Formuler une critique avec élégance et délicatesse

Sylvaine Pascual – Publié dans: Compétences relationnelles / Mieux communiquer

 

 

Faire une critique est un exercice périlleux pour la relation, qu’elle soit amicale, familiale ou professionnelle. Un peu trop brutale, elle peut dégénérer en conflit. Voici donc 7 points essentiels pour formuler transformer une critique en demande formulée avec élégance et délicatesse pour dénouer des tensions et favoriser la communication et la résolution de problème.

 

 

Pour rendre une critique élégante et délicate, autant la transformer en ce qu'elle est réellement: une demande

 

 

 

La critique constructive n’existe pas

 

Avant de nous lancer dans la rédaction des griefs précis que nous pourrions exprimer aux bipèdes qui partagent notre quotidien personnel ou professionnel, rappelons-nous de trois points:

 

 

3- Evitons les faux-semblants.

Le politiquement correct nous bassine parfois avec la critique “positive” et “constructive”: appelons un chat un chat:

  • Une critique positive, c’est un compliment. Le compliment est très utile et il n’est pas le propos du jour
  • La critique constructive n’existe pas: elle n’est constructive que pour celui qui la formule. Quand nous avons une critique à faire, c’est que nous reprochons à l’autre de ne pas faire comme nous pensons qu’il faut faire. Il s’agit donc en réalité d’une demande à formuler, ce qui est bien plus élégant.

2- Notre opinion n’engage que nous

Nous ne détenons pas la vérité universelle, et ce qui nous chiffone n’est pas nécessairement un problème pour l’autre, même si nous avons hérité ce principe de l’arrière-grand-père qui avait toujours raison. Nous pouvons communiquer sur nos valeurs, mais pas lui imposer nos certitudes.

 

3- Il est naturel d’avoir des opinions, des valeurs, des principes

Et il est légitime de les exprimer pour fixer des limites à un comportement inacceptable, pour faire avancer un projet etc. Le tout étant d’y mettre un peu les formes, histoire de ne pas se fâcher avec toute l’humanité.

 

 

 

De l’inélégance du reproche à l’authenticité de la demande

 

Nous avons probablement tous été confrontés un jour ou l’autre à un reproche formulé d’une manière tellement indélicate qu’il nous laisse des frissons dans l’échine face à des propos qui semblent alors injustes, erronés, mensongers, excessifs, manipulateurs etc. Et que se passe-t-il alors? Hérissons ou paillassons, nous avons du mal à avoir une réaction saine et la situation peut dégénérer en engeulade, en conflit ouvert, ou bien générer des tensions larvées, des incompréhensions, du non-dit.

 

Parce que nous connaissons ce type de situation, nous avons parfois peur de formuler une critique, des fois que notre interlocuteur se mettrait en pétard que nous nous prenions le boomerang pleine poire.  Cette peur peut se transformer en blocage complet qui nous fait remettre nos récriminations dans notre poche avec notre mouchoir par dessus. Elle peut aussi se transformer en maladresse brutale qui rend le reproche que nous formulons inutilement persécuteur.

 

D’où l’intérêt de cesser de réfléchir en termes de reproches, qui sont, au fond, des jugements sur ce que l’autre fait “bien” ou “mal” qui n’engagent que nous. En réalité, lorsque nous critiquons autrui, nous cherchons tout simplement à obtenir ce que nous voulons (et non pas ce qui est bon pour lui, comme notre petite auto-complaisance voudrait nous le faire croire). Autant donc s’intéresser concrètement à ce que nous avons à lui demander, pour deux raisons:

 

  • Cela permet de formuler ce qu’on a à dire avec davantage d’élégance et de délicatesse.
  • C’est une version plus juste et plus authentique, qui parle de nos besoins plutôt que d’évaluer les manquements de l’autre.

 

1- Donnez-vous du temps pour réfléchir à ce que vous voulez

Evitez de réagir à chaud: les réactions immédiates se font dans l’expression d’une colère tournée vers l’autre, alors qu’en réalité, elle nous parle de nous. Prendre le temps d’écouter son message, c’est assurer que la critique exprimée sera la bonne, aussi préférez la réflexion au rôle surjoué de reine outragée.

 

Si vous vous sentez monter en mayonnaise face au manquement d’une personne, choisissez de revenir vers elle plus tard, et éventuellement, fixez un rendez-vous. J’insiste avec une légèreté d’hypopotame: rappelez-vous que votre émotion vous parle de vous, pas de votre interlocuteur.

 

Vous disposez à présent de temps pour réfléchir, pour sortir du reproche facile et de réfléchir à ce que vous voulez réellement obtenir qui, au fond, vous concerne vous. alors retroussez les manches de votre disque dur et au boulot!

 

 

2- Vérifier l’éthique de votre demande

Vouloir exprimer un reproche est un objectif en soi, et il est nécessaire qu’un objectif soit intègre pour éviter de déboucher une prise de pouvoir digne du triangle dramatique.

 

Voulez-vous faire part de quelque chose qui vous déplaît, qui nuit au bon fonctionnement de la relation / du groupe / du projet? Voulez-vous remédier à une situation problématique? Ou bien s’agit-il de renvoyer Tartempion dans ses buts, de lui clouer le bec, de lui monter de quel bois vous vous chauffez, bref, de régler vos comptes? Si vous penchez pour la seconde solution, alors il est sans doute intéressant d’aller explorer le message que votre colère vous envoie: vous avez besoin de mettre le doigt sur le manque qu’elle vous indique réellement, parce que pour l’instant, ce doigt-là, vous vous l’êtes fourré dans l’oeil;)

 

 

3- Eliminez les parasites

De nombreuses tendances naturelles peuvent nuire à l’expression d’un reproche sous forme d’une demande juste et justifiée:

  • Dissociez le comportement de l’identité. Une personne ne se limite pas à un comportement, même répété. Evitez donc tout jugement ayant trait à sa personnalité. tenez-vous en à son comportement. Expliquer à votre conjoint qu’il est sale parce qu’il ne met pas ses chaussettes dans le panier à linge est une attaque à son intégrité.
  • Supprimez les généralisations abusives et tenez-vous en aux faits. Si Dupont est arrivé en retard mardi et mercredi, lui dire qu’il est toujours en retard est tout simplement mensonger et donc injuste.
  • Supprimez toute interprétation sur les intentions de la personne ou la signification de son comportement. Vous n’avez pas de décodeur universel de pensée, votre interprétation sera indiscutalbement abusive et commettre une erreur là-dessus poussera votre interlocuteur à focaliser sur l’erreur d’interprétation plutôt que sur la critique.
  • Sortez du jugement de valeur. Votre indignation vertueuse vous appartient, et n’appartient qu’à vous. En l’absence d’échelle universelle des valeurs, ce que votre interlocuteur a fait ne peut pas être estampillé “bien” ou “pas bien”, c’est tout au plus quelque chose qui nous convient ou non.
  • Eliminez tout ce qui ressemble à une injonction ou un ordre, même si la tentation est forte! Il est bien question de formuler une demande!

Maintenant que vous avez supprimé tous les parasites qui risqueraient de pourrir votre reproche et la relation qui va avec, vous allez pouvoir vous attacher à construire une formulation saine et pleine de délicatesse.

 

 

4- Construire une demande élégante

Selon son degré d’importance, vous disposez de trois niveaux de demande:

 

Dans tous les cas:

Tenez-vous en aux faits et à leurs conséquences, avec toute l’objectivité dont vous êtes capable.
Parlez de vous face à ces faits: vos ressentis, vos besoins, vos limites.
Assurez-vous que votre formulation soit claire, précise et concise. Le vague est un des grands enemis de la communication. Faites preuve de bienveillance et de gentillesse. Il s’agit de régler un problème entre êtres humains sensibles, pas de gagner la guerre du Vietnam.

 

 

5- Vérifiez votre demande

Une fois que vous aurez formulé votre demande avec précision, il est utile de vérifier son absence d’impact négatif de façon à s’assurer qu’elle est éthique, non violente, dénuée de jeux de pouvoir.

 

Imaginez que vous recevez une critique formulée exactement comme ça. Comment réagissez-vous?
Quelles modifications peuvent y être apportées pour qu’elle soit totalement intègre et pacifique?

 

 

6- Choisissez le bon moment

Evitez de faire une critique entre deux portes, juste avant un rendez-vous important, de partir au boulot ou tout autre fin rapide et inévitable à la conversation: votre interlocuteur aura peut-être besoin de s’exprimer, lui aussi. Lui mettre ce type de pression n’est pas cool et pourrrait bien être du domaine de la vengeance mesquine.
Choisissez un moment où vous serez seul(e) avec cette personne: faire une demande importante devant un tiers met tout le monde mal à l’aise, peut être relativement manipulatoire et se retourner contre vous!

 

 

7- Exprimez votre critique

Vous êtes gêné(e)? Vous avez le trac? C’est naturel, qui trouverait du plaisir à faire des reproches, même revêtus des atours plus appropriés de la demande? Si vous êtes mal-à-l’aise dites-le. C’est aussi faire preuve d’empathie que de savoir combien il est désagréable de faire face à des reproches.

 

Exprimez ensuite votre critique, puis passez à l’écoute active: votre interlocuteur aura peut-être besoin de s’exprimer, d’expliquer etc. Evitez de le pousser à une justification excessive.
Trouvez ensemble une solution, une mise en action avec une échéance précise.
Remerciez votre interlocuteur de vous avoir écouté et d’avoir discuté avec vous.

 

Comme toujours, commencez par de petites critiques, des mini reproches pour pratiquer, vous entraîner et ainsi gagner en confiance, à mesure que vous en retirez les bénéfices, plutôt que de vous jeter du bateau sans bouée alors que vous ne savez pas nager. Et je vous souhiates de beaux reproches salutaires qui, par leur délicatesse, favoriseront l’écoute et la confiance mutuelle et l’équilibre de vos relations.

 

 

Et puis soyez bienveillant envers vous-mêmes: il arrive qu’on cède à la colère, et dans ce cas-là inutile de vous insulter tout(e) seul(e): c’est la preuve que vous êtes un être humain:)

 

 

 

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