Plaisir au travail: peut-on modifier la perception des tâches ingrates?

Plaisir au travail: que faire des tâches qu'on déteste au travail

Le plaisir au travail se trouve, se cultive, se construit, se façonne, mais il ne peut pas être universel ou obligatoire ! Et lorsqu’une tâche nous déplaît fondamentalement, s’acharner à chercher des astuces de motivation parait vain et vouloir convaincre les salariés qu’il y en a toujours un moyen d’y remédier ou de compenser est parfois insensé. La solution est plus drastique, plus réjouissante et plus osée 😉

Plaisir au travail: que faire des tâches qu'on déteste au travail

 

En lecture ou en podcast

 

Quand changer la perception d’une tâche est une solution culpabilisante

Comment parvenir à se mettre aux tâches qui nous rebutent le plus dans notre travail ? Comment nous y prendre, quelles sont les astuces pour cesser de les remettre à plus tard et quand nous n’avons pas d’autre choix que celui de nous y mettre, cesser de rechigner ?

La question m’a été posée par une journaliste et c’est légitime car si formidable que soit notre vie professionnelle, il n’est pas certain qu’elle soit totalement dénuée de tâches que nous trouvons un poil pénibles et qui sont difficiles à déléguer! Il est même assez probable que quelques reliquats d’activités sans grande valeur ajoutée ou sans grand intérêt puissent venir alourdir notre quotidien de déplaisirs pas toujours mineurs. Je saisis donc l’occasion pour revenir sur les solutions pour faire face aux tâches ingrates au travail.

Il est probable que beaucoup espèrent une une réponse de l’ordre du truc simple, par exemple pour changer la perception qu’on en a, solution en vogue. Certains pour pouvoir la mettre en place facilement dans l’espoir de transformer son quotidien facilement, d’autres parce qu’elle s’abstient poliment de remettre en question l’ordre managérial établi. C’est d’ailleurs possible, dans certains cas et dans une certaine mesure (voir ci après)

Le hic, c’est que les techniques de changement de perception sont parfois dévoyés en machine à auto-recadrage culpabilisante : c’est quand même pas compliqué, t’as qu’à voir les choses autrement, coco. Ainsi l’intérêt croissant pour les émotions et la promesse de leur “maîtrise” a donné lieu à des discours surprenants selon lesquels il y aurait des sentiments adéquats vs des émotions inappropriées. Mal compris, le fait que l’émotion soit une question de perception personnelle génère des propositions simplistes, du domaine super pénible de l’injonction normative. Qui vous font passer pour des mous du bulbe:

 – Les émotions sont le fruit de nos croyances, donc, il n’y a qu’à changer de croyances! Ce qui est vrai dans le cas de croyances générales devient inepte dans des cas spécifiques: Tu te sens stressé, t’as qu’à revoir ton échelle interne d’évaluation de la charge de travail!
 – Et sinon, y’a qu’a faire du sport! Ou de la méditation ! 40 minutes par jour (en dehors des heures de boulot, s’entend) et hop ! le sourire béat collé à la frimousse, tu trimeras sans ouvrir la bouche !*

Il n’y a pas et il n’y aura jamais de bonne et de mauvaise perception, de bonnes ou de mauvaises réactions émotionnelles, face à une tâche donnée, il n’y a que celles que nous avons, parfaitement singulières et à la fois conséquences et miroir de notre personnalité.

Chronique du plaisir au travail: halte à la morosité!

 

Face à la souffrance, chercher mieux que des astuces

La journaliste me cite trois  cas :

 – Une assistante d’une toute petite mairie qui a des dossiers de subvention compliqués à remplir, dossiers qui exigent beaucoup d’attention pour éviter des erreurs aux conséquences potentiellement problématiques. Et qui du coup procrastine.
 – Une agent de la SNCF dont l’une des tâches consiste à expliquer aux voyageurs les raisons des retards des trains et qui a du mal à descendre sur les quais de sa gare.
– Une enseignante qui n’est pas enthousiasmée par la correction de copies et procrastine à mesure qu’elles s’accumulent.

Au rayon des trucs et astuces pour procrastinateurs patentés, on peut certainement encourager l’enseignante qui aime son métier mais peine  corriger ses copies à tester une technique simple comme celle dite “des 5 minutes”:

En revanche, face à ce qu’on perçoit comme une souffrance chez elles, quels trucs pourrait-on proposer au deux premières ? Les conseils vides, vous les avez déjà entendus, tout autant que moi: peut-on vraiment leur dire qu’elles n’ont qu’à changer leur “monologue intérieur”, que leur procrastination n’est que de l’auto-sabotage ? Leur servir un verre à moitié plein, genre : pensez à la chance que vous avez d’avoir un job! Ou bien: pensez que grâce à votre salaire, vous allez pouvoir vous payer une semaine de vacances en août en Vendée, petites veinardes ?  Qu’il n’y a qu’à se récompenser, une fois la tâche accomplie ? Qu’il n’y a qu’à découper ça en petits objectifs simples et atteignables ? Qu’il suffit d’un objectif trop hyper enthousiasmant dans la journée pour oublier ce petit désagrément ? Qu’un after-work au bistrot « l’Arrivée » et hop ! On est repartis comme en 40 ? Qu’il n’y a quand même qu’à po-si-ti-ver !

Des exemples de solutions niaseuses à la question de la motivation, vous et moi pourrions tenir toute une semaine à nous raconter celles qu’on nous a servies par tombereaux. Seulement voilà: le plaisir au travail, ce n’est pas la motivation en trucs et astuces miraculeux.

Je n’ai aucune envie d’imaginer des astuces, je trouverais indigne de leur conseiller de voir les choses autrement et de lutter contre – que dis-je, de vaincre – ce sentiment d’avoir envie de s’y mettre comme de se faire prendre, parce que ce serait encourager les bons petits soldats qu’elles sont probablement à sortir encore et encore de leur tranchée, jusqu’à peut-être se prendre sur le coin de la figure l’obus d’un burnout clairement annoncé.

repérer les signes avant coureur de burnout

 

Démotivation, procrastination : les limites des solutions simples

Les émotions négatives, le stress, mais aussi la procrastination qui nous emmènent faire des choses plus intéressantes, plus stimulantes et plus agréables au lieu de nous y mettre sont bien entendu un système d’alarme, destiné à attirer notre attention sur le problème, histoire de nous envoyer, au fond, un seul message : débarrasse-moi la carafe de ces toiles d’araignées-là.

Je le répéterais encore et encore, peut-être même jusqu’à la mort : la procrastination n’est pas l’ennemie que vous croyez ! Elle veille à votre bien-être et lutter contre est potentiellement délétère et dangereux ! Du coup, je me mets un double bémol à moi-même sur les questions de changement de perception: les techniques sont à utiliser avec précautions et uniquement dans certains types de situation:

 

Mettre du fun dans les tâches pénibles

j’avais écrit il y a quelques années que peut-être que l’une des raisons pour lesquelles nous trouvons certaines tâches particulièrement barbantes, c’est que nous nous y prenons de façon soporifique. C’est vrai, dans une certaine mesure, mais pas pour toutes les tâches pénibles. Ça peut aider l’entrepreneur à mettre un nez plus guilleret dans sa compta (en tout cas moi, ça m’aide;), mais ça ne transformera pas le quotidien de l’agent SNCF en quête chevaleresque, ou l’angoisse de l’erreur de l’employée de mairie en garden party.

 

Changer la perception d’une tâche

Je vous avais livré, il y a quelques années aussi, une clé de l’ordre de la métaphore pour rendre plus intéressante une tâche pénible, clé qui tient à la façon de s’y prendre, en calquant la méthode appliquée à quelque chose qui nous fait vibrer. C’est une technique qui fonctionne en s’appuyant sur des processus issus de nos dons et de nos penchants naturels. Elle aussi a ses limites et si on peut sans doute recommander à l’enseignante de l’expérimenter et peut-être même à l’employée de mairie, dans une certaine mesure, elle ne sera qu’un pansement pour l’agent SNCF qui peut la tester pour respirer un peu le temps qu’une vraie solution soit trouvée à sa difficulté.

 

L’utilité, la pertinence et l’efficacité potentielle de techniques visant à modifier la perception d’une tâche reste donc à mesurer en fonction du contexte et de la nature de la démotivation, sans jugement, mais surtout sans bonnes intentions, de celles qui font pondre du truc et astuce sans prendre la mesure de la situation. Dans de nombreux cas, comme ceux cités ci-dessus, on imagine mal pouvoir procéder à un changement de perception et encore moins le conseiller.

 

Job crafting: agir sur le management et non sur la motivation

Dans nos deux exemples, je ne peux que leur conseiller de se mettre à un job crafting soigneux en commençant par écouter les sentiments pénibles qui les saisissent et d’agir sur le déclencheur plutôt que de chercher des solutions pansement qui les laisseraient bien seules face à leur problème.

J’ai surtout envie de dire à la première de s’adresser à son/sa maire pour qu’il/elle lui file un coup de main. Car de toute façon, c’est probablement à lui/elle de le faire. Et si elle travaillait dans une mairie plus grande, je lui conseillerais de s’adresser à son/sa maire pour donner la tâche à quelqu’un qui a du goût pour ce type de dossiers, bref, pour qu’il/elle procède à un poil de management par les appétences bien plus générateur de bien-être qu’un management à l’ancienne par les compétences, sans se préoccuper du bien-être de chacun. Rappelons-nous que l’inappétence rend la tâche inepte et le pauvre tâcheron inapte.

les appétences favorisent le plaisir de travailler

J’ai surtout envie de dire à la seconde qu’elle a clairement une activité professionnelle peu enviable et que si les réactions des usagers l’affectent, c’est compréhensible. D’ailleurs, si d’aventure une poignée d’agents se sort très bien de cette tâche, ça ne signifie nullement que tout le monde le peut et encore moins que tout le monde le doit.  Je ne peux que l’encourager à aller voir sa hiérarchie et en parler, peut-être pour obtenir moins de présence auprès des usagers, peut-être pour obtenir une formation spécifique pour mieux y faire face (je n’ai aucune idée de la façon dont la SNCF gère ce genre de situation, auquel les agents sont fréquemment confrontés, en particulier dans les zones plutôt bourgeoises où le mépris est très marqué, ni comment ils sont formés ou accompagnés pour y faire face). Je ne peux en tout cas certainement pas lui balancer une vilaine injonction de verre à moitié plein ou de fatalisme qui se veut « professionnel ». Et encore moins lui conseiller de faire du sport!

 

Une solution qui a du panache

La solution se trouve dans un job crafting de fond qui passe par la relation à la hiérarchie et demande donc du courage et des compétences relationnelles. Et inversement qui peut être une formidable occasion de développer et de renforcer une affirmation de soi sereine, une élégance relationnelle vecteur de confiance en soi et d’estime de soi. Celles-là même solidement mises à mal par les tâches qu’on subit 😉

La solution n’est donc pas simple, mais elle ne manque pas de panache, ce qui en soit est vachement plus intéressant, plus réjouissant et plus satisfaisant! Quand une tâche est bien trop coûteuse en énergie et en estime de soi, il s’agit de de s’en débarrasser purement et simplement. Ce qui va consister à dire, exprimer, demander, en vous positionnant fortement sur vos appétences. Et pour cela, rien de tel qu’une communication adaptée à ce qu’on a à dire et ce sur quoi on a besoin de se positionner:

Cette solution n’est pas simple parce qu’elle demande du courage, sous la forme d’une authenticité dont nous ne sommes pas forcément coutumiers, parce que nous sommes abreuvés de croyances fausses sur ce qu’on peut ou ne peut pas dire au travail, y compris les pelletés d’injonctions paradoxales (sachez dire non mais montrez-vous disponible). Il est rare qu’un manager vous veuille suffisamment de mal pour refuser mordicus d’entendre une souffrance. Et n’oubliez jamais que les émotions que vous taisez n’existent pas et qu’à la longue, elle peuvent finir par se traduire en symptômes physiques.

C’est donc bien parce que c’est une solution qui demande un peu d’audace qu’elle a du panache et qu’elle sera nourrissante quoi qu’il arrive:

– Vous n’obtenez rien: c’est peut-être l’indicateur qu’il est temps d’aller voir ailleurs, avec la satisfaction d’avoir fait tout ce qui était en votre pouvoir et donc que vous n’avez rien à regretter.
– Vous obtenez ce que vous voulez: votre stress diminue, vous ne devez qu’à vous d’avoir retrouvé un peu plus de plaisir au travail et c’est bon pour l’estime de soi:)

C’est de cette manière qu’un de mes clientes, commerciale, a obtenu moins de terrain et plus d’administratif et qu’un autre a obtenu… l’inverse!

Au final, travailler nos compétences relationnelles devient de plus en plus crucial dans un monde ou personne n’a le temps de lire entre les lignes, de deviner un mal-être non exprimé, et où ul devient primordial s’être en mesure de s’exprimer et de se faire entendre.

 

*Je suis assez désolée que la méditation – dont le bénéfices peuvent être formidables – soit devenue l’objet de discours purement utilitaristes. Elle devrait rester un choix personnel, par affinité avec la technique et non pas devenir une obligation de plus imposée à l’employé et qui dédouane l’entreprise d’une métamorphose managériale.

 

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Aller plus loin

Vous voulez expérimenter des pistes de job crafting parce qu’il est temps pour vous de retrouver du plaisir de travailler? Ithaque vous accompagne. Pour tous renseignements, contactez Sylvaine Pascual.

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