Guide de survie aux abrutis: la pie jacasse

Survivre à une pie jacasse au boulot

 

Au hit parade des abrutis de boulot les plus redoutés, le bavard impénitent arrive en bonne place. De tenants en aboutissants, de banalités en détails superfétatoires, en passant par les interminables justifications et explications, il nous englue dans des logorrhées longues comme un dimanche de novembre et nous donne envie de lui arracher la langue pour lui en faire une cravatte ou de lui coudre la bouche avec du fil à pêche. Mais voilà: par crainte de blesser nous ne disons rien et nous voilà envahis par sa verbomanie.

Survivre à une pie jacasse au boult


Haro sur le boulet verbal

Que les bavardages soient professionnels ou personnel n’y change pas grand-chose, le bavard impénitent est envahissant, mais comme il n’est pas foncièrement méchant, nous ne savons pas trop comment nous y prendre pour le renvoyer dans ses plates-bandes. Et elle nous agace d’autant plus, cette pie jacasse, que c’est une sédentaire, elle ne nous laisse aucun répit entre deux migrations, et pour peu que nous lui ayons prêté une oreille attentive un peu plus souvent qu’à son tour, nous pouvons devenir une proie de choix, un déversoir de prédilection…

Du coup, nous l’évitons, nous lui en voulons d’être un boulet bavard. Nous avons parfois le sentiment qu’il est sans complexe, ce blablateur qui ne se gène pas pour s’approprier le temps et l’espace verbal de ses contemporains et qu’il nous gâche un peu le plaisir au travail. Pourtant les moulins à paroles cachent souvent des âmes craintives qu’il est intéressant de bien comprendre pour les recadrer avec bienveillance, plutôt que de sortir l’artillerie lourde pour dégommer leur verbiage… et eux avec.

 

Le bavardage comme moyen de protection

Noyer le poisson, parler pour ne rien dire, multiplier les détails sans intérêt, tout l’enrobage linguistique des bavards a une fonction protectrice. Ils peuvent être un moyen:

– D’éviter d’être confronté à ses propres pensées, en particulier celles liées à une situation plus ou moins consciente à laquelle nous ne savons pas faire face. Le bavardage détourne alors l’attention du bavard vers quelque chose de moins inquiétant.
– D’éviter d’être seul face à lui-même: en ne laissant aucune place au silence, il ne laisse pas la possibilité à son interlocuteur de mettre un terme à la conversation.
– De chercher à combler un vide ressenti.
– Se protéger de l’autre ou de la relation: en noyant le poisson, en détournant l’attention du vrai sujet au travers de ses bifurcations et enrobages verbaux, le bavard se dévoile, au fond, assez peu.
– Se protéger du silence : perçu comme un vide effrayant, le silence dans la relation est oblitéré par le monologue.
– Le bavardage est l’autre face d’une même pièce que l’excès de silence et de repli sur soi: le moulin à paroles est un symptôme d’une crainte relationnelle, il n’est pas le problème en soi.

La solitude du discoureur de fond

Bavardage et papotage, délayage et paraphrase, blablabla et patati et patata, les gargouillis des jacasseries du bavard sonnent l’hallali d’une vraie relation, car nous l’écoutons par obligation. C’est là son problème: le discoureur de fond obtient l’inverse de ce qu’il recherche: il reçoit rejet et évitement au lieu de la reconnaissance et l’écoute espérées. Et pour ne pas finir tout seul, il a des chances… de débiter de la causerie au kilomètre, histoire de retenir son interlocuteur.

 

Faire preuve de bienveillance

Qu’il s’écoute parler en se gargarisant de ses succès ou qu’il ait un besoin inextinguible de multiplier les détails, celui qui parle trop a le plus souvent un besoin de reconnaissance en forme de tonneau des Danaïdes: quoi qu’il fasse, celui-ci ne se remplit pas. Tant va la cruche à l’eau qu’à la fin, elle casse les pieds de tout le monde, certes, mais rappelons-nous que nous avons tous des petites et grandes failles de l’estime de soi qui s’expriment comme elles peuvent et qui, potentiellement, fatiguent un brin nos contemporains.

Alors plutôt que de tout faire pour éviter les invasions bavardes, ce qui en soit est une réaction anti-relationnelle et suscite chez lui un sentiment de rejet qui risque d’amplifier son besoin de reconnaissance, commençons par faire preuve d’empathie en comprenant ce mécanisme. Il ne s’agit pas de le laisser faire ou de lui prêter une oreille éternellement compatissante, il s’agit simplement de faire preuve de compréhension à son égard. Vous y dépenserez moins d’énergie et serez plus à même de mettre en oeuvre une solution adéquate.

D’autre part, il peut être très difficile pour un papoteur patenté de se montrer synthétique et d’aller droit au but, aussi même lorsque vous le recadrez, allez-y mollo et autorisez-lui un espace de réflexion. Et soyez toujours sincères dans vos interactions avec lui, dans ce que vous dites, faute de quoi vous tombez dans la manipulation, qui n’est pas exactement une solutions pro-sociale.

Voici donc quelques pistes pour s’y prendre avec lui tout en délicatesse, sans vous prendre pour un sauveur à vouloir régler son problème et sans vous laisser envahir, littéralement ou émotionnellement, par les logorrhées.

 

1- Ramener en douceur plutôt que de culpabiliser

Lors d’un tour de table où chacun est censé se présenter de façon synthétique, il y en a toujours un pour faire un ma-vie-mon-oeuvre sur-détaillé. Inutile de lui en faire le reproche, qui va pointer du doigt sa propre fragilité qu’il cherche tant à cacher. Inutile aussi de l’interrompre pour passer la parole à autrui. Ces techniques culpabilisantes n’apportent pas de solution et lui font violence. Préférez lui envoyer un signe de reconnaissance en le mettant en valeur:

  • “Je t’interromps, Tartempion, je vois que tu as une riche expérience. Peux-tu nous la résumer en trois mots-cles qui nous montrerons ce qui est le plus important à tes yeux?”

 

 2- Limiter le temps accordé

Parfois, entre tête dans le guidon et surcharge de travail, nous n’avez ni le temps, ni la stabilité émotionnelle pour gérer votre jacasseur avec sérénité. Indiquez que vous ne prendrez que 5/10/15 mn de son temps et ne lui en accordez pas une de plus. S’il n’a pas fini de vous faire son rapport détaillé deux minutes avant le temps imparti, prenez la discussion en main:

  • “Si je comprends bien (résumez avec deux ou trois mots-clés)”
  • Vous pouvez ensuite l’amener droit au but en lui posant des questions ultra précises (voir point suivant).

Réaccorder nos temporalités pour bien vivre et travailler ensemble

 

3- L’amener droit au but en posant des questions

Votre pie jacasse passe la tête dans votre bureau “t’as deux minutes?” Et hop, la voilà qui vous déballe un sac de nœuds dans les moindres détails. Vous sentez bien qu’elle a quelque chose à vous demander, ou une opinion à formuler, mais qu’elle a décidé d’y aller par 44 chemins. Ramenez-là sur le vrai sujet:

  • “Si je comprends bien (Résumez la situation avec deux ou trois mots-clés). Quelle est ta demande, précisément?”

Parce qu’il a avant tout besoin de se convaincre lui-même, votre bavard se perd en explications et justifications: exprimez-lui votre confiance:

  • “Ton avis sur le sujet m’intéresse, car ton sens de l’analyse me suffit, inutile de te justifier, dis-moi ce que tu en penses concrètement.”

 

4- Canaliser en douceur en le ramenant sur la question

Votre pipelette, à force de circonvolutions verbales, a tellement dévié du sujet que vous avez l’impression d’être sur un interminable itinéraire bis. Canalisez-le en douceur en revenant sur la question de départ:

  • “Je vois que tu as beaucoup d’informations à transmettre sur cette question, alors justement, revenons-y: quelle solution proposes-tu donc, précisément?”

 

5- Recadrer

Le bavard est contagieux et le voilà qui accapare l’attention de son voisin pendant une réunion. Il est alors tout à fait légitime de recadrer gentiment et fermement, toujours de manière non violente:

  • “Dupont et Durand, je constate que vous parlez entre vous depuis 10mn. J’en suis agacé parce que j’ai besoin de toute votre attention sur ce point délicat. Je préfère que vous nous écoutiez.”

 

6- Faire une demande avec délicatesse

Votre moulin à paroles vous encombre de tellement de palabres que vous êtes sur le point d’imploser? Il est peut-être temps de lui faire une demande tout en douceur, plutôt que de lui exprimer un reproche culpabilisant. La critique constructive n’existe pas, en réalité elle cache des demandes concrètes que nous avons à faire. Choisissez un moment où vous vous sentez parfaitement calme et allez le voir (la tentation de l’entre-deux porte pour s’en débarrasser vite fait est une fausse bonne idée). Rappelez-vous qu’il n’a aucune intention négative envers vous, qu’il se parle surtout à lui-même dans ses bavardages. Utilisez la communication non-violente pour lui faire part de votre malaise et non pas de son défaut, et lui faire une demande précise. N’allez pas le traiter de bavard

  • “J’ai remarqué qu’il t’arrive de donner beaucoup d’explications quand tu me fais part de l’avancement de tes dossiers. Je suis gêné parce que je dispose de peu de temps et ai besoin d’informations synthétiques. Je préférerais que tu me l’exposes au travers des deux ou trois points les plus essentiels à tes yeux. Qu’en penses-tu?”
  • Votre bavard aura alors l’occasion d’exprimer son besoin de donner moultes explications, et vous de lui exprimer votre confiance en son jugement et votre besoin de connaître les résultats plutôt que le chemin qui l’a amené à ces résultats.

redéfinir et réhabiliter la gentillesse

 

7- Le ramener dans le champ professionnel

Votre bavard impénitent a tendance à s’étendre sur des sujets privés alors que vous préférez les conversations d’ordre professionnel ? Ramenez-le dans la sphère professionnelle, mais offrez-lui une marque de reconnaissance :

  • “Je comprends que les problèmes dentaires de ton petit dernier te tracassent et j’espère qu’ils vont s’arranger. J’ai besoin de te parler du rapport financier que penses-tu de…”

 

8- Lui accorder quelques minutes de temps à autres

Puisque nous sommes tous heureux de voir nos collègues se montrer bienveillants avec nous, et nous écouter quand nous en avons besoin, (r)envoyons l’ascenseur. Accordez quelques minutes de temps à autre à votre pie jacasse, histoire qu’elle puisse s’épancher l’égo ou le simple sac à palabres. Faites-le avec sincérité et en mode écoute active, pour vous préserver et cadrer son discours tout en lui offrant un espace d’expression.

 

La pie jacasse en chacun de nous

Potentiellement, nous sommes nombreux à avoir recours au bavardage, soit de façon chronique, soit sur des sujets précis qui nous posent problème. Commençons par faire preuve de bienveillance envers nous-mêmes, en considérant que c’est une occasion d’aller traiter une difficulté, pas une opportunité de s’auto-flageller. Si vous vous reconnaissez dans cette catégorie, deux ressources: ce bel article qui vous permettra de mieux comprendre ce qui se passe en vous:

Et un billet sur la communication non violente, qui peut aussi être pour le bavard un bon moyen de cadrer son propre discours en revenant à ses vrais ressentis et ses vrais besoins:

la communication non violente pour recadrer un comportement pénible

Et si votre bavardage est tellement ancré que vous peinez à vous en sortir et y voyez beaucoup trop d’inconvénients relationnels, une thérapie avec un psy peut sans doute vous aider.

 

Voir aussi

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Compétences relationnelles : l’affirmation de soi
4 trucs infaillibles pour se pourrir les relations
S’essayer à la biendisance
Comprendre les motivations derrière les comportements absurdes
Relations, bien-être: le bruit et la fureur (2)
La lecture émotionnelle au service des relations

 

Aller plus loin

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