Sylvaine Pascual – Publié dans Relations aux autres
| Vous et moi, à l’évidence, sommes des gens bourrés de qualités et qui ne feraient pas de mal à une mouche… Pourtant, il nous arrive de heurter autrui, parfois sans intention de le faire. Mettre son petit orgueil de côté et apprendre à s’excuser est une véritable compétence relationnelle qui renforce les liens et la confiance mutuelle. | Tweet |
Vendredi dernier, c’était vendiredi saint pour les Chrétiens et à Perpignan, il prend une dimension toute particulière: la procession de la Sanch, tradition et vieille de 600 ans, qui donne à l’expression « faire pénitence » une signification impressionnante, y compris à ceux qui, come moi, ont autant de convictions religieuses que la moule de l’autre jour, une fois qu’elle a fini dans la poêle.
Remords et fausses bonnes idées
Nos vies temporelles, quant à elles, ne nous offrent pas de repentance annuelle qui nous absoudrait des petites et grandes mauvaises actions commises à l’encontre de notre entourage personnel ou professionnel. Que celui qui n’a jamais rompu une promesse, trahi une confiance ou tout simplement blessé quelqu’un par ses paroles ou ses agissements jette le premier gravillon au commun des mortels contrit devant l’évidence: nos imperfections nous poussent parfois à agir dans le sens inverse du bénéfice de nos contemporains.
La plupart du temps, ce sont des broutilles sans conséquence et tout le monse passe rapidement à autre chose. Mais de temps en temps, lorsque nous nous rendons compte du mal fait, nous en gardons un goût amer de regrets: cet agissement-là n’était pas cohérent avec l’image que nous avons de nous-même, avec nos valeurs et nos principes moraux. Nous avons blessé quelqu’un malgré nous, et on ne se sent pas fiérot sur ce coup-là.
Face à nos regrets, nous pouvons tout à fait choisir le repentir spectaculaire et se coiffer d’une caperutxa pour aller porter le fardeau de son péché un vendredi saint dans les ruelles de Perpignan. Cependant, on peut aussi choisir des options moins baroques mais efficaces tout de même.
Commençons d’abord par évacuer toute la série des fausses bonnes idées qui, autant dans la relation à soi que dans la relation à l’autre vont juste conduire à laisser pourir la situation, avec toutes les conséquences que cela implique:
- S’auto-flageller intérieurement jusqu’à ce qu’aigreur s’en suive.
- Subir le sentiment de honte, la culpabilité qui rongelentement mais sûrement.
- Remettre ses remords dans sa poche avec son mouchoir par-dessus, en espérant que ça passera, sachant très bien qu’ils repointeront le bout de leur nez quand bon leur semblera.
- Evoquer tout un tas de fausses bonnes raisons qui ne réussissent à convaincre personne, sauf la partie offfensée, de votre mauvaise foi.
- Rejeter la faute sur autrui pour se dédouaner, preuve de malhonnêteté que la partie offensée n’omettra pas de noter sur ses tablettes, à côté du chien de la chienne qu’elle vous réserve.
Du bénéfice de présenter ses excuses
On peut aussi choisir une option parfois difficile à mettre en oeuvre, car elle nécessite de passer outre ses petits orgueils mal placés: présenter ses excuses. En effet, savoir demander pardon permet d’offrir de la reconnaissance à l’interlocuteur, de sortir de l’éventuelle tension latente ou du conflit, de soulager sa conscience, de renforcer ainsi la confiance en soi (être honnête et assumer ses responsabilités est une grande force), mais aussi l’estime de soi des deux parties, et par ricochet les liens relationnels et la confiance mutuelle.
C’est pourtant un choix rare, en particulier dans le milieu professionnel, car comme beaucoup d’autres compétences relationnelles, quand le triangle de Karpman et le manque de savoir faire s’en mêlent (s’emmêlent?), on obtient vite le contraire de ce qu’on voudrait. L’idée de présenter des excuses est du coup souvent perçu comme un aveu de faiblesse, la certitude de perdre la face, la solution du loser. Voici donc quelques pistes sur la marche à suivre pour transformer des excuses en véritable compétence relationnelle, qui renforcera votre rayonnement, et votre affirmation de vous-même (un manager sachant réellement exprimer ses torts ou ses remords est souvent un type admirable ou une sacré bonne femme). D’ailleurs, un travail de renforcement de l’estime de soi peut être nécessaire en amont pour être en capacité de reconnaître ses torts et l’exprimer.
Présenter ses excuses: les pièges à éviter
Quelques précautions s’imposent pour éviter de transformer cette compétence relationnelle en technique manipulatoire ou en comportement serpillère qui auront l’effet inverse, nourriront l’égo de l’un au détriment de l’autre, grignoteront l’estime de soi des deux partie et alimenteront les jeux de pouvoir.
- Ne présentez pas d’excuses en cédant à la pression. On est alors complètement dans la relation de pouvoir et vous offrez un paillasson sur lequel la victime de vos agissements va pouvoir essuyer ses godasses offusquées. Il s’agit bien de rétablir une relation équilibrée, pas de vous offrir en pâture à une vengeance grande ou petite, qu’en plus vous aurez suscitée.
- Ne présentez pas d’excuses pour avoir la paix, pour mettre fin à un désaccord etc. Elles doivent être sincères et n’avoir pour objectif qu’exprimer un regret. Tout autre intention serait manipulatoire et donc directement inscrite dans les jeux de pouvoir.Et à ce jeu-là, il y a toujours un perdant.
- Evitez les justifications, les interprétations et de façon générale toutes les expressions qui pourraient minimiser l’excuse présentée, où votre part de responsabilité dans l’agissement blessant. Votre interlocuteur ne sera pas dupe et s’arrêtera à ça.
Mini coaching: savoir présenter des excuses
Présenter des excuses peur être fait en s’appuyant sur la base de l’assertivité, de façon à rester dans un échange d’égal à égal, qui prend en compte les deux parties. D’autre part, optez pour la simplicité, la concision, l’authenticit, ça vous évitera de vous égarer dans des dédales communicationnels aux vagues effluves de stratégie d’échec.
1- Les faits
Relatez les faits, les faits et rien que les faits. Supprimez toute interprétation qui pourrait nuire à la communication, toute justification qui pourrait minimiser votre responsabilité.
2- Les sentiments
Expliquez brièvement comment vous vous sentez vis à vis de votre comportement.
3- Les excuses
Présentez vos excuses en toute simplicité et de manière concise. « Je te présente mes excuses », « je suis désolé », mais évidemment, pas de « je m’excuse », c’est à votre interlocuteur de le faire.
4- Rentrer dans le dialogue
Un simple « qu’en penses-tu? » permettra de donner la parole à votre interlocuteur, et vous pourrez ensuite passer a dialogue pour régler l’affaire.
Et comme recevoir et accepter les excuses d’autrui demande un peu de doigté et de savoir-vivre, je vous donne rendez-vous prochainement pour la suite: accepter des excuses avec noblesse et magnanimité.
Voir aussi
Compétence relationnelle: l’affirmation de soi
Estime de soi: reconnaître la valeur des autres
Compétences relationnelles: établir ses limites
Ebook gratuit: le triangle de Karpman
Relations: hérisson et paillasson
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Pour développer une affirmation de vous sereine et respectueuse d’autrui, pour entendre et vous faire entendre, pensez au développemen personnel et au coaching. Pour tous renseignements, contactez Sylvaine Pascual au 01 39 54 77 32
Bonjour
Merci pour ces conseils précieux. Pour ma part il me reste une interrogation. Il me semble que « présenter des excuses » et « demander pardon » (ou « accepter des excuses » et « donner le pardon ») ne sont pas la même chose. Le pardon serait plus « fort » que les excuses ?
Bien cordialement
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une compétence en voie de disparition
Bonjour,
Merci Sylvaine.
J’attends le second volet avec impatience.
Quand j’étais petite, mes parents m’ont obligée à présenter des excuses à un de leur amis. Mais pas dans les moments où « l’offense » avait été faite, non. Entre le fait et les excuses il a bien dû s’écouler une à deux semaines. Des TAS de jours pendant lesquels cette perspective m’a rendue malade. A tel point que 30 ou 40 ans après, je peux encore ressentir mes sentiments, émotions d’alors.
Est-ce pour cela que je n’ai plus jamais présenter d’excuses ? Enfin, jusqu’à il y a 18 mois. Mais il m’aura fallu ET une psychothérapie ET la rencontre d’une personne pour qui reconnaître ses erreurs, ses faiblesses, être (modérément) fier de ses réussite, est une évidence mise en oeuvre avec une grande simplicité.
On apprend par l’exemple aussi. Je me suis alors rendu compte qu’on pouvait reconnaître s’être tompé ou avoir été blessant, être désolé et le dire, sans se mettre en danger. Bien au contraire quand la sincérité est là, perceptible.
Depuis, j’ai appris à le faire. Pas toujours. Pas avec tout le monde (il y a vraiment des personnes avec qui ça reste bloqué, je ne peux pas). N’empêche : c’est vrai que c’est souvent une véritable épreuve ; mais c’est également vrai que chaque fois ou presque, je me sens beaucoup mieux après, je sors « grandie », je suis contente de moi ; et, chaque fois ou presque, les relations avec « l’autre » en sont renforcées, meilleures, plus confiantes, plus sincères. Bref, que des bénéfices. Mais, outch !ça reste dur dur…
Quant à savoir accepter des excuses, là, j’avoue mon incompétence. Plus elles sont présentées avec sincérité, expriment un réel regret (pas une formule mécanique) plus je me sens gênée et ne sais pas comment réagir. Alors, vite, vite : la suite !