5 grammes de panache dans nos relations

Mettre 4 grammes d'élégance relationnelle pour renforcer les liens sociaux

Il y a des jours où on échangerait volontiers une boîte à gifles contre 10 minutes d’oursitude, tant les interactions avec les bipèdes qui nous entourent ne sont pas toujours aisées, amènes ou simplement courtoises. Rien de tel que 4 ou 5 grammes d’élégance relationnelle pour remettre un peu d’huile dans les rouages cambouiseux de nos relations;)

Mettre 4 grammes d'élégance relationnelle pour renforcer les liens sociaux

 

Quel est ce dictateur nord coréen qui me parle?

L’autre jour, je m’apprête à attacher mon vélo contre la barrière où je l’attache presque tous les matins, sur l’esplanade devant mon bistrot de co-working matinal. J’ai l’habitude de le mettre derrière un petit sapin,car c’est le seul endroit où les vélos ne finissent pas bloqués par les scooters. Je m’affaire quand la patronne du resto d’à côté déboule et me fond dessus.

« Nan mais quand mêêêême, c’est pas possible! Faut pas mettre les vélos lààààààà, ça gène mes clieeeeents !!! » glapit-elle d’un ton de dictateur nord-coréen.

Pour tout vous dire, le matin, je suis plutôt en mode oursitude perdue dans mes pensées et je n’aime pas l’interruption, surtout que l’interruption volontaire de process mental en mode Persécuteur patenté, ça chauffe les esgourdes. Et voilà qu’elle me prend au débotté, à l’aube, comme ça, la poucrelle. Ça me met direct d’une humeur de dogue allemand en alliance tripartite et me voilà prête à lui envoyer mes zéros alliés en escadrille. Je me retiens et opte pour une motion à l’ONU : je me drape dans ma dignité offensée  et je prends un ton très faussement calme – et vraiment supérieur – pour lui dire qu’on peut aussi dire bonjour et expliquer poliment le problème. Me voilà lui donnant une leçon de relations !

C’est évidemment d’une efficacité légèrement en dessous du niveau de l’amer… Elle ne le prend pas bien ! Et la voilà qui rugit, qui vocifère, qui tonitrue ! Elle monte dans le décibel! Quand elle atteint les ultrasons, je crains pour mes petits tympans fragiles, je me prends par la main et je quitte le théâtre bruyant de ce drame matinal sans lui répondre plus avant. Il y a plusieurs enseignements à tirer de cet épisode navrant, qui manque de la classe relationnelle la plus élémentaire et qui était très facilement évitable

 

Les trucs infaillibles pour foirer ses demandes

Rien de plus facile que de torpiller toutes ses chances d’obtenir ce qu’on souhaite et ce qu’on demande. Vous pensez bien que dans cette anecdote, je n’ai pas bougé mon vélo. En réalité, il empêchait potentiellement un client de s’asseoir et en le déplaçant de 30 centimètres, ça change tout.

Pour passer ses chances soigneusement au hachoir à viande, voici un florilège des 4P (plus pimpants plantages possibles) de la demande. Vous reconnaîtrez aisément le positionnement de Mme Kim Jong-un, restauratrice à côté de chez moi

accepter qu'on ne peut pas collaborer avec tout le monde

 

Avoir confiance en la bonté des autres

Ca méritait bien de m’aboyer de l’ordre impérieux en mode Full metal jacket. D’autant que, comme beaucoup de gens, je n’ai pas spécialement l’intention de poser problème aux autres, je suis toute prête à rendre service et on obtient beaucoup de moi en me parlant gentiment. Et bien entendu, Mme Restauratrice, lorsqu’elle glapit, m’ote illico toute envie de collaborer à son bien-être. Elle aurait certainement gagné à avoir confiance en la bonté des autres et leur désir de participer davantage à son bien-être qu’à son mal-être. Elle y aurait gagné en efficacité, elle aurait produit moins de bile et économisé à la Sécu le traitement de son ulcère qui doit forcément être un poil compliqué.

 

Pratiquer la communication non violente

Au lieu de m’emmener sur les territoires hasardeux de la colère et de l’agressivité il y a des alternatives. Car lorsque Mme Restauratrice balance du bourre-pif en pleine paix (et avant mon deuxième café), clairement, elle connaît pas Raoul – mon Raoul, votre Raoul, le Raoul qui sommeille en chacun de nous. Et à ce jeu-là, on ne sait jamais qui va balancer le caramel relationnel qui va faire le plus de dégâts. L’alternative, c’est bien sûr de m’expliquer factuellement et calmement le problème et me demander poliment d’avancer mo vélo de 30 centimètres, bref, la CNV. Et peut-être même avec un sourire: ça aurait eu de la gueule et je me serais probablement empressée en m’excusant de n’avoir pas fait attention.

Pour ma part, j’aurais pu aussi ne pas me laisser happer dans le jeu de pouvoir, faire preuve d’empathie – ici comprendre les mécanismes de sa colère – et  utiliser la CNV pour la questionner gentiment sur son besoin. Ca aurait eu de la gueule et ça aurait désarmé tous ses essais nucléaires d’un seul coup.

Mais évidemment, le panache relationnel demande un peu d’entraînement. On a beau avoir la noblesse d’âme chevillée au corps, on ne devient pas Lancelot du Lac en regardant Koh Lantha.

 

Chercher à changer le regard, pas à être parfait

Le but n’est pas de devenir un impassible zen bac+18 en communication non violente qui est capable d’accueillir toute situation relationnelle émotionnellement chargée avec recul et d’y apporter 100 du temps une réponse adaptée, élégante et décontractée. Le but est de nous observer et de nous questionner sur ce qui se passe bien ou mal dans nos relations, d’y reconnaître notre part de responsabilité et d’envisager d’autres possibilités de partager nos émotions, une difficulté, une demande etc.

Et d’accepter qu’il y aura toujours des abrutis (à nos yeux), des mal embouchés qui se sont levés du mauvais pied, qu’ils sont essentiellement des cons de circonstance, à savoir que leurs réactions sont le fruit d’une situation qui déclenchent des torrents d’émotions et qu’ils peinent à traiter. Peut-être que la patronne du resto est confrontée au problème tous les jours et qu’elle est à bout. Ca ne justifie pas sa façon de le demander, en revanche ça explique son agressivité.

D’accepter aussi que nous avons beau promouvoir quelque chose (une cause, une idée, un comportement, une valeur), il peut nous arriver, par réaction ou en toute inconscience, d’y déroger, de ne pas en être 100% exemplaire. L’essentiel étant alors de prendre du recul et d’étudier avec bienveillance et sans complaisance, comment nous nous y prenons pour réagir autrement que comme nous le voudrions. Je ne peux pas dire que ma réaction mette des dorures sur mon blason, en revanche je peux m’appuyer dessus pour réfléchir à des alternatives la prochaine fois.

ne pas prononcer de paroles offensantes ou blessantes, même si nous avons été blessés nous-mêmes

 

5 grammes de panache relationnel

Comme dirait Christophe André, il n’est pas nécessaire de jeter ses vacheries dans l’océans des liens humains. C’est pourtant ce que nous avons fait, Mme Restauratrice et moi, elle avec ses hurlements et moi à faire ma donneuse de leçon !

Un peu d’élégance relationnelle ne nuit jamais et faire preuve d’amabilité n’a jamais empêché l’affirmation de soi – bien au contraire : les postures, qu’elles soient supérieures ou inférieures, sont des impostures et nous y perdons en affirmation de nous ce que nous gagnons en tension. Je n’ai pas bougé mon vélo et elle ne m’a pas parlé aimablement. Une fois passée la pluie de missiles sol-sol, toutes les parties sont parties en maugréant et en grognonant sur la connerie congénitale de l’autre. Voilà qui considérablement fait avancer les choses, généré du lien et de l’interaction nourrissante.

Le monde a besoin d’élégance relationnelle pour adoucir les angles de nos désaccords et de nos incompréhensions et pacifier ce qui ne mérite vraiment pas des échanges de coqs de combat. Pour éviter de sortir de ces situations mécontents de nous, ruminant les vacheries qu’on aurait bien voulu placer judicieusement, voici 4 ou 5 grammes d’élégance relationnelle que nous pouvons ajouter dans nos interactions, histoire de ne pas laisser la mayonnaise liant de nos relations tourner bêtement:

1- Formulons nos demandes avec élégance,
2- Montrons-nous vulnérables, parlons de nos besoins et de nos émotions
3- Pratiquons l’écoute et l’empathie.
4- Croyons au désir de l’autre de nous être agréable

 

Et j’en rajoute un cinquième: sachons accueillir la colère de l’autre – un sujet qui m’intéresse, moi qui ait du mal avec la colère des autres comme avec le mienne, et dont je vous propose de reparler bientôt;)

 

Pour finir, j’avoue, je n’avais pas fait attention à la chaise placée juste à côté sur laquelle on ne peut du coup pas s’asseoir, d’autant que comme le plus souvent, je mets les bouts avant 11 heures, je ne suis jamais là quand les clients viennent déjeuner. Et maintenant, j’attache mon vélo 30 centimètres plus loin. Comme dirait Souchon: c’est déjà ça:)

 

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Aller plus loin

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