Parler d’amour au travail (2): entreprises et sentiments

Il est temps de parler d'amour en entreprise: grattons nous mutuellement la puce qu'on a dans le dos^^

 

Parler d’amour du travail, de l’entreprise ou du travail bien fait n’est déjà pas facile facile, mais alors parler d’amour de l’autre et d’amour de soi… Pourtant, l’amour au sens d’unité, de lien, de confiance et de respect mutuels, d’appartenance et de reconnaissance, est à la fois le socle et le ciment d’un plaisir au travail durable. Il est grand temps de faire du sentiment et de se gratter la puce qu’on a dans le dos mutuellement!

Il est temps de parler d'amour en entreprise: grattons nous mutuellement la puce qu'on a dans le dos^^

 

 

Les relations, pilier du plaisir au travail

Selon cette étude de Stepstone, les trois conditions fondamentales du bien-être au travail sont :

 – Le respect envers les employés
 – Leur confier un travail suffisamment intéressant pour qu’ils le prennent à cœur
 – Créer une bonne ambiance au sein de l’entreprise

Trois éléments d’ordre purement relationnels (comment savoir quel tâche suffisamment intéressante à un collaborateur si on n’a pas pris le temps de le faire parler de ses appétences et de ses aspirations?) qui nous renvoient à cette étude la plus longue de l’histoire qui a montré que le sentiment d’être heureux tient essentiellement à la nature et la qualité des relations que nous entretenons. Voir:

les relations sociales réjouissantes garantissent le sentiment d'être heureux

De là à dire que le bonheur au travail, c’est les autres, et qu’il est grand temps de se mettre à faire du sentiment, à en produire, à en propager, il n’y a qu’un pas que je franchis allègrement, tant la qualité des relations professionnelle est essentielle à notre satisfaction. Ça sonne sans doute comme une évidence: qui parmi nous aspire à une ambiance délétère, des relations infectes savamment entretenues, des jeux de pouvoir à tous les coins de couloir.

Cependant, le plus souvent, nous ne savons pas quel programme permet de Souchonner gaiement et de passer nos relations pourries à la machine histoire d’en raviver les couleurs. D’autant que nos petits arrangements avec nous-mêmes nous poussent souvent à croire que ce sont les autres, ces obscurs ostrogoths, incompétents, grossiers et mal embouchés, qui sont responsables du climat polaire de l’open space, puisque nous sommes parés de mille vertus et valeurs incomprises et peu respectées. Voici donc en deux temps, comment semer et récolter l’amour de soi et l’amour de l’autre.

Reconversion: atention au métier idéalisé

 

L’amour de soi

Il paraît que les trucs bien ordonnés commencent par soi-même et c’est probablement le cas de l’amour. L’amour de soi est un préalable indispensable à des relations agréables, car avoir de la tendresse affectueuse, de la bienveillance pour soi-même, comme on en aurait pour un ami, un collègue avec qui on s’entend particulièrement bien, c’est un premier pas vers l’acceptation de soi.

Cette acceptation de soi, c’est celle de nos petits travers, de nos limites, de nos incompétences, sans complaisance et sans dévalorisation. C’est aussi celle de nos désirs et appétences, des forces qui nous habitent (les valeurs motrices, hein, pas les navrants “points forts”), de nos talents naturels, de nos compétences, sans fausse modestie et sans arrogance. Et puis l’auto-bienveillance qui permet de vivre en bonne intelligence envers soi-même, c’est apaisant comme une thalassothérapie de l’âme, un massage sous affusion de la relation à soi-même.

réconciliation avec soi: s'appuyer sur ses talents

Cette réconciliation à soi-même minimise la peur de l’autre – que craindre des jugements d’un quidam lambda quand on sait ce qu’on est et ce qu’on vaut? –  et favorise une posture sereine autant que des relations réjouissantes, puisque l’individu au travail ne va jamais sans les autres. Il s’agit donc de relation à soi et sûrement pas d’individualisme.

Car, c’est bien la peur de la relation et de ses enjeux qui génère les jeux de l’égo, les rôles relationnels, les relations de pouvoir. Qui a déjà vu un combat de coqs entre dirigeants où péremptoire et condescendance volent suffisamment bas pour faucher les marguerites voit de quoi je veux parler. Pourtant, cette (im)posture parfois bruyante, parfois paternaliste, hautaine, écrasante ou manipulatrice est encore bien trop confondue avec de la confiance en soi. Alors qu’à l’évidence, un égo détendu et apaisé n’a jamais besoin de rouleau-compresser, de rabaisser, d’avoir le dernier mot etc.

 – Faire preuve d’indulgence envers soi-même, en reconnaissant son propre droit à l’erreur, sans auto complaisance et sans auto-jugement, pour tirer les leçons de celles-ci plutôt que pour s’enfoncer soi-même la tête dans les fanges.

– Faire preuve de bienveillance, pas d’auto-complaisance. Celui qui se trouve des excuses, rejette les responsabilités sur les autres ou joue les Victimes (au sens Karpman du terme) est en plein dans les jeux de l’égo qui s’amuse à camoufler ses manquements derrière un doigt pointé ailleurs.

 – S’accorder à soi-même une valeur sereine, qui ne se remet pas en question à la première erreur et sous les coups répétés des remarques perfides, des “critiques constructives” qui vous passent le moral au papier de verre ou du manque de reconnaissance. Ou de l’auto-dévalorisation;)

Cesser de se dévaloriser et construire un regard bienveillant

 

L’amour de l’autre

Evidemment, lorsqu’on parle d’aimer les autres, il nous vient des connotations d’amour universel qui peuvent faire doucement rigoler. Et j’ai beau être une bisounours grand braquet, j’avoue que la notion d’amour universel m’esclaffe le zygomatique.

La bienveillance universelle, l’amour inconditionnel d’un prochain, c’est très joli dans les citations Facebook, mais dans la réalité, c’est plus compliqué. Personnellement, je mets des limites relationnelles là où mon poil commence à se hérisser: je n’arrive pas à travailler avec les pisse-vinaigre et les saules pleureurs. La détresse fait partie intégrante des petites et grandes misères de nos vies. Mais les jérémiades, non merci.

Heureusement, nous ne sommes pas tenus d’aimer d’un amour inconditionnel les 7 milliards de contemporains qui peuplent la planète, ni d’aimer les 700 salariés de la boîte, ni même d’aimer les 7 membres de l’équipe au sein de laquelle nous travaillons.

heureux relations

L’amour n’est évidemment ni obligatoire, ni universel. Nous avons le droit à nos inimitiés, qui sont parfois complètement spontanées et souvent peu solubles dans la connaissance de l’autre. En revanche, à l’inélégance relationnelle suprême nul n’est tenu non plus, même en cas de détestation chronique. Nous ne sommes pas obligés d’abreuver l’autre de notre antipathie au travers de nos comportements ou d’entretenir exécrations malsaines et conflits larvés.

Apparemment, de nombreux comportements incivils au travail auraient une seule et même origine : le besoin d’amour. Le manque d’amour nuit à l’équilibre psychologique et génère cette peur de l’autre responsable de bien des attitudes inélégantes. C’est au fond justement parce que le monde du travail est dur, parce que les relations y sont si compliquées qu’y insuffler un peu d’amour est si générateur de bien-être et de plaisir et vecteur de comportements positifs. Ainsi une enquête de Stepstone a montré que favoriser la coopération et la communauté augmente le sentiment d’être heureux.

 

L’amour, une histoire de lien et de veiller bien

Au fond, nous aspirons tous à donner le meilleur de nous-mêmes, autant dans un travail bien fait que dans nos relations professionnelles. Nous espérons tous pouvoir agir en harmonie avec nos valeurs et interagir dans un monde où elles ont leur place. Nous rêvons de quotidiens professionnels paisibles et agréables, où l’autre donne lui aussi le meilleur de lui-même et où l’on collabore sans égo et où les heurts, à défaut d’être totalement absents, se règlent en bonne intelligence.

Evidemment, la réalité ne correspond pas tellement à ce tableau enchanteur et c’est en général parce que nos craintes trouvent un canal d’expression à l’extérieur. La peur de la relation et de ses tournures possibles qui pousse à se mettre trop en retrait ou trop en avant, à écraser quiconque sur la route, à gémir de la Méchanceté du monde ou à ne rien dire du tout. Reconstruire du lien, c’est remettre de l’huile dans la mayonnaise relationnelle et la faire prendre. Et le reconstruire, c’est aussi être à l’initiative de cet amour dont nous avons tant besoin. Par exemple au travers d’une bienveillance qui soit plus qu’un joli mot.

Comme les primates, notre nature est d'être empathiques et solidaires

Cette publication de Cairn Info définit ainsi la bienveillance:

“Objectif : la préservation et l’amélioration du bien-être des personnes avec lesquelles on se trouve fréquemment en contact. Les valeurs de bienveillance proviennent de la nécessité pour le groupe de fonctionner de manière harmonieuse (secourable, honnête, indulgent, responsable, loyal, amitié vraie, amour adulte, sentiment d’appartenance, un sens dans la vie, une vie spirituelle)”

Le terme bienveillance passe souvent mieux en entreprise que gentillesse, malheureusement trop connoté pour regagner ses lettres de noblesse, d’âme bien sûr, dont il est en réalité porteur. Tant pis, je ne crains pas les croisades, alors allons-y!

Andre

 

Donner de l’amour pour en recevoir

Avec un sous-titre comme ça, j’ai l’impression de servir les petits-fours à la réunion plénière des gourous du développement personnel. Et pourtant, comment être en désaccord avec le principe simple qui consiste à être à l’initiative de ce qu’on veut recevoir? Cet articles de Clés  propose de commencer par donner cet amour que nous espérons tant recevoir : « La méthode en est simple: offrir ce que je souhaite recevoir. Je désire un geste de tendresse ? Je donne un geste de tendresse. Je veux que l’on m’écoute ? Je donne de l’écoute. J’ai besoin d’amour ? Je donne de l’amour. »

En d’autres termes, être exemplaire de ce que nous attendons des autres, encore une fois, plutôt que de nous offenser des manquements aux valeurs que nous portons et que nos croyons universelles. Et nous pouvons pour cela avoirs recours à des solutions simples comme chercher à mieux comprendre les méandres étranges qui font des autres ce qu’ils sont.

L’amour de l’autre au travail peut donc prendre la forme d’un mélange d’empathie et d’ouverture : « être ouvert à l’autre, comme dirait Emmanuel Jaffelin, c’est siphonner son égo pour faire de la place à l’autre ». Et donc le voir tel qu’il est, plutôt que tel que nos interprétations le définissent et nos jugements le catégorisent. Nous pouvons donc écouter ses réactions émotionnelles, chercher à comprendre les motivations derrière les comportements absurdes pour faire sens de leurs attitudes et nous adapter un peu à eux. Nous pouvons aussi éviter les filtres de nos valeurs morales, les jugements hâtifs et péremptoires.

Chercher à comprendre les motivations derrière les comportements bizarre, pénibles ou absurdes

 

Laisser la comédie humaine se jouer sans nous

Mais amabilité, empathie, curiosité de l’autre et bienveillance ne veulent évidemment pas dire laisser aux abrutis de services un terrain de jeu de choix à leurs incivilités et à leurs jeux de pouvoir. Faire preuve d’élégance relationnelle c’est aussi savoir laisser la comédie humaine se jouer sans nous, refuser rumeurs, médisances et ragots, insinuations, hypocrisies, dévalorisations, autoritarisme et jugements, rôles relationnels et autres expressions de l’égo, au profit d’une posture authentique, décomplexée et décontractée, qui sait s’affirmer et s’exprimer avec amabilité.

triplette élégance relationnelle

 

Appartenance et reconnaissance

L’amour de l’autre, c’est aussi veiller bien sur lui et être prêt à participer à la satisfaction de ses besoins. Et puisqu’il s’agit d’amour au travail, ce sont essentiellement ses besoins d’appartenance et de reconnaissance qui, lorsqu’ils sont comblés, alimentent la confiance en soi et en l’autre, le sentiment de satisfaction et de plaisir. Et là aussi, nous pouvons être à l’initiative d’attitudes positives qui vont réjouir ceux qui en bénéficient et leur donner envie d’agir dans le même sens.

combler son besoin de reconnaissance

 

 

Poétique rugbystique de l’amour au travail

J’aime bien l’idée d’un mélange amour de soi et amour de l’autre au travail qui soit un mélange bucolique et franc du collier à la fois, une poétique rugbystique qui rend la relation désirable et forte:

 – Poétique de la relation: une sorte de douceur esthétique faite d’accueil et de bienveillance,  qui donne envie de sourire à l’autre du même sourire intérieur qui éclot à la lecture, à la vue ou à l’écoute d’une oeuvre.
 – Rugbystique de la relation: une franchise désinhibée qui donne envie d’accolades d’après match, parce que quand on dit ce qu’on a à dire sans ambages, nul besoin d’avoir recours aux jeux de pouvoir.

 

Le management par l’amour

Cette poétique rugbystique se trouve au cœur d’un management qui prend son temps, empathique, encourageant, respectueux, plus intéressé des appétences que des compétences (pour reprendre le terme de Francis Boyer, nous reviendrons sur ce sujet). En même temps, ce management-là sait que nul n’est infaillible et que les heurts et désaccords, les débordements d’émotion, ça arrive.  C’est donc aussi le courage de celui qui n’hésite pas à dire, à arbitrer, à confronter, à recadrer les comportements inacceptables, à poser quelques règles de savoir-vivre et de collaboration:

  • Petite leçon de management paralympique: 8 règles simples de savoir-vivre en équipe

Ce n’est donc pas tant faire preuve d’un affect débordant – quoi que, ce n’est pas interdit non plus;) – que de cultiver une posture relationnelle accueillante et inclusive de l’autre, de ses opinions, de ses besoins, de son existence et qui s’enrichit de ces différences. C’est l’avis d’Emmanuel Toniutti, président de l’International Ethics Consulting Group, et auteur de l’ouvrage Le leadership de l’amour, et qui promeut l’idée d’une réussite humaine de l’entreprise autant que la performance.

 

A lire aussi, le point de vue de Bernard Bourigeaud, fondateur d’Atos: Pour diriger vous devez aimer les gens, sinon vous êtes inapte

 

A lire encore, l’exemple de Jean-Luc Petithuguenin, président de Paprec, qui en 20 ans est passé de 3,5 à 750 M€ de chiffre d’affaires et qui parle d’amour, de générosité, d’attachement, de solidarité, de cohésion, d’aventure collective, de gentillesse, de besoin de sens, de valorisation… tout en visant l’excellence. Sans doute parce que son parcours “c’est le rugby, où l’on fait corps, où les hommes sont solidaires, avec le but de gagner.”

« Le secret, c’est l’amour ! Parce que j’aime mes clients, mon personnel, mes banquiers, mes actionnaires. Ca permet d’établir des rapports différents. On leur témoigne de l’attachement. On leur montre qu’on ne se moque pas de leur avis. »

Attachement et considération. Que voilà de jolis sentiments:)

 

Aller plus loin

Vous voulez développer une élégance relationnelle reposant sur une posture sereine et affirmée à la fois, pleine d’assurance et d’amabilité? Pensez au coaching. Pour tous renseignements, contactez Sylvaine Pascual.

 

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