8 atouts des candidats ayant mené une reconversion professionnelle

ceux qui ont changé de métier ont des atouts sur lesquels ils peuvent compter. En les entreprises aussi!

 

Les itinéraires bis de la vie professionnelle ont beau être – soit-disant-  en passe de devenir la norme, les recruteurs frileux continuent à camper dans les idées reçues sur l’employabilité des personnes au “parcours atypique”, notamment celle, vue comme moindre,  des candidats ayant changé de métier. Pourtant, ils ont d’autant plus d’atouts qu’ils on suivi ce parcours difficile. Et au milieu des élégants gypsophiles aux savoirs si sosies, le reconverti, c’est le joli coquelicot aux vertus insoupçonnées^^

ceux qui ont changé de métier ont des atouts sur lesquels ils peuvent compter. En les entreprises aussi!

 

Fluidifier la reconversion

fluidifier la reconversion professionnelleLa plupart du temps, les publications sur la reconversion concernent les conseils pour réussir à changer de métier. Ce dossier de Tendances et actions (pour lequel j’ai été interviewée) à le grand mérite de voir le changement de métier d’un autre angle: celui de sa gestion par les employeurs et les organismes de formation.

Ainsi il propose des pistes pour “créer un dispositif vertueux pour la reconversion des salariés” et “ne plus attendre que les gens basculent dans le chômage pour s’occuper de développer leur employabilité”, comme le souligne Bernard Gazier, économiste et professeur à l’université Paris-1.

Il est effectivement certainement temps que les entreprises prennent conscience de leur propre intérêt à développer des plans de formations moins focalisés sur les compétences métiers en internes et plus ouvertes en termes de transférabilité, de façon à fluidifier non pas uniquement la reconversion, mais aussi la mobilité interne et externe.

Pour ma part, j’ai eu le plaisir de répondre aux questions du magazine sur trois thèmes:

  • Pourquoi les entreprises ont-elles peur des profils “reconvertis”
  • Les atouts de ces “reconvertis”
  • Réussissent-ils mieux que les autres?

Bonne lecture!
Tendances_et_actions_N_4

 

Fluidifier la reconversion: changer le regard sur ceux qui l’ont menée

Fluidifier la reconversion c’est aussi revoir les idées reçues sur ceux qui ont  changé de métier. Car si elles ont la peau dure, elles sont aussi une erreur de jugement de la part des entreprises/recruteurs, qui se privent ainsi de salariés potentiellement ultra motivés et performants. ET ce même si 76% des entreprises ayant recrutés des personnes en reconversion sont satisfaites de leur choix.*

A l’autre bout de la ligne, ceux qui ont changé de métier craignent ce regard négatif et génèrent au passage des croyances qui limitent leur retour à l’emploi. Focalisés sur la peur des idées reçues, ils en oublient les atouts démontrés par leur parcours, et peinent à mettre en avant.

Il est donc temps que tous changent de regard, sur l’autre, sur soi, sur le rapport au travail, pour nous donner à tous une chance d’évolution professionnelle, puisque tout le monde s’accorde sur le fait que les parcours linéaires sont voués à disparaître et que demain, chacun sera concerné par un changement de métier. Et allons-y pour la métaphore bucolique dont je suis friande: ceux qui ont changé de métier, ce sont ses fleurs sauvages dont on se méfie au premier abord quand elles s’approchent du jardin, dès fois qu’elles se trouvent être avant tout des mauvaises herbes: envahissantes, fragiles, urticantes, bref ingérables. Et puis finalement, à y regarder de près, elles ont tellement d’avantages qu’ajourd’hui, on vous les vend même en sachet pour transformer votre lopin de jardin en prairie à l’épatante diversité!

les atouts des profils atypiques des reconvertis

 

8 atouts de ceux qui ont changé de métier

La liste des atouts présentés ci-dessous n’est évidemment pas exhaustive: chacun est une piste de réflexion destinée aux entreprises d’une part et aux candidats d’autre part:

  • Recruteurs, entreprises, confrontez vos croyances sur les personnes en reconversion à d’autres possibles, pour éviter de passer à côté du candidat idéal en vous arrêtant à des préjugés.
  • Candidats à la reconversion, sachez capitaliser sur les atouts inhérents à votre statut et les valoriser, plutôt que de perdre une énergie précieuse à craindre les idées reçues des recruteurs, ce qui risque d’ailleurs de vous faire aussi perdre en confiance en vous et en force de conviction.

N’oubliez pas: ceux qui ont changé de métier sortent du lot à bien des titres et ont fait preuve d’un courage et d’une détermination admirables.

 

1- La capacité d’adaptation

Les candidats ayant suivi une reconversion s’adaptent vite: ils ont déjà fait l’expérience de l’écart entre entre la formation académique et la réalité de l’entreprise et connaissent l’importance de cette faculté d’adaptation, autant en termes de codes de l’entreprise qu’en termes d’organisation, de méthode, de priorités etc. Potentiellement, ils ont aussi changé une ou plusieurs fois d’entreprise et ont déjà su s’adapter à des environnements différents. Ils ont peut-être aussi été amenés à s’adapter à un milieu très différent pendant leur formation.

Au final, ils ont donc moins de chances de s’enfermer dans des certitudes sur ce qu’il “faut” faire et sauront s’approprier les spécificités de l’entreprise plus vite.

 

2- La connaissance du monde de l’entreprise

Suite logique du point précédent, les candidats reconvertis ont beau être débutants, ce ne sont pas des bleus et ils connaissent déjà le monde de l’entreprise. Leur vie professionnelle précédent les a souvent amenés à occuper différents postes à différents niveaux de hiérarchie, ils connaissent les exigences et difficultés de chacun. Ils seront opérationnels plus rapidement qu’un jeune dont les connaissances sont plus académiques ou universitaires.

 

3- La compensation du manque d’expérience

Les candidats repartent de zéro et manquent d’expérience. C’est exact. Comme n’importe quel débutant. Et ils ont d’ailleurs postulé en fonction. La différence, c’est qu’ils iront puiser les leviers de leur efficacité et de leur évolutions dans la motivation que confère un métier réellement choisi, ainsi que dans les enseignements de leurs expériences professionnelles passées. C’est leur appétence pour le métier qui les rendra bien plus intéressant qu’un employé simplement compétent.

 

4- La motivation intrinsèque

Le métier qu’il a choisi a du sens pour eux, il leur procure du plaisir et augmente au passage l’engagement comme la performance. N’oublions pas que les comportements sont contagieux: l’enthousiasme, l’envie, la motivation, le dynamisme d’une personne au sein d’une équipe sont un atout précieux pour l’ambiance de travail et l’efficacité collective.

D’autre part, un métier qui a du sens pour celui qui l’exerce lui donne une foi en sa vie professionnelle, de celles qui déplacent des montagnes. Ils ont déjà renversé un paquet de collines pour mener à bien leur projet, ils continueront à le faire pour mener à bien ceux de leur entreprise.

 

5- Les compétences relationnelles

Il y a souvent des craintes à embaucher un reconverti plus âgé, qui va se retrouver avec des collègues plus jeunes. Certes. En même temps, le plus souvent, passer du temps avec des plus jeunes a été leur lot pendant toute leur formation, il y a donc de fortes chances qu’ils aient au contraire développé des liens avec eux et compris comment interagir avec eux.

Non, tous les candidats à la reconversion ne sont pas des paternalistes arrogants qui s’imaginent supérieurs à la génération suivante et vont se poser en Monsieur/Madame-je-sais-tout. Bien au contraire: la plupart du temps, repartir plus ou moins de zéro leur a appris une certaine humilité.

triplette élégance relationnelle

 

6- Les compétences relationnelles (2)

Les candidats à la reconversion, tout au long de leur parcours, ont tout entendu. Depuis les amis-qui-veulent-du-bien qui leur ont expliqué combien ils sont cinglés, jusqu’aux reproches de ceux qui les ont estampillé “égoïstes”, en passant par tous les préjugés sur l’irréalisme de son projet, les mises en garde, les bons conseils à côté de la plaque  ou non sollicités etc.

Ils se sont retrouvés malgré eux à écouter, entendre, rassurer, expliquer, convaincre, avec patience et empathie  pour ne pas finir par se mettre à dos la totalité de leur entourage. Ils ont ainsi fait preuve de compétences relationnelles qui faciliteront non seulement leur intégration, mais leurs interactions professionnelles au quotidien.

 

7- L’âge

Dans la fourmilière des entreprises, les préjugés et discriminations sur l’âge sont des ouvrières particulièrement tenaces. Comme le soulignait Frédéric Bretton dans son excellent article Candidatures seniors: comment présenter son âge?, si l’on regarde le nombre d’années qui restent plutôt que l’âge du candidat, la perception est toute différente: le candidat a mené une reconversion et a 51 ans au lieu des 21 demandés? Il lui reste donc 14 années de cotisation avant la retraite et il y a fort à parier qu’il sera plus fidèle à l’entreprise, car plus craintif à l’idée d’aller tester la couleur de l’herbe d’ailleurs… vu les préjugés.

 

8- La résolution de problème

Ceux qui ont changé de métier ont tous un point commun: ils sont devenus des as de la résolution de problème. Ils y ont aussi pris goût parce que c’est challengeant et valorisant. Souvent, ils ont développé des trésors d’imagination et de créativité pour franchir ou contourner les obstacles, trouver des solutions aux problèmes rencontrés en cours de route. Car l’affaire n’est pas sans embûches, sans détours et sans nécessité d’improvisation. Ils sont donc créatifs, réactifs, adaptatifs et particulièrement doués pour la recherche de solution.

 

9- Endurance, débrouillardise et détermination

C’est le prolongement du point précédent. La reconversion est un processus long et exigeant. Ceux qui l’ont mené ont fait preuve d’engagement, d’endurance, de ténacité, de motivation. Ils ont fait le choix fort de renoncer à un certain confort financier et ils se sont adaptés à cette nouvelle vie.

Bref, ils savent ce qu’ils veulent et ont démontré une capacité quasi hors normes à atteindre leurs objectifs et à aller au bout de leurs choix. Ils sont donc endurants, créatifs et volontaires. Ils ont souvent fait preuve d’une énergie et d’une débrouillardise sans limite pour mener toutes les démarches nécessaires. Que demander de plus lorsqu’on est une entreprise qui a besoin de salariés qui n’ont pas peur de se retrousser les manches et d’aller au charbon?

 

10- La connaissance de soi et loyauté

Entre les démarches qu’ils on du mener, les choix qu’ils ont du faire, les renoncements, les démarches, ils ont appris à bien se connaître et savent sur quels talents naturels s’appuyer pour être efficaces d’une part, et pour entretenir leur plaisir au travail d’autre part. Ils sont aussi plus à même d’exprimer leurs besoins et ont redéfini leur idée de la réussite: ils savent pourquoi ils sont là et comment faire pour y rester.

 

Pour terminer, ceux qui ont mené une reconversion sont souvent de beaux profils aux qualités multiples et au parcours d’autant plus passionnant qu’il les a menés là où ils voulaient arriver, ce qui n’est pas donné à tout le monde. Alors si vous vous êtes reconverti, réconciliez-vous à votre parcours et valorisez la direction qu’il a pris sans vous préoccuper des éventuels préjugés: vos atouts sont nombreux et ils parlent d’eux-mêmes… pourvu que vus parliez d’eux;)

 

*Un nouveau regard sur la reconversion professionnelle?

 

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Aller plus loin

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1 Comment

  • Isa dit :

    Merci pour ce dossier, je trouve que vous décrivez à merveille ce cas de figure.
    En effet, je peux constater chez les recruteurs la frilosité vis à vis de ces profils, la crainte de l’inconnu est bien présente chez les dirigeants et semble-t-il proportionnelle aux responsabilités qui leur incombent. Il existe également une difficulté chez les employeurs à faire la part des choses entre les compétences acquises et les nouvelles compétences “débutantes” : cela peut dérouter un responsable en particulier dans le cas de figure où il n’y a pas de base managériale, où on est dans le jugement de la personne et non dans l’évaluation professionnelle du travail accompli.

    Alors, oui pour le déploiement d’un process vertueux de reconversion : non seulement ne pas attendre la bascule dans le chômage mais aussi ne pas attendre la démotivation complète vis à vis d’un travail qui ne plaît pas (ou plus) et qui devient “alimentaire”. Une personne qui reste motivée et créatrice participe à la réussite de l’entreprise. Les ressources humaines ne sont pas assez intégrées au process de production. C’est un autre sujet complémentaire mais néanmoins important : la nécessité de changer les modes de management basé sur le pouvoir hiérarchique, les jugements de valeurs et les préjugés. Les premiers à y gagner seront les patrons mais la plupart n’en ont pas conscience et préfère s’arrimer à un statut même quand le bateau menace de couler…

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