Reconversion professionnelle et tests de personnalité

Sylvaine Pascual – Publié dans Talents et ressources / Vie professionnelle

 

 

 

Les bilans de compétences et accompagnements à la reconversion proposent parfois (souvent) des tests pour définir votre personnalité et déterminer en fonction le métier pour lequel vous êtes fait. Voici pourquoi c’est probablement une vraie fausse bonne idée.

 

 

 

 

 

Les tests de personnalités enferment dans des idées reçues plus qu'ils n'ouvrent de pistesReconversion paresseuse;)

 

Les tests de personnalité sont un moyen éminemment paresseux d’identifier des pistes de reconversion. Ils nous font rentrer de force dans des cases, à coup de choix prétendus “qui vous correspondent le plus”, en réalité “le moins éloigné de vous”, gommant au passage tout ce qui fait notre spécificité, notre unicité, notre complexité.

 

Ca simplifie grandement le travail des consultants de modéliser des profils et de leur faire correspondre des types de métier: pas besoin de se casser la nénette à amener le candidat à la reconversion à explorer les méandres de sa personnalité: on lui fait cocher des cases et hop! Le métier idéal sort du chapeau. C’est rassurant et ça permet d’accélérer le processus, selon certains adeptes. L’objectif est-il donc d’accélerer la musique ou d’identifier une voie de reconversion satisfaisante et qui a des chances d’aboutir? Car si cette version “if () then goto” de la reconversion dictée par autrui peut paraître rassurante, elle a bien des défauts:

 

Préjugés

Elle s’appuie sur des tendances qui n’ont rien de vérités universelles, et donc tombe donc logiquement souvent à côté de la plaque dans ses suggestions d’orientation professionnelle.

 

Valeurs et principes moraux

Les valeurs qui sont prises en compte au travers de ce type de profilage sont bien souvent des principes moraux, qui contraignent nos comportements, plutôt que des valeurs motrices qui les motivent. La conséquence est l’identification de pistes captives de convictions souvent héritées d’autrui, assorties d’une motivation de l’ordre du devoir. Inutile de s’étendre sur la portée très limitée de cette motivation-là.

 

Déni de spécificité

En ne prenant en compte que certaines dimensions de la personnalité, elle néglige les autres. Or c ‘est dans la combinaison de toutes les différentes facettes du candidat au changement de métier que résident les clés d’une reconversion réussie, pas dans quelques uns.

 

Déterminisme professionnel

Elle ignore les possibilités d’évolution comportementale, émotionnelle et relationnelle en figeant le candidat à la reconversion dans le présent, inventant au passage le déterminisme professionnel: vous avez telle ou  telle caractéristique, vous n’êtes pas fait pour tel ou tel métier.

 

Définition générique impossible à s’approprier

Dans un test, une qualité, un trait de personnalité est défini de façon générique qui omet les associations d’idées individuelles. Pour peu qu’il y ait un écart entre les deux, il devient vite impossible de se reconnaître dans telle ou telle étiquette. Prenons l’exemple de la créativité: une personne qui a une idée à la minute pourra être estampillée créative. Si de son côté, elle associe la créativité principalement à des activités manuelles et artistiques, elle ne se reconnaîtra pas forcément ce trait de personnalité. Et il est difficile de s’appuyer sur des qualités que nous ne nous reconnaissons pas.

 

Edit de juillet 2014: un exemple, le MBTI, cet article de Slate intitulé Le MBTI, test de personnalité utilisé dans le monde entier, ne rime à rien, qui montre combien il est inefficace dans l’élaboration de projet professionnel.

 

 

 

 

Reconversion et connaissance de soi

 

Encore selon les adeptes des tests de personnalité, ils “donnent des pistes de connaissance de soi” et sont là uniquement pour “accompagner” le travail. Mouais. Mais quel est l’intérêt d’aller emprunter des pistes tronquées, des pistes inabouties, des pistes qui ne mènent nulle part?

 

Je préfère les reconversions à petits pas sûrs de soi que celles qui impliquent des bonds hasardeux par-dessus des vides dans l’exploration de soi et, par ces omisions, génèrent des incohérences qui font prendre des risques de voie sans issue à des candidats à la reconversion qui n’ont pas besoin de ça, le chemin étant déjà long.

 

La connaissance de soi indispensable à la reconversion passe par l’inverse des éléments posés ci-dessus:

  • S’autoriser l’exploration sans préjugés de toutes les options
  • Aller chercher la motivation intrinsèque dans les recoins de votre spécificité, de vos valeurs motrices, de ce que signifient vos goûts, plutôt que dans des grilles.
  • Evaluer les compétences à développer, la motivation -ou non- à le faire, et le temps nécessaire avant de décider si une piste est réaliste ou non.

 

Enfin, pour qu’une voie de reconversion professionnelle amène sur un chemin réjouissant, il est aussi indispensable d’évaluer et de prendre en compte les besoins de la personne, en termes d’environnement personnel et de travail, de relations, de communication, de compétences, de valeurs, de convictions, de sens, et cet ensemble est tellement individuel qu’il échappe à toute tentative de modélisation (voir: Le boulot idéal: une réalité à inventer)

 

Vous l’avez compris, à méthode paresseuse, pistes douteuses. Plutôt que de passer sa personnalité au travers de grilles en forme d’idées reçues et de décider de son avenir en fonction des convictions des autres, autant aller l’explorer dans le détail et en tirer des enseignements 100% cohérents.

 

 

Et vous, que pensez-vous des tests de personnalité?

Y avez-vous eu recours pour trouver une voie de reconversion?

Dans quelle mesure en avez-vous été satisfat(e)?

 

 

Voir aussi

 

Reconversion professionnelle: l’été pour y réfléchir

Carrière: le désir de reconversion

Reconversion professionnelle: l’être humain derrière le projet

Reconversion profesionnelle: solitude et procrastination

Reconversion professionnelle: la tentation de l’indépendance

Age, métier et reconversion professionnelle

Reconversion professionnelle: voyage au bout de l’enfer ou formidable aventure?

Le boulot idéal: une réalité à inventer

 

 

 

 

 

 

Aller plus loin

 

Vous voulez explorer votre désir de changer de métier, identifier une voie de reconversion, mettre le projet en route? Pensez au coaching. Pour tous renseignements, contactez Sylvaine Pascual au 01 39 54 77 32.

 

 

 

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9 Comments

  • Bonjour Sylvaine,

    Je suis d’accord avec toi sur les “risques” liés aux tests de personnalité. Je pense cependant que si on les considère avec un peu de recul (comme des outils au sein d’une panoplie, permettant de donner un éclairage sur la personnalité), ils peuvent permettre de prendre conscience de certaines “caractéristiques” de notre personnalité. Bien sûr, il ne s’agit pas de s’arrêter au “résultat” donné par le(s) test(s), mais d’utiliser ces éléments comme une base de réflexion parmi d’autres. Le test me renvoie telle image par rapport à ce que je lui ai donné comme réponses. Cette image me semble-t-elle pertinente ? Sur quels aspects ? Y-a-t-il des éléments qui me correspondent mais que je n’accepte pas ? Si le résultat me révolte, qu’est-ce que cela me permet d’apprendre sur moi ?

    Il me semble que les tests peuvent être d’une grande utilité quand on les laisse à leur place : comme outils et pas comme baguettes magiques !

    Nicolas

  • Coachnice dit :

    C’est vrai que les tests de personnalité devrait toujours être pris avec des pincettes, il est facile de cataloguer une personne… J’ai passé un tel test avec un conseiller en orientation et il m’a dit que je ne devait pas m’orienté dans un domaine lié à l’alimentation… J’ai passé le test avec un mal de ventre horrible et je suis devenu conseiller en alimentation !

  • Sylvie dit :

    J’ai rencontré des personnes pour qui l’étiquetage passant par un test de personnalité était un choix personnel : déresponsabilisation ? rassurant ? pas envie de faire trop d’effort pour soi ?  

  • Bonjour à tous,
    De prime abord, je dirais que le problème ne vient pas tant des tests de personnalités que de la capacité de discernement de ceux qui les utilisent ou les conseillent. Tous les tests ne sont pas non plus à loger à la même enseigne. Il est clair que certains ne font que rentrer les individus de grès ou de force dans des cases confortant leurs créateurs dans une vision du monde (la fameuse “carte du monde” chère au coaching…)
    D’autres, comme le MBTI, se montrent assez riches si l’on comprend bien que ce ne sont que des clés de lecture permettant de mieux s’adapter au monde et aux autres…. Ce qui demande une réflexion assez poussée… que tout le monde ne prends pas le temps d’avoir !
    Du coup, je suis d’accord avec Sylvaine: plutôt que de faire croire qu’une réalité aussi simpliste est possible, sans tout le travail d’accompagnement qui va avec, autant éviter de tels tests qui peuvent faire bien plus de mal que de bien.

    Concernant les tests d’orientation maintenant, là par contre, je n’ai pas encore eu d’expérience vraiment intéressante avec ces outils. A chaque fois je me suis dit: “quelle vision triste de ce monde!” Peut-être que mon job idéal n’existe pas sur le papier mais que je peux le créer !
    Notre monde se veut normé, mais c’est une aberration ! Nous sommes aujourd’hui suffisamment libre et le monde présente suffisamment d’opportunités pour construire à peu près tout ce que nous voulons, imaginer tout ce qui n’existe pas encore et aller au-delà des normes !

    Donc oui, méfiez-vous des tests, préférez le coaching 🙂

    • Sylvaine Pascual dit :

      C’est bien la nature des tests qui me gène et pas tellement leur utilisation. C’est bien leur nature que de faire rentrer les gens dans des cases à partir de tendances et c’est ça qui est génant: la personne est au final vue sous un angle et pas dans sa globalité. Le désir de faciliter l’exploration d’une nature humaine par essence complexe et insaisissable me paraît assez peu efficace.
      Il existe effectivement pléthore de tests, des plus gentillets aux plus élaborés. Ils restent des tests, c’est à dire par nature incomplets et imprécis et nous valons mieux qu’une définition. Notre vie professionnelle, notre plaisir au travail valent mieux qu’un test, qu’une définition, qu’un “type”.
      Et dans le cadre de la reconversion professionnelle, ils sont une erreur majeure: à vouloir faciliter le travail, ils ferment de nombreuses portes et augementent à proportion la possibilité d’une erreur d’orientation.
      Au final, préférer le coaching, non, pas forcément, il n’est pas une réponse universelle. Préférer l’étude de sa singularité, oui, mille fois oui;)

  • Virginie B dit :

    J’ai pour ma part passé un test de personnalité, mais englobé dans un panels d’entretiens personnels avec toujours la même formatrice, et elle l’a utilisé avec parcimonie, pour être sûre que mes traits de personnalité ne venaient pas gêner mon désir de reconversion. Cela m’aurait gênée que mon projet soit (in)validé uniquement sur ces résultats !
    Ce qui a été pris en compte était surtout mon parcours et les petits cailloux blancs qui le composent.
    Merci pour vos articles que je lis avec plaisir (je sais que je suis sur la bonne voie)

    • Les petits cailloux blancs: expression intéressante, c’est bien là dedans que se nichent les indices qui mènent aux idées fécondes!
      L’erreur aurait été en effet de se baser uniqueent sur des tests, comme beaucoup le font. Bonne route sur la bonne voie, Virginie^^

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