Petites incivilités entre collègues: non au “merci de”!

l'expression "merci de", faussement bienveillante et réelle injonction!

 

En termes de petites incivilités entre collègues, nous avions déjà évoqué les sifflements insidieux des prétéritions et c’est au tour aujourd’hui d’une expression  bien sournoise et faussement bienveillante, le “merci de” passeur de caprice enrobé dans du fallacieux sirop de mélisse! 

l'expression "merci de", faussement bienveillante et réelle injonction!

 

“Merci de” : j’exige donc j’existe!

Certaines formulations ont l’art de nous dresser le poil le long de l’échine ou de nous mettre simplement mal à l’aise, parce qu’elles peuvent être tellement froides, convenues, hypocrites, figées… ou un brin manipulatrices. Comme cette formule d’impolitesse, faux remerciement et véritable injonction qu’est l’épouvantable “merci de + verbe” (à distinguer du “merci de + nom”, tout à fait bienveillant^^), qui cherche à draper mielleusement ses exigences derrière un masque relationnel qui prétend la reconnaissance.  Or, le signe de reconnaissance que le “merci de” envoie est double: j’exige donc j’existe! Et comme par ricochet, tu exécutes, c’est à moi-même que je l’envoie! Il confond l’affirmation de soi avec l’individualisme auto-centré. Bref, le “merci de” est vil, il est petit, il est lâche, il manque de panache, il est un modèle d’inélégance relationnelle!

Vous, je ne sais pas mais moi, le “merci de” me donne direct envie de me prendre par la main pour aller faire exactement l’inverse de ce qui m’est non-demandé. Du coup, quand Alexandre Maillard m’a raconté une anecdote qui l’avait exaspéré et qu’il en avait pondu un billet, j’étais ravie qu’il vienne nous expliquer pourquoi, et les alternatives plus heureuses à cette très pénible expression. D’autant qu’il nous met les émotions au service du décryptage d’une expression,

Exprimer sa colère à tort et à travers n'est pas toujours une bonne idée

 

La tentation du ramponneau virtuel

J’ai très récemment fait l’expérience de recevoir un mail qui commençait par la formule « Merci de… ». Expérience à la fois désagréable et très instructive.

Désagréable, parce qu’en commençant la lecture de ce mail, j’ai immédiatement ressenti un picotement nasal, façon moutarde extra-forte de Dijon, vous savez, celle qui pique très fort ! Le picotement s’est propagé à la vitesse de la lumière dans mes doigts, associé à une envie impérieuse de retourner un mail boomerang en forme de placage au sol rugbystique bien senti.

Pendant que je commençais à taper rageusement ma réponse (mon clavier d’ordinateur n’y était pour rien, le pauvre !) une petite voix me murmurait « OK, tu peux continuer la rédaction de ce mail si cela te fait du bien, mais écoute ce petit conseil : enregistre-le soigneusement dans tes brouillons et attends au moins quelques heures avant de – peut-être – l’envoyer ».

Et là, avec cette petite voix intérieure, commence la partie instructive de cette expérience. Cette envie furieuse de lui envoyer un ramponneau virtuel, c’était une façon d’entrer en lutte, une réaction émotionnelle indicatrice d’un besoin mis à mal chez moi, me renforçant dans l’idée que comprendre ce qui se passait était nécessaire avant de prendre la moindre décision de retour de mail.

nos perceptions génèrent nos émotions, pas les autres!

L’urgence était d’abord d’écouter et comprendre quel besoin était mis à mal chez moi par ce mail, certainement, et non pas de répondre à chaud à l’envoyeur en pensant résoudre le problème. Une fois cette certitude acquise et acceptée, je poursuivais, déjà un peu radouci, la rédaction encore passablement énervée de mon mail en mode « brouillon », et envisageais d’y réfléchir de manière raisonnée en appliquant les principes de la Communication Non Violente (CNV) dans la réponse plus construite que je lui enverrais… plus tard. Histoire de ne pas réussir l’exploit suivant:

 

Les enseignements d’une formule d’impolitessse

En quoi cette formule a priori polie, « merci de », est-elle dérangeante, et en définitive impolie, au point de pouvoir provoquer ce genre de malaise lorsqu’elle est lue ?

 – D’abord parce qu’il s’agit d’une demande qui ne dit pas son nom, et qui est le plus souvent impérative. Quand vous lisez « merci de ne pas fumer », vous comprenez en fait qu’il vous est impérativement demandé de ne pas fumer. Bref, qu’il vous est interdit de fumer.

 – Ensuite, parce que ce « merci de » vous ôte votre liberté. Peut-être aviez-vous l’intention de dire oui. Ou bien peut-être que vous aviez envisagé de dire non… mais dans les deux cas, par cette formulation, votre interlocuteur vous indique ce n’est pas vous qui décidez, vous privant du choix d’accepter ou pas sa demande.

 – Enfin, parce le remerciement est hypocrite et/ou Persécuteur. La motivation de sa part à remercier peut parfois être sincère, il a réellement l’envie ou l’intention de vous remercier si sa demande est satisfaite ; ces remerciements anticipés sont dans ce cas maladroits. L’intention peut aussi être beaucoup moins bienveillante, c’est une injonction de sa part, exprimée sous forme d’une demande soi-disant polie en mode Persécuteur : il vous « remercie » en pensant que cela aidera à faire passer la pilule d’une demande en réalité comminatoire, ne souffrant pas la contradiction.

sortir des rôles relationnels pour assainir les relations

 

Les alternatives élégantes au “merci de”

Alors comment faire, de votre côté, lorsque vous voulez demander quelque-chose à votre interlocuteur, pour éviter de tomber dans le piège du message commençant par « Merci de… » ?

D’abord, en vous convainquant du fait que commencer par « merci de » n’est jamais la meilleure option, malgré l’abondance d’articles que vous trouverez sur le WEB à propos de l’emploi des formules de politesse à l’écrit, qui vous expliqueront que c’est parfois inévitable, parce que c’est l’usage, parce que ça se fait. Je n’ai encore pas trouvé quels avantages cette formule en tête de mail présente, et je propose quelques options alternatives.

Une des clefs me semble être d’aligner votre intention à votre formulation. Si vous avez l’intention de laisser le choix au destinataire du mail, alors laissez-le-lui vraiment. Par exemple en formulant votre demande par une véritable question, qui supporte une réponse négative. Les formules de politesse ne manquent pas, un « s’il vous plaît » sincère est bien plus puissant qu’un « merci de » maladroit qui anticipe la réponse du destinataire.

S’il s’agit d’une demande, voire d’un ordre, là encore il est important de clarifier votre intention. Pas en écrivant « merci de »… Mais en assumant le fait qu’il s’agit bien d’une demande. Si la formule « je vous demande de » vous paraît sèche, il peut être utile de réfléchir à des formulations alternatives, l’important étant de rester aligné avec votre intention. Voici quelques exemples :

 – Vous avez un délai ? Alors cela peut-être quelque chose qui ressemble à : « je vous demande par le présent mail de… » suivi de « j’ai besoin d’une réponse de votre part à telle échéance ». Dans ce cas, préférez largement une échéance précise, plutôt qu’une formule telle que « rapidement » ou « au plus tôt ». Votre délai est très contraint ? Dites-le lui clairement. Vous avez une marge de manœuvre ? Alors vous pouvez sans doute accepter l’idée que votre interlocuteur puisse en avoir une aussi, je vous conseille de partager votre marge avec lui, vous ouvrirez ainsi la porte à une coopération constructive, par exemple en posant la question à la fin du mail de l’acceptabilité, de sa part, du délai que vous lui donnez pour répondre.

 – Si la formulation « je vous demande » est difficile ou vous paraît inadaptée au contexte, une manière élégante peut consister à exprimer votre demande en remontant à votre besoin : « j’ai besoin de telle ou telle information ou réponse de votre part».

Enfin, que penser de la formule « merci de l’attention que vous apporterez à ce mail » ? Je préfère dorénavant l’éviter, même si je reconnais y avoir déjà eu recours, et même s’il m’arrive encore d’être tenté de l’écrire, car même dans ce cas, cette formulation présuppose de ma part une action ou un comportement de la part de mon interlocuteur. C’est d’ailleurs une excellente façon d’envoyer, après coup, un signe de reconnaissance vraiment sincère lorsque votre interlocuteur a fait ce pour quoi vous l’avez sollicité : un « merci » qui ressemble à quelque chose, un « merci » vraiment poli.

Une fois que vous êtes au clair avec la nature et les contraintes de votre demande, vous pouvez utiliser la CNV pour la formulation de votre demande, qui  offre de nombreuses possibilités tellement plus élégantes qu’un « merci de… »… et qui vous permettront de communiquer comme un poisson dans l’eau;)

triplette élégance relationnelle

Alexandre Maillard

Merci de lire et d’appliquer scrupuleusement.
Cordialement.
Sylvaine;)

 

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