Guide de survie aux abrutis: distinguer harcèlement, manipulation perverse et persécution

Savoir faire la distinction entre harcèlement, manipulation et persécution

Au hit parade des abrutis de haut vol, le manipulateur pervers a pris une première place amplement méritée depuis qu’il est sorti du placard à comportements insupportables où l’ignorance collective l’avait naturellement rangé. Cependant, ses attitudes ressemblant potentiellement à celles du harceleur ou du persécuteur, on finit par en voir partout, au détriment d’un traitement efficace du problème… Retour sur ces trois écueils relationnels, comment les distinguer et comment les gérer.

Savoir faire la distinction entre harcèlement, manipulation et persécution

 

 

Les champignons vénéneux de la relation professionnelle

distinguer harcèlement, manipulation perverse et persécution pour mieux gérer les troisLes relations professionnelles sont considérablement compliquées par des comportements pénibles de toutes sortes, et nous croisons au boulot tout un tas de champignons vénéneux indubitablement toxiques pour lesdites relations.

Cependant, comme chez les amanites et bolets en tous genres, leur degré de nocivité varie et faire la distinction entre des comportements véritablement dangereux et ceux qui sont simplement indigestes permet d’éviter les conclusions hâtives, les confusions, et donc de mieux comprendre comment réagir face aux uns et aux autres.

Car à mettre tous les champignons dans le même panier, on finit par les croire tous toxiques, alors que certains ont simplement besoin d’être cuisinés à la bonne température pour redevenir parfaitement digestes. Si la manipulation perverse au travail se gère sur le plan légal de la même manière que le harcèlement, la distinction entre les deux permet de prendre des mesures appropriées, pour l’entreprise comme pour la victime, de façon à éviter que la situation se reproduise. Ainsi si le harcèlement est le fruit de pressions trop grandes et multiples subies par le harceleur, accompagnement, formation et révision des exigences  peuvent résoudre le problème. La manipulation perverse, elle, ne se résoudra pas.

De même, la distinction entre un stress relationnel de l’ordre de la persécution et du harcèlement permettra à la victime d’éviter de crier au loup alors qu’elle a affaire à de simples rôles relationnels… et de passer pour le harceleur.

 

Le manipulateur pervers reste rare

L’un des énormes avantages d’Internet est de faciliter l’accès à toutes sortes d’informations essentielles, en particulier pour éviter de subir au travail toutes sortes de comportements destructeurs. Inversement, l’accès à ces informations qui permettent de poser un diagnostic par exemple juridique ou clinique suscite aussi beaucoup d’interprétations et de simplifications aux résultats parfois contre-productifs.

Ainsi, il a tellement été question de manipulation perverse depuis quelques temps dans les médias que, en y reconnaissant certains comportements assez ordinaires lorsque leur ampleur est moyenne, aujourd’hui presque tout le monde a un manipulateur pervers dans sa musette à relations. Ou pense avoir, évidemment, car les manipulateurs pervers ne se sont pas multipliés comme les petits pains d’un sauveur célèbre.

Ce qui se multiplie, ce sont les situations de harcèlement et de persécution (attention, il s’agit ici de la persécution uniquement au sens triangle de Karpman du terme). Notre société psychotoxique et l’ambiance délétère dans bon nombre d’entreprises favorise le recours à toutes sortes de manipulations et de jeux de pouvoir, dont l’ampleur et la fréquence augmentent. Cependant la plupart du temps, il s’agit de relations version Karpman qui s’expriment en technicolor et sur grand écran, parfois jusqu’au harcèlement. Le manipulateur pervers, lui, reste heureusement anecdotique. Voir

5 erreurs classiques avec les manipulateurs

 

Les risques de l’absence de distinction

Les relations professionnelles sont potentiellement compliquées, cependant le moindre écueil interprété comme du harcèlement ou de la manipulation sont une façon déresponsabilisée de réagir. Au bal des relations pourries, la plupart du temps, on est deux à danser le cha-cha-cha des rôles relationnels. Voir du harcèlement et de la manipulation perverse partout présente des risques dévastateurs:

  • Devenir des Victimes capricieuses: soit on agit dans mon sens, soit je hurle au harcèlement, avec des discours de vertu offensée qui dédouanent de tout effort relationnel pour s’adapter à l’autre, fixer ses propres limites etc. Vous l’avez compris, cette victime-là a tôt fait de devenir un Persécuteur de premier ordre.
  • Devenir des Victimes tout court: au sens triangle de Karpman du terme, c’est à dire adopter un comportement victime. Si c’est la faute à la manipulation perverse, alors c’est pas de ma faute, je suis un pauvre malheureux qui ne mérite pas ce qui lui arrive. Dans ce cas, la déresponsabilisation peut mener à la fois à la chute de l’estime de soi et de la confiance en soi et donc à l’incapacité de mettre en place les efforts relationnels pour retrouver une position équilibrée dans la relation.
  • Ignorer les vraies victimes: par vraies victimes, j’entends non pas le comportement Victime, mais le statut. Au milieu du chœur omniprésent des victimes de l’immense Méchanceté  des Autres (avec des majuscules;)), qui s’exprime autour des mêmes comportements, il devient compliqué de faire la part des choses entre une victime de harcèlement ou d’un manipulateur pervers et un comportement victime qui se frotte à des comportements persécuteurs. Le risque est de mettre toutes les plaintes dans le même sac et de passer à côté des situations réellement dangereuses.

De façon générale, les pratiques managériales et les injonctions paradoxales de l’entreprise poussent bon nombre de managers peu ou mal formés à avoir recours à des comportements pénibles, certes, mais trop vite estampillés manipulation perverse. Celle-ci n’ayant pas d’autre solution que de sortir de la relation, ce qui est compliqué en entreprise, c’est l’impuissance qui prend le dessus. Pourtant, dans de nombreux cas, les compétences relationnelles, l’affirmation de soi et une communication saine autant pour le manager persécuteur que pour le collaborateur victime (ou le contraire, ce qui arrive aussi), peuvent être une réponse utile, comme l’explique Dominique Deloche dans cet excellent billet: Narcisse chez les cols blancs

 

Distinguer manipulation perverse, harcèlement et persécution

Les comportements sont souvent les mêmes, ou du moins ressemblants, d’où la difficulté à distinguer les trois. C’est surtout leur ampleur et l’intention qui les motivent qui va faire la différence. Voici quelques ressources pour faire la part des choses entre les trois:

1- La manipulation perverse

Soulignons encore une fois qu’elle est rare. La manipulation perverse (ou perversion narcissique) est le comportement d’un individu atteint d’une pathologie psychologique de type perversion.  Selon Jean-Charles Bouchoux, psychanalyste et auteur du livre Les pervers narcissiques, les intentions qui sous-tendent ce comportement ultra destructeur pour sa victime sont le désir de se nourrir de l’image de l’autre et la volonté de nuire. Ces intentions sont inconscientes la plupart du temps. Lorsque le pervers narcissique en prend conscience, il nie ou rejette la faute sur sa victime.

Le diagnostic est difficile à poser par soi-même et si vous pensez être victime d’un manipulateur pervers, alors il est indispensable de s’adresser à un psy. Le coaching ne peut en aucun cas permettre de traiter les dégâts, entre autres en termes de perte d’identité, causés par la manipulation perverse. Voir: Guide de survie aux abrutis: le manipulateur

D’autre part, dans le cadre professionnel, la manipulation perverse est associée à du harcèlement, il est donc indispensable de la traiter comme tel (voir ci dessous). Elle est souvent difficile à identifier car le manipulateur choisit des proies et peut se révéler un collègue charmant et parfait avec autrui.

Pour comprendre la manipulation perverse :

 

2- Le harcèlement

Le harcèlement moral est un ensemble de comportements répondant à une définition  juridique. A la différence de la manipulation perverse, l’intention de nuire n’est pas une évidence. Selon le site Place de la médiation: “les agissements caractéristiques de harcèlement moral peuvent être intentionnels ou non intentionnels “.

Heinz Leymann, docteur en psychologie du travail, a listé 45 comportements relevant du harcèlement au travail, qu’il a regroupés en 5 catégories:

  1. Empêcher la victime de s’exprimer
  2. Isoler la victime
  3. Déconsidérer la victime auprès de ses collègues
  4. Discréditer la victime dans son travail
  5. Compromettre la santé de la victime

Le harcèlement moral est plus fréquent que la véritable manipulation perverse et mieux vaut l’identifier le pus tôt possible pour éviter ses dégâts potentiels.  Des pistes pour l’identifier et agir en fonction:

 

3- La Persécution

Malgré sa dénomination brutale, la persécution, au sens triangle de Karpman du terme, est un ensemble de comportements un poil manipulateurs mais non pathologiques, pour ne pas dire ordinaires. Franchement pénibles ces comportements, certes, mais au même titre qu’une victime ou un sauveur peuvent l’être. Notons que nous avons tous recours à des comportements persécuteurs de temps à autres, nous en sommes tous victimes de temps à autres. Là où les vraies difficultés commencent, d’est lorsque la relation s’établit autour du schéma persécuteur/victime de façon régulière et prononcée. Il en résulte un stress relationnel lourdingue, certes, mais remédiable.

Selon Place de la médiation “tout conflit ne s’apparente pas à du harcèlement moral et toute pression, si elle peut être vécue comme stressante n’est pas forcément malveillante.” et c’est bien le cas du comportement persécuteur. La motivation principale du persécuteur est la reconnaissance. A imposer ses points de vue  ou ses exigences à tout le monde, le persécuteur finit par se convaincre lui-même qu’il a sans doute raison, qu’il est légitime dans sa posture etc.

Etre confronté à un comportement persécuteur est le seul cas, parmi les trois, qui peut se traiter en coaching, pour peu que le comportement victime de celui qui le subit soit lui-même non pathologique.

Dans de nombreux cas, l’exploration de la relation et des conflits qui s’y jouent révèle des cas de persécution ordinaire, bien que les émotions associées soient fortes et très pesantes. Il est alors possible d’apprendre à s’affirmer face à l’autre, à fixer des limites et de façon générale à retrouver un positionnement d’égal à égal dans la relation. Rappelons au passage que le lien hiérarchique n’exclut pas un positionnement d’égal à égal en tant que personne.

distinguer un comportement persécuteur de harcèlement

 

L’affirmation de soi en prévention

Une affirmation de soi sereine et respectueuse de l’autre, sortie des rôles relationnels induits par la quête de reconnaissance est un moyen de prévenir les écueils relationnels violents, d’éviter de tomber dans des schémas dominants/dominés trop marqués et d’entretenir des relations saines qui s’établissent entre acceptables et très agréables.

Rappelons tout de même qu’il ne s’agit pas d’aimer tout le monde dans un monde professionnel merveilleux, mais plutôt d’être en capacité d’exprimer ses besoins, demandes et opinions, de fixer des limites sans jouer les hérissons ou les paillassons.

Qu’on se sente plutôt victime ou qu’on perçoive ses propres comportements persécuteurs, le développement de soi qui permet de sortir de l’égo diminue fortement les comportements en question et les émotions négatives qu’ils suscitent, au profit d’un relationnel plus apaisé et plus efficace et en cerise sur le gâteau: au profit de plus de plaisir au travail.

 

Voir aussi

Ebook gratuit – le triangle de Karpman: sortir des rôles relationnels
Guide de survie aux abrutis: le bocal à con
Protège tes fesses! 5(+1) trucs pour assurer le bien-être relationnel

4 trucs infaillibles pour se pourrir les relations
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Aller plus loin

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13 Comments

  • Corinne dit :

    Publié sur mon mur Facebook : “Encore un excellent article de Sylvaine – à faire passer sans limite aucune ! Merci Sylvaine pour cet article bien documenté, bien écrit, avec une pointe d’humour.. essentiel pour se prémunir des babouins du pouvoir ..^_^… et surtout ne pas en perdre de plumes !!”

    • Sylvaine Pascual dit :

      Merci, je suis très touchée!
      Et j’aime beaucoup l’expression “babouins du pouvoir”, ultra parlante et linguistiquement pertinente, bref, comme j’aime!

      • Buslaw Klaus dit :

        Bonjour, le terme “Babouins du pouvoir” est excellent. Nous rencontrons des manipulateurs dans tous les milieux, que ce soit professionnel ou familial et quelque soit la CSP (Catégorie-Socio-professionnelle). Il est vrai qu’ils savent endormir leur entourage, séduire, charmer. Avec de mots simples, j’ai décrit dans le roman “De l’Amour au Calvaire” le processus employé par le manipulateur ou manipulatrice pour parvenir à ses fins, anéantir voire même détruire la proie. Car cette dite proie, a tout ce qu’ils n’ont pas compétences, charisme et donc, elle doit disparaître. Les managers sont formés pour motives leurs troupes mais certains se servent de cette position pour assouvir une soif de pouvoir sur autrui, dûe à un manque de confiance en eux ou d’autres problèmes liés à l’enfance.. Un manipulateur nomme jamais les choses distinctement, il parle souvent par sous-entendus, laissant plâner le doute et la suspicion. Je trouve votre sujet sur le coaching très pertinent. Cordialement

        • Sylvaine Pascual dit :

          D’où la nécessité pour les managers de travailler l’estime de soi, afin de sortir de l’égo qui génère la tentation du pouvoir… en mode babouin;)

  • j’aime beaucoup votre article : fin et objectif 🙂 et beaucoup de recommandations pratiques : bravo !

  • Michel Pouvreau dit :

    Excellent, rien à ôter, une analyse clairvoyante, précise et réaliste.
    Du harcèlement moral commis par un manipulateur pervers dans le cadre de son management pathogène, j’en ai fait un roman satirique pour raconter comment cela arrive et pourquoi cela arrive !
    Merci de conforter mes analyses.

    • Sylvaine Pascual dit :

      Bonjour Michel, un lien vers ton roman?

      • Pouvreau Michel dit :

        Bonsoir … Oui,
        http://www.edilivre.com/rififi-chez-les-gendarmes-des-hlm-michel-pouvreau.html
        tu vas retrouver dans ce roman bien des thèmes que tu as abordé avec bonheur et clairvoyance dans de nombreux articles. Je ne suis pas sûr mais la consultation de ton blog et celui d’une de tes consoeurs a été sans doute, je le pense sincèrement, un déclencheur dans ma prise de conscience de ma souffrance au travail et des raisons de cette souffrance. Ce dont je suis sûr par contre est que certaines de tes communications m’ont permis des analyses de moi-même et surtout m’ont permis d’écarter une sorte de paranoïa que je pensais développer (je pense au bocal aux cons, mais aussi au triangle de Karpman que je connaissais plus en théorie et dans la pratique familiale ou amicale que dans le monde du travail). Mais si tu lis mon roman, tu pourras retrouver les jeux psy, les complimenteurs, les pervers et manipulateurs, enfin ceux qui devraient plutôt travailler que se complaire à ne rien faire ou à faire le mal pour le mal. Le fil de mon roman est la fable du scorpion et de la grenouille dont les agissements sont sous tendus dans nombre de tes analyses. Le contexte est une inspection de l’Etat et ses fonctionnaires, les nombreux efficients et les rares malsains …
        Donc merci pour tes articles que je suis avec attention. Maintenant je précise qu’étant en retraite de l’administration …. j’ai suivi tes concepts et conseils, je suis désormais conseiller en écriture et conseil dans les domaines administratifs et juridiques … et cela marche … trop, j’ai plus le temps de finir les travaux de la salle de bains !!!
        Merci encore !

        • Sylvaine Pascual dit :

          Merci Michel pour le lien d’une part et le retour d’autre part!
          Héhé, j’ai eu affaire à un où deux collègues fonctionnaires malsains dans une vie antérieure… avec un art consommé des jeux de pouvoir pour devenir calife à la place du calife, en version “ôte-toi de là que je m’y mette”. Ca va donc me rappeler des souvenirs!

          • Michel Pouvreau dit :

            Bonjour,
            sourire …
            j’ai surnommé un des protagoniste … Iznogoud ! et il n’est vraiment pas good du tout, tout a fait dans le rôle du calife à la place du calife. Ces jeux sont vraiment de tous lieux , de toutes organisations , c’est hélas pitoyable mais je pense inévitable.

          • Sylvaine Pascual dit :

            Inévitable Iznogoud!… probablement, en tout cas tant que tant d’égos crieront famine. Mais remédiable certainement, pour bon nombre d’entre eux heureusement, en particulier en sortant soi-même des rôles relationnels dont tu parlais dans ton précédent commentaire;)

      • Pouvreau Michel dit :

        j’ai voulu écrire : merci d’avoir permis (aidé) mes analyses et non merci de conforter mes analyses dans mon message initial.
        j’aime la rudesse de tes propos que les métaphores rendent juste accessibles au plus buté des pervers.

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