Guide de survie aux abrutis: le pillard

écraser le moustique saigneurs des marais qui vient s'approprier votre travail

Le pillard, ce parasite qui s’approprie votre travail et en tire des lauriers, est l’un des collègues de travail les plus pénibles et les plus générateurs de ressentiment: leur sans-gène heurte à la fois nos valeurs et notre besoin de reconnaissance. Voici quelques pistes pour prévenir ou traiter les tentatives de pillage organisé^^

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Quand un abruti s’approprie le “guide de survie aux abrutis”!

L’autre jour, je tombe sur le programme d’une journée de formation qui m’a l’air tout à fait alléchant. Ô surprise, au milieu de diverses interventions aux thématiques attrayantes, voilà-t-y pas qu’il y a un « Guide de survie aux abrutis », que le conférencier, un certain G.D. résume de la sorte :

« Quand les comportements de certains nous paraissent aberrants, ils deviennent rapidement horripilants et nous avons vite fait de les ranger dans la catégorie des cons insupportables qui nous pourrissent la vie. Voici donc la première partie de notre Petit guide de survie aux abrutis, pour éviter de finir seul(e) dans un monde d’abrutis. »

Lecteurs fidèles, vous avez bien entendu reconnu ma prose et plus précisément l’introduction audit guide. Re-bien entendu, aucune mention de mon nom, de l’origine de ce guide et je n’ai eu aucune réponse lorsque j’ai demandé à l’organisateur (une société de formation au coaching) s’il avait cité mon nom à un moment de son intervention. Quelle délicieuse ironie que l’abruti qui s’approprie le guide de survie aux abrutis!

Ce n’est pas la première fois que des coachs en manque d’imagination et de scrupules s’approprient mon travail et le présentent en mode copié-collé total ou partiel sans mention de l’origine, parfois même en ajoutant leur nom en bas. C’est une pratique malheureusement très répandue sur Internet et beaucoup de blogueurs (coachs ou pas)  se font piller leur contenu par des parasites sans vergogne qui n’ont visiblement jamais entendu parler de propriété intellectuelle, de plagiat ou de droits d’auteur – parce que sinon, bien sûr, étant donné leur grand sens moral, ils ne feraient pas ça, surtout les coachs qui sont des gens qui ont travaillé sur eux-mêmes et ont une éthique sans tâche^^.

Ca m’a donné envie de parler d’un abruti conséquent qui mérite une place au top 10 des emmerdeurs au boulot : le pillard d’idées, celui qui s’approprie le travail des autres.

 

Le pillard parasite pique-assiette

Le pillard est un parasite pique-assiette qui, dès que vous avez tourné votre dos confiant, vient se servir dans vos réalisations, vos performances, vos idées et se les approprie, tout décomplexé, avant de les mettre à son service en les faisant valoir comme siens. Il vit à vos dépends en suçant la substantifique moelle de votre travail et il agace, inquiète et décourage d’autant plus qu’il semble le faire avec un naturel confondant et que lorsqu’on le confronte, il tombe des nues, il cultive la mauvaise foi comme d’autres les courgettes ou les champs de blés.

 

Faux pillard et vrai retrait

  • “Vous vous rendez compte, m’explique Louis, ce rapport, nous l’avons rédigé à deux et il ne m’a même pas mentionné lors de la présentation”

Dans les cas de travail collectif, il peut arriver qu’on ait le sentiment que Tartempion s’approprie l’accomplissement tout simplement parce qu’il en parle, parce qu’il valorise sa contribution et que nous ne le faisons pas. Nous pouvons alors lui en vouloir, même s’il le fait sans arrogance et sans objectif d’appropriation, juste parce qu’au fond, il nous renvoie que nous peinons à mettre en valeur nos implications. Certes, on peut attendre de l’ autre une élégance relationnelle de base et attendre de sa part qu’il nous inclue de lui-même dans l’affaire, marque de reconnaissance qui du coup, Godot de la satisfaction professionnelle, n’arrive pas… En d’autres termes, vous avez là des attentes qui sont des aller simples pour la déception

Dans ces cas-là, le problème se situe davantage dans notre relation à nous-mêmes et aux autres que chez ce prétendu abruti, qui ne l’est que parce qu’il a une aisance à parler de ses accomplissements que nous n’avons pas. Il n’est alors que le miroir d’un manque que nous pouvons combler pour nous sentir mieux et, à l’avenir, être en mesure de trouver une posture qui nous conviendra mieux, humble sans doute, mais sans dévalorisation et sans arrogance, une posture juste qui s’affirme sans s’approprier.

 

Vrai pillard ne sera jamais abeille ou ver à soie

Le pilleur volontaire, quant à lui, est un de ces abrutis avec lesquels il est plus difficile de faire preuve de bienveillance qu’avec la pie jacasse, par exemple. Cependant, gardons à l’esprit que notre panache relationnel ne tient qu’à nous et que ce n’est pas un moustique de son acabit qui va nous l’ébranler.

– Il peut s’agir d’un simple opportuniste, nourri aux louanges d’un individualisme censé permettre de « se réaliser » et de construire sa petite « success story » (et qui oublie que la réussite, quelle que soit la définition que nous mettons dessus, se fait rarement sans les autres).

– Il peut s’agir d’un petit malin sans scrupules qui a parfaitement perçu votre humilité et voit là une occasion en or de se gonfler le gosier et qui ne voit pas de mal à se faire du bien.

Un moustique, tout tigre qu’il soit, ne sera jamais une abeille ou un ver à soie : il pompe l’énergie des autres et ne produit pas. Il reste un parasite qui, s’il parvient pendant un temps à tirer les marrons d’un feu qui n’est pas le sien, finira par atteindre ses limites. Le saigneur des marais a peu de chances de devenir roi de la prairie, encore moins de façon durable et plus dure sera sa chute.

 

C’est mauvais pour le référencement/la réputation

Au même titre que ceux qui copient-collent mes textes sans autorisation sur leur site génèrent du contenu dupliqué qui ne plaît pas à Google, le pillard qui s’approprie le travail d’autrui et qui finira par se faire prendre ne construit pas une réputation solide.

Imaginons que le lecteur d’un billet dont je suis l’auteur et qui en a aimé le ton et l’esprit devienne du coup le client du coach qui m’a plagiée, il en sera pour ses frais, il aura droit au mieux à un ersatz, une pâle copie. C’est la réputation du coach qui trinque puisqu’il y aura mensonge sur la marchandise. L’imposture finit par se dévoiler d’elle-même.  De la même manière, le pillard qui s’est approprié votre travail et qui du coup se retrouve avec une mission au dessus de ses moyens ou qui se fait prendre au détour du chemin démontrera son absence de fiabilité.

 

Un signe de reconnaissance déguisé

D’autre part, on pique surtout les idées qui sont bonnes, celles qu’on n’a pas réussi à développer soi-même, ou moins vite, ou moins bien. Tout comme certains commentaires négatifs sont des compliments déguisés, certains critiques une façon de montrer qu’on se sent menacé, le plagiat et l’appropriation du travail d’autrui sont donc une marque de reconnaissance déguisée, dont on peut se nourrir pour renforcer l’envie de valoriser davantage son propre travail et en revendiquer la paternité.

 

César et conversations difficiles

Tout ça, c’est vrai, c’est bien joli, mais ça n’empêche pas qu’il reste tentant de voler dans les plumes de l’importun pour rendre à César ce qui est à César, surtout quand c’est nous qui devrions porter la couronne de laurier. Ceci dit, le plus souvent, nous allons soulager nos âmes offusquées dans l’oreille d’un tiers et nous n’osons ni prévenir le pillage en faisant valoir notre travail (il ne faudrait quand même pas se la ramener), ni avoir les conversations difficiles qui s’imposent lorsque le pillard a frappé. Alors voyons voir comment nous y prendre face à l’appropriation de nos contributions. Et pour commencer, placez tranquillement votre abruti pilleur d’ouvrage dans un bocal à con, ça vous permettra de redescendre en pression pour traiter l’appropriation avec calme et dignité;)

Vous avez été enfermé dans le bocal à con d'une persone de votre entourage? Voici comment en sortir en 10 étapes

 

 

La prévention

Agir de façon systématique en prévention d’une éventuelle appropriation dont la probabilité reste à démontrer, à savoir au sein d’une équipe qui n’en a jusqu’ici pas particulièrement fait preuve relève peut-être d’une anxiété un poil parano. Cependant, faire valoir ses contributions avec pondération est un moyen de valoriser son travail dans celui des autres.

 

En parler en groupe

Une tactique intéressante proposée par  le site Références : dévoiler ses idées en groupe. Souvent nous n’osons pas lancer une idée en groupe de peur qu’elle soit jugée, rejetée. Il y a donc un double avantage à exposer une idée lors d’une réunion : vous entraîner à la prise de parole ET vous assurer la parentalité de l’idée.

 

Indiquer les contributions

Lorsqu’il s’agit de travaux à enjeux, pour lesquels il est important que votre contribution soit claire, vous pouvez demander à avoir votre nom cité sur les documents et/ou informer votre chef/vos collègues/vos pairs que vous allez indiquer clairement les contributeurs et de quelle manière.

 

Etre exemplaire

Je me souviens de cette consultante blogueuse qui se plaignait beaucoup « qu’on lui pique ses idées » et qui, curieusement, n’avait aucun scrupule à faire de même. Quand la charité et l’hôpital sont dans un même bateau … Si vous voulez cette reconnaissance de vos idées, commencez par en témoigner vous-mêmes : citez vos sources, mentionnez les contributions, remercier et félicitez les contributeurs.

 

Garder des preuves

En particulier pour les indépendants: vos travaux exposés publiquement, par exemple sur Internet, peuvent susciter plagiats et copiés-collés, faites des sauvegardes datées et précisez sous quelle licence ils sont disponibles (Tous droits réservés, Creative Commons etc.). Ce dernier point ne dissuade pas tous les pillards, mais il en limite les velléités. Au cas où vous seriez amenés à intenter une action en justice pour faire reconnaître vos droits, vous avez besoin de démontrer que vous êtes propriétaires de ces travaux.

 

S’affirmer face à l’appropriation délibérée

Victimes et Persécuteurs

Lorsqu’autrui nous pique notre travail pour se l’approprier, nous sommes aussi probablement parfois partiellement responsables : de rester en retrait, de ne pas faire valoir notre travail en temps et en heure, de ne pas revendiquer nos paternités. Nous voilà donc préparant le terrain pour les Persécuteurs de nos comportements Victimes. Préférez partager factuellement votre contribution en faisant la part belle à votre plaisir de l’avoir réalisée :

  • ” Je suis très heureux que mon  idée de… ait été entendue et développée. “

est plus affirmé que

  • ” Oui mais quand même, c’est pas juste parce que c’est moi qui l’ait eue, cette idée. “

 

La communication non violente

La sangsue qui vient nous pomper notre  travail est potentiellement génératrice d’émotions désagréables qui peuvent teinter notre jugement et nous pousser à agir à contresens de notre intérêt, à aller réclamer réparation en mode Victime/Persécuteur ou de façon suffisamment vague ou généralisée pour que la demande  déclenche l’inverse de ce qu’on veut. Celui qui s’approprie votre idée est suffisamment en défaut d’auto-reconnaissance qu’il a besoin de se faire valoir par tous les moyens. Du coup, l’attaquer de front n’est pas une bonne idée : il n’admettra pas d’une part et jouera de mauvaise foi d’autre part.

Clarifier ce que la personne s’est accaparée de vos travaux : quand, comment, dans quelles circonstances, qu’a-t-elle fait précisément ? Quelle preuve en avez-vous? Quels bénéfices en a-t-elle retiré ? Quel coût pour vous ?

Clarifier permettra de vous affirmer en vous appuyant sur les faits plutôt que de se laisser emporter dans le tourbillon des émotions qu’ils ont déclenché. Une communication factuelle qui distingue les faits des émotions est plus efficace parce qu’elle est plus posée. Voir:

Pas d’accusation ! Remisez vos envies de piloris au placard à fausses bonnes idées, en vertu du principe que la colère compromet parfois la réussite de nos objectifs, et dans ce cas en créant la confusion : voulez-vous obtenir des excuses plates et contrites pour l’épouvantable indélicatesse dont vous avez été l’objet malheureux – le plus souvent une vraie fausse bonne idée –  ou bien voulez-vous faire valoir une contribution ou encore éviter que le situation se reproduise ? Choisissez avec soin la demande que vous allez faire en fonction de cet objectif.

  • ” J’ai remarqué qu’il est arrivé par deux fois que mon nom n’apparaisse pas dans les rapports que nous avons rédigés ensemble (exemple A et B). Ca me contrarie car j’ai besoin que mes contributions soient visibles. Je te demande à l’avenir de rajouter mon nom avec le tien. Es-tu d’accord? “

Et la fois suivante, vous vérifiez avant publication!

L’alternative consiste justement à vous octroyer la dernière lecture et si nécessaire à rajouter votre nom, qui sera suivie de la technique jouer l’innocence (voir plus bas). C’est un poil plus manipulateur mais n’entraîne aucune conséquence négative sur le pillard, donc acceptable:

  • ” Au fait, je ne sais pas comment ça a pu se produire, mais mon nom manquait dans le rapport, alors je l’ai rajouté “

 

L’affirmation au débotté

Vous participez à une réunion pendant laquelle votre chef fait la présentation que vous avez réalisée, avec toutes vos stratégies ultra-pertinentes dedans, et il oublie de vous mentionner? Prenez la parole ! Remerciez-le de son excellente présentation de votre projet et précisez que vous êtes disponible pour détailler certains points ou répondre aux questions, la cas échéant. Vous êtes en public, mieux vaut le valoriser que chercher à l’humilier, ce qui vous retomberait de toute manière dessus.

  • ” Je vous remercie pour cette présentation du projet X sur lequel je travaille depuis mars. Je suis à la disposition de tous ceux qui auraient des questions ou voudraient des précisions, en particulier sur le point Y pour lequel j’ai déjà avancé.”

 

Jouer l’innocence

Cet article propose une tactique intéressante car totalement non agressive :

  • ” J’ignore comment c’est arrivé, mais le patron semble croire que c’est toi – et non moi – qui as réglé ce dossier. Tu veux rectifier cette fausse idée ou tu préfères que j’y aille ? ”

 

Savoir quand lâcher prise

Le JDN quant à lui suggère de savoir éviter les croisades inutiles : ” Attention à ne pas s’engager dans un bras de fer pour des broutilles et regretter par la suite les proportions prises par un conflit à l’origine bénin. “On peut très bien accepter cette situation, tout dépend de son besoin de reconnaissance, explique Stéphane Einhorn.” Si votre besoin de reconnaissance vous pousse à monter dans les tours y compris pour des appropriations mineures et sans conséquences pour vous, peut-être que ça mérite d’aller regarder du côté de l’estime de soi, du rapport au regard des autres et de la reconnaissance interne, plutôt que de s’engager dans des entreprises.

 

Courage managérial

Et si vous êtes manager et que vous observez le manège d’un pilleur patenté dans votre équipe, ayez le courage de votre fonction: fixez-lui une limite:

 

 

Crédit photo: Wikilmages

 

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Du triangle de Karpman à l’équilibre relationnel: la triplette prosociale
Guide de survie aux abrutis (1)
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Guide de survie aux abrutis: le manipulateur

 

Aller plus loin

Vou voulez construire et entretenir une posture relationnelle affirmée et respectueuse à la fois, pleine d’élégance et de panache, de façon à augmenter votre plaisir au travail? Ithaque vous accompagne. Pour tous renseignements, contactez Sylvaine Pascual

 

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