Recevoir une critique avec grâce et dignité (2): l’édredon

L'edredon pour amortir la critique et l'accueillir sans réaction émotionnel et sans se laisser emmener dans des jeux de pouvoir

 

 

La critique se plaît bien entendu, la plupart du temps, à s’imaginer  constructive… Mais lorsqu’elle devient le sport préféré de “ceux qui nous veulent du bien”, la manipulation ou la toxicité ne sont pas loin. Voici un petit outil ultra simple pour s’affirmer sans se laisser manipuler, quand les reproches deviennent des jeux de pouvoir.

L'edredon pour amortir la critique et l'accueillir sans réaction émotionnel et sans se laisser emmener dans des jeux de pouvoir

 

 

Critiques récurrentes et/ou violentes et prise de pouvoir

Bien que le reproche soit, par nature, moins légitime et moins efficace qu’une demande claire, il reste le moyen le plus utilisé pour dire à autrui ce qui ne nous plaît pas. Souvent, la critique est pleine de bonnes intentions et nous pouvons assez facilement la recevoir avec grâce et dignité, même si elle nous froisse un poil. Cependant, dès lors qu’elle se teinte de flou, de jugement péremptoire, d’imposition d’un point de vue ou d’agressivité verbale, elle devient abusive et s’inscrit directement dans les rôles relationnels, Victime, Sauveur ou Persécuteur.

– “Tu ne sais vraiment pas t’y prendre avec le boss, tu devrais faire preuve de plus de discernement.”
– “Tu as vu ton dernier rapport? Il est tellement court et superficiel qu’un gosse de 5 ans aurait pu l’écrire.”
– “Non mais tu te rends compte comme tu n’es pas fiable, tu es en retard sur le projet Bichtouille”
– “Tu es vraiment nul en calcul ou quoi, tu as fait deux erreurs dans le décompte.”

Ce type de formulation brutale est malheureusement monnaie courante dans le monde professionnel. Leur récurrence excessive sous-entend une véritable prise de pouvoir qui peut prendre une tournure de harcèlement, si nous ne nous affirmons pas face à elle.

La plupart du temps, nous répondons à ce jeu de pouvoir en rentrant tête baissée dans le triangle de Karpman dans lequel notre interlocuteur cherche à nous attirer: nous cherchons à démontrer qu’il a tort, à nous dédouaner, à nous justifier, ou bien nous nous murons dans le mutisme. Nous pouvons réagir par des (im)postures offensées, hautaines, humiliées ou craintives, bien éloignées de l’affirmation de soi et qui nourrissent l’égo de l’interlocuteur: il a pris le pouvoir, puisqu’il a réussi à déclencher une réaction émotionnelle visible. Réaction dont il se délecte et dont il aura envie de se repaître à nouveau. Voir:

La peur et ll'égo, vers dans le fruit de nos relations

Ces réponses sont à la fois inefficaces et fortement consommatrices d’une énergie qu’on gagnerait à utiliser pour des objectifs plus réjouissants. Pour contrer sereinement les reproches trop violents, agressifs ou manipulateurs et éviter de jouer au chat et à la souris, armons-nous d’un édredon, qui calmera beaucoup d’ardeurs manipulatrices.

 

Contrer le jeu de pouvoir en douceur: l’édredon

Développée par Manuel J. Smith, psychologue et chercheur en psychologie clinique, la technique de l’édredon fait partie d’un ensemble de méthodes pour renforcer un comportement assertif et favoriser une affirmation de soi sereine, ferme et respectueuse de l’interlocuteur. Cette technique ultra simple permet de faire face à la critique abusive en l’accueillant moelleusement dans les plumes plutôt que de leur voler dedans. Il va s’agir de ne pas chercher à avoir raison ou à montrer raison et, à la place, d’accueillir réception de l’information transmise de façon neutre, sans tomber dans l’émotion, tout en restant ferme sur nos propres positions. Bref: de ne pas rentrer dans les jeux de pouvoir tout en restant droit dans ses bottes.

accueillir la critique avec détachement et sans jeu de pouvoir

Les critiques abusives ou agressives associent souvent des faits à des jugements, des ressentis, des interprétations, des généralisations, parfois assorties de prétéritions qui les rendent désagréables, car potentiellement injustes ou injustifiées, et elles nous font réagir au quart de tour. Il est donc nécessaire, en amont, d’apprendre à écouter soigneusement nos interlocuteurs pour distinguer les faits, indéniables, de leurs opinions, qui leur appartiennent et n’engagent qu’eux, même s’ils tentent de les utiliser pour faire pression sur nous.

  1. Accueillir la critique par un court silence qui permet de reconnaître l’agression et de diminuer la réaction émotionnelle, tout en envoyant à l’interlocuteur un signe de non réaction qui lui montre l’absence d’impact de sa tentative de manipulation.
  2. Reformuler les faits en ajoutant une expression qui les valide: “en effet”, “effectivement”, “c’est vrai”, “c’est exact”.
  3. Reformuler les opinions en ajoutant une expression qui renvoie leur subjectivité, leur non universalité: “c’est possible”, “peut-être”, “c’est votre point de vue”.
  4. Reformuler les ressentis en les accueillant (les émotions ne sont pas discutables) “je te comprends”, “je t”entends”.

C’est le mélange de calme apparent, d’accueil des faits, d’absence de réaction face à ce qui constitue réellement l’attaque (les interprétations et jugements) qui amortissent le choc d’une part et désarme l’interlocuteur d’autre part. S’il ne trouve pas ce qu’il cherche – la confrontation – il y a fort à parier qu’il va rapidement cesser un petit jeu qui ne le mène nulle part.

Dans son livre L’affirmation de soi, mieux gérer ses relations avec les autres, Dominique Chavlin (ESF Editeur) donne un exemple suffisamment parlant, reprenons-le tel quel:

Votre bureau est bordélique, mon vieux! 

Voilà une critique parfaitement hors de propos: un bureau bordélique concerne uniquement celui qui y travaille. L’exemple n’est peut-être pas très fréquent, mais il y a toujours un quidam pour venir vous expliquer en substance que si vous ne faites pas comme sa maman a dit qu’il fallait faire, alors vous êtes indigne d’évoluer dans sa vicinité. En d’autres termes, des collègues qui veulent nous imposer leurs valeurs et leurs convictions.

– Effectivement, il y a beaucoup de papiers sur mon bureau.
– Vous ne le trouvez pas bordélique?
– Question d’opinion.
– Vous ne pourriez pas le ranger de temps en temps?
– Oui, je pourrais si je le voulais.– Alors qu’est-ce que vous attendez?
– Je ne le crois pas nécessaire pour l’instant.

Autre exemple:

 – Tartempion, ton intervention à la réunion de ce matin a été beaucoup trop longue, ça a soûlé tout le monde. Tu dois être plus synthétique. Moi je dis ça, c’est pour ton bien!

Potentiellement, ce reproche-là est peut-être valable, cependant il est formulé d’une manière agressive déguisée en critique constructive qui le rend non seulement inapproprié, mais aussi parfaitement irrecevable. Son positionnement Persécuteur/Sauveur peut générer une bonne dose d’agacement à laquelle il vaut mieux ne pas céder et répondre sans sourciller:

C’est vrai, j’ai pris la parole longuement ce matin. Je comprends que tu aies pu trouver cela pénible.

Point à la ligne, fin de la conversation. A vous ensuite de réfléchir à la validité de la critique et à la nécessité de travailler votre esprit de synthèse… ou pas;)

 

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Aller plus loin

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