Reconversion professionnelle: nouveau regard ou troisième voie?

De l'excès de méfiance à l'excès d'engouement: où est la troisième voie de la reconversion?

 

En vertu du principe du balancier, la reconversion professionnelle est en train de passer d’un extrême à l’autre: sur le point de perdre son statut de prise de risque majeure de la carrière, elle est maintenant l’objet de discours enflammés et présentée comme la solution ultime et facile de ceux qui ont tout compris à la vie professionnelle. Peut-être que redonner des couleurs au changement de métier passe par une troisième voie!

De l'excès de méfiance à l'excès d'engouement: où est la troisième voie de la reconversion?

 

La reconversion professionnelle plébiscitée

La reconversion continue d’avoir plutôt mauvaise presse dans les discours des professionnels de la transition de carrière dans de la presse. Pourtant, Le blason de la reconversion serait-il en train de prendre les couleurs qu’il mérite? Car elle est tout de même plus abordée sous l’angle des solutions et des possibilités que sous un angle méfiant et alarmiste, ce qui, vous l’imaginez bien, me réjouit la matière grise et et la palpitant: un regard optimiste est bien davantage générateur d’opportunités que les fermetures pour cause de croyances étriquées.

Poule ou œuf, je ne sais pas, cependant on observe un jeu de miroir entre ce regard plus ouvert et l’intérêt grandissant des salariés pour la reconversion. Ainsi une étude Afpa Opinionway réalisée en 2014 porte le nom pas du tout anodin “Une reconversion professionnelle porteuse d’avenir”, qui renforce le sentiment de changement de regard vers une vision et donne des statistiques intéressantes: 66% des actifs penseraient à la possibilité de changer de métier et 32% envisageraient de le faire dans les 3 ans.

De même, l’enquête de Génération Cobayes intitulée Que du bonheur révèle qu’en moyenne, 50% des 18-5 ans accueillent l’idée de changer de métier avec enthousiasme:

50% des 18/35 ans aiment l'idée de changer de métier au cours de leur carrière

D’autre part, une étude APEC, 14% des jeunes diplômés changent de voie dès leur début de carrière et leur accompagnement mérite d’être pensé en fonction de la spécificité de leur situation et des évolutions ultra rapides du marché du travail:

Ces chiffres soulignent aussi le fait que le regard sur la reconversion est en train de changer. Elle devient une solution possible de carrière, plutôt qu’une fausse bonne idée illusoire et casse-gueule pour adeptes de conte de fée professionnel. Et c’est une véritable bonne nouvelle, tant la reconversion, lorsqu’à l’origine le métier exercé n’est pas idéal, est une véritable opportunité de se faire plaisir au travail.

reconversion generation Y

 

La reconversion, un choix aux multiples bénéfices

D’autre chiffres viennent étayer les raisons d’un changement de regard sur la reconversion professionnelle, même à retardement:

Une étude de 2012 révélait que 76% des cadres ont changé de métier par choix personnel.

  • 64% ont gagné en épanouissement professionnel,
  • 56 % en conditions de travail,
  • 54% en évolution de carrière,
  • 49 % en rémunération et équilibre vie professionnelle/vie privée.

Au-delà des aspects professionnels, la reconversion a représenté pour 71% des sondés un nouveau départ dans la vie.

59% des dirigeants déclarent avoir déjà recruté une ou plusieurs personnes s’étant reconverties et 65% des DRH estiment qu’un salarié reconverti est un atout pour l’entreprise (Afpa 2014)

La conclusion de Débat formation : “Loin de l’image d’Épinal d’une reconversion vécue sous la contrainte économique et dans la douleur, celle-ci relève majoritairement d’un choix personnel puisqu’un tiers des personnes l’envisage à court terme. Une fois de plus, les idées reçues ne correspondent pas au vécu des personnes interrogées.”

 

La reconversion en voie de banalisation

En 2008, j’ai publié mes premiers billets sur la reconversion professionnelle en toute innocence, c’est à dire sans avoir pris la mesure de la méfiance et des commentaires négatifs que le désir de changer de métier pouvait susciter chez les professionnels de l’évolution de carrière et, par ricochet, la presse. Considérée comme un choix aléatoire, casse-gueule, périlleux, les termes “prise de risque” et “risqué” étaient omniprésents dans les écrits consacrés à la reconversion, plus oiseaux de mauvaise augure qu’hirondelles annonciatrices de printemps professionnels. Du coup, mes billets ont rapidement attiré l’attention parce qu’ils proposaient une vision plus positive et plus décontracté des bifurcations professionnelles.

En 2012, l’intérêt pour la reconversion dans les organismes et la presse s’est accentué et légèrement modifié. Toujours considérée comme risquée, un sondage AFPA/IPSOS réalisé en octobre 2012 révélait un plébiscite de la part des salariés, puisque: 82% des français déclairait y songer en cas de licenciement et 35% des actifs pensait pouvoir opter pour un changement de métier dans l’année. Bien entendu, tous ne l’ont pas fait, mais comme le rapportait Les Echos, “ Cela tord le cou à l’idée reçue selon laquelle les Français ne veulent pas bouger ; c’est une bonne nouvelle sur leur état d’esprit », se félicite Yves Barou, le président de l’Afpa. ” L’on semblait donc se diriger vers une vision plus apaisée de la reconversion, vue comme une option de carrière en voie de banalisation.

Je me permettais à l’époque un brin d‘optimisme en vous disant, dans une version antérieure de ce billet:

“il semblerait que la reconversion professionnelle se banalise, ce qui signifie qu’elle sera de moins en moins effrayante et que les salariés ou professionnels fatigués d’une carrière qui ne leur convient plus s’autoriseront de plus en plus à explorer leur désir de reconversion au lieu de le remettre dans leur poche, le mouchoir du raisonnable soigneusement posé par dessus.”

Si j’avais anticipé que la reconversion allait entrer dans les mœurs professionnelles, ce que je n’avais pas imaginé, c’est l’excès dans lequel allait tomber la production de littérature sur le sujet!

le retour à l'emploi après une transition professionnelle comme une reconversion

 

Les freins à la reconversion

Les feins persistent et toujours selon les mêmes sources, 94% des actifs pensent que c’est un parcours difficile. Les trois entraves principales ne sont pas vraiment une surprise:

  • 65 % parce qu’elles ne sont pas certaines de retrouver un emploi après leur reconversion
  • 51 % parce qu’elles ne savent pas vers quel secteur se reconvertir
  • 47 % parce qu’elles n’en ont pas les moyens

Pour les personnes qui se sont réorientées professionnellement, les principales difficultés rencontrées ont été:

  • Le manque d’information, d’aide en matière d’orientation (34% – bref, la difficulté à identifier une voie de reconversion)
  • Le manque de soutien en matière de formation (31%)
  • La complexité des démarches (24%)

Le financement n’arrive qu’en 4ème place, avec seulement 17%, ce qui montre qu’au final, et contrairement aux idées reçues, il n’est pas l’obstacle infranchissable qu’on imagine souvent.

Le manque de confiance, d’idée de voie de reconversion et les idées reçues sur le coût d’un changement de métier ne sont au final que des obstacles à contourner ou à franchir. La réflexion sur le projet professionnel et le renforcement de la confiance en soi permettent de traiter ces craintes en amont de la mise en œuvre du projet. Voir:

Les obstacles à la reconversion sont fait pour être franchis ou contournés!

Face à ces craintes, le marché de l’accompagnement à la reconversion augmente et se diversifie: individuel ou collectif, avec des formats courts ou longs, en présentiel, à distance, en ligne, ou même hybrides, à tous les prix. C’est évidemment une bonne chose tant il paraît nécessaire d’élargir le champ de façon à proposer des prestations abordables au plus grand nombre d’une part, et qui répondent aux envies de tous d’autre part.

Parmi les tendances de l’accompagnement actuel, une mouvance me laisse cependant perplexe: le parti pris marketing est de jouer l’engouement et de présenter la reconversion comme un itinéraire finalement facile et garanti: il suffirait de “trouver sa voie” et en plus, ce serait rapide et simple. Et je suis moyennement d’accord là-dessus.

 

De la banalisation de la reconversion à la pression de “trouver sa voie”

Même si le navrant bilan de compétences reste omniprésent dans la presse, les publications et l’offre d’accompagnement au changement de métier a largement changé de ton. Si le blason de la reconversion a retrouvé des couleurs, et c’est enthousiasmant. Mais il se pourrait aussi que ses ors brillent parfois un poil trop dans une version bling du bonheur garanti en “trouvant sa voie” ou “sa passion”.

L’intérêt naissant s’est transformé en ras de marée suivant un surprenant mouvement de balancier. Nous voilà passés de l’option la plus risquée à une exaltation débordante. A première vue, on a envie de dire tant mieux, mais en y regardant de plus près, le discours a tellement changé qu’il s’enflamme aujourd’hui en deux déclinaisons peut-être douteuses:

1- en mode la reconversion c’est trop fastoche, t’as qu’à trouver ta passion/vocation/voie

2- en mode la reconversion c’est trop fastoche, t’as qu’à devenir slasher comme tous les winners

Et les informations pour “trouver sa voie” ou fleurissent comme les coquelicots dans les champs de blés, c’est très joli et très attirant! Mais ces discours omniprésents génèrent de nouvelles injonctions: à la pression du risque s’est substituée la pression de l’obligation de passion, soit pour en vivre à temps plein, soit pour slasher avec un “métier alimentaire”. Ou pire encore: ceux qui n’ont pas de passion – essentiellement les multipotentiels –  sont encouragés à slasher entre 5 ou 6 vies professionnelles, because c’est vraiment trop bien et trop glamour, et de toutes façons il ne sont pas “capables d’être experts”. Le tout sans aucune mention des risques d’éparpillement, de précarisation, d’épuisement.

Benefices et limites du slashing

L’attrait pour transformer sa passion en métier est bien entendu une piste de choix qui, si elle vous travaille, ne demande qu’à être explorée pour évaluer dans quelle mesure elle est une idée de choix pour vous:

En revanche, l’engouement devient absurde lorsqu’il présente les itinéraires bis de la vie professionnelle comme un monde merveilleux, passage obligé de ceux qui ont tout compris à la vie et qui se concrétise en trois coups de cuillère à pot: “trouver sa voie” en un week end, “tester” le métier en trois jours et hop! Hardi petit, les clairons de la grande vie t’appellent!

Cela se traduit par une modélisation d’une reconversion faussement facile et beaucoup trop hâtive,  à coups d’outils (y compris de profilage) proposés comme des solutions universelles forcément innovantes, mais parfois au détriment de la singularité du candidat au changement de métier, comme l’expliquent ces deux articles qui s’adressent plutôt à des lecteurs jeunes mais sont valables pour tous les désirs de reconversion:

Au détriment aussi du temps de maturation nécessaire pour suivre nos propres aiguillages et d’adapter notre vie professionnelle à nous-mêmes, plutôt que de se retrouver à subir un nouveau métier. Le risque d’une identification hâtive et d’un projet inabouti, c’est évidemment la reconversion ratée. De là à la reconversion m’a tuer à force d’illusions, de déceptions, d’espérer la Lune et de ne même pas tomber dans les étoiles, il n’y a qu’un pas.

La réflexion sur un désir de reconversion n'est pas une prise de risque!

 

Trouver sa voie ou troisième voie?

C’est drôle, me voilà donc passée d’avant-gardiste aux idées qui bousculent à des discours version “Oh-là Bijou doucement pas trop vite”! Et il y a une raison à cela: je ne suis adepte ni du verre à moitié vide, ni du verre à moitié plein, et encore moins de la sur simplification, je préfère regarder une situation sous tous ses angles et la considérer telle qu’elle est, y compris – et surtout – dans sa fascinante complexité. Et justement, un itinéraire de reconversion, parce qu’il est une réécriture, une redéfinition d’une trajectoire et d’une identité professionnelles, est par nature complexe, aussi je me méfie autant des discours négatifs et étriqués que de engouements empreints de superficialité.

C’est la raison pour laquelle, entre ces deux extrêmes, méfiance pessimiste d’un côté et engouement excessif de l’autre, je continue d’œuvrer dans ce qui est devenu une troisième voie: qui offre une place de choix à l’enthousiasme, à la liberté, à l’exploration tout en cherchant un projet pertinent, faisable, construit dans le concret et dans chaque dimension de sa globalité en alliant réflexion, action et expérimentation.

 – Une voie où l’on cherche, pas à pas, une voie au confluent des aspirations, des désirs, des appétences plutôt que La voie soit-disant unique et par là même improbable et limitante: si votre voie c’est poinçonneur des lilas, vous êtes mal barré.

 – Une voie où l’optimisme est plus combatif que béat: il s’autorise à envisager une issue heureuse parce qu’il oeuvre pour, concrètement, étape après étape. Il expérimente pour vérifier ses hypothèses, il observe et apprend au gré de ses pérégrinations en terre inconnue qui se dévoile petit à petit, celle de son avenir professionnel.

 – Une voie mue par la joie d’explorer, d’apprendre, de s’aventurer, d’aller voir, de s’informer, de comprendre, de prendre le temps de construire pas à pas un parcours complètement sur mesure et cousu main, histoire de se garantir des herbes professionnelles plus vertes parce qu’on en a pris soin.

 – Une voie qui laisse le temps au temps, le temps de la réflexion, le temps du job crafting qui sait que céder à l’urgence et à l’immédiateté est le meilleur moyen de tomber dans le piège de la reconversion paravent (celle qui émerge vite, qui parle parce qu’elle répond à un ou deux besoins fortement prioritaires mais ne répond que partiellement à vos aspirations), ou de la croyance erronée qu’un métier peut rendre heureux par nature, ou encore de la reconversion accélérée qui oublie de penser sa vie professionnelle future autrement qu’en termes étriqués autour de “ce qui se fait” et ne laisse donc aucune place à la réinvention des métiers.

La lente maturation d'un projet de reconversion

 – Une voie qui remet soigneusement la personne avant son projet, qui se préoccupe d’elle, de ses besoins, désirs et appétences, de construire sa capacité à mettre son métier à sa main, à le réinventer à sa manière, de renforcer un assurance, une posture un état d’esprit indispensables pour surmonter ou contourner les obstacles, trouver des solutions et naviguer dans tous les méandres de la reconversion.

 – Une troisième voie complète, globale et détaillée, qui prend votre itinéraire de reconversion dans toutes ses dimensions, histoire d’anticiper ce qui pourrait favoriser le plantage en beauté et d’y remédier.

 – Une voie qui prend le temps de s’arrêter pour renforcer ce qui le demande (un brin de confiance en soi, une posture relationnelle, la connaissance de ses émotions, de soi-même etc.) car dès que l’un de ces aspects est négligé, c’est tout le projet qui devient fragile.

 – Une voie qui autorise le renoncement: beaucoup trop de littérature laisse à penser que dès lors qu’il y a désir de changer de métier, il doit y avoir reconversion et on va forcément trouver. Or, dans de nombreux cas, le désir est un simple indicateur et cache d’autres besoins, essentiellement des besoins de job crafting dans un métier qu’au final on aime encore, tout en se sentant mal dans les conditions d’exercice qu’on subit. La pression de l’obligation de reconversion mène souvent dans des impasses et des voies plus subies que choisies, avec peu de plaisir à la clé.

renoncer reconversion.2

 – Bref, la voix de la réflexion heureuse et construite en liberté, pour ceux qui veulent une approche structurée dans sa méthode, flexible dans son contenu, garanti sans test de personnalité, pour s’adapter au mieux à l’individualité tout en garantissant un travail complet, à son rythme. Une voie pour ceux qui savent que construire un projet ambitieux demande des racines et des ailes et se fait concrètement, étape par étape la tête dans les étoiles et les mains… dans le cambouis!

 

Optimisme et exemples

Et profitons de cette évolution du regard sur la reconversion pour observer avec curiosité quelques exemples de changements de métier, qui montrent le vaste champ des possibles:

 

Heureux ceux qui comme vous s’offrent un beau voyage au pays des reconversions possibles!

 

Crédit photo: Pellinni

 


Aller plus loin

Vous voulez entamer une réflexion sereine sur votre désir de reconversion professionnelle? Construire un état d’esprit qui va vous permettre de la mener à bien avec dynamisme et confiance? Pensez au coaching. Pour tous renseignements, contactez Sylvaine Pascual 

 

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