Sylvaine Pascual – Publié dans Vie professionnelle
| En reconversion professionnelle ou transition de carrière, la perte d’un statut prestigieux peut inquiéter et même entraver l’évolution. Voici une petite leçon de rugby à l’usage des travailleurs: sortir du besoin de reconnaissance pour se reconnecter à ses vraies priorités. |
Perte de statut et besoin de reconnaissance
Autant nous pouvons être aussi conformistes que les moutons du troupeau, autant nous sommes attachés à ces petites marques qui nous différencient des autres. Surtout, disons-le tout de go (tout d’égo?), si celles-ci nous placent au dessus de lot. Et la reine des marques de reconnaissance, c’est le statut professionnel. En dautres termes, fourmi, c’est peanuts, chef fourmi, ça commence à avoir de la gueule. Du coup, à l’évidence, redescendre dans l’échelle socio-professionnelle est une étape délicate qui peut freiner bien des transitions de vie.
La question de la perte de statut liée aux bifurcations professionnelles est une préoccupation fréquente dans de nombreuses situations qui nécessitent d’évoluer vers des métiers ou des fonctions moins prestigieuses:
- Le désir de reconversion professionnelle, qui signifie parfois aussi repartir au bas de l’échelle.
- Le départ en retraite.
- Le ras-le-bol des responsabilités élevées et l’envie de revenir à des postes moins soumis au stress.
- L’envie de travailler moins pour vivre plus.
La question est délicate, car la satisfaction du besoin de reconnaissance passe à l’excès par le statut professionnel. Et les conventions sociales en sont un reflet vertigineux: à l’inévitable question de ce que nous faisons dans la vie, lorsque nous rencontrons de nouvelles personnes, nous répondons automatiquement « Directeur marketing d’une société de conseil » ou « plombier chauffagiste » et non pas « citoyen du monde passionné de danse acrobatique et collectionneur de tickets de métro ».
Pourtant, l’importance du statut socio-professionnel, c’est surtout celle que nous lui attribuons, et elle peut facilement revenir à accorder aux autres et à leur regard sur ce que nous faisons le pouvoir de décider à notre place de notre avenir professionnel.
Reconnaissance, banc et temps de jeu
Lorsqu’on pose la question de la gestion de la perte de statut à l’ancien internationnal de rugby Gérald Merceron, rencontré lors des Journées des Ambassadeurs du rugby, la réponse est très claire « Mieux vaut du temps de jeu en pro D2 que le banc en Top 14″. Et Gérald Merceron sait de quoi il parle: c’est exactement le choix qu’il a fait en fin de carrière. Ce qu’il dit, en substance, c’est qu’il a été plus important à ses yeux de conserver le plaisir de jouer, même un niveau en dessous, que de conserver le prestige du statut.
Décryptons. Ce choix est révélateur d’un changement de perception: en accordant la priorité au plaisir, Gérald Merceron est passé de la reconnaissance externe – les autres me reconnaissent un statut qui me renvoie une image positive de moi - à la reconnaissance interne – je reconnais l’importance de mes propres besoins. Cheminement intuitif, réfléchi ou raisonné, c’est ce qui permet de sortir de l’emprise de la peur du jugement des autres et de reconnecter à ses propres désirs. Et qui à son tour va nous autoriser la construction de la vie professionnelle que nous voulons, indépendamment du regard des autres sur ce que nous faisons.
Le double effet Kiss Cool, c’est que lorsque nous sommes en phase avec nos motivations, nos besoins et notre désir de satisfaction personnelle, quoi que nous fassions, l’image que nous renvoient les autres a de grandes chances d’être positive: le bonheur de faire ce que nous faisons suscite bien davantage l’admiration et la reconnaissance que le mépris.
En d’autres termes, lorsque nous sortons des convictions limitantes sur la perte de statut, non seulement nous avons moins besoin de la reconnaissance des autres, mais en plus, nous en recevons davantage qu’auparavant.
Alléluia!
Minicoaching: perte de statut et reconnaissance interne
Evidemment, entre le dire et l’appliquer, il y a parfois un monde, peuplé d’incertitudes liées à la force de l’insatisfaction ou la fragilité du besoin de reconnaissance. Chez certains la priorisation va se faire naturellement, pour d’autres, il est nécessaire d’aller travailler un peu sur ce besoin de reconnaissance.
Bien entendu, ces questions ne concernent que les pertes de statuts liées à des transitions professionnelles volontaires. Les pertes de statut subies demandent un tout autre travail.
Que craignez-vous de perdre, précisément, avec le changement de statut professionnel?
Qu’est-ce qui est le plus important à vos yeux?
Quels valeurs négligez-vous en privilégiant le statut?
Dans quelle mesure reconnaissez-vous votre valeur personnelle?
Vos qualités?
Vos accomplissements?
L’importance de vos propres envies et aspirations?
De quoi avez-vous besoin pour sortir du regard des autres?
Comment l’obtenir? Le mettre en place?
Quelques pistes pour travailler la satisfaction du besoin de reconnaissance
Répondre au besoin de reconnaissance
Boulot idéal (10): reconnaissance et épanouissement
Estime de soi: reconnaître ses accomplissements
Estime de soi: redécouvrir nos talents
Les valeurs: l’énergie renouvelable de la motivation
Aller plus loin
Pour construire une vie professionnelle conforme à vos aspirations et vos valeurs, pensez au coaching. Pour tous renseingements, contactez Sylvaine Pascual au 01 39 54 77 32
Essai transformé dans votre article, comme d’habitude !
Merci pour cet intéressant article qui traite avec un regard différent le thème de la reconnaissance professionnelle.
Personnellement, je trouve cela dommage de limiter son désire de reconnaissance au statut professionnel. Cela me parait affreusement restrictif, mais semble correspondre aux impératifs d’efficacité et de rendement de notre temps.
Je pense que la vie est ailleurs pour paraphraser Kundera. Le travail et le monde de l’entreprise ne doit pas et n’est pas le seul lieu de l’épanouissement personnel. Ce besoin de reconnaissance social lié au statut au sein de l’entreprise ou a un simple titre me parait illusoire et semble même primer sur l’envie de réaliser, de créer et de se réaliser par l’action.
Luideduodidees
http://duodidees.wordpress.com/
Bel article!
Lecteur fidèle et anonyme, j’aime votre façon d’écrire haute en couleurs, votre esprit d’analyse, votre aptitude à faire feu de tout bois en exploitant toutes sortes de choses pour nous pousser à réfléchir. Merci.