Emotions: le droit à la tristesse

Nous avons le droit à nos peines: ne laisser personne vous dicter ce qui peut vous rendre triste ou heureux

 

La semaine dernière, à 34 ans, mon bourrin basque a tiré sa révérence. 34 ans d’esprit libre et de joie de vivre qui me laissent mille enseignements et une peine immense. Et l’un de ces enseignements m’a donné envie de revenir sur la tristesse, émotion difficile à vivre, difficile à s’autoriser, difficile à partager.

droit tristesse

 

Bye bye BB

J’ai eu l’immense bonheur d’avoir à mes côtés pendant 31 ans ce merveilleux petit cheval, un BB (entendez bourrin basque) qui était aussi un PP (pottok pie), mais surtout un canasson à carafon au comportement totalement hors norme. A tel point qu’à 34 ans, démusclé, hirsute et maigrichon, il continuait à n’en faire qu’à sa tête et à parvenir à se faire tellement apprécier que pas moins de 5 personnes ont veillé sur lui pendant la totalité de sa dernière journée et l’ont pleuré avec moi.

Mon bourrin basque, vous le connaissez déjà,  avec ses roublardises débordantes d’énergie, sa façon de débouler en trombe, ce zébulon de l’obstination m’a donné à plusieurs reprises de l’inspiration équine au service de la vie professionnelle:

Dur à cuir(e) : indicateur que le dépassement de soi à ses limites
Ingérable, donc porte-parole de l’authenticité comme vecteur d’employabilité
Ingérable, donc générateur de prise de risque
Collaboratif, lorsque le bien-être de l’autre en dépend

Ce petit cheval était à lui tout seul une ode à la liberté, un hymne à la joie. Jouisseur jubilatoire, il a été le plus formidable, le plus infatigable, le plus drôle et le plus épatant des camarades de jeux. Il a été 34 ans de petites leçons de vie heureuse et insoumise et une incroyable source d’inspiration,  j’ai tellement appris à vivre en le regardant ! Et ça me donne envie de vous partager quelques-uns de ces apprentissages, le premier de tous étant qu’on a le droit à des peines.

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Parce que j’en ai, de la peine. Vous imaginez bien qu’un PP comme celui-là, c’était le cheval d’une vie… Alors bien sûr, j’ai une tristesse immense, l’âme en berne et un grand vide au creux de l’estomac.

 

Hiérarchie du chagrin?

Seulement voilà: il se trouve que pour beaucoup d’entre nous, la tristesse n’est pas une émotion facile. En apprenant la mort de mon PP, un de mes amis m’évoque sa crainte, lorsque son chat auquel il est tant attaché s’éteindra, de certaines réactions « parce qu’on a pas vraiment le droit à ces peines-là ». Il n’a pas tort. La tristesse est une émotion difficile à vivre, difficile à s’autoriser, difficile à partager, qui se heurte souvent à nous-mêmes et aux autres. Nous voilà ployant sous le coup à la fois de l’émotion et des injonctions: elle est une marque de faiblesse dont il faut sortir vite, agir pour rebondir, ne pas se laisser aller, se changer les idées, rester optimistes, ne pas s’écouter etc.

Comme dit une Florence merveilleuse qui se reconnaîtra “la tristesse est honteuse quand on a pas un cancer en phase terminale doublé d’un perte d’emploi à l’issue d’un divorce douloureux”. Comme si l’attachement s’expliquait, se jugeait et se mesurait en fonction de la nature de son objet. Il arrive ainsi que nos tristesses nous attirent l’incompréhension, l’indifférence et les jugements, comme s’il y avait une échelle des tristesses autorisées, une hiérarchie du chagrin.

Je me souviens il y a environ 2 ans, d’avoir parlé de mon PP à des collègues et que l’une m’avait demandé, effarée, pourquoi je perdais mon temps à m’occuper de lui et pourquoi je ne l’envoyais pas à l’abattoir… Il y a toujours des quidams au cœur sec et je suis prête à parier un pur sang de course contre une poêle à frire qu’on vous l’a fait aussi, le coup de l’échelle du malheur qui vous renvoie que la perte de votre animal de compagnie, c’est triste, c’est embêtant, mais que ce n’est quand même pas la faim dans le monde ou la guerre en Syrie. Ou que vous vous l’êtes fait à vous-même.

Votre animal de compagnie et/ou plus généralement tout ce qui ne rentre pas dans le top 3 des détresses légitimes selon votre interlocuteur (ou de votre propre échelle de valeurs), qui varie selon sa propre expérience de vie et peut rejeter bien des aléas et épreuves personnelles ou professionnelles: un conjoint qui vous quitte ou vous trompe, un examen raté, une perte d’emploi, une maladie, un handicap (lorsque je me suis retrouvée avec un handicap, il m’a été dit que je devrais me réjouir qu’on ne m’ait pas coupé la jambe et que je n’avais qu’à me focaliser sur ce que je pourrais faire^^)

Il se trouve que dans l’ensemble, je suis entourée de gens chouettes, j’ai reçu une flopée de mots gentils et d’attentions délicates qui m’ont beaucoup émue, qui parlent de leur gentillesse, de leur sensibilité, de leur capacité à accueillir sans juger. Du coup, les deux ou trois indifférences et indélicatesses m’ont paru anecdotiques.

Alors rappelez-vous qu’il y aura toujours des gens dont l’empathie n’a pas dépassé le stade embryonnaire,  plus prompts à balayer vos émotions encombrantes qu’à vous prêter une oreille accueillante. Il y aura toujours des gens pressés qui vous feront des comparaisons douteuses, vous expliqueront ce qu’il faut vous dire, ce que vous devez en faire ou en penser. Il y aura toujours la possibilité d’une petite voix intérieure qui vous interdit le chagrin. Bref, il y aura toujours quelqu’un pour vous expliquer que la mort de votre petit cheval, ce n’est pas la mort du petit cheval.

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Le droit à nos émotions

Bien entendu, ils n’ont pas tort sur le fond et il est quasiment absolument certain qu’il y a toujours pire. Mais à ce moment-là, avons-nous besoin de ces rappels-là? Nous avons l’âme en hiver et nos petits chevaux personnels ou professionnels méritent bien de se donner le temps d’un deuil. Nous avons simplement besoin d’un espace de douceur et de tendresse pour le traverser. Alors il peut nous arriver d’avoir une envie irrépressible d’utiliser la poêle à frire mentionnée plus haut pour leur refaire le portrait, à ces pisse-froids et ces sans-cœur… mais gardons à l’esprit que derrière le jugement et le conseil faussement bienveillant se cache la peur de leurs propres émotions et le mal-être devant la détresse. Alors ne leur en tenons pas rigueur, n’ajoutons pas la rancœur à la tristesse, ce ne serait double peine que pour nous. Évitons-les, faisons du tri dans nos relations si nécessaire, mais ne nous encombrons pas de la rééducation de nos contemporains les moins compréhensifs: nous avons déjà un hiver à traverser et c’est bien suffisant.

Nous avons le droit à nos peines: ne laisser personne vous dicter ce qui peut vous rendre triste ou heureux

 

Ne laissez donc personne vous dicter ce que vous devez ressentir ou non, les réactions autorisées, les sentiments convenables et les émotions ridicules. Parfois le jour se lève sur un monde sans joie et personne ne peut vous dire ce qui peut ou doit vous rendre triste ou heureux(se). Il y aura d’autres lendemains mais pour l’instant, vous avez besoin de baume et de réconfort.

Et vous, quels sont les petits chevaux de vos vies personnelles et professionnelles qui, si/quand vous les perdez, méritent bien la tristesse que vous ressentirez?

 

 

Traverser la perte des petits chevaux de nos vies

Oui, il peut y a voir de l’indignité à pleurer misère auprès des plus miséreux que nous. Oui, certains se noient dans un verre d’eau. Oui, certains cherchent à attirer l’attention par leur calimériades. Oui, les saules pleureurs sont surtout des enquiquineurs. Mais gardons toujours à l’esprit que tristesse ne signifie pas nécessairement détresse dégoulinante et auto-centrée, que nous avons le droit à nos peines, qu’il n’y a pas d’échelle de la tristesse et que la vôtre, quelle que soit son origine, vous appartient. Vous avez le droit de la vivre et de l’exprimer, le droit d’avoir besoin de réconfort, de tendresse et de chaleur pour la traverser, donc d’aller les chercher.

Quelques ressources pour traverser en douceur la tristesse de la perte, quand les petits chevaux de vos vies raccrochent les gants,

– Accueillir l’émotion
– Choisir à qui parler
– Vitamines mentales: besoin de réconfort?
– Garder le moral dans la tourmente
– Rôle des émotions: tristesse et manque affectif

Si d’aventure votre peine s’installe un peu trop durablement, de façon un peu trop envahissante et devient invalidante, alors il sera toujours temps d’aller en parler avec un psy:)

 

Si vous avez dans votre entourage quelqu’un qui traverse une période difficile, quelle qu’en soit sa nature, évitez les jugements hâtifs sur sa situation et ses émotions, évitez les bons conseils un peu rapidement dispensés, ne cherchez pas à trouver absolument des mots réconfortants, la phrase qui va bien. Accueillez, écoutez, offrez un espace de chaleur et de gentillesse, même silencieux. Quelques ressources:

L’écoute simplement attentive
Offrir de la tendresse
Compétences relationnelles: faire preuve d’empathie
Comprendre les motivations derrière les comportements surprenants

Dans tous les cas, l’empathie et la chaleur humaine face à la tristesse renforcent les liens, préservent l’estime de soi et favorisent le bien-être, à défaut de la joie pendant ce temps-là:)

 

Merci à Heike, Philippe et Pauline, merci à Dominique, Christian, Alexis, Sophie, Philippe, Nathalie, France, Julien et à tous ceux qui s’en sont occupé, et merci tout particulièrement à sa Tatie Françoise, à Laurent et Sébastien:)

 

 

Aller plus loin

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6 Comments

  • Laure dit :

    Je suis de tout cœur avec toi Sylvaine. Que c’est difficile de perdre un animal avec qui ont à évolué pendant 31 ans… Je n’imagine même pas n’ayant eu que des chiens et chats.
    Ce genre de remarques déplacées viennent je pense de personnes qui ont peu de contact avec les animaux et qui n’imaginent vraiment pas ce que c’est.
    Alors toutes mes bonnes énergies et pensées pour cette période difficile, je suis sûre qu’il a été très heureux avec toi à ces côtés.

    • Bonjour Laure, Comme dit dans le billet, je suis bien entourée, j’en au eu très peu, merci de ta sollicitude!
      Dans mon propos, il s’agit avant tout de rapport à la tristesse, de remarques déplacées sur la tristesse, quelle que soit son origine, ces remarques que nous pouvons tous entendre indépendamment de ce qu nous rend triste:)

  • Nathalie dit :

    Une pensée pour vous, Sylvaine, il avait l’air chouette, ce joli petit cheval. Les animaux aussi laissent un vide lorsqu’ils nous quittent, surtout après tant d’années. Comme le dit Laure, il a du avoir une belle vie avec vous ☺

  • brune emmanuelle dit :

    bonjour,
    nuit de tristesse,triste parce réaliste, j’ai acté la fin de ma vie de couple en faisant chambre à part, triste d’entamer le deuil de notre amour, parce comme tu le dis si bien émotion qui s’exprime pas les larmes et que plus il y a eu d’amour plus la perte, sentiment de manque est important et son expression “dégoulinante” incontrolable et donc démonstratrice style dévastratrice.
    Il faut avoir partager l’amour de la perte (être vivant doué d’intelligence émotionnelle=> l’homme étant un animal politique) pour en partager le deuil.
    voilà pourquoi humeur crocheteuse de ouate façon quand “on est dans le gaz on évite les gens qui pètent le feu”, solitaire je me ressource auprès de vous pour faire mon deuil et alimenter mon chagrin et exprimer mon gros chagrin soltaire car la seule personne qui pourrait partager me prendre dans ses bras est justement celle dont je me sépare, merci de votre bienveillance je me sens mieux, dégoulinante, morveuse mais je laisse mon corps parler de ma tristesse pleurer me détent, apaise ma douleur.

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