Réussir une reconversion professionnelle dans l’artisanat (1): 4 points à traiter

 

Nous l’avons déjà évoqué, entre les différentes manières d’exercer chaque métier, l’avenir qui est à l’innovation et aux synergies, le nombre d’entreprises à reprendre ou à inventer, l’artisanat est une mine de reconversions possibles pour les cadres qui rêvent de bifurcations professionnelles qui ont du sens et peuvent aussi permettre de concilier savoir-faire ancien, innovation et stimulation intellectuelle. Je ne vous découpe pas ça en étapes, car selon les situations personnelles, certaines peuvent se chevaucher, se dérouler en parallèle etc. Voici donc 4 points indispensables à traiter avant de se consacrer à la partie opérationnelle du projet.

Réussir sa reconversion dans l'artisanat, 5 points à traiter en amont

 

1- la passion indispensable

Gérard Rapp, Catherine Roland et Jean-François Girardin sont unanimes : une reconversion dans l’artisanat nécessite une vraie passion.  Sans une véritable passion pour le métier dans lequel on cherche à se reconvertir, il est difficile d’avoir l’implication nécessaire pour construire un véritable savoir-faire, la motivation nécessaire pour se perfectionner, innover et sortir du lot.

Si, dans la plupart des métiers, la passion n’est pas indispensable, une reconversion dans l’artisanat est, encore plus qu’ailleurs, une affaire de tripes qui vont trouver à s’exprimer avec enthousiasme et ambition.

Dans l’artisanat plus qu’ailleurs, mieux vaut choisir choisir un métier uniquement sur le critère de ses débouchés est un erreur de taille. Selon Gérard Rapp, s’intéresser aux métiers de l’artisanat uniquement parce que c’est un marché porteur . Devenir plombier essentiellement parce que c’est une source de revenus quasiment garantie sans amour pour la tuyauterie est un aller simple pour la reconversion ratée. Rappelons enfin que la passion ne sort pas d’un bilan de compétence. Il n’est cependant pas forcément nécessaire d’avoir toujours aimé les carreaux pour devenir vitrier. La passion peut se découvrir au hasard d’une rencontre ou d’expérimentations et surgir là où on ne l’attendait pas.

La reconversion dans l'artisanat a beaucoup d'avantages

 

2 – Le leadership de soi

Comme pour toutes les reconversions, il est indispensable de commencer par le renforcement en amont de tout ce qui tient à la personne qui pilote le projet et qui pourrait lui jouer des tours si ça faisait défaut fait partie intégrante d’une bifurcation professionnelle:

  • La relation à soi: l’estime de soi, la capacité à rebondir en cas de difficulté, la connaissance de soi et en particulier des talents naturels sur lesquels s’appuyer pour réussir d’ne part, et pour exercer dans le plaisir d’autre part. La connaissance de ses mécanismes de réussite, de ses mécanismes émotionnels, la capacité à gérer les périodes de doutes, l’adaptabilité, la capacité à générer des solutions.
  • La relation aux autres: la confiance en soi, l’assurance, l’affirmation de soi, l’élégance relationnelle, tout ce qui permet de savoir communiquer sur son projet, de savoir s’entourer, de savoir gérer les casse-pieds, convaincre, emmener avec soi, parler de ses produits, bref, cette posture sereine et enthousiaste (ou a minima convaincue et dynamique).

Cocktail indispensable à toute vie professionnelle qui s’espère fluide et réjouissante, y compris en dépit des aléas et impondérables auxquels on n’échappe pas, cette doublette relation à soi/relation aux autres mérite d’y consacrer le temps nécessaire – et très variable – pour quele constitue un socle solide que lequel appuyer son projet. A l’inverse, les négliger ou les omettre, c’est ignorer les petites failles qui se sont glissées dans les fondations du projet et ça explique bien des reconversion ratées. Voir

Le leadership de soi condition préalable au leadership tout court

 

3- 5 aspects spécifiques à explorer soigneusement

Je ne peux pas vous cacher mon enthousiasme pour les reconversions dans l’artisanat, il suinte à chaque ligne des billets que j’ai rédiges que le sujet! Cependant, comme tout changement de voie professionnelle, choisir l’artisanat présente des facettes spécifiques à explorer, parce qu’elles peuvent se révéler être des limites, des obstacles, a minima des points indispensables à traiter pour se lancer ou renoncer en connaissance de cause.

Des métiers parfois physiques : Les métiers qui s’exercent debout ou dans des postures pas toujours naturelles et avec des gestes précis et rigoureux, nécessitent de ne pas avoir mal partout. Ils ne sont donc pas toujours pertinents avec une seconde partie de carrière, lorsque l’âge apporte son lot de petites et grandes douleurs.  Un de mes clients avait ainsi renoncé au métier de tailleur de pierre à cause de ses problèmes de dos, et c’est tourné vers le vitrail à la place. A vérifier donc, car il n’est pas complètement utile de vouloir devenir maréchal ferrant quand on a mal aux genoux, ou horloger si l’on a de l’arthrose dans les doigts.

L’isolement : si dans son parcours d’apprentissage, le candidat à la reconversion est très accompagné, une fois qu’il vole de ses propres ailes, il peut avoir tendance à s’isoler et à exercer seul dans son coin. Ce peut être un choix de vie qui correspond parfaitement à ses besoins personnels et professionnels. Mais ça peut aussi limiter considérablement le potentiel de l’entreprise autant que la satisfaction de l’artisan et l’on constate que cette dimension est largement sous-estimée par des accompagnements essentiellement opérationnels qui oublient qu’il y a un être humain derrière le projet. Penser dès la réflexion à la façon dont on va s’entourer est essentiel.

Des relations parfois bien différentes de celles entre cadres : et qui peuvent surprendre et déstabiliser ceux qui n’ont pas été habitués à une grande diversité d’origines socio-professionnelles. La posture, la façon d’être, les centres d’intérêts peuvent être assez différents de ceux du métiers précédent. Une de mes clientes qui se questionnait sur la reprise d’entreprise s’intéressait justement à l’artisanat parce que, ayant plusieurs artisans parmi ses connaissances, elle appréciait leur truculence, ne se laissait pas démonter un sexisme parfois plus direct qu’en entreprise et à l’inverse, elle savait se faire respecter d’eux.

Définir précisément ce qu’on veut faire de son métier. L’autre jour, un copain qui s’est reconverti dans la menuiserie il y a 4 ou 5 ans se confie dans notre petit club d’entrepreneurs: il n’en peut plus de faire des bouts de placards en contreplaqué. Il rêve de concevoir, de réaliser et de vendre des objets et meubles simples mais beaux, de la belle ouvrage représentative de la menuiserie telle que la conçoit cet homme qui a choisi ce métier par amour du bois et du travail du bois. Par crainte de ne pas plaire, parce qu’il ne savait pas comment s’y prendre pour vendre ce qu’il veut vraiment faire, il s’est retrouvé à faire de l’alimentaire et nous dit sans détour, avec une grande tristesse: “j’ai l’impression d’avoir raté ma reconversion”. Définir précisément la façon dont on veut exercer le métier qu’on a choisi, ce que cette adaptation à soi-même implique et trouver les solutions pour faire vivre ce projet font partie intégrante d’une réflexion sur un itinéraire de reconversion pour s’assurer que le métier choisi sera une source de plaisir durable et solide.

Innovation et job crafting: réinventer de vieux métiers. Les métiers de l’artisanat, souvent associés à un savoir-faire ancestral, à la tradition etc. se prêtent particulièrement aux images un peu figées et un peu étriquées. L’artisan bourru seul au fond de son atelier poussiéreux à la peau dure et laisse peu la place à l’innovation, à l’imagination, à l’inventivité qui permettent à la fois de travailler autrement, de réinventer ces vieux métiers, et de trouver des moyens de sortir du lot. Inversement, dans une mise en abyme amusante, se faire l’artisan de son futur métier d’artisan en le pensant autrement que dans le carcan des images d’Epinal, c’est prendre le risque de concocter un plaisir durable et jubilatoire.

assurer un amour du métier solide et durable

 

4- L’enquête métier

C’est bien parce que l’image de l’artisanat reste figée dans la naphtaline qu’il est important de mener une enquête métier particulièrement large et méticuleuse. Internet, les chambres des métiers, les centres de formation, les associations d’artisans ou liées à l’artisanat, les professionnels, les événements, rencontres et conférences, les possibilités d’élargir votre champ de vision sur un secteur ou un métier spécifique qui vous intéresse. L’enquête métier est une phase cruciale de la réflexion, c’est elle qui va vous permettre de dessiner des contours nets à votre projet et d’en vérifier la pertinence et la cohérence. Aussi prenez votre temps, ne vous jetez pas sur les propositions alléchantes pour “tester le métier” en imaginant en tirer tous les renseignements nécessaires pour prendre une décision.

Une immersion de deux jours chez un menuisier qui travaille en mode traditionnel ne vous donnera pas une idée très représentative de ce qu’on peu faire de ce métier, surtout si vous avez des idées très innovantes sur la façon dont vous voulez vivre cette vie professionnelle. L’immersion vient en dernier. Commencez par une enquête métier poussée, où vous allez ratisser large. Ouvrez le champs et explorez toutes les possibilités de pouvoir rencontrer des gens qui pourront vous donner un maximum d’informations sur les débouchés, mais aussi et surtout les façons d’exercer.

reconversion enquete metier

 

Ainsi Catherine Roland, trésorière de l’association des Meilleurs ouvriers de France esthéticienne devenue formatrice d’esthéticienne m’expliquait que son métier était trop souvent envisagé de façon étroite: qu’il s’exerce en mode Venus Beauté: soit salariée soit gérante de l’institut au coin de la rue. On ne pense jamais qu’il y a bien d’autres manières, comme exercer à domicile, dans les hôtels, les hôpitaux ou même en prison etc.

Il y a aussi toute une frange d’artisanat de niche et d’art qui mérite le détour: on pense à la poterie et à la sculpture bien entendu, mais il y a aussi des métiers moins connus: la ganterie, l’enluminure et d’autres métiers inscrits au patrimoine culturel immatériel.

D’autre part, les différents secteurs peuvent être en pleine évolution en fonction des mutations technologiques et offrir un panel de possibilités insoupçonnées. On pense notamment aux liens entre bâtiment alimentation et développement durable par exemple, ou le numérique et les TIC ou l’innovation est constante et permet d’autres perspectives comme des prolongements de leur nouvelle carrière dans des instituts de recherche, qui peuvent parfois leur permettre de trouver des vie professionnelles au confluent de leur métier d’artisan et leur métier d’avant (on pensenotamment aux ingénieurs). L’innovation fait donc partie intégrante de l’artisanat et peut mériter des investigations poussées. Voir par exemple:

  • Innovmetiers et ses pôles d’innovation au service de l’artisanat, mais aussi pour sa multitude d’informationsla reconversion professionnelle dans l'artisanat offre de multiples possibilités

Les différents secteurs peuvent aussi évoluer avec les mutations sociétales et l’on voit ainsi fleurir des ateliers d’apprentissage de la réparation (on pense notamment aux vélos) qui peuvent donner des idées novatrices pour devenir artisan autrement. On pense aussi à l’habitat écologique, à l’agriculture alternative, les ruches en milieu urbain etc.

Certains organismes proposent des parcours de formation courts, effectués directement chez des artisans, qui peuvent être pour les cadres un véritable moyen d’expérimenter un métier en profondeur avec un investissement en temps raisonnable, comme l’explique le dossier ci-dessous qui prend l’exemple de Thomas, intéressé par la boulangerie mais très perplexe face aux conditions habituelles dans lesquelles ce métier s’exerce. Il s’est tournée vers: “Savoir-faire et Decouverte organisme qui propose dans toute la France des formations chez l’artisan. II monte alors un programme de formation de 25 jours chez cinq artisans différents qui lui permettent de passer son CAP en candidat libre”. Ce qui lui a permis “piocher chez chacun ce qui me correspondait le mieux” dit-il, ce qui l’a amené à orchestrer le joc crafting de son métier. Et s’il n’avais pas été convaincu, il aurait pu renoncer sans avoir investi un an de formation.

L’enquête métier devrait donc aider à cerner les contours du métier qui vous intéresse pour réfléchir ensuite à la façon dont vous aller choisir de l’exercer. C’est à ce moment-là que vous allez chercher un artisan qui exerce de façon similaire à celle que vus envisagez chez qui faire une immersion. Rappelons à toutes fins utiles que tester le métier en allant faire un stage dans lequel vous allez juste apprendre la base des bases d’un premier geste n’est pas une façon d’avoir une idée du métier, c’est une simple expérimentation. Une immersion digne de ce nom ne consiste pas à se voir refiler deux ou trois tâches mineurs, mais bien à observer tous les aspects du quotidien de l’artisan en plus de son activité spécifique: comptabilité, rencontres avec les fournisseurs, relations clients, devis et facturation, suivi des paiements, commercialisation de ses produits, etc. Voir

Reconversion et enquête métier: les questions à poser pour un métier salarié

 

Vous avez maintenant défini votre projet avec précision, vous êtes prêt(e) à vous lancer, il ne vous manque plus que le comment. Ca tombe bien: la semaine prochaine, nous verrons les étapes concrètes et la mise en oeuvre opérationnelle de votre projet;)

 

Ressources complémentaires:

Chambres des métiers et de l’artisanat
Meilleurs ouvriers de France
Choisir l’artisanat
Greta

 

Voir aussi

Ithaque, 1er influenceur français sur la reconversion professionnelle
Doute, réflexion, expérimentation, une triplette pour réussir sa reconversion!
Reconversion professionnelle : évaluer la pertinence et la faisabilité d’un projet
6 moteurs de reconversion professionnelle
Comment identifier une voie de reconversion: l’épineuse question
10 bonnes raisons d’explorer votre désir de reconversion professionnelle
Reconversion: Sylvaine Pascual dans “On est fait pour s’entendre” sur RTL

 

Aller plus loin

Vous voulez explorer la pertinence et la faisabilité de votre désir de reconversion dans l’artisanat? Ithaque vous accompagne. Pour tous renseignements, contactez Sylvaine Pascual.

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3 Comments

  • Cathala dit :

    Bonjour,

    Je suis très heureux de lire cet article qui lâche la bride sur les carrières artisanales. Trop mal considérées dans l’inconscient collectif je sens que les carrières artisanales regagnent en vitalité aujourd’hui sans doute parce que notre société à la tête bien pleine redécouvre le bienfait du travail manuel. Sans doute aussi que très bientôt, nous ne pourrons nous passer de “faire par nous-même” ou de “re-découvrir” et partager des savoirs artisanaux fondamentaux concernant nos habitats, l’énergie que nous consommons, les aliments que nous cultivons, etc…
    Dans une société et une économie en quête de sens, le retour aux savoir-faire traditionnels est une assurance de retrouver une réelle utilité au service de la communauté.
    A noter qu’il peut s’agir d’une reconversion mais qu’il peut aussi s’agir d’une seconde activité.
    J’en suis un bon exemple. Mon métier principal est un métier de l’esprit avant tout. Mais j’ai besoin d’exprimer par le mouvement et la création une autre partie de mon identité. J’ai développé une petite pratique d’artisan d’art et ma foi, cette activité secondaire m’apporte énormément de choses complémentaires à mon activité libérale en cabinet. 😉

    Alors multipotentialistes de tous horizons, levez-vous !
    Vous n’êtes plus seuls ! L’heure est à l’invention et aujourd’hui il n’est plus temps d’attendre que l’on nous offre des emplois, il est temps pour beaucoup d’entre nous d’inventer notre activité, et ce en ligne directe avec nos aspirations fondamentales, nos valeurs et notre vision de l’avenir.

    Florent (de nantes ;-))

    • Merci pour ce retour! La double carrière est un sujet passionnant, je suis en pleine rédaction d’un billet dessus, et pas seulement pour créer sa propre activité en réponse au sinistre marché de l’emploi, mais aussi tout simplement parce que ça a du sens;)

  • Adecco dit :

    Bonjour, cet article évoque assez bien les différents points à considérer avant de se lancer dans une reconversion professionnelle. En effet, une grande partie de la préparation repose sur la connaissance du marché et secteur dans lequel la personne souhaite évoluer. Plus on s’informe sur les possibilités et probabilités d’évolution du secteur, plus on a des chances de réussir notre reconversion. Merci pour votre article.

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