Produire vs induire le sentiment d’être heureux

Sylvaine Pascual – Publié dans Talents et ressources / Comprendre les émotions

 

 

 

Qui d’entre nous n’a pas siffloté un jour “il en faut peu pour être heureux” tout en rêvant à un avenir meilleur, fait de job de rêve, de relations harmonieuses, de revenus confortables, d’activités réjouissantes? Attendre Dame Fortune est une vraie fausse bonne idée, car le sentiment d’être heureux le plus puissant vient de l’intérieur et n’est soumis ni aux possessions, ni à l’environnement.

 

 

 

Producteur… de bonheur?

Ha voilà bien un sous-titre cucul la praline, aux relents mélangés de béatitude dalaï-lamesque* d’une part, et d’aspirations infantiles version je-veux-tout d’autre part. Au bonheur, préférons donc l’expression sentiment d’être heureux, qui a l’avantage de sous-entendre que c’est bien nous qui le produisons, ce qui est tout l’objet de ce billet.

 

Dans cette vidéo passionnante, Dan Gilbert, chercheur en psychologie à Harvard, montre cette fantastique faculté que nous avons de produire le sentiment d’être heureux, au lieu d’espérer le recevoir, en vrac, de Dame Fortune, du père Noël, ou encore de divinités en tous genres, de l’héritage de Mémé Huguette ou du bon vouloir du patron.  De plus, le sentiment de contentement lié à ces satisfactions induites par l’environnement est bien moindre que nous l’anticipons. Inversement, une sorte de système immunitaire psychologique nous aide à ne pas sombrer lorsque nous n’obtenons pas ce que nous voulons ou que nous traversons de véritables épreuves.

 

 

 

 

Anticipations erronées

En d’autres termes, nous sommes très mauvais quand il s’agit de déterminer ce qui va nous rendre heureux ou pas.

 

Lorsque nous l’imaginons, nous avons tendance à amplifier l’impact émotionnel d’un événement déterminé sur notre état d’esprit. Ainsi, si nous anticipons certains événements négatifs, ils nous paraissent bien plus catastrophiques qu’ils le seraient réellement. A l’inverse, lorsque nous imaginons des événements heureux, nous exagérons sans le savoir le sentiment de bonheur qu’il pourrait nous procurer. Pourquoi? Parce que nous pouvons produire le sentiment d’être heureux, il n’est pas seulement induit par notre environnement.

 

 

Sentiment induit vs sentiment produit

Cette croyance trop répandue que le sentiment d’être heureux est induit, c’est à dire qu’il nous vient de l’extérieur, contingenté par les circonstances, les personnes, les possessions, les événements etc. est problématique à plus d’un titre. Elle nous pousse à ignorer que nous sommes à l’origine de nos émotions, donc à négliger leurs messages.  Elle nous pousse à la passivité. Car s’il nous vient de l’extérieur, alors il est légitime de s’asseoir sur le bord de la route et d’attendre qu’il nous tombe dessus, plutôt que d’aller le dénicher par nous-mêmes.

 

En effet, nous croyons souvent que le sentiment d’être heureux vient lorsque nous obtenons ce que nous voulons. Et nous nous imaginons à tort que ce sentiment est plus fort que le sentiment produit, qui consiste, quant à lui, à fabriquer le sentiment d’être heureux en dépit de ce qui nous arrive.

 

Et selon Dan Gilbert, cela s’explique dans une société de consommation dont l’intégralité du système repose sur cette croyance. Si nous étions convaincus que nous pouvons produire un sentiment de satisfaction équivalent sans acheter cet indispensable écran plat, c’est toute l’économie qui pourrait dire “adieu veaux, vaches, cochons, profits”, face aux armées de non-consommateurs dont le sentiment interne de satisfaction n’aurait pas besoin de compensation.

 

 

Modification de la perception

La recherche a montré que le sentiment produit est tout aussi satisfaisant et efficace que le sentiment induit, et qu’il peut aller jusqu’à la modification de la perception de l’événement. Ce n’est plus un petit arrangement avec la vérité, c’est un système d’entretien du bien-être qui change le regard que nous portons sur l’événement et le rend bien plus positif. En modifiant la perception de l’événement, notre cerveau nous permet de faire avec ce qui ne dépend pas de nous. Par exemple: qui n’a jamais entendu une personne dire, à propos d’un job ou d’une promotion qu’elle n’a pas eu “de toute façon, c’est mieux comme ça, je n’en voulais pas”.

 

 

Donnez-moi un cerveau

Nul besoin donc d’une manufacture de petits bonheurs en forme de chocolats ou de 4×4 rutilants pour parvenir à cela: il suffit d’avoir un cerveau. Il est doté d’une sorte de système immunitaire psychologique,une série de processus cognitifs inconscients qui lui permet de modifier notre perception du monde pour le rendre plus agréable.

 

Dan Gilbert nous donne l’exemple fascinant de Moreese Bickham, qui, à 78 ans, après 37 ans de prison pour un crime qu’il n’avait pas commis, a déclaré au moment de sa libération “Je n’ai aucun regret, ça a été une magnifique expérience”. Cet exemple (parmi d’autres dans la vidéo) démontre qu’il est possible d’avoir le sentiment d’être heureux malgré les circonstances. Moreese Bickham a probablement une tendance naturelle à exploiter cette capacité davantage que la moyenne.

 

L’autre bonne nouvelle, c’est que nous pouvons renforcer cette capacité en choisissant de produire des sentiments de joie, de satisfaction, de plaisir. Et développer ce talent ne vous transformera pas en optimiste niaiseux au sourire béat: au contraire, la conséquence est un renforcement de la résilience, indispensable pour traverser les divers aléas de la vie, et rebondir en cas d’échec.

 

En d’autres termes,si vous trouvez votre boulot acceptable, si votre éventuel syndrome du dimanche soir ne hurle pas à vos oreilles au point d’être au bord de la crise de nerfs, si le nombre d’abrutis qui vous entourent vous paraît à peu près normal, si les périodes de stress vous paraissent pénibles, mais gérables, si vous vous êtes simplement laissé(e) rattrapé(e) par la morosité ambiante et le manque de temps, tout va bien! La satisfaction, la joie, la gaité, bref, le sentiment d’être heureux sont à portée de main…

 

 

Halte à l’obligation d’être heureux

Attention cependant: cela n’est pas une réponse miracle au stress ou une façon de se soumettre à l’inacceptable. C’est un moyen de poser un regard plus satisfait sur une vie déjà acceptable, de renouer avec de l’enthousiasme et de la joie de vivre qui rendent plus dynamiques, plus enclins à agir.

 

Il ne s’agit pas non plus de rendre obligatoire le sentiment d’être heureux sous prétexte qu’il dépend de nous. Nous pouvons le renforcer dans des conditions de vies normales, nous ne pouvons pas l’exiger, ni dans ces situations normales, et encore moins dans l’épreuve. Nos réactions émotionnelles et nos façons de traiter certains événements dépendent de très nombreux éléments du domaine de l’histoire personnelle, et il n’y a pas d’échelle de validité et de légitimité des émotions, car nous ne les choisissons pas.

 

 

Produire le sentiment d’être heureux

Voici quelques pistes pour renforcer cet état d’esprit et apprendre à apprécier ce dont nous disposons, à construire ces réserves à Vitamines mentales dans un coin de nous-mêmes, à les remplir à chaque opportunité et à puiser dedans quand c’est nécessaire:

Dynamisme: faire le plein de vitamines mentales

Bien-être: fleuve paisible, rives fleuries

Éloge du plaisir

Plaisir et seuil de satisfaction

Saisir les opportunités
S’adapter aux événements extérieurs
Rôle des émotions: la joie
Le rire, remède universel
Les valeurs: l’énergie renouvelable de la motivation
Cultiver l’optimisme:10 bonnes raisons et 7 pistes

 

S’émerveiller

Apprécier ce que l’on a

A la rencontre de la beauté

Bien-être: fleuve paisible, rives fleuries

Regarder grandir

 

Dossiers complets:

Bien-être et estime de soi

Vitamines mentales

 

 

* Il vous plaît celui-là? ;)

 


Aller plus loin

 

Vous voulez apprendre à emmagasiner les vitamines mentales et développer un état d’esprit dynamique? Pensez au coaching. Pour tous renseignements, contactez Sylvaine Pascual au 01 39 54 77 32

 

 


6 réflexions au sujet de « Produire vs induire le sentiment d’être heureux »

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  5. merci pour ce post…la question que je me pose c’est : qu’est ce qui pousse quelqu’un à changer de boulot . si finalement le bonheur vient de l’intérieur, et qu’on peut s’adapter mêmeà des trucs qui nous plaisent pas ( les collègues, etc…) pourquoi changer? agit-on par réaction à un environnement jugé insatisfaisant ou poussé par un désir de créer autre chose ? c’est la question philo du jour lol

    cordialement sandra @infopositive

    • Bonjour Sandra,

      On peut s’adapter et faire avec face à des épreuves, des situations difficiles sur lesquelles on a aucun contrôle et aucun pouvoir.
      En revanche, les situations difficiles sur lesquelles nous avons une marge de manœuvre, comme une ambiance pourrie au travail ou des tâches pour lesquelles on a pas ou plus de goût sont génératrices de stress. Chercher à s’adapter à des relations pourries et les accepter, c’est se livrer pieds et points liés à une forme de servitude volontaire, c’est accepter de subir et se résigner. Il est donc important d’agir à la place, soit pour modifier les relations, soit pour aller en initier de bonnes ailleurs.

      On peut avoir envie de changer de boulot pour éviter un environnement jugé insatisfaisant. n même temps, il est indispensable de travailler à ce qu’on veut créer à la place, pour aller vers un objectif précis. Car se contenter de chercher à éviter ue chose sans identifier ce qu’on veut à la place risque d’avoir des conséquences, disons, inattendues. Et pas forcément bienvenues^^

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