Relations: silence, on boude!

Apprendre à dire les choses grâce à la CNV plutôt que bouder

 

Bien que bouder soit une attitude plutôt enfantine, que celui qui n’a jamais fait la tête au lieu de dire ce qu’il a sur le cœur jette le premier gravillon au commun des mortels… Faisons le point sur un comportement pénible qui ressemble plus à une stratégie d’échec qu’à une méthode miracle pour obtenir ce qu’on veut…

 

Apprendre à dire les choses grâce à la CNV plutôt que bouder

 

Silence on boude!

L’autre jour, un client responsable qualité dans un grand groupe m’explique qu’un collègue lui fait la gueule depuis une prise de position un peu forte lors d’une réunion sur des procédures. Le collègue ne lui a rien dit, n’a pas renchéri lors de la réunion, mais depuis il l’évite et ne lui dit plus bonjour…

Bien entendu nous en avons l’image d’un comportement infantile. Et nous avons raison! Cependant, répondre à quelque chose qui nous a déplu par un silence qui se veut lourd de sous-entendus est une technique simple qui, disons-le remporte un franc succès à tout âge. Ignorer Tartempion parce que quand même, sa façon d’interrompre en réunion, CA NE SE FAIT PAS ou tout autre raison liée à nos valeurs bafouées, nos vertus offensées, nous avons parfois tendance à penser que ça mérite bien ça et que ça lui apprendra.

Mini manipulation destinée à attirer l’attention sur la désapprobation silencieuse et souffreteuse… Nous avons tous connu ça: le conjoint, le parent, le proche, le collègue qui se drape dans une dignité outragée, se mure dans un mutisme qui semble prêt à aspirer le moindre murmure dans le vaste trou noir de la réprobation. D’ailleurs, qui d’entre nous n’a pas cédé une fois ou deux à la tentation de planquer ses remontrances derrière le voile faussement pudique de sa bouche cousue?

 

Des raisons de faire la tête

Evidemment, la plupart du temps, loin de nous l’intention de manipuler: le silence de la bouderie est un appel du pied maladroit de la part de quelqu’un qui a du mal à exprimer son mécontentement, tout étant convaincu que ses droits ont été bafoués, ses plates-bandes piétinées, ses bornes largement dépassées.

Le hrelations bouderic, c’est que faire la gueule ne résout rien et que cela devient vite un moyen de pression pour tenter de prendre le pouvoir sur l’autre en le faisant culpabiliser d’être responsable de notre immense malheur. Attention au coup d’état sur la relation, car celui qui cède à cette forme de chantage affectif aura tôt fait de se retrouver pris au piège de la culpabilisation récurrente…

Comportement passif agressif par excellence, bouder peut venir d’un comportement Victime/Persécuteur, d’un besoin de reconnaissance, de preuves d’amour, de la peur du rejet si l’on s’affirme, de ne pas savoir comment s’y prendre… bref, c’est un comportement directement lié à un manque d’estime de soi. Et le problème, c’est que battre froid nos contemporains, c’est surtout un excellent moyen de s’attirer l’inverse de ce que nous voulons, et finir abandonnés par des interlocuteurs exaspérés. Une formidable stratégie d’échec, cette bouderie…

 

Une seule solution, la com-mu-ni-ca-tion

Dire clairement et simplement ce qui ne va pas est le seul moyen de régler le différent avant qu’il ne devienne conflit larvé ou guerre picrocoline. Et que vous exprimerez avec une élégance relationnelle sans tâche, qui s’appuie sur la communication non violente: il n’y a que les pleutres et les faibles qui règlent leurs écueils relationnels à coups de rouleau-compresseur;)

Pourtant, quelque chose vous en empêche, sinon vous le feriez! Commençons donc par identifier les mécanismes de vos bouderies personnelles, révélateurs des freins qui vous poussent à faire la gueule au lieu de dire ce qui ne va pas:

Et vous, vous arrive-t-il de bouder?
Dans quelles situations? Avec qui?
Qu’avez-vous à dire, précisément, dans ces cas-là?
Qu’est-ce qui vous en empêche? Que craignez-vous?
Vous arrive-t-il d’être confronté(e) à de la bouderie?
Comment réagissez-vous?
Dans quelle mesure êtes-vous satisfait(e) de ce que vous obtenez?

 

Face à un boudeur

Vous avez affaire à quelqu’un qui boude, traînant sur la ligne bleue des Vosges un regard qui souffre en silence, des airs de Madonne désespérée, victime de votre incommensurable absence de considération? Pas de problème, le tout est d’éviter de rentrer dans ce jeu de pouvoir. Pour ce faire, vous pouvez lui expliquer que vous êtes prêt(e) à l’écouter quand il sera en mesure de vous exprimer clairement et posément ce qui le chagrine (plutôt qu’à l’aide d’un silence censé être culpabilisant). Et vaquez à vos occupations comme si de rien n’était sans vous laisser culpabiliser. Vous avez peut-être commis un crime de lèse-majesté, cependant tant que ledit crime n’a pas fait l’objet d’un procès-verbal précis et détaillé, c’est comme s’il n’existait pas. Il sera toujours temps d’expier vos fautes quand le compte des dommages aura été officialisé!

Et lorsque votre boudeur se décidera à venir vous parler, rappelez-vous que cela lui est difficile, que la susceptibilité, c’est la sensibilité des autres, ce qui signifie que votre boudeur est vulnérable. Accueillez-le avec bienveillance, faites preuve d’empathie, pratiquez l’écoute active, au besoin, présentez des excuses sincères, trouvez un terrain d’entente et, à l’instar des singes qui clôturent toujours leur conflit, réconciliez-vous!

redéfinir et réhabiliter la gentillesse

 

La tentation de la bouderie

A l’inverse, c’est vous qui avez une envie irrésistible de jouer les têtes de cochon pendant une heure ou deux? Si faire la gueule n’est pas une solution, il est en revanche légitime d’avoir besoin de recul pour réfléchir sereinement à sa colère et au message réel qu’elle transmet sur votre besoin d’affirmation. Si c’est le cas, dites à votre interlocuteur que vous avez besoin de quelques minutes et que vous reviendrez vers lui dès que vous aurez clarifié pour vous-même ce qui ne vous convient pas.

Voici aussi trois alternatives à faire la gueule qui vous permettront de favoriser la relation plutôt que la prise de pouvoir:

 – Votre intégrité morale ou physique, vos valeurs sont menacées par ses agissements: fixez des limites
 – Un comportement vous a déplu: faites une demande assertive ou bien  exprimez un reproche avec élégance (ce qui, au fond, revient exactement au même)
 – Ce qu’on attend de vous dépasse les bornesapprenez à dire non.

De façon générale, n’attendez pas que les bornes aient été franchies: apprenez aux autres à être en relation avec vous en clarifiant vos attentes et en exprimant vos besoins.

Et dans tous les cas, travaillez votre estime de vous!

 

Voir aussi

L’identité: acteur ou spectateur de sa propre vie?
Meilleur de soi, pire de soi et pomme de discorde
Les ratés de la communication: non demandes et petites manipulations
Vie professionnelle: des attitudes à réhabiliter
Relations: on récolte ce qu’on sème
Relations: hérisson et paillasson
Collaboration, conflit et lecture émotionnelle

 

Aller plus loin
Vous voulez construire et entretenir une posture relationnelle équilibrée qui vous aidera à atteindre vos objectifs professionnels? Pensez au coaching. Pour tous renseignements, contactez Sylvaine Pascual au 01 39 54 77 32

Publicité

17 Comments

  • Thierry dit :

    Que du bon sens dans ce billet, même si parfois j’aime faire mon boudeur, tactique  pour mieux se réconcilier 🙂

  • Chabot Marie-eve dit :

    Bonjour
    A la recherche de nouvelles pistes pour dénouer une situation problématique au bureau , je suis tombée sur votre site et vos articles
    Merci pour l humour et le concret des articles sur la bouderie, et sur la chenille du brocoli : un vrai bol d air en plus d une analyse pertinente et de pistes concrètes !
    Bonne continuation et à bientôt vous lire !

  • Amélie dit :

    Il m’est utile aussi car la bouderie, le silence renfrogné, c’est tout moi. J’ai souvent peur d’avoir l’air chiante (parce que je me sens souvent en décalage avec les autres, surtout avec les hommes en fait, dans lesquels je n’ai plus aucune confiance et que je juge très sévèrement et rapidement) en exprimant ce qui ne me plait pas. Alors je râle et je me mets dans un mode “silence radio”, et si je ne reçois pas de message de la personne ou un mot de sa part, une réaction en somme au bout d’un moment, ça m’énerve encore plus. Du coup parfois je finis par péter un câble. C’est très malsain, j’en ai conscience, mais pas évident. Je me suis beaucoup enfermée dans cette non-envie de ressembler à toutes les filles soi-disant chiantes (mais qui, finalement, s’assument et se respectent peut-être davantage que moi), que du coup quand quelque chose ne me plait pas, j’ai peur de le dire. Puis oui, j’ai envie que l’autre ressente qu’il m’a blessée (je crois que le silence radio est aussi un peu synonyme de vengeance, parce que ça laisse parfois une impression d’indifférence à l’autre, et ça ne plait pas forcément). Le souci c’est que j’attends énormément que les comportements et les réactions soient naturelles de la part des autres, alors au lieu d’exprimer ce que je ressens et ce que j’aimerais, j’attends. Mais évidemment ça m’amène à me renfermer, à bouillir dans mon coin, et au final ça ne va pas comme il le faudrait (j’ai d’ailleurs bien lu ton autre article sur tout ce qui était bon pour ne pas obtenir ce qu’on voulait, j’ai beaucoup aimé).

    Toujours très chouette de pouvoir lire des choses dans lesquelles on se reconnait, pour pouvoir y travailler, parce qu’on ne se rend pas toujours compte de nos comportements, ou de leurs conséquences. Et encore une fois ce n’est pas un sujet qu’on retrouve régulièrement ailleurs, j’apprécie donc de le lire enfin quelque part ! J’ai l’impression d’avoir passé les dernières 24 heures à lire tout ce qui est dit sur ce blog. :p Avec grand plaisir néanmoins !

    • Merci Amélie pour ce témoignage courageux:)
      Il me paraît légitime de vouloir faire comprendre à un interlocuteur qu’il/elle nous a blessé, mais pour cela rien de tel que de le lui dire avec sincérité et simplicité. La bouderie fonctionnant mal, elle déclenche, comme tu le décris, encore plus d’agacement (probablement des deux côtés) et on risque l’escalade… et pour se faire comprendre, la communication non violente est une mine d’or relationnel!

  • Aurélie dit :

    Bonjour Sylvaine,

    Etant enfant j’avais l’habitude de bouder dès qu’une situation ne me convenait pas. Il y a bien sûr un potentiel de manipulation derrière la bouderie mais je ressentais surtout une incapacité à dire ma colère, ma tristesse ou toute autre émotion. C’était réellement frustrant pour moi.

    Depuis j’ai fait mon petit bout de chemin mais j’ai été confrontée plusieurs fois à des “adultes boudeurs” et ça n’est pas toujours facile de trouver la meilleure façon de communiquer avec eux. Ils manquaient pour la plupart de maturité affective.

    Bonne journée

    • Bonjour Aurélie et merci pour le partage!
      Tes adultes boudeurs manquaient certainement soit de maturité affective, soit d’assertivité pour exprimer leurs émotions et leurs besoins, les deux étant probablement liés d’ailleurs. Dans tous les cas, renforcer l’estime de soi et la capacité à exprimer ce qu’on ressent, ça aide;)

  • Léa dit :

    Bonjour,
    J’aime beaucoup ce billet…et je suis parfois dans le silence mais pas longtemps, trop besoin de m’exprimer. Mais quand je dis, pour ma part, les choses d’une façon que je pense assertive, sans jugement, on me renvoie que je suis agressive et pleine de reproche.
    Vous avez un autre billet sur ce sujet pour moi?

  • hugo dit :

    seul le dialogue résout les solutions, sauf face à une supérieure perverse narcissique (quand fuir n’est pas possible), faire la tête c’est refuser de la nourrir de sentiments donc elle est vide .

    • “faire la tête c’est refuser de la nourrir de sentiments donc elle est vide” voilà une vision de la bouderie que je trouve très intéressante et joliment formulée à la fois: vide de sens, vide du lien qu’on coupe à ce moment-là, ne serait-ce que temporairement. Merci Hugo:)

  • Lore dit :

    Merci pour cet article mais je pense qu’il existe des situations où le boudeur est celui qui s’exprime mais qu’on ne veut pas entendre. Quelles solutions lui reste t-il? Faire comme si de rien n’était ?

  • dihia dit :

    Bonjour Sylvaine, vous dites que si le boudeur décide à venir nous parler, c’est difficile pour lui de faire le pas et on doit être compréhensif envers lui / elle. Cependant comment serait le mieux de réagir face à un boudeur “manipulateur. Je vous explique parce que à la longue ça m’exaspère.
    Voilà j’ai une collègue qui s’amuse à me bouder de bout de champs, sans raison valable. Elle vient le matin et décide de ne pas m’adresser la parole alors que les jours précédents, il n’y a eu aucun conflit entre nous. Elle ne me boude pas pour une heure ou deux , ni un jour ou deux. la dernière fois ce fut pour un mois et cette fois ci pour environ 03 mois. elle ne dit pas bonjour, elle fait en sorte que son regard ne croise pas le mien, même si on partage le même espace de travail. ensuit du jour au lendemain, elle décide de venir vers moi et me saluer et discuter comme si rien ne s’est passé.
    que faire face à une personne pareille?
    Merci

    • Bonjour Dihia, dans un cas comme celui-là, qui semble effectivement manipulateur mais qui cache peut-être autre chose qu’elle ne sait pas dire, je ferais comme si de rien n’était. Agir complètement normalement, sans agir en réaction à ses comportements changeants: si son intention est manipulatrice, vous ne lui donnerez pas prise, si c’est autre chose qu’elle a du mal à dire et quelle croit “essayer de vous faire comprendre”, elle n’aura pas d’autre solution que de vous le dire directement plutôt que par message codé incompréhensible! Et cerise sur la gâteau, ça vous permettra de ne plus vous poser de questions sur ce qu’elle veut!

Répondre à Lore Annuler la réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *