Reconversion: deux compétences et une définition pour entreprendre avec fluidité

Reconversion: Deux compétences et une définition, trepied d'une entreprise qui se construit avec fluidité

Parmi les petits secrets de la réussite d’une création d’entreprise, il y a ceux, souvent très opérationnels, qui ont été largement dévoilés. Et puis il y en a de plus discrets, dont on ne parle presque jamais: trop personnels, trop immatériels. trop intellectualisés, sans doute. En voici 3 qui sont le trépied d’une entreprise qui se construit avec décontraction et fluidité.

Reconversion: Deux compétences et une définition, trepied d'une entreprise qui se construit avec fluidité

A lire ou à écouter:

 

Entreprendre: une vie professionnelle complexe

Entreprendre, c’est fun, c’est un challenge stimulant et passionnant et, à en croire les discours enflammés de l’ordre de si-à-30-ans-t’as-pas-entrepris-t’es-un-loser,  c’est devenu la Rolex professionnelle de la décennie. On pensera ce qu’on voudra de ces nouvelles injonctions qui fleurissent pile poil au pieds des entreprises qu’au fond, ça arrange bien, cette glorification du freelance qui permet d’externaliser pour pas cher tout un tas de compétences.

J’ai d’ailleurs beau jeu de soulever un sourcil perplexe, étant moi-même indépendante et heureuse de l’être. Cependant, l’expérience de l’accompagnement d’aspirants entrepreneur(e)s montre qu’au delà de l’engouement dont on peine aujourd’hui à distinguer s’il est la cause ou a conséquence de l’envahissant discours tous-entrepreneurs, le quotidien d’un chef d’entreprise, qu’il soit startupper en voie de licornisation ou freelance de base est un sacré mélange de hauts et de bas, de réalisations enthousiasmantes et de challenges éprouvants.

 

Deux compétences et une définition pour entreprendre avec fluidité et décontraction

Au final, huile de coude et sirop de méninges, l’entrepreneur(e) est sur beaucoup de fronts, il/elle a une vie professionnelle complexe qui nécessitent des ressources mentales et relationnelles sur lesquelles s’appuyer pour s’assurer de manœuvrer avec un minimum de calme et de fluidité. En voici 3 dont on parle bien trop peu et qui sont le trépied d’une entreprise qui se construit avec décontraction et fluidité.

 

 

1- L’élégance relationnelle

Je me souviens d’un client, il y a quelques années, un consultant à la tête d’une société de formation qui paraissait très sûr de lui mais se faisait malmener par son épouse et associée. Elle avait des idées, elle réfléchissait a priori vite et s’enflammait rapidement pour des projets, et lui reprochait d’avoir toujours un train de retard. Du coup, il se laissait imposer des décisions qu’il ne voulait pas prendre et des tâches qu’il ne voulait pas faire.  Et inversement, il prenait l’ascendant sur des clients qui finissaient par se méfier de lui et des salariés qui finissaient par lui en vouloir. Un divorce et une fermeture d’entreprise plus tard, il ne restait pas grand chose de ses rêves d’entrepreneur heureux.

Ver principal dans le fruit d’été gorgé de sucre et de miel tel qu’on aimerait rêver le projet d’entreprise, les rôles relationnels peuvent le pourrir plus efficacement qu’une exposition prolongée au soleil une fois tombé de l’arbre. La valse Sauveur, Victime, Persécuteur qui a déjà bien entamé notre confiance en l’être humain dans les boîtes pas toujours bienveillantes où nous avons trimé va trouver 1000 opportunités de se rejouer sous la fière casquette de l’entrepreneur. Et c’est la grande illusion de beaucoup d’aspirants créateurs d’entreprise que de se croire débarrassé(e)s des cons de service et des abrutis de tout poil.

La peur et ll'égo, vers dans le fruit de nos relations

Car il y a bien d’autres interlocuteurs professionnels avec qui interagir et parfois à qui rendre des comptes : banquiers, clients, partenaires, clients potentiels etc. Et le pourcentage de chances que certains se révèlent être de parfaits enquiquineurs avec qui on ne se comprend pas est directement proportionnel à l’ampleur de nos propres rôle relationnels.

Les saules pleureurs Victimes de tous leurs malheurs trouvent-ils beaucoup de crédibilité vis-à-vis d’un banquier? Les arrogants, les autocrates, les je-sais-tout ont-ils grâce aux yeux des clients?  Il suffit de jouer une nuance très fine, une note très légère de ces rôles-là pour reproduire les mêmes schémas que ceux que nous avons déjà vécu dans nos vies professionnelles passées et de se plomber le plaisir au travail, l’estime de soi et les chances de réussite de l’entreprise.

Une posture relationnelle affirmée, convaincante et élégante est essentielle pour vivre et faire vivre son entreprise avec plaisir dans la durée. Cette posture qui s’articule autour de l’estime de soi et des compétences relationnelles s’évalue (ce qui fonctionne bien, ce qui fonctionne moins bien) et s’ajuste selon la personnalité de l’entrepreneur(e) et certainement pas en fonction d’un profil normé qui serait la définition du parfait-petit-chef-d’entreprise. Il existe une façon efficace d’être en relation par personne, il s’agit donc essentiellement de déterminer la vôtre, par exemple en s’appuyant ces ressources:

sortir des rôles relationnels pour assainir les relations

 

 

2- La gestion des émotions

L’autre jour, ma cliente M. dont le site lui apporte un joli début de clientèle, s’agace d’un concurrent digne d’un bocal à con qui n’a pas hésité une seconde à plagier un de ses billets. Elle peste, elle râle mais a priori elle n’avait pas imaginé agir, quitte à s’embourber dans un sentiment d’impuissance. Ma copine L. quant à elle, se force à croire qu’elle doit trouver un troisième produit à proposer, parce que son mentor le lui a dit, mais elle n’y arrive pas et ça l’empêche de dormir. Et puis il y a R. qui est très déçu et inquiet parce qu’il a perdu un client et que c’est le second en 6 mois.  Les déconvenues, mauvaises surprises, sources d’inquiétudes, d’agacement ou de fatigue morale, les hauts et bas sont autant le lot de l’entrepreneur que les joies et satisfactions, nous l’avons dit plus haut.

D’autre part, le stress de l’entrepreneur n’est pas le même que celui du salarié et souvent, s’il aime ce qu’il fait, il se sentira moins pressurisé. Il n’en reste pas moins que son sentiment de responsabilité peut être vaste, en particulier s’il a des employés et que la pression de générer un chiffre d’affaire suffisant et suffisamment régulier peut être omniprésente, voire encombrante.

Pour ces deux raisons, bien connaître le rôle des émotions, agréables et désagréables, bien connaître ses propres mécanismes émotionnels et savoir quoi en faire permet non pas de les faire disparaître, mais de pouvoir les utiliser pour naviguer dans les océans de choix et d’opportunités, de contraintes et d’organisations possibles, d’orientations à donner, d’hybridations à expérimenter. Chaque émotion a un message spécifique qui, s’il est pris en compte, va aider à agir là où c’est pertinent, à traverser les hauts et les bas probablement pas en toute sérénité, mais avec l’assurance de celui/celle qui comprend ce qui lui arrive.

Inversement, la méconnaissance des émotions laisse l’entrepreneur(e) soumis à un stress qu’il va finir par trouver normal et qui va, petit à petit, grignoter le plaisir qu’il/elle avait à être aux commandes de sa propre boîte. Frustration, découragement, inquiétude, contrariété, crainte, souci, mécontentement, amertume, cafard, dégoût, préoccupation seront vite rangés sous l’étiquette stress, raisonnés à coups d’idées reçues (non, l’inquiétude n’est pas le lot de tous les entrepreneurs). Ils vont, petit à petit, rogner l’estime de soi, ronger la motivation et l’efficacité jusqu’à ce qu’il devienne (a priori) nécessaire de compenser en travaillant plus. Et là, ce sont les loisirs, le temps personnel et le temps créatif qui vont trinquer, au détriment de l’efficacité qu’on croyait aider. Ah le vilain cercle vicieux que voilà et qui est le lot de ceux qui pensent que les émotions n’ont rien à voir avec l’action et n’ont rien à faire dans une vie professionnelle;)

 

3- La relation à l’argent et à la réussite

Depuis quelques années, la relation à l’entreprise se métamorphose et de plus en plus de candidats à la reconversion se penchent sur la possibilité d’entreprendre non pas dans le but de devenir la nouvelle licorne-dont-tout-le-monde-parle mais parce qu’ils ont envie d’une vie professionnelle qui a du sens et donc qui leur permettra de proposer des produits/services auxquels ils croient.

Une entreprise n’est pas forcément une machine à faire de l’argent et tout le monde ne rêve pas de devenir Steve Jobs. La petite entreprise qui reste locale, à taille humaine, en misant sur la relation et l’implantation dans une communauté est en train de refaire surface et je suis prête à vous parier un contrôle de gestion contre un pont de mai qu’elle va se multiplier dans les prochaines années, de façon directement proportionnelle à la robotisation et de la déshumanisation qu’elle risque d’entraîner. Ainsi mon client P. qui réfléchit à l’ouverture d’une épicerie indépendante bio et locavore a bien en tête une fourchette de revenus qu’il a établi autour d’un revenu qu’il considère comme suffisant et agréable et n’a pas l’intention de chercher à gagner plus. Pour que la question de la rémunération ne devienne pas une souricière, mieux vaut y réfléchir.

Dossier sur les pièges opérationnels et relationnels de la création d'entreprise

Ainsi certain(e)s entrepreneur(e)s se fixent un chiffre d’affaire qui correspond à un mode de vie qui leur convient et au-delà duquel les exigences de leur entreprise empiètent leur qualité de vie (c’est mon cas depuis 2009, c’est le cas de certains de mes clients). De plus en plus de professions libérales limitent leur temps de travail pour gagner en temps de vie personnelle. Les lignes de la définition de la réussite professionnelle sont en train de bouger, de s’éloigner du désir de statut et de revenus et les jeunes générations vont les bousculer encore plus, au bénéfice de l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle.

D’autres ont un désir de développement et de croissance fortement ancré et vont entreprendre en mode startup, vont créer des concepts et les franchiser, vont chercher à se développer et à embaucher. Il y a mille et une façons d’entreprendre, mille et un objectifs possibles en tant qu’entrepreneur(e) et aucun ne se juge ou ne s’évalue, seule compte l’idée que le porteur du projet s’en fait.

Revisiter vos propres relations à l’argent et à la réussite, et vous réconcilier à ce que vous voulez et à l’idée que vous vous en faites vous permettra de définir vos objectifs d’entrepreneur(e) en fonction de vos valeurs, de vos priorités, aspirations et désirs, indépendamment de tous les préjugés. Et ensuite d’œuvrer dans ce sens, car ces objectifs vont être déterminants pour la direction à donner à votre entreprise  et les choix et décisions qu’elle va impliquer, en termes de statut, d’investissements, de produits/prestations, de marketing et communication etc.

 

Bonne route, chers entrepreneur(e)s;)

 

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Aller plus loin

Vous voulez explorer un désir de reconversion qui se traduit par une envie d’entreprendre? Ithaque est à votre service. Pour tous renseignements, contactez Sylvaine Pascual.

 

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