En attendant le burnout

Sylvaine Pascual – Publié dans Vie professionnelle / Bien-être et estime de soi

 

 

 

Les ligues de vertu s’enflamment: se préoccuper de soi, c’est bien connu, c’est de l’égoïsme à l’état pur,  le summum de l’individualisme, le 100% pur porc de l’autolâtrie. S’il est exact que l’excès de nombrilisme est nuisible à bien des égards, nous prenons souvent plus soin des autres que de nous et pouvons ignorer nos propres besoins… jusqu’à l’épuisement professionnel.

 

Regard désapprobateur

 

Voilà un sujet qui génère des prises de positions un poil définitives qui sont davantage issues de la peur de l’excès que du bon sens.
Un peu comme la valorisation, qui déchaîne des torrents de discours scandalisés sur les dérives vaniteuses auxquelles, d’après les esprits chagrins, elle ne saurait échapper.
Ou comme faire quelque chose pour se faire plaisir, qui suscite les commentaires désapprobateurs des champions du déni de soi, inquiets d’une liberté qui pourrait permettre au quidam concerné d’échapper à leur contrôle.

 

 

Idées reçues vs bon sens

 

Pourtant, partons de la vraie vie. Dans les avions, en cas de dépressurisation, les normes de sécurité exigent que les adultes mettent un masque avant d’aider les enfants à mettre les leurs. Argh, la sécurité aérienne est donc un suppôt de Satan qui veut que l’on se préoccupe de soi avant de se préoccuper du plus faible!

 

La raison est évidemment du domaine du bon sens: pour mieux aider, mieux vaut être en pleine possession de ses moyens, sinon on risque de faire rapidement partie de ceux qui ont besoin d’aide. En voilà une révélation qui signifie, par extension que prendre soin de soi signifie être en capacité de mieux prendre soin des autres… Et notre bonne société judéo-chrétienne nous avait caché ça, qui porte aux nues le sacrifice et fustige la préoccupation personnelle…

 

 

Oubli de soi… jusqu’au burnout

 

D’ailleurs, elle a bien réussi son coup: dans l’ensemble, nous ne prenons pas tellement soin de nous, et ces besoins que nous entendons piailler à nos oreilles, nous choisissons de ne pas trop les écouter. Ce mène tout droit au stress, sous bien des formes. Et nous parlons ici autant des besoins de repos, de détente, de glandouille, de plaisir, de déconnexion, que de ceux liés à un environnement professionnel acceptable, les besoins de reconnaissance, d’actualisation des compétences, d’accomplissement de soi , de vivre et travailler en adéquation avec ses valeurs, etc.

 

Un exemple: le présentéisme, qui consiste à aller bosser alors que nous ne sommes pas en état de le faire, coûte cher aux entreprises, mais surtout encore plus cher aux salariés qui, en repoussant toujours un peu plus leurs limites dans le plus mauvais sens du terme, risquent le burn-out, l’incapacité totale.

 

 

Héros et fillettes

 

Le problème, c’est qu’il y a dans l’inconscient collectif une dichotomie d’origine primaire entre les dictons pleins de bons sens type « qui veut voyager loin ménage sa monture » et ce qu’on applique à soi-même. Faisons un parallèle avec les films, dans lesquelles ladite monture est présentée comme galopant pendant des heures, alors qu’en réalité, il est impossible de galoper plus de quelques minutes d’affilée, et quand on voyage au long cours à cheval, on marche essentiellement au pas. Seulement voilà: galoper à bride abattue sur des landes désertes, c’est plus héroïque, ça fait pas fillette. C’est plus classe, ça fait plus chef du troupeau.

 

Et c’est bien en cela que nous sommes primaires. Nous préférons donner l’image crinière au vent du fier-à-bras héroïque que l’image sereine du voyageur tranquille. C’est censé être plus valorisant d’être débordé tête dans le guidon (ça sent l’indispensable) que de travailler décontracté à un rythme humainement tenable au long cours (ça sent le tire-au-flanc).

 

Suivons la métaphore équine jusqu’au bout: si l’on pousse un cheval, il marchera jusqu’à la mort. C’est pas malin malin, mais c’est comme ça. Si la référence externe, en l’occurrence le regard des autres, la tentation du pouvoir ou le besoin de compenser une estime de soi fragile s’en mêlent, nous risquons surtout de finir non pas en héros, mais en canasson exsangue qui expire la tête dans la gadoue au bord du chemin. Et alors, nous ne serons clairement plus utiles à personne, et parfaitement incapables de prendre soin de qui que ce soi.

 

 

En attendant le burn-out

 

Comme le Godot de la pièce dont j’ai sans mollir plagié le titre, le changement porteur d’espoir ne viendra pas tout seul, alors que nous continuons à faire la danse du filet, soumis a des exigences qui dépassent ce que toute personne normalement constituée peut supporter.
A la place de Godot, c’est bien le burn-out qui va finir par débouler, deus ex machina sinistre qui clot bel et bien une page, certes, mais ouvre sur une épreuve terrible et pourtant évitable.

 

 

Repérer les signes

 

Je trouve inquiétant le nombre de personnes qui viennent réfléchir à une reconversion suite à un burn-out, qui concrètement leur fait perdre six mois de leur vie, alors que les signes avant-coureurs de l’épuisement n’étaient pas totalement invisibles.
Car lorsque les signes pointent, vous pouvez prendre toutes les mesures que vous voulez pour “combattre” un stress qui n’est que le messager du problème: il est temps de réfléchir à des alternatives professionnelles qui vont vous éviter la case épuisement professionnel, avec toutes les conséquences qu’il implique.

 

Car c’est bien dommage que ce soit l’épuisement en lui-même qui soit le déclencheur de la transition professionnelle, avec ce qu’il coûte en temps d’incapacité, en perte d’estime de soi et de confiance, voire en dépression. Toute la difficulté réside dans le fait que le mal s’installe petit à petit, insidieusement, parfois sans qu’on s’en rende compte. Soyez à l’écoute de vous-même et de ce que votre entourage vous dit sur vous. Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), il se caractérise par « un sentiment de fatigue intense, de perte de contrôle et d’incapacité à aboutir à des résultats concrets au travail ». Il existe de nombreuses ressources sur Internet qui pourront vous aider à identifier si vous êtes en burn-out ou non, voici à titre indicatif quelques signes:

 

  • Troubles du sommeil: difficultés à s’endormir, insomnies
  • Fatigue persistante, prédisposition à la maladie, addictions
  • Baisse d’efficacité, difficultés à se concentrer, troubles de la mémoire, manque d’entrain
  • Spirale négative: sentiment de culpabilité, on doute de ses compétences, dévalorisation, pessimisme, perte de confiance en soi
  • Changement de comportement, agressivité, sautes d’humeur, repli sur soi, isolement

 

Tous ces signes, qui ressemblent étrangement à une dépression, sont des indications claires que l’environnement professionnel, pour une raison ou pour une autre, devient toxique et qu’il est temps de s’en préoccuper. Et de se pencher sérieusement sur la possibilité d’une transition professionnelle, quelle qu’elle soit avant d’en arriver au burn-out. D’autant que réfléchir n’engage à rien, il n’y a pas de risque à mener une réflexion, alors qu’il y en a un sérieux à remettre l’affaire dans sa poche avec son mouchoir par dessus.

 

Attention cependant, si vous présentez trop des indicateurs ci-dessus, ou qu’ils ont une intensité très élevée, il est sans doute temps de consulter le médecin du travail.

 

 

Aller plus loin

Vous voulez mieux concilier vie professionnelle et vie privée? Pensez au coaching. Pour tous renseignements, contactez Sylvaine Pascual au 01 39 54 77 32.

 

 

Ressources externes:

Épuisement professionnel (burnout)

Dépression et burnout

Pour finir

9 réflexions au sujet de « En attendant le burnout »

  1. Ping : En attendant le burnout | Ithaque Coaching | Coaching Facilitation | Scoop.it

  2. Magnifique texte, très complet, cela devrait réveiller plus d’un. Pour pouvoir aider les autres, pour pouvoir être utile aux autres, pour être performant il faut être en forme chaque jour. Aller au travail en n’étant pas vraiment malade, mais en manquant de forme, c’est se priver de ressources, c’est un manque de productivité garantie. Alors créez vous un environnement de santé et de bien-être.

  3. Ping : En attendant le burnout | Ithaque Coaching | Personal MBA | Scoop.it

  4. Bonjour

    Malheureusement j’ai connu le burn out à une époque où on commençait tout juste à en parler.

    Je n’ai pas su reconnaître les signes avant -coureurs,alors que je sentais que quelques chose n’allait plus. Je pensais que ça allait passer …
    Et bien non.Je suis tombé en plein dedans’.Et cela a duré de nombreux mois.
    Au début on ne sait pas ce qui arrive.On ne se reconnaît plus.On se pose un tas de questions .Notamment pourquoi moi?
    A l’époque (1986),c »était une maladie peu connue.Mon médecin m’a(mal) soigné comme s’il s’agissait d’une dépression. Avec tout ce qui va avec.
    C’est une thérapie cognitive comportementale et de l’acupuncture qui m’ont permis de m’en sortir.
    J’ai mis du temps à me reconstruire moralement,.Aujourd’hui je suis guéri..
    A la lecture de votre billet ,,je me suis en partie reconnu .
    Pendant plus de 15 ans,,j’ai toujours voulu donner l’image « du fier à bras héroique et malgré les recommandations de mes collaborateurs je n’ai jamais ménager ma monture.Je le regrette amèrement.

    Pour éviter ce genre de déconvenue,les conseils de Sylvaine sont judicieux.
    Il faut les suivre à la lettre.

    • Merci Patrick pour ce témoignage, qui montre que chacun d’entre nous peut être concerné sans même s’en rendre compte et combien il est essentiel de questionner les changements qu’on ressent en soi. L’image du héros qui ne s’écoute pas nous est tellement renvoyée de toutes parts qu’on peut même en venir à culpabiliser de se sentir mal, alors que nous devrions tout simplement écouter ces messages internes et les prendre en compte dans nos décisions professionnelles…

      Bravo en tout cas d’en être sorti, et espérons que petit à petit, l’information fera suffisamment de chemin pour que des cas comme le vôtre arrivent de moins en moins.

  5. Ping : En attendant le burnout | Ithaque Coaching | Burn out | Scoop.it

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