De l’importance de la distinction entre stress et émotions

Cesser d'appeler nos émotions "stress" et mettre des mots dessus

 

Comme elle est pratique, cette étiquette “stress”, vaste sac dans lequel on fourre en vrac les réactions émotionnelles sur lesquelles nous peinons à mettre des mots… Pratique, certes, mais peu utile à la gestion et à la compréhension des émotions en question. Pas de mot pas de maux, en quelque sorte? C’est bien l’inverse: à ignorer jusqu’au nom de nos émotions, nous ne risquons pas d’éteindre l’incendie dont elles sonnent l’alarme.

Cesser d'appeler nos émotions "stress" et mettre des mots dessus

 

Ne pas passer à côté des émotions, nos alliées

De la même manière que tout conflit se retrouve vite estampillé “harcèlement” ou que le moindre comportement persécuteur ou désagréable confère au simple abruti ordinaire qui en est l’auteur le statut de manipulateur pervers, nos réactions se trouvent vite résumées par un terme devenu générique à émotions: le stress.

Angoisse, insatisfaction, anxiété, exaspération, tristesse, inquiétude, agacement, frustration, dégoût, etc. Ces expériences émotionnelles négatives entraînent des réactions physiques et mentales pénibles qui nous laissent ultra tendus n’ont plus qu’un seul nom sans nuance et sans précision.

  • Je suis stressé(e) j’ai une présentation à finir pour demain.
  • Les retards de trains, ça me stresse!
  • Dupont-Durand me stresse avec ses airs de coq de basse-cour, depuis qu’il est devenu chef de service.
  • Quel stress, ces réunions où je me planque dans mon petit coin pour ne pas avoir à intervenir.

Stress, de quoi es-tu donc le nom? Quelle importance, me dit-on souvent? Qu’est-ce que ça peut bien faire d’utiliser un mot ou un autre? C’est notre équilibre et notre bien-être qui sont en jeu. Ce n’est pas simplement un jeu de lettrés linguistes perfectionnistes, si la langue française a de multiples nuances pour exprimer les émotions!  Il y a bien une raison: à mettre un mot générique sur toutes nos émotions, nous finissons par être complètement déconnectés de ce qui se passe à l’intérieur de nous, de nos réactions face aux événements et incapables d’exprimer ce que nous ressentons. Nous savons juste qu’ils déclenchent un mal-être lourdingue et parfois invalidant.

Nous passons ainsi à côté de nos plus fidèles alliées, ces émotions qui, pour peu qu’on les écoute, nous fournissent toutes les indications dont nous avons besoin pour vivre une vie plus sereine et… moins stressée, justement.

Car le stress est la conséquence d’un trop plein d’émotions, pas les émotions en elles-mêmes. Celles-ci sont les messagers de notre cerveau qui, lui, sait très bien ce dont nous avons besoin pour nous sentir bien. Ou du moins mieux, en l’occurrence.

 

 

Stress/émotions : une confusion contre-productive

A confondre les deux, nous nous éloignons totalement de ces messages. Allez, j’affectionne les comparaisons saugrenues, aussi permettez-moi de vous en servir une toute chaude tout juste sortie du four: c’est une peu comme si la médecine se contentait d’un “mal au ventre” pour tout ce qui se passe entre le diaphragme et les jambes. Plus aucune distinction entre un ulcère, une hépatite, un colon irritable, une appendicite etc. Pas besoin d’observer les symptômes, de localiser la douleur, de chercher le vrai problème etc., le diagnostic est ultra simple: vous avez “mal au ventre”.

J’arrête là la métaphore médicale, vous avez compris où je veux en venir: le spécifique a ses vertus, il permet le traitement d’une situation précise. Pour ce qui concerne les émotions, mettre des mots dessus, c’est un premier pas vers leur compréhension et le traitement des déclencheurs.

Mais voilà, le problème avec les émotions, c’est qu’à un moment dans l’histoire, des savants éclairés ont décidé qu’il fallait leur préférer la raison, plus élégante et plus louable. Ils ont décidé qu’en tant que fonctions naturelles de l’organisme, elles étaient méprisables et qu’il était plus noble de s’acharner à les “contrôler”, c’est à dire à les exprimer le moins possibles, à les ressentir le moins possible, avec un succès somme toute très modéré. Ces tentatives de contrôle sont à peu près aussi productives à long terme que de mettre un cache sur le voyant du tableau de bord qui s’allume, au lieu d’emmener la voiture au garage.

Car n’en déplaise aux amateurs d’intelligence émotionnelle, les émotions ne se maîtrisent pas, ne se contrôlent pas: elle sont une réponse automatique du système reptilien-limbique à une situation perçue comme problématique. A abuser du mot “stress”, on se retrouve avec le citron en confiture d’oignon: on finit en stress par défaut de mots, la matière grise en marmelade douce-amère d’émotions non traitées.

 

L'intelligence émotionnelle ne tient pas toujours ses promesses

 

 

Retrouver le nom et le goût de nos émotions

C’est comme ça que l’autre jour, une cliente m’explique qu’elle est “stressée” pendant les réunions. Elle a eu beaucoup de mal à mettre des mots dessus, à sortir des “je suis mal, quoi” et autres “tu vois ce que je veux dire”.  Il se trouve qu’en fait, son excès d’assurance la rend un poil autoritaire et lui vaut la méfiance de ses collègues. Cette méfiance, elle la ressent et se retrouve inquiète et frustrée à l’idée d’être mal jugée. Etre “stressé(e)” en réunion pourrait signifier vingt-cinq autres problématiques, depuis la crainte de la prise de parole jusqu’à l’agacement du manque d’écoute, et chacune nécessiterait une solution différente.

C’est l’exploration de l’émotion qui permet de déterminer le besoin à combler. Ce qui démontre l’importance d’éviter d’utiliser “stress” à toutes les sauces et d’être précis dans l’observation de son expérience émotionnelle. Une fois cette expérience décrite avec précision, il devient possible alors:

Bref, de pratiquer un peu de lecture émotionnelle. Ce qui a l’énorme avantage de générer des plans d’action qui vont traiter les déclencheurs de l’émotion, réduisant ainsi sa récurrence et son intensité. Voilà qui est quand même plus productif que de s’acharner à tenter de respirer, de se relaxer, de sophrologiser, alors qu’on sait bien qu’on n’éteint pas les incendies en soufflant dessus! Et de perdre ainsi une énergie précieuse en pansements sous lesquels, ô ironie toute Shakespearienne, la plaie continue de s’infecter.

Inversement, l’accueil et l’écoute des messages de l’émotion permettent de prendre des mesures concrètes pour vivre et bosser moins stressés:

  • D’entendre derrière l’agacement les demandes que l’on a à faire, les opinions à affirmer, les résultats à obtenir.
  • De voir derrière la peur les itinéraires à tracer, les informations à aller chercher, les solutions à anticiper, les pièges à éviter.
  • De saisir derrière la tristesse et le découragement les directions à prendre, les analyses à mener, ce à quoi contribuer.

Nous voilà en capacité de redécouvrir et d’accueillir le goût suave des émotions qui veillent sur nous, au lieu de nous rêver éternellement décontractés et paisibles, fantasmes éthérés de nous-mêmes, ou bien  impassibles et marmoréens, en psychopathes décérébrés.

 

Identifier les émotions derrière le stress

Lorsque l’expression “je suis stressé(e)” vous vient à l’esprit ou à la bouche, observez-vous:
Cette émotion qui vous submerge, c’est quoi, exactement?
Quels sont les sentiments qui lui sont associés?
Que se passe-t-il dans votre tête? Dans votre corps?
A quelle grande catégorie d’émotion se rattache-t-elle: tristesse, peur, colère?

Vous voilà prêt(e) à passer à la lecture de l’émotion:

La distinction entre grognon et ronchon, ça a du bon, remettons des mots sur nos émotions! Alors à vos dictionnaire, revisiter le vocabulaire, c’est déjà élargir le champ de nos ressentis, de nos alertes, de nos fièvres, de désordres et de nos troubles;)

 

 

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Ce billet est une mise à jour d’un article publié le 10 mars 2010.

 

 

Aller plus loin

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