Reconversion: le parcours d’Aude du Colombier, de Google à la start-up Tediber

J’ai aujourd’hui l’immense plaisir de vous partager le témoignage d’Aude du Colombier qui a été ma cliente il y a quelques années, en amont d’une bifurcation et dont le parcours passionnant montre qu’on peut être senior, quitter un grand groupe et ensuite se régaler professionnellement dans une start-up innovante.

Aude du Colombier a quitté une fonction de directrice marketing France chez Google il y a quelques années, pour partir en quête d’un poste qui répondait davantage à ses aspirations, qui l’attiraient du côté de l’entrepreneuriat et des startups. Ultra compétente et exigeante envers elle-même, animée d’un désir de management humaniste et proche de ses équipes, Aude fait partie de ces esprits vifs qui aiment se challenger dans des activités variées, des plus stratégiques aux plus terrain, qui n’ont pas peur de se retrousser les manches et sont des atouts majeurs pour des start-ups, parfois sans s’en rendre compte, en raison de nombre de préjugés sur le sujet.

Plutôt que de poursuivre dans une logique de carrière linéaire, pas aussi éteinte ou obsolète qu’on veut bien le dire, ou de céder aux idées reçues sur les profils recherchés par les start-ups, Aude a refusé l’idée d’une évolution en interne ou dans la droite ligne de son parcours et a construit elle-même sa propre passerelle vers des rivages professionnels plus réjouissants à ses yeux. Non pas en définissant un projet figé, mais parce qu’elle s’est assurée de sa pérennité (en termes de plaisir de travailler) en l’aiguillant selon ses besoins et ses aspirations, tout en allant explorer des horizons possibles.

Je suis ravie qu’elle ait accepté de venir raconter son parcours, source d’inspiration pour ceux qui songent à leur seconde partie de carrière.

Remettre l’envie au cœur de la vie professionnelle

Ce sont les questionnements sur une ré-orientation de carrière qui ont amené Aude du Colombier à me contacter. Voici donc le récit de son parcours de reconversion.

“Après de nombreuses années à occuper des postes à responsabilité dans dans de grandes entreprises comme Unilever, Twentieth Century Fox, Google et dans le conseil chez McKinsey& Cie, j’avais de plus en plus envie de rejoindre une start-up.

J’avais un très beau job chez Google (Directrice Marketing France), une grosse équipe, des budgets conséquents, des sujets intéressants ; je travaillais avec des gens brillants dans l’une des plus belles boites du monde et pourtant je n’étais pas complètement heureuse. Cependant, je passais plus de temps à gérer des process et de la politique en interne plutôt qu’à faire avancer mes projets. J’avais aussi le sentiment d’avoir assez peu de marge de manœuvre et de réel impact dans une structure aussi importante et matricielle.

Autour de moi, plusieurs personnes avaient rejoint des start-ups ou s’étaient lancées dans l’entrepreneuriat et même si ce n’était pas évident tous les jours, je les voyais épanouies et ravies de ce choix. Par ailleurs, avant de rejoindre Google, j’avais essayé de monter ma start-up et finalement mis le projet de côté car il n’était pas viable, mais à cette époque j’avais rencontré beaucoup d’entrepreneurs et tous ces échanges avaient été vraiment riches et inspirants. Cette tentative m’avait laissé un petit goût d’inachevé.

J’ai deux filles et depuis toujours, je leur dis qu’il est très important non seulement d’avoir un job pour être indépendante et aussi de faire quelque chose qui leur plaise vraiment. Ce que je vivais n’était pas du tout cohérent avec ce que je leur racontais. J’étais aussi animée par un certain sentiment d’urgence, persuadée que si je ne sautais pas le pas rapidement, ensuite il serait trop tard. Pour toutes ces raisons, j’ai décidé de quitter Google sans savoir de quoi la suite serait faite.

Je savais juste que je voulais trouver un projet entrepreneurial qui m’emballe, une équipe avec laquelle j’aurais plaisir à travailler tous les jours et une structure dans laquelle je pourrais avoir un vrai impact.”

Affiner le projet

Une fois la décision prise, il s’agissait de préciser le projet. Comme Aude n’avait pas d’envie spécifique sur un produit donné, en parallèle du développement de la connaissance d’elle-même, qui lui donnait des idées essentielles sur ses besoins professionnels, c’est en menant des démarches concrètes qu’elle a pu alimenter sa réflexion et valider ses intuitions quant à ses propres aspirations, sans attendre un hypothétique “déclic”. Parmi les démarches concrètes, rencontrer toutes sortes de gens dans le monde des start-ups lui a permis de clarifier ses idées et d’affiner son projet

“Je voulais rejoindre une startup car j’avais envie de retrouver de la liberté, de trouver un projet auquel je pourrai apporter ma « patte » et mon expérience, de le développer tant d’un point de vue business que d’un point de vue humain. Comme j’avais une idée assez vague de ce que je cherchais et que je ne savais pas si mon profil pourrait être intéressant pour des startups, j’ai rencontré beaucoup de monde, pour valider l’intérêt de mon parcours pour ce type de structure.

Ces échanges avec des chasseurs de têtes, des entrepreneurs et des fonds d’investissements, ont été clés pour enrichir ma réflexion et identifier les opportunités pertinentes sur le marché. Cela a été une période très riche et stimulante. Je trouve toujours super intéressant de rencontrer des gens nouveaux avec des points de vue et des expériences très différentes des miens. Ces discussions m’ont confortée dans l’idée de rentrer dans une structure qui ne soit pas encore trop grosse pour avoir un réel impact où il y aurait tout à inventer, être au cœur du réacteur et être réellement partie prenante dans la définition de la stratégie. Le fait de trouver un projet B2C dans lequel j’aurai de l’espace pour développer une marque, est très vite aussi apparu comme un élément déterminant. Je voulais un projet auquel je crois et trouver une équipe avec laquelle j’aurais un réel plaisir à travailler et qui me challenge.

C’est comme cela que j’ai rencontré le Partner d’un fonds d’investissement qui m’a parlé de Tediber dans lequel il était en train d’investir. Il m’a raconté que le fondateur cherchait un.e associé.e et nous a mis en contact. Ceci illustre bien aussi pour moi l’importance et la force du réseau !”

Bien aborder sa reconversion c'est alterner action et réflexion

Compatibilité et alignement

La rencontre avec Julien Sylvain a été déterminante pour Aude du Colombier, qui avait parfaitement conscience de ne pas chercher un simple post dans une start-up, mais un état d’esprit, une confiance mutuelle, une relation qui s’appuie sur une véritable compatibilité, dans une entreprise et un environnement qui pourraient lui donner ce sentiment très subjectif d’alignement, que l’on ressent lorsqu’on se sent à sa place, professionnellement. Et qui savait aussi que ces éléments-là s’évaluent et se vérifient avant d’accepter un poste.

“J’ai donc rencontré Julien Sylvain et j’ai tout de suite eu un vrai fit avec lui. J’ai été emballée par son enthousiasme, son intelligence, son énergie, son expérience entrepreneuriale, la vision qu’il avait de faire de Tediber un acteur majeur en France qui vienne secouer le marché. Dès le départ, nous avons eu des échanges de fond, exigeants, très directs et j’ai senti à quel point nos profils étaient complémentaires. Le rôle d’associée et cofondatrice- correspondait parfaitement à mon expérience et à ce que j’avais envie de faire.

Il y avait un challenge très motivant à développer un nouvel acteur sur un marché aussi gros et établi que celui du matelas qui n’avait pas évolué depuis des décennies. Je me retrouvais totalement dans le concept de Tediber : réinventer tout le business model, remettre le client au centre pour lui proposer l’expérience la plus simple et la meilleure. Et puis créer une marque de référence sur un secteur a priori assez peu glamour, secouer le marché ensommeillé du matelas, c’était aussi un beau défi ! Donc tout était aligné avec mon « envie d’air frais » et de faire des choses complètement différentes et de laisser libre cours à ma créativité.

Tediber répondait à la plupart de mes critères, mais après 4 ans chez Google avec une grosse équipe, dans un environnement matériellement très confortable, c’était quand même un sacré pari de rejoindre une startup de 6 mois d’existence, encore inconnue, avec 4 personnes.

C’est pourquoi, avant de donner ma réponse définitive, j’ai proposé à Julien de venir passer un ou deux jours avec lui et l’équipe*. J’avais besoin de les rencontrer, de me faire une idée plus précise de leur quotidien, de sentir l’atmosphère pour pouvoir me projeter et renforcer ma confiance dans le projet, ce d’autant plus qu’en rejoignant Tediber j’allais beaucoup baisser mon salaire. Je voulais aussi être sûre que les gens qui accompagnaient Julien avaient envie de travailler avec moi. Ces deux jours ont été vraiment déterminants et j’ai rejoint Tediber comme cofondatrice il y a maintenant quatre ans.

D’un grand groupe à une start-up, l’histoire d’une intégration réussie

Ce n’est pas évident de passer du jour au lendemain de grosses structures à une petite start-up et de travailler avec un associé bien plus jeune. Mais Aude n’est pas du genre à se laisser embarrasser par des préjugés d’âge, de genre ou d’origine, elle sait miser sur la personne, ses valeurs et ses compétences, sur la relation et contrairement à d’autres sortes de préjugés, ses postes précédents ne l’avaient pas encroûtées dans des exigences de confort ou de luxe. Et tout cela a aussi contribué à la réussite de son intégration dans cet univers pourtant si différent de ce qu’elle avait connu jusque-là

“J’ai été tout de suite impliquée dans tous les aspects du business pour que je trouve mes marques et avec Julien, dès le premier jour, nous avons travaillé en réelle confiance et en toute transparence, ce qui m’a permis de trouver ma place très rapidement.

Par ailleurs, j’ai aussi été très bien accueillie par l’équipe qui était déjà là et je pense que j’ai pu leur montrer ce que je pouvais apporter à Tediber et qu’ils ont senti mon enthousiasme à rejoindre cette aventure et à apprendre d’eux.

Enfin, je suis très à l’aise avec l’opérationnel et quand on est dans une start-up, si on fait de la stratégie, il faut aussi mettre les mains dans le cambouis (par exemple, on faisait nos premières photos produits pour le site et les réseaux sociaux dans l’appartement de Julien, et nous nous occupions aussi des aspects plus prosaïques, comme les courses et fournitures pour l’équipe, prendre les appels des clients …). En fait j’adore cela, combiner la réflexion et l’action concrète.

Le fait que Julien soit plus jeune que moi n’est absolument pas un sujet. Ce qui compte c’est le respect que nous avons l’un pour l’autre et pour nos compétences, c’est la confiance que l’on se fait.

Notre association fonctionne aussi bien parce que nous avons des personnalités et des expériences très complémentaires et que cela nous permet de nous répartir au mieux les rôles pour développer Tediber, qu’il s’agisse du business ou de notre équipe.

Julien est un pur entrepreneur, Tediber est sa 3ème entreprise. Il connaît très bien l’univers des startups, du retail en ligne, il est aussi très calé sur les sujets financiers et d’opération. C’est un fonceur, il a une énergie inépuisable. J’ai une vraie expérience en développement de marque et de business, en stratégie. J’ai fait beaucoup de management avant de rejoindre Tediber. Je suis quelqu’un d’enthousiaste, de créatif et j’aime travailler en équipe.

Et puis on partage les mêmes valeurs et cela est fondamental.”

Je rajoute un commentaire personnel aux propos d’Aude: entre autres des valeurs de management humaniste soucieux du bien-être des collaborateurs, exemplaire lors de la crise sanitaire et des valeurs d’engagement sociétal durable et responsable qui font de Tediber une belle entreprise française comme on aimerait en avoir plein:

Le bilan après quatre ans

“Je suis absolument ravie et je ne reviendrai en arrière pour rien au monde. Je pense même que je ne pourrai plus travailler dans une grosse structure comme celles que j’ai connues avant.

Ce qui me plaît autant chez Tediber, c’est que je crois vraiment en ce que je fais, c’est la liberté que j’ai et l’impact qui est le mien.

Avec Julien nous dirigeons Tediber ensemble, les décisions sont rapides, nous avons une grande réactivité. Réinventer le marché de la vente de matelas en restant fidèles à nos valeurs est un challenge passionnant et stimulant auquel je prend énormément de plaisir!

En devenant entrepreneuse, j’ai aussi le plaisir d’apprendre des choses tous les jours. Je travaille sur des tas de sujets nouveaux pour moi (le retail, l’UX etc ..) et j’adore ça ! Aucune journée ne se ressemble et le fait de travailler avec Julien qui est tellement différent est super enrichissant.

C’est aussi un rapport au temps totalement différent. Le temps passé chez Tediber est réellement utile, dédié à faire avancer nos projets avec notre équipe, il n’y a pas de temps perdu à faire de la politique, du reporting qui ne sert à rien.

C’est également une grande fierté de voir Tediber se développer avec un CA de plus de 20M€, de créer des jobs, de faire prendre des responsabilités à des gens qui sont là depuis le début et qui grandissent avec la boîte.

Bien sûr, il y a aussi des moments de stress, nous sommes sur un marché très concurrentiel, nous avons la responsabilité de près de 40 personnes, mais c’est un stress positif car je suis persuadée que Tediber a beaucoup de potentiel et que nous avons encore énormément à accomplir.

Enfin il y a notre équipe. Nous avons autour de nous des gens très smart, impliqués, avec des personnalités très variées et c’est un immense plaisir et un vrai enrichissement de travailler avec eux au quotidien.”

les relations sociales réjouissantes garantissent le sentiment d'être heureux

Les conseils d’Aude du Colombier à ceux qui voudraient bifurquer dans une start-up

“Le plus important est de trouver le bon projet, la bonne équipe et un rôle qui réponde pleinement à ses aspirations (périmètre, niveau de responsabilité etc …). Il est crucial d’être vraiment enthousiasmé pour se lancer.

Si l’on veut faire ce type de virage avec l’entrepreneuriat, un autre point clé c’est d’être prêt à renoncer à une certaine forme de statut social (notamment par rapport à ses copains qui sont depuis toujours dans des grosses boites et qui ont des jobs prestigieux) et à une partie de son salaire au moins à court terme, même s’il y a très souvent des dispositifs d’intéressement au capital de l’entreprise. Il faut être bien aligné avec soi-même et aussi je pense en parler avec sa famille. Accepter aussi que la satisfaction que l’on va trouver dans ce nouveau projet n’est pas totalement quantifiable. D’où l’importance d’en avoir vraiment envie !

Enfin même si l’on fait de la stratégie dans une startup, on fait aussi beaucoup d’opérationnel, en particulier au début et tant que la boîte est encore petite, donc il faut aimer mettre les mains dans le cambouis (cela peut prendre des formes diverses, faire soi-même les photos et vidéos pour les réseaux sociaux, répondre aux clients au téléphone, aller acheter des fournitures pour le bureau etc …).”

* Ce type d’immersion destiné à prendre la température d’une entreprise et d’une équipe de l’intérieur, afin de déterminer la compatibilité est une étape essentielle pour trouver un job se rapprochant de l’idéal et jele fais faire à tous mes clients.


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