source du plaisir au travail : chaque salarié peut identifier librement des points d’amélioration qui lui sont propres et agir dans leur sens à sa guise et surtout, selon l’expression individuelle de ses besoins.

L’exploration de cette marge de manœuvre est une escapade réjouissante au pays des possibles et en particulier de ces possibles insoupçonnés, que nous avons tendance à rejeter un peu trop vite, jusqu’à ne même plus en avoir conscience. La morosité ambiante et le management absurde nous poussent à croire que ces petits changements nécessaires à notre bien-être, à notre plaisir et à notre efficacité, nous ne les obtiendrons jamais. Du coup, nous avons vite fait de les remettre dans un tiroir étiqueté « envies irréalistes » ou « trucs de bisounours », selon nos références personnelles, et de les oublier là. En d’autres termes, à force de croire que nous n’avons pas de marge de manœuvre, nous oublions purement et simplement ce dont nous avons besoin.

 

De bonnes raisons de prendre son plaisir au travail en main

Si le plaisir au travail ne se construit pas en un tour de main,il y a des tombereaux de bonnes raisons de s’y mettre par soi-même et pour soi-même et vivre son boulot avec sérénité, naturel et fluidité, sans se poser des questions existentielles en permanence.

 

le job crafting pour plus de plaisir au travail et de sérénité

 

Parce que c’est bon pour l’efficacité et la performance

Les tâches effectuées davantage dans le plaisir sont, de façon générale, faites mieux et plus vite. L’une des grandes avancées managériales de ces dernières années, c’est l’acceptation d’une évidence : le plaisir au travail décuple la performance et l’efficacité. Et qu’il est bien plus que l’introduction de divertissement sur le lieu de travail: il est intrinsèquement lié à la façon d’effectuer la tâche. Voir:

 

Parce que vous êtes le(la) mieux placé(e) pour l’expérimenter

Les conditions du plaisir au travail sont profondément individuelles, le job de rêve de l’un est le cauchemar de l’autre. La seule définition du job idéal qui tienne, c’est un boulot qui correspond à nos besoins, à nos valeurs et à nos aspirations et ceux-là sont une combinaison unique et non modélisable. Personne d’autre que nous-mêmes n’est mieux placé pour identifier ces éléments et les expérimenter, de façon à voir dans quelle mesure ils répondent effectivement à nos attentes et ainsi dessiner petit à petit les contours d’un plaisir au travail dont les leviers ne sont pas toujours simples à identifier. Voir:

 

Parce que l’entreprise ne peut pas toujours le faire pour vous

Si l’entreprise peut créer les conditions pour chaque salarié de trouver du sens, de bien faire son travail et d’y prendre du plaisir, cela ne signifie pas pour autant que ça va être le cas pour tous.  Chacun d’entre nous a ses propres besoins, critères, définitions et convictions qui font que nous allons adhérer ou pas, nous approprier l’environnement propre à l’entreprise ou à une équipe spécifique… ou pas.

Il est certainement de la responsabilité de l’entreprise de créer ces conditions, en revanche elle ne peut pas garantir leur universalité. Mieux vaut donc s’attacher à bien connaître ce qui est source de plaisir au travail pour nous-mêmes et le mettre en œuvre, plutôt que d’attendre passivement que votre plaisir au travail vous soit servi sur un plateau. D’autant que si ça arrivait, cette cuisine-là aurait plus de chances de ressembler à la tambouille de la cantine (pardon, du restaurant d’entreprise) qu’à une escapade méritée chez Anne-Sophie Pic.

D’autre part, l’entreprise ne peut pas faire ce qu’elle ignore. Or, nous avons tendance à croire que ce qui est valable pour nous est valable pour tous et donc que l’entreprise devrait le savoir. Nous avons tendance à penser qu’il y a des évidences suffisamment visibles pour être vues – sans nous rendre compte que les autres ne peuvent pas savoir ce que nous ne communiquons pas et que le probabilité qu’ils nous donnent ce que nous ne donnons pas se situe légèrement en dessous de l’amer.

 

Parce que c’est fun, motivant et valorisant

Etre largement responsable de son propre plaisir au travail donne le sentiment de piloter sa vie professionnelle plutôt que de la subir. C’est valorisant et motivant : les résultats obtenus alimentent l’envie d’aller plus loin d’une part, favorisent l’engagement et le regard positif sur soi-même d’autre part. Façonner son job en fonction de ses valeurs, de ses appétences et de ses besoins permet de minimiser l’ennui, de retrouver du sens et de la motivation au travail. Voir:

 

 Parce que les opportunités d’adaptation se multiplient

Entre le télétravail, les tiers-lieux, le co-working, les nouvelles technologies et le début de flexibilité des entreprises, les pistes d’adaptation d’un job se multiplient. Nous avons et allons avoir de plus en plus la possibilité d’adapter notre travail à nos modes de vie plutôt que le contraire. Il serait dommage de passer à côté! Voir:

 

Parce que ça entretient la débrouillardise, la sérendipité et la capacité à saisir les opportunités

Inventer les moyens de mettre en œuvre les changements nécessaires à l’amélioration du quotidien professionnel rend plus ouvert à toutes les sources de créativité dans la recherche de solutions : débrouillardise, sérendipité, imagination. Autant de qualité développées qui seront aussi utiles à l’efficacité personnelle. Voir par exemple:

 

Parce que ça demande du courage et donc renforce la confiance en soi

Il n’est pas facile de faire des demandes qu’on a jamais faites, qu’on a jamais osé faire, de reformuler des demandes qui ont déjà été rejetées. En particulier lorsque nos craintes nous poussent à croire qu’elles ont être rejetées (à nouveau). Il n’est pas non plus toujours simple de s’accorder le temps d’expérimenter de méthodes ou organisations inédites et étrangement personnelles, parce que faire autrement que ce qu’on nous a toujours répété à l’école ou en séminaire de gestion du temps, ça paraît hasardeux. Le courage, c’est bien le fait de faire ce qui nous fait peur et en faire preuve est une source de renforcement de l’assurance et de la confiance en soi.

 

Parce que c’est bon pour l’humeur et l’estime de soi

Il y a une grande satisfaction à être l’artisan de son plaisir au travail, en particulier en ces temps délétères et moroses où il est plus facile – et de bon ton – de râler, de faire preuve d’un fatalisme consterné et de rejeter la faute (de préférence sur la France, terrain de toutes les offenses) que d’agir.

Cette satisfaction naît du fait que c’est nous qui avons piloté ces changements, en dépit de l’ambiance générale, en dépit des pessimistes et des pisse-vinaigre, en dépit des croyances véhiculées partout, en dépit de nos entreprises et leur management anté-ferroviaire. C’est construire son odyssée indépendamment des idées reçues, s’affranchir des limites qu’on cherche à nous imposer. Renforcer le plaisir au travail devient alors un véritable accomplissement, un tour de force au milieu des troupeaux de fâcheux qui vous expliquent que c’est impossible, illusoire, inutile et que de toutes façons, comme dirait Mémé Huguette, on est pas là pour rigoler. Bref, devenir l’artisan de son propre plaisir au travail, c’est conquérir un Everest personnel, ça a quelque chose de profondément réjouissant, voire de jubilatoire, qui donne le sentiment d’être content de soi, en plus d’être plus heureux au boulot. Voir

En d’autres termes, c’est bon pour l’estime de soi autant que pour l’humeur au quotidien. Le job crafting devient une véritable vitamine mentale qui donne de l’énergie, autant pour accomplir ses tâches professionnelles que pour entreprendre autre chose, si finalement c’est le message de nos expérimentations, comme par exemple, se lancer dans une évolution de carrière, et pourquoi pas une reconversion ou une création d’entreprise. Voir:

 

Parce qu’un travailleur heureux est plus collaboratif

La capacité à collaborer et à renforcer l’intelligence collective est au cœur de toutes les questions managériales du moment. Or, un adepte du job crafting aura d’autant plus de chances de laisser son égo de côté au profit de l’estime de soi, au bénéfice de cet esprit collaboratif, parce qu’il renforce sa confiance et son image de lui-même et est donc moins craintif de la relation et de jeux de pouvoir qui peuvent s’y nouer, moins à même d’y céder au profit d’un positionnement fort, voire d’un leadership augmenté. Voir:

 

Parce qu’il fait bon être le héros de votre odyssée professionnelle

Il fait bon se sentir en mesure de mener les ajustements nécessaires à notre bien-être professionnel plutôt que subir, espérer passivement, accumuler les attentes et les déceptions. Ce qui entretient le sentiment d’impuissance, la frustration, les comportements victime et les aigreurs d’estomac.

La confiance en soi et l‘énergie générées par la conscience de sa propre capacité à influer sur la nature et le déroulement de notre quotidien professionnel donne une grande force intérieure, sereine et dynamique à la fois, qui fait l’étoffe des héros de nos odyssées professionnelles et construisent le charisme et le leadership. Voir:

 

Parce que c’est un moyen de déterminer s’il est temps de changer de boulot ou de métier

Votre job est stressant ou aussi ennuyeux qu’un dimanche chez belle-maman, ce qui vous pousse à vous demander s’il est temps d’une changer ? Se mettre au job crafting et s’entraîner à implémenter des changements salutaires dans le boulot actuel  est un bon moyen d’expérimenter et d’identifier un marge de manœuvre qui s’avérerait insuffisante et mériterait donc de réfléchir à une transition professionnelle. Voir:

 

Parce que la vie professionnelle est trop longue pour s’emmerder au boulot!

Nous passons bien trop de temps au travail pour accepter qu’il ne soit qu’un alimentaire morose. Même si votre vie professionnelle n’a pas d’autre sens que de financer votre vie personnelle, vous avez le droit d’y prendre du plaisir! Nous avons tous le droit à une vie professionnelle a minima agréable! Le travail n’a pas à être synonyme de son éthymologie et à n’être qu’un labeur pénible et sans relief: il peut être beau et rendre heureux, comme dirait Boris Cyrulnik.

Et pour cela, il n’est pas toujours nécessaire d’opérer un changement de métier à 180°. C’est d’ailleurs l’option que finissent par choisir 40% de mes clients en reconversion qui, en testant les leviers de leur plaisir au travail, découvrent que leur métier actuel a toujours du sens pour eux et que le désir de reconversion n’était qu’un indicateur du mal-être face à ses conditions d’exercice et des ajustements nécessaires pour retrouver du sens, de la motivation, de la satisfaction.

Tout ce dont nous avons besoin, pour mettre notre job à notre main, c’est d’un peu d’huile de coude et de deux trois outils. De l’huile qui nous fait fonctionner la cafetière, dans un premier temps, pour évaluer les adaptations appétissantes. Puis les outils pour passer à l’action,  autant pour ce qui nécessite de faire des demandes auprès de son manager ou de la RH, que ce qui ne nécessite que des ajustements personnels.

A vos tournevis, burins et marteaux, la semaine prochaine nous verrons comment vous y prendre concrètement pour devenir des job crafters et gagner en plaisir au travail;)

Et en attendant, deux exemples de job crafting:

 

 

 

 

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