La météo intérieure: des mots et des émotions

observer se météo intérieure pour comprendre les conditions climatiques au travail favorables au bien-être

 

Les émotions, disons-le tout net, dans l’ensemble, ce n’est pas notre fort. Nous avons du mal à les reconnaître, à les accepter, à accepter celles des autres, du mal à en faire quelque chose, à en déchiffrer les messages, à admettre leur importance et leur rôle, à comprendre leur bénéfice, à chercher des alternatives au remisage au fond de sa poche. Bref, nous et les émotions, c’est pas facile tous les jours. Voici un petit outil simple et ludique pour vous aider à mettre des mots dessus et utiliser à bon escient les formidables gardiennes de notre bien-être.

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La météo, métaphore de nos états d’âme et nos humeurs

Vous, je ne sais pas, mais moi, j’adore la météo. Pas celle de la télé, celle que nous observons par nos fenêtres ou quand nous mettons nos jolis museaux dehors, histoire d’humer l’air ou pour tout autre raison. Celle dont nous observons les bizarreries, les changements soudains, celle qui parfois vous ravit, nous éclaire, nous enchante, celle parfois morose et sinistre, celle encore qui parfois déclenche des catastrophes dont on se passerait bien.

La météo est une métaphore assez judicieuse de ce qui se passe à l’intérieur de nous: ces émotions fluctuantes qui s’amoncellent en cumulonimbus annonciateurs d’orages, ou s’étirent en cirrostratus légers, posent un couvercle sinistre sur nos têtes ou encore nous offrent des lumières douces, un soleil de plomb, un ciel radieux. Ces émotions accompagnées de vent parfois violent ou de brise tranquille, de températures de toutes sortes, douces, tièdes, humides, fraîches, glaciales etc.

  • La météo, il y a toujours de quoi s’en plaindre: trop chaud, trop froid, trop humide, trop gris, trop sec, bref, elle nous donne de quoi rouscailler et en faire des sujets de conversations, exactement comme les émotions non traitées qui, lorsqu’elles s’installent, teintent notre humeur et nous poussent à ruminer, à râler, à nous agacer, de préférence auprès d’oreilles compatissantes.
  • Le réchauffement de la planète semble aussi avoir aussi gagné le monde du travail: plus d’agacement, d’énervement, d’attitudes pénibles et d’incivilités, plus de jeux psychologiques et de conflits: les esprits s’échauffent et la température monte en entreprise aussi et le réchauffement climatique intérieur a ses menaces: stress relationnel, harcèlement etc.
  • La météo affecte l’humeur: le lien flagrant entre météo et humeur, qui se traduit par des expressions comme “moral au beau fixe”, “il y a de l’électricité dans l’air” ou “l’humeur printanière” ou par les fluctuations saisonnières du moral a été étudié et confirmé: voir Nous sommes tous météo sensibles

meteo intérieure peur

 

Des bénéfices de prendre sa température intérieure

Et observer cette météo intérieure est une façon simple et pratique de nous éclairer sur plusieurs choses:

  • Identifier les conditions climatiques de notre bien-être, en termes de relations, d’environnement, de vie professionnelle et personnelle etc. afin de pouvoir adapter notre monde – en particulier professionnel – à nous-mêmes et à l’expression de nos besoins.
  • Observer et comprendre ce qui se passe à l’intérieur de nous, mettre des mots précis sur nos ressentis, de distinguer stress et émotions.
  • Pouvoir communiquer de façon claire et précise sur ce qui se passe en nous quand c’est nécessaire, remettre de l’émotion dans nos interactions de façon
  • Accueillir l’expérience émotionnelle en la décrivant plutôt que l’évaluer ou l’invalider – ou pire, tenter de la contrôler, ou encore de la faire disparaître.
  • Accepter nos émotions. Les émotions font la pluie et le beau temps dans notre paysage interne et même si nous n’aimons pas les jours de pluie ou les froids de canard, nous savons bien que l’eau est nécessaire à la vie et que le ralentissement hivernal est un ressourcement. Ainsi observer les fluctuations émotionnelles et ce qui les déclenche permet d’accepter plus facilement que les émotions ont un rôle à jouer: elles sont les messagers de notre bien-être.
  • Entendre les émotions: écouter et comprendre leurs messages, première étape de la lecture émotionnelle.
  • Faire sens de l’accumulation de sentiments divers, l’amas indistinct qui finit par ressembler à un gloubiboulga émotionnel.

Bref, mettre des mots sur les émotions, ça fait du bien, ça nous soulage, ça nous remet au pilotage de nous-mêmes, ceux qui savent prendre la mesure de leur météo intérieure ne sont pas nés de la dernière pluie;)

météo intérieure: des mots sur les émotions: tristesse

 

Le gloubiboulga émotionnel

Parce que nous ne savons pas quoi en faire et que nous avons sagement appris que “pleurer, c’est pour les fillettes” et que “se mettre en colère, c’est pas beau” et aussi “qu’il n’y a pas de raison d’avoir peur” ou encore “ne sois pas triste”  nos émotions, nous cherchons avant tout

  • A les dissimuler quand nous les prenons pour des marques de faiblesse
  • A les taire quand nous n’osons pas (ou ne savons pas) exprimer ce qui nous dérange

Et l’intelligence émotionnelle dont on nous rebat les esgourdes ne nous a rien appris là-dessus, elle qui cache de la compétence relationnelle bien plus que de la compréhension des tumultes intérieurs, dont on continue à vouloir se débarrasser comme d ‘une mauvaise grippe. Voir

Alors, puisqu’on en fait rien, nos émotions se posent là, à l’intérieur de nous et s’amoncellent en emmerdement quotidien sur lequel, à défaut de savoir ce qui se passe, nous mettons le mot « stress » devenu un cabas crasseux, fourre-tout à sentiments devenus indescriptibles  à force de refuser de les regarder. Et ce qui se passe à l’intérieur de nous, tumulte, brouhaha de sentiments, d’humeurs, d’émotions indéfinies devient un gloubiboulga de ressentis dont on peine à distinguer les ingrédients, en particulier pour certaines personnes très sensibles.

Impossible d’accueillir une émotion sans forme et sans nom. Impossible d’en comprendre le message, de faire sens de ce qui se passe en nous. Impossible d’en traiter le déclencheur. Et du coup, retour à la case départ : c’est du stress, la boucle est bouclée, nous replongeons tête baissée dans les “antistress” à efficacité ultra temporaire (une fois pour toutes, les anti-stress, les trucs qui débarrassent du stress a posteriori, ça n’existe pas).

Pour certains d’ente nous, le gloubiboulga émotionnel devient un vrai piège: il génère un malaise indéfinissable qu’ils vont parfois chercher à ignorer le plus possible, et finissent par avoir le sentiment d’un grand flou intérieur, de ne pas savoir ce qu’ils ressentent ou même qu’ils ne ressentent rien.

le grand flou émotionnel

 

La météo intérieure

Il me semble que l’origine de la météo intérieure remonte au site meteostress, qui malheureusement n’existe plus, et qui proposait aux salariés stressés un moyen de reconnecter à ce qui se passait réellement à l’intérieur d’eux. Décliné aujourd’hui de bien des manières, en particulier en formation où il peut servir d’introduction et de icebreaker ou en management dans des équipes qui cherchent à renforcer leur cohésion, cet outil simple peut avant tout être un moyen de comprendre ce qui se passe en nous sur le plan émotionnel et une opportunité de remettre des mots appropriés sur les mille et une nuances de nos émotions.

Il ne s’agit pas de modifier sa météo intérieure, de changer les émotions que nous ressentons. Toutes les émotions sont légitimes et le reflet de nos perceptions, de notre état interne. Il n’y a pas de bonnes ou de mauvaise émotions, des émotions qu’il faut avoir et d’autres pas. Je me souviens de cette cliente manager qui avait tendance à laisser trop de place à ses collaborateurs, à qui il avait été dit que son sentiment de tristesse et de lassitude était inapproprié et qu’elle devait le remplacer par de la colère (genre pour marquer son territoire). Elle était devenue un dragon-rouleau-compresseur-persécuteur qui n’avait jamais réglé son manque de sens au travail lié aux relations difficiles, ni trouvé les moyens de s’affirmer. Bref: malheureuse deux fois.

Il est simplement question de comprendre ce qui se passe à l’intérieur de nous, de mettre des mots sur ce que nous ressentons en passant par la métaphore. Chaque jour, et même plusieurs fois par jour, observez votre météo intérieure. Quel temps fait-il en vous?

– Beau temps: le plaisir dans toutes ses nuances agréables. 
– Orageux: agacement, énervement, colère 
– Maussade, pluie: tristesse et morosité
– Grand vent: inquiétude, angoisse

Observez les manifestations physiques de vos émotions, les sentiments qui y sont associés et prenez-vous pour le Alain Gillot-Pétré de vous-même, décrivant en temps réel ses observations météorologiques, avec précision et en détails. Toutes les météos sont possibles, y compris les mélangées, les subtiles. Il y a ces temps calmes et sereins, ces belles journées où l’air est un poil trop lourd et qui pourraient bien se finir en orage, ces calmes revenus après les tempêtes,, ces grands vents qui accompagnent l’orage, les pluies qui font davantage pousser les champignons que pleurer dans les chaumières etc.

Vous pouvez faire cet exercice comme ça, juste pour reconnecter à vos émotions, en observant ce que vous ressentez à un instant T. Ou bien sous le coup d’une émotion pour mieux voir comment elle se manifeste. Ou encore le faire quotidiennement en prenant des notes pour observer ce qui se passe, quand, avec qui et dans quelles circonstances, dans le but de passer ensuite à la lecture émotionnelle:

 

Voici 4 ressources complémentaires pour mettre des mots sur vos émotions

Etre précis pour être nuancé, trouver les mots pour exprimer cette infinie palette de sentiments c’est ce que propose la psychologue Isabelle Levert

La liste proposée par Spiralis (site québécois, donc l’utilisation de certains adjectifs peut surprendre;) qui distingue sentiments et faux sentiments (ceux teintés d’interprétation)

Celle de Jean-Philippe Faure, scpécialiste de la communication non violente, qui regroupe 1025 expressions des sentiments réparties en 11 catégories

Deux ouvrages de Marshall Rsenberg, père de la communication non violente, qui regorgent de mots pour exprimer émotions et sentiments et les distingues des faux sentiments:

La communication non violente au quotidien
Les mots sont des murs ou bien ils sont des fenêtres

meteo intérieure plaisir et sentiments agréables

 

 

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Rôle des émotions: tristesse et manque affectif

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Ebook: coaching des 4 saisons

 

 

Aller plus loin

Vous voulez construire et entretenir un état d’esprit dynamique et serein à la fois, un état d’esprit propice à la concrétisation de vos aspirations professionnelles et de votre plaisir au travail? Ithaque vous accompagne. Pour tous renseignements, contactez Sylvaine Pascual.

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9 Comments

  • Florence dit :

    Merci merci merci 🙂 ça me fait du bien de lire tout ça… et me donne des raisons et des clés pour accueillir et comprendre mes émotions. Je trouve intéressante la notion de pseudo-émotion mentionnée par Spiralis, même si ce n’est pas toujours clair pour moi: les pseudo-émotions (comme se sentir dévalorisée) ça nous fait pas de pseudo-effets… on peut parfois se sentir dévalorisé etc… et du coup je saurais pas comment éviter ça, comme recommandé…

    Petite question sémantique: c’est la même chose “sentiment” et “émotion” ? Parce que dans les ressources citées, c’est le premier mot qui est souvent utilisé.

    • Bonjour Florence,
      Les pseudo-émotions sont des concepts, des images, des comportements ou des jugements que nous confondons avec un ressenti: je me sens rejeté (concet), stupide (évaluation). Elles génèrent des émotions mais n’en sont pas elles-mêmes. Gratter se cache derrière “je me sens rejeté” permet d’accéder aux véritables émotions et à leurs messages.
      Emotions et sentiments ne sont pas exactement la même chose, cependant ils participent tous les deux de l’information interne sur l’état de nos besoins, c’est la raison pour laquelle les deux termes sont parfois utilisés indifféremment. Les distinguer permet d’affiner le ressenti et son identification. Les émotions sont des réactions immédiates et intenses, à la fois psychologiques et physiques, à une situation donnée et le plus souvent elles sont temporaires. Le sentiment est plus durable et souvent plus analytique et/ou interprétatif de la situation: sentiment de frustration / émotion: agacé. Impuissance, culpabilité sont des sentiments, énervement ou angoisse sont des émotions.

  • Florence dit :

    Merci Sylvaine pour ces précisions qui m’aident à mieux comprendre ce que j’ai lu. C’est entre autres ce que j’apprécie chez vous: vous savez bien éclaircir 🙂

  • William Roy dit :

    L’émotion nous informe, même si parfois nous oublions de regarder ce qui a pu déclencher l’orage. Comprendre sa météo intérieure, je pense que je réutiliserai cette expression si tu le permets Sylvaine! Nous avons trop tendance à nous identifier à l’émotion sans aller jusqu’à se demander ce qui a pu la générer…

    • Utlise William! C’est vrai qu’on ne va pas regarder au coeur de l’émotion, on croit trop souvent – et à tort – que c’est “les autres” qui les déclenchent. Nous avons tout de même une excuses: personne ne nous a appris à la faire^^

  • Brousseau Jacqueline dit :

    Bonjour jaimerAis beaucoup commander vos brochures sur la météo intérieur étant moi memes éducatrice et grand maman cela m’aiderait à donner plus d’outils aux plus petits

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