Sylvaine Pascual – Publié dans Vie professionnelle
Puisque l’été est l’occasion de réfléchir à sa reconversion, je vous propose de nous retrouver régulièrement en juillet et août pour en parler… Aujourd’hui: les tests de personnalité.
Les bilans de compétences et accompagnements à la reconversion proposent parfois des tests pour définir votre personnalité et déterminer en fonction le métier pour lequel vous êtes fait. Une vraie fausse bonne idée.
Reconversion paresseuse
Les tests de personnalité sont un moyen éminemment paresseux d’identifier des pistes de reconversion. Ils nous font rentrer de force dans des cases, à coup de choix prétendus « qui vous correspond le plus », en réalité « le moins éloigné de vous », gommant au passage tout ce qui fait notre spécificité, notre unicité, notre complexité.
Ca simplifie grandement le travail des consultants de modéliser des profils et de leur faire correspondre des types de métier: pas besoin de se casser la nénette à amener le candidat à la reconversion à explorer les méandres de sa personnalité: on lui fait cocher des cases et hop! Le métier idéal sort du chapeau. C’est rassurant et ça permet d’accélérer le processus, selon certains adeptes. L’objectif est-il donc d’accélerer la musique ou d’identifier une voie de reconversion satisfaisante et qui a des chances d’aboutir? Car si cette version « if () then goto » de la reconversion dictée par autrui peut paraître rassurante, elle a bien des défauts:
Préjugés
Elle s’appuie sur des tendances qui n’ont rien de vérités universelles, et donc tombe donc logiquement souvent à côté de la plaque dans ses suggestions d’orientation professionnelle.
Valeurs et principes moraux
Les valeurs qui sont prises en compte au travers de ce type de profilage sont bien souvent des principes moraux, qui contraignent nos comportements, plutôt que des valeurs motrices qui les motivent. La conséquence est l’identification de pistes captives de convictions souvent héritées d’autrui, assorties d’une motivation de l’ordre du devoir. Inutile de s’étendre sur la portée très limitée de cette motivation-là.
Déni de spécificité
En ne prenant que certaines dimension de la personnalité, elle néglige les autres. Or c ‘est dans la combinaison de toutes les différentes facettes de résident les clés d’une reconversion réussie, pas dans quelques uns.
Déterminisme professionnel
Elle ignore les possibilités d’évolution comportementale émotionnelle et relationnelle en figeant le candidat à la reconversion dans le présent, inventant au passage le déterminisme professionnel: vous avez telle ou telle caractéristique, vous n’êtes pas fait pour tel ou tel métier.
Définition générique impossible à s’approprier
Une qualité, un trait de personnalité est défini de façon générique qui omet les associations d’idées individuelles. Pour peu qu’il y ait un écart entre les deux, il devient vite impossible de se reconnaître dans telle ou telle étiquette. Prenons l’exemple de la créativité. ne personne qui a une idée à la minute pourra être estampillée créative. Si elle associe la créativité principalement à des activités manuelles et artistiques, elle ne se reconnaîtra pas forcément ce trait de personnalité. Et il est difficile de s’appuyer sur des qualités que nous ne nous reconnaissons pas.
Reconversion et connaissance de soi
Encore selon les adeptes des tests de personnalité, ils « donnent des pistes de connaissance de soi » et sont là uniquement pour « accompagner » le travail. Mouais. Mais quel est l’intérêt d’aller emprunter des pistes tronquées, des pistes inabouties, des pistes qui ne mènent nulle part?
Je préfère les reconversions à petits pas sûrs de soi que celles qui impliquent des bonds hasardeux par-dessus des vides dans l’exploration de soi et, par ces omisions, génèrent des incohérences qui font prendre des risques de voie sans issue à des candidats à la reconversion qui n’ont pas besoin de ça, le chemin étant déjà long.
La connaissance de soi indispensable à la reconversion passe par l’inverse des éléments posés ci-dessus: s’autoriser l’exploration sans préjugés de toutes les options
Aller chercher la motivation intrinsèque dans les recoins de votre spécificité, de vos valeurs motrices, de ce que signifient vos goûts, plutôt que dans des grilles.
Evaluer les compétences à développer, la motivation -ou non- à le faire, et le temps nécessaire avant de décider si une piste est réaliste ou non.
Enfin, pour qu’une voie de reconversion professionnelle amène sur un chemin réjouissant, il est aussi indispensable d’évaluer et de prendre en compte les besoins de la personne, en termes d’environnement de travail, de relations, de compétences, de valeurs, de convictions, de sens, et cet ensemble est tellement individuel qu’il échappe à toute tentatvie de modélisation (voir:Le boulot idéal: une réalité à inventer)
Vous l’avez compris, à méthode paresseuse, pistes douteuses. Plutôt que de passer sa personnalité au travers de grilles en forme d’idées reçues et de décider de son avenir en fonction des convictions des autres, autant aller l’explorer dans le détail et en tirer des enseignements 100% cohérents.
Et vous, que pensez-vous des tests de personnalité?
Y avez-vous eu recours pour trouver une voie de reconversion?
Dans quelle mesure en avez-vous été satisfat(e)?
Voir aussi
Reconversion professionnelle: l’été pour y réfléchir
Carrière: le désir de reconversion
Reconversion professionnelle: l’être humain derrière le projet
Reconversion professionnelle: la tentation de l’indépendance
Age, métier et reconversion professionnelle
Reconversion professionnelle: voyage au bout de l’enfer ou formidable aventure?
Le boulot idéal: une réalité à inventer
Reconversion professionnelle: ebook gratuit
Aller plus loin
Vous voulez explorer votre désir de changer de métier, identifier une voie de reconversion, mettre le projet en route? Pensez au coaching. Pour tous renseignements, contactez Sylvaine Pascual au 01 39 54 77 32.
Bonjour Sylvaine,
Je suis d’accord avec toi sur les « risques » liés aux tests de personnalité. Je pense cependant que si on les considère avec un peu de recul (comme des outils au sein d’une panoplie, permettant de donner un éclairage sur la personnalité), ils peuvent permettre de prendre conscience de certaines « caractéristiques » de notre personnalité. Bien sûr, il ne s’agit pas de s’arrêter au « résultat » donné par le(s) test(s), mais d’utiliser ces éléments comme une base de réflexion parmi d’autres. Le test me renvoie telle image par rapport à ce que je lui ai donné comme réponses. Cette image me semble-t-elle pertinente ? Sur quels aspects ? Y-a-t-il des éléments qui me correspondent mais que je n’accepte pas ? Si le résultat me révolte, qu’est-ce que cela me permet d’apprendre sur moi ?
Il me semble que les tests peuvent être d’une grande utilité quand on les laisse à leur place : comme outils et pas comme baguettes magiques !
Nicolas
C’est vrai que les tests de personnalité devrait toujours être pris avec des pincettes, il est facile de cataloguer une personne… J’ai passé un tel test avec un conseiller en orientation et il m’a dit que je ne devait pas m’orienté dans un domaine lié à l’alimentation… J’ai passé le test avec un mal de ventre horrible et je suis devenu conseiller en alimentation !
J’ai rencontré des personnes pour qui l’étiquetage passant par un test de personnalité était un choix personnel : déresponsabilisation ? rassurant ? pas envie de faire trop d’effort pour soi ?