Renoncer à un désir de reconversion professionnelle:

 

Dans beaucoup de discours sur le changement de métier, il semble qu’on parte du principe que dès lors qu’il y a désir de reconversion, il doit y avoir reconversion. A défaut de quoi le projet est alors à ranger dans les “reconversions ratées”. Pourtant, il y a un tas d’excellentes raisons de renoncer à un projet de reconversion, en son âme et conscience, qui ne sont pas du tout vécues comme des échecs ou des erreurs d’aiguillages mais plutôt comme des soulagements.

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Le renoncement: une option comme une autre, parfois un soulagement

Certaines idées de reconversion s’engagent sous de tels mauvais auspices que même à Beaune, on n’en voudrait pas. S’entêter dans un projet de changement de métier qui ne nous convient pas vraiment, quelle que soit la raison pour laquelle il ne convient pas, c’est s’assurer un aller simple pour un échec retentissant.

Paradoxalement, c’est le renoncement qui est perçu comme un échec, comme si un désir de reconversion devait absolument déboucher sur un changement de métier, comme si ne pas trouver la vie de reconversion idéale, c’était un loupé, un vilain raté, un bouillon professionnel. Peut-être que cette perception négative est liée aux connotations liées au verbe renoncer telles qu’abdiquer, capituler, jeter l’éponge. Auquel cas il serait peut-être nécessaire de trouver un autre mot! Cependant, renoncer à un projet  peut aussi signifier s’abstenir de faire une belle connerie et faire un choix plus approprié. Or, pour savoir si un projet est hasardeux pour nous ou pas, le seul moyen est encore de l’explorer. ET l’exploration n’est pas une prise de risque!

Le renoncement est donc une décision forte et courageuse, de ces décisions cruciales qui construisent l’individu et sa confiance en lui, autant que l’exploration de son projet, dont elle peut être le prolongement direct. Le renoncement en connaissance de cause est aussi, la plupart du temps, vécu comme un soulagement: une question essentielle a trouvé sa réponse et celle-ci permet de passer à autre chose sans regret.

 

Renoncement en connaissance de cause: l’indispensable exploration du projet

La réflexion individuelle et/ou accompagnée sur un désir de reconversion professionnelle se doit d’inclure cette option du renoncement en connaissance de cause. Parce que savoir où on va, c’est aussi savoir où on ne va pas, de quels itinéraires on se protège, quels itinéraires on choisit d’ignorer, à quels itinéraire on renonce.

Et pour renoncer en son âme et conscience, ou au contraire se lancer dans un projet, il n’y a pas d’autre moyen que de l’approfondir, l’examiner sous toutes ses coutures, le retourner dans tous les sens et en évaluer sa faisabilité, en fonction de la personne qui le porte. Car la faisabilité d’un projet n’a rien à voir avec la “réalité du marché” (demandez à Michel et Augustin), elle tient dans les ressources dont on dispose (motivation, compétences – surtout non techniques, les compétences techniques s’apprennent – compétences relationnelles, émotionnelles, talents naturels, ressources externes, réseau, ressources financières, temps disponible etc.). Voir: Reconversion professionnelle: sortir l’idée de son tiroir

Il est donc indispensable de mener une réflexion approfondie sur la triplette relationnelle avant toute prise de décision:

 – Relation à soi (ressources internes, confiance en soi et en ses décisions)
 – Relation aux autres (Posture relationnelle et communication)
 – Relation au travail (Besoins professionnels et sens du/au travail)

Assortie bien entendu d’une enquête métier soigneusement menée, pour déterminer l’adéquation entre le métier et l’image qu’on s’en fait.

Reconversion et enquête métier: les questions à poser pour un métier salarié

 

Encourager l’exploration du désir de reconversion, c’est accepter les renoncements possibles

La reconversion professionnelle n’échappe pas aux injonctions paradoxales tenaces dans le monde du travail. D’un côté, on nous serine avec la mort annoncée des carrières linéaires, on nous martèle l’importance de la mobilité et de l’autre, on nous explique encore et encore que la reconversion est “risquée” et l’une des rares options proposées aux salariés est l’inénarrable bilan de compétences, dont l’obsolescence garantit peu de réponses pertinentes et qui est trop orienté passé pour offrir des propositions enthousiasmantes. Ni dans un sens ni dans l’autre, d’ailleurs: il est bien trop limité pour réellement valider ou invalider une piste de reconversion, encore moins pour en identifier une. Il n’y a donc pas vraiment de quoi  rassurer le candidat à un changement de métier et l’encourager à y réfléchir.

D’autant que beaucoup trop souvent, la réflexion sur le projet et sa réalisation sont envisagées comme un tout, alors qu’elles sont deux étapes très distinctes et que la première n’augure pas nécessairement la seconde. A les mettre dans le même sac, on donne le sentiment que l’engagement dans la reconversion commence au moment où on se met à y réfléchir officiellement, en particulier lorsque le candidat au changement de métier se fait accompagner

C’est l’une des raisons pour lesquelles ils sont nombreux, ceux qui remettent un désir de reconversion dans leur poche avec leur mouchoir par dessus, au lieu de l’explorer avec plaisir et curiosité, sans préjuger des conclusions que l’on pourra en tirer. Pourtant, la décision de se lancer ou pas intervient – ou devrait intervenir –  beaucoup plus tard, c’est à dire quand le quoi/pourquoi/comment ont été minutieusement détaillés.

Les émotions, boussole et impulsion de la reconversion professionnelle

 

Il n’est possible d’encourager l’exploration du désir de reconversion, sans qu’elle soit perçue comme une prise de risque, que si l’on accepte la possibilité d’un renoncement, qu’on s’en donne l’autorisation, au cas où le changement de métier s’avérerait plus inconfortable que bénéfique.  C’est d’ailleurs pour cela que je parle de mes clients comme “en exploration du désir de reconversion”, plutôt qu’en reconversion.

 

Autoriser toutes les issues possibles, à n’importe quel moment

Toutes les issues possibles à une réflexion sur un désir de reconversion sont à intégrer dans une réflexion sur une bifurcation professionnelle. C’est aussi la raison pour laquelle il est important de se méfier des promesses alléchantes, certes, mais parfaitement incertaines du type “trouvez le job de vos rêves”. Car parfois, le candidat à la reconversion ne le trouve pas et le boulot idéal – ou du moins ce qui s’en rapproche le plus – est à inventer dans son métier actuel.

Autoriser toutes les issues possibles à un désir de reconversion, y compris qu’il n’y en ait pas, c’est justement permettre à chacun de dissocier la réflexion de la mise en oeuvre et faciliter ainsi la première phase, la sortie du tiroir-à-idées-pour-plus-tard du désir de changement de métier et d’aller voir s’il correspond à une motivation forte, ou s’il cache d’autres besoins comme celui de repasser aux commandes de sa vie professionnelle actuelle.

Ce renoncement peut intervenir à tout moment de la réflexion. Dès lors qu’un point d’achoppement entre la piste de reconversion et les besoins du candidats au changement ne trouvent pas de solution et que le projet s’annonce plus boulet que lendemains qui chantent.

Parfois, le renoncement à un projet ouvre la voie d’un autre. Parfois, c’est la reconversion en elle-même qui devient une non-option. C’est le cas pour environ 30% de mes clients, qui renoncent sans regret à un changement de métier au profit:

 – D’une simple transition de carrière, vers un autre poste, une autre entreprise ou parfois un autre secteur.
 – D’un redéveloppement du plaisir au travail dans leur poste actuel au travers du job crafting. Voir: Devenir l’artisan de son propre plaisir au travail

Ceci est une introduction au vaste sujet du renoncement à la reconversion. Je vous propose deux autres aspects de la question, qui seront traitées dans deux autres billets, parce que non, la reconversion n’est pas une obligation, même lorsqu’on en a envie!

 – 5 bonnes raisons de renoncer à un changement de métier
 – Comment parler de son renoncement à changer de métier (à son entourage, à ces interlocuteurs professionnels)

 

Voir aussi

Ithaque, premier influenceur français sur la reconversion professionnelle
Déterminer s’il est temps de changer de métier
Changer de métier: les reconversions trop raisonnées-raisonnables, sources d’échec
Changer de métier, changer de vie!
Une reconversion zen et dynamique à la fois!
10 moyens infaillibles de rater sa reconversion professionnelle
Job idéal: une réalité à inventer?
Chronique d’un reconversion annoncée

 

Aller plus loin

Vous avez désir de changer de métier et voulez l’explorer?  Contactez Sylvaine Pascual 

 

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