La gentillesse: un peu de noblesse d’âme dans un monde de brutes

La gentillesse comme une éthique de gentilhomme

 

Dans cette vidéo, Emmanuel Jaffelin, agrégé de philosophie et professeur de philosophie au Lycée Lakanal de Sceaux prône l’émergence d’une nouvelle éthique de « gentilhomme » enracinée dans cette « vertu mineure » qu’est la gentillesse, et qui aurait une efficacité particulière : « Sans faire de nous des Jésus ou des super-héros, elle a le pouvoir de nous élever un peu, de nous anoblir, en un minimum d’efforts »

La gentillesse comme une éthique de gentilhomme

 

 

De la mièvrerie à la noblesse d’âme

La gentillesse continue d’avoir mauvaise presse – considérée comme crédulité, naïveté, mièvrerie, , malgré tous les efforts pour la réhabiliter. Depuis 2009, Psychologies magazine a instauré une journée de la gentillesse pour promouvoir ce qui peut être une vertu, une valeur morale, pour peu qu’on prenne conscience que le dédain pour la gentillesse est, pour Emmanuel Jaffelin comme pour beaucoup d’entre nous, le fruit d’un héritage culturel plutôt que le reflet d’un réalité.

Ajoutons à cela que l’entraide est une capacité courante chez les animaux, et qu’aucun singe ne s’est “fait avoir” parce qu’il a accepté d’épouiller un camarade;)

 

 

La gentillesse, vertu morale impressionniste

Derrière l’idée de bienfaisance liée à la gentillesse, il ne s’agit pas de sacrifice majeur, mais simplement de rendre service. Pour Emmanuel Jaffelin, c’est une morale “de poche” accessible, praticable et surtout, sans culpabilité.

Il l’oppose aux morales impressionnantes des philosophes, quasi impossibles à mettre en pratique (l’ataraxie des stoïciens, l’apathie des épicuriens, ou ces morales qui nous dictent ce que nous devons faire) en la définissant comme une morale impressionniste, c’est à dire une vertu qui s’exprime par petites touches, qui présentent le joli avantage de produire de la bonne humeur.

 

Morale du pouvoir et non du devoir

gentillesse vertu moraleElle n’est pas de l’ordre du devoir, mais du désir, du pouvoir au sens “ce que je peux”: à nous de choisir quand et comment nous voulons ou pouvons être gentils. Ce qui la rend sincère et désintéressée, là où une gentillesse par contrainte (“il faut être gentil”) devient hypocrite. C’et aussi ce qui la débarrasse du sentiment de culpabilité: nous avons le droit de ne pas rendre service.

Notre société cynique encourage l’instrumentalisation de l’autre au bénéfice de soi, de prendre ce dont nous manquons. Inversement, la gentillesse est la capacité à donner. Celui qui est gentil n’est pas en état de manque, il est en état de plénitude dans un domaine donné et peut partager ce qu’il a.

 

Une forme de sollicitude douce, d’intelligence sociale

Le respect est se conformer à un règlement ou à un droit – ne pas se garer sur une place handicapé quand on ne l’est pas. La sollicitude, quant à elle, peut aller jusqu’à jouer les sauveurs, les Amélie Poulain intrusifs qui veulent le bonheur des autres malgré eux, ou en tout cas sans qu’ils n’aient rien demandé. Pour Emmanuel Jaffelin, la gentillesse est une forme d’intelligence sociale qui se trouve à mi-chemin entre les deux: rendre service à quelqu’un qui nous le demande… ou pas.

En d’autres termes, cette gentillesse n’est pas serpillière, elle est une servitude volontaire positive, choisie. Et comme Emmanuel Jaffelin ne craint pas la métaphore, il en parle en termes plombiers: cette gentillesse agit comme un siphon qui nous permet de nous vider de nous-mêmes et des injonctions cyniques de l’individualisme et du bénéfice personnel, ce qui nous permet de faire de la place pour autrui, de l’accueillir. Et de remettre un peu de noblesse d’âme dans un monde de brutes.

 

A lire: Petit éloge de la gentillesse, Emmanuel Jaffelin, Editions François Bourin

 

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