Prise de décision: la peur et l’imagination

la peur déclenche l'imagination qui alimente la peur

La peur… mère de toutes les émotions perçues comme négatives, la peur est complexe, et nous avons tendance… à la craindre. Paralysante, fatigante, parfois considérée comme irrationnelle, quand elle s’empare de nos tripes, c’est tout le système qui peine à fonctionner et à identifier la direction à suivre. Pourtant, dans l’imagination débordante qu’elle suscite se trouve un clé pour faciliter la prise de décision. Mode d’emploi.

la peur déclenche l'imagination qui alimente la peur

 

 

La peur, cette conteuse d’histoires

Dans cette conférence du TED, Karen Thompson Walker, romancière, livre une vision passionnante de la peur: une expérience fortement génératrice d’une créativité qui peut aider à la prise de décision. Lorsque les enfants expriment leurs peurs, nous avons tendance à penser qu’ils ont une imagination débordante, et nous les poussons à passer à autre chose, ce que nous appelons “grandir”. Et c’est ainsi qu’ils apprennent qu’il n’y a pas de monstres planqués sous les lits. Et il y a certainement une leçon à tirer là-dedans.

Exploiter les scénarios engendrés par la peur pour faciliter la prise de décisionElle prend l’exemple des peurs éprouvées par les marins du baleinier Essex, qui a coulé en 1820 dans le Pacifique suite à une rencontre aussi malencontreuse que brutale avec un cachalot – et qui, incidemment, a inspiré Melville.

Répartis dans trois petites baleinières, le capitaine et ses marins durent prendre une décision quant à la meilleure direction à prendre pour survivre à cette sinistre mésaventure. Trois possibilités s’offraient à eux:

1- Parcourir 2000km pour atteindre les Iles Marquises, avec la perspective d’y être mangés, selon les rumeurs de cannibalisme en vogue parmi les marins.
2- Mettre le cap sur Hawaï, mais vu la saison, le risque de tempête était très élevé et avec lui celui de sombrer.
3- Parcourir 2500km vers le sud, dans l’espoir de rencontrer des vents qui les ramèneraient vers l’Amérique du Sud, avec le risque de mourir de fin et de soif, vu leurs ressources limitées.

Pas réjouissant me direz-vous… certes, mais si on y regarde de près, comme l’esplique Karen Thompson Walker, ces peurs sont surtout des histoires qu’on se raconte:


Si l’on y regarde de plus près, ces peurs sont des histoires. Des histoires que ces marins se raconté. Or, la peur et les histoires ont des points communs. Toutes deux contiennent:

 – Des personnages. Dans le cas de la peur, nous sommes le personnage central.
 – Une intrigue. Avec un début, un développement et une fin (je monte dans l’avion, l’avion décolle, un moteur tombe en panne etc)
 – De l’imagerie. Aussi détaillée que dans les romans (des dents humaines qui s’enfoncent dans une chair humaine)
 – Du suspense. Qu’est ce qui se passe ensuite? Nos peurs nous font donc penser à l’avenir.
 – Des liens. Il s’agit de déterminer comment un événement va impacter la suite des événements.

Ainsi, lorsque nous ressentons de la peur, nous devenons non seulement les auteurs de nos histoires de peur, mais aussi leurs lecteurs. Et la façon dont nous choisissons de les lire peut avoir des répercussions profondes sur nos vies.

 

Scénarios, lecture et prise de décision

Parmi tous les scénarios possibles, comment distinguer les peurs à écouter de celles qu’on peut laisser de côté? Comment prendre une décision? C’est dans l’histoire des naufragés de l’Essex que Karen Thompson Walker trouve la réponse.

Terrifiés à l’idée du cannibalisme, ils choisirent le chemin le plus long, celui de l’Amérique du sud. Après 2 mois à la dérive, à court de vivres, ils finirent par s’adonner… au cannibalisme. Derrière cette ironie sinistre se trouve une prise de décision défaillante, parce que ces hommes ont choisi en fonction des représentations qu’ils se sont faites de ces trois histoires possibles.

Celle du cannibalisme, bien que moins probable que celle de la famine, était plus crue, plus brutale, plus choquante. Une histoire qui laisse beaucoup plus que les autres la bride sur le cou à l’imagination pour se forger des images violentes, effrayantes, au détriment de la probabilité de son occurrence. Au hit parade des angoisses existentielles, à ce moment-là, celle de finir en rosbif s’est avérée largement supérieure à celle de finir en crevard famélique.

En d’autres termes, apprenons à lire les scénarios inventés par nos peurs, à prendre un recul scientifique pour distinguer ceux qui génèrent des images particulièrement effrayantes, de ceux qui engendrent des images plus floues. Observons leurs probabilités réelles de se produire. Et parmi toutes les options possibles, choisissons en fonction de celle qui est la plus plausible, plutôt que celle qui nous effraie le plus.

 

Peurs et décisions professionnelles

La peur est une émotion qui nous renvoie directement à notre besoin de sécurité. Pour que celui-ci soit comblé, il apparaît donc essentiel de ne pas laisser les scénarios technicolor-grand-écran prendre le dessus sur des scénarios plus vraisemblable. Depuis les décisions stratégiques pour l’entreprise jusqu’au décisions de carrière, appliqué à nos prises de décisions professionnelles, ce principe vaut à tous les étages.

 – Karen Thompson Walker prend l’exemple de la paranoïa productive, un concept développé par Jim Collins dans le livre Great by Choice. Il s’agit pour les entrepreneurs d’accueillir leurs peurs et de les étudier avec soin pour prévoir des réponses adaptées aux scénarios catastrophes possibles.
 – La lecture de nos craintes peut permettre de mettre en oeuvre des mesures de prévention pour éviter ces situations qui nous mettraient en insécurité lors d’une transition de carrière.
 – La distinction entre scénarios probables et scénarios effrayants peut faciliter le choix de se lancer dans une transition de carrière: changement de poste, reconversion ou création d’entreprise.
 – La distinction entre scénarios probables et scénarios effrayants peut permettre d’éviter les mauvaises décisions collectives type paradoxe d’Abilène.

Comment nous prenons des décisions communes que tout le monde trouve mauvaises!

 

Voir aussi

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Aller plus loin

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8 Comments

  • Bangalaurent dit :

    Merci Sylvaine. C’est vraiment un sujet récurrent.
    Dans un autre registre, Jean-Claude @jcQualitystreet m’a fourni ce lien qui permet de dédramatiser en 2 min 😉
    http://www.youtube.com/watch?v=An18wQ3asMw

    Et puis hier, j’ai fait la connaissance de Nathalie DELMAS, une québecoise pêchue que m’a présenté notre ami commun Mario-Jacques. Nathalie me disait que sa peur, elle l’emmène avec elle, sous le bras, comme une compagnon. Elle faisait le geste en me l’expliquant. C’était touchant.

    Quelle est ma peur du moment ? Le grand saut pour me libérer du monde du salariat.

    • Sylvaine Pascual dit :

      Excellente vidéo! Regarder la peur avec curiosité, c’est l’étape suivante pour moi dans l’exploration de cette émotion compliquée dans mes billets!
      J’aime bien l’idée d’accueillir la peur avec bienveillance plutôt que de la rejeter en ennemi à abattre, qu’il faut vaincre à tout prix sous peine d’être un loser. Ca nous évite de nous battre contre nous-mêmes, dommages collatéraux à la clé!

      Quant à la peur du grand saut, c’est “vingt secondes de courage insensé”, où l’envie devient une motivation à se lancer plus grande que le frein de la peur… j’ai un billet en préparation là-dessus^^

  • christian dit :

    Chouette alors ! Vive le billet en préparation alors !
    Merci d’avance 😉

  • Consuelo dit :

    Un billet une nouvelle fois très pertinent qui annonce une année encore bien riche sur votre blog .

  • Sons d horreur dit :

    Très intéressant! Merci pour cet excellent post.

  • Marc dit :

    Super article qui va vraiment au fond du problème !

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