L’art de l’injoignabilité heureuse (1): 10 bonnes raisons de s’y mettre

l'art de l'injoignabilité heureuse

A l’heure du tout connecté, certains d’entre nous s’appliquent à préserver des temps, même courts, d’oursitude et de silence… vous imaginez bien que pour s’adonner à ces pratiques d’un autre âge (celui de  demain;), mieux vaut savoir déconnecter de temps à autres… alors il est grand temps de vous parler d’injoignabilité heureuse.

l'art de l'injoignabilité heureuse

 

Parle à mon chat…

Vous je ne sais pas, mais moi, j’ai un greffier velu, un matou malin super têtu qui parfois se met aux abonnés absents. Voilà un chat qui gère à la perfection ses plages de connexion, avec une souplesse féline qui ne répond qu’à une seule règle: ses propres décisions. Mon chat à l’art, quand il l’a décidé, d’être parfaitement injoignable et de ne pas entendre son nom à 2 mètres alors qu’il sait entendre l’ouverture d’une boîte de pâtée à 1,5 km. De la sieste à la toilette en passant par les moments où il a fermement décidé de vous ignorer, il fait exactement ce qu’il a décidé et ne va pas se laisser interrompre pour vous accommoder. Ce chat pratique l’articulation des temps de vie et l’alternance des temps connectés et déconnectés avec une aisance déconcertante et une élasticité toute félidée. D’ailleurs, il n’a pas non plus de problème de concentration. Il peut passer des heures à observer les mésanges sans jamais se laisser distraire…

Et si je dis “je ne sais pas”, ce n’est pas tout à fait vrai, je suis convaincue que le vôtre est pareil, qui sait se préserver d’une société psychotoxique ultra connectée et de l’hyper stress en choisissant soigneusement ce qu’il fait de son temps. Peut-être qu’il y a un savoir-faire félin dont s’inspirer pour remettre un peu de souplesse dans notre joignabilité…

La question n’est pas non plus de l’ultra déconnexion. Une étude récente a montré que la possibilité de rester connecté pendant les vacances participe de leur réussite. Peut-être d’ailleurs pas tant pour travailler – quoi que – mais aussi pour rester en contact avec des proches et des connaissances dont les estives et villégiatures ont une tout autre géolocalisation. En quelques années, nous sommes passés de la méfiance au désir de connexion, parfois jusqu’à l’addiction. Qui se souvient du temps où il était mal élevé de sortir son portable au restaurant ! Dont acte : il paraît bien futile aujourd’hui de lutter contre et de s’escrimer à promouvoir la déconnexion totale le temps des congés.

D’ailleurs, j’aurais beau jeu de le faire, moi qui pond du billet même à l’ombre du figuier, qui veille même au plus creux de l’été, qui poste même les jours fériés. Seulement voilà : vous, je ne sais pas, mais moi, je pratique l’injoignabilité heureuse depuis toujours. Il y a peut-être là une alternative à des déconnexions longues et perçues comme inconfortables, voire impossibles ou clairement peu pertinentes (la connexion en vacances permet aussi d’organiser son séjour et ses activités au fur et à mesure, par exemple). Une alternative qui donnera des ailes aux aventuriers de la compétence perdue 😊

L’injoignabilité heureuse et décontractée, c’est ma propre déclinaison de ce que Fadhila Brahimi a conceptualisé il y a quelques années sous le nom de pause digitale, aussi commençons par là.

Et la bonne nouvelle, c’est qu’il n’y a pas besoin de passer ses vacances dans un monastère ou un de ces nouveaux hôtels sans wifi et sans 4G, pour se jeter dans le « sevrage numérique », il ne s’agit pas de nous désintoxiquer, ce serait nous considérer comme incapables d’exercer le moindre contrôle sur nos vies. Il ne s’agit pas non plus de devenir des Carmélites numériques et de vivre à l’écart des bénéfices technologiques. Il est bien question de choisir délibérément la façon dont nous sommes présents ou absents à qui et à quoi. Bref : de nous réapproprier notre temps et la façon dont nous l’utilisons. Et d’ailleurs, mon chat apprécie beaucoup ses temps de connexion:

articuler temps de présence connectée et temps d'injoignabilité

 

La pause digitale : une ponctuation

Fadhila Brahimi pause digitaleJe vous en ai déjà parlé : j’aime le concept de pause digitale, parce qu’il sous-entend un choix, une décision consciente d’implémenter des moments déconnectés dans nos vies hyper sollicitées, ce qui permet à nos cafetières surchauffées de redescendre en pression et de se mettre au frais dans un bain de connexion au monde et à soi-même. Je le préfère à celui de detox digitale qui, même s’il emploie une sémantique résolument dans l’air du temps, s’inscrit davantage dans une acception de solution drastique quand la cafetière en question a pété les plombs. Et comme je préfère l’idée de construire un environnement et une organisation favorables à l’équilibre émotionnel et au plaisir de travailler, je vote pour la pause, pratique réjouissante qui s’inscrit dans une volonté de prendre soin de soi.

« Je crois à la ponctuation » dit Fadhila Brahimi dans ce TEDx où elle explique ce concept qu’elle a créé dès 2011, comme autant de parenthèses entre les temps où les technologies nous permettent d’accélérer le temps et de réduire l’espace au bénéfice de tout un tas de choses (depuis l’efficacité jusqu’aux relations). Des parenthèses comme des points et des virgules qui ponctuent nos temps pour pouvoir reprendre notre respiration.

Le bénéfice de ces pauses ? Redevenir acteurs de nos vies, « être présent au bon moment et au bon volume » dit-elle dans ce slideshare. Ce qui signifie aussi être aux abonnés absents au bon moment et sans volume, de pouvoir renouer avec le plaisir du choix. Mais aussi, et c’est tout aussi important : l’absence donne de l’intensité, du sens et de la valeur à la présence.

Il y a bien des manières d’explorer les pauses numériques pour se reconnecter à soi et au monde qui nous entoure, y aérer nos méninges, et leur donner un carburant naturel très efficace. Pour ma part, je pratique l’injoignabilité heureuse.

etre injoignable, parce que ça fait du bien

 

 

L’art de l’injoignabilité heureuse

L’injoignabilité heureuse, ce sont ces moments choisis, parfois courts, parfois plus longs, pendant lesquels je deviens imperméable aux sollicitations : je ne réponds pas au téléphone, je ne bidouille pas sur mon smartphone, je réfléchis – en marchant, en rêvassant – ou bien je bosse, ou encore je suis en compagnie d’êtres humains qui, par nature, méritent l’intégralité de mon attention.

 – Moments choisis parce qu’où y’a de la chaîne, de la gène et de l’obligation, y’a pas de plaisir. Ainsi la règle des “réunions réussies” qui consiste à obliger les participants à déposer leurs smartphones dans un panier à l’entrée génère probablement plus de frustration que de connexion et de félicité.

 – Heureuse parce qu’il y a un plaisir formidable à se dégager du temps d’autant plus précieux qu’il n’est pas offert pour pas cher aux sollicitations du monde entier, il n’appartient qu’à nous et nous pouvons en faire exactement ce dont nous avons envie ou besoin, que son utilisation soit professionnelle, personnelle, relationnelle, qu’on cherche la détente, une autre forme de connexion ou l’inspiration et la réflexion.

Quasiment chaque jour, je m’octroie quand j’en ai envie ou besoin un de ces moments d’oursitude assumée dans lesquels je ne me laisse déconcentrer ou interrompre par aucune sollicitation technologique. Ces pauses peuvent aller de 30 mn à 1h selon les besoins du jour. Je le fais depuis toujours, parce que les bénéfices sont multiples :

 

1- Le plaisir

… d’être avec soi-même et présent(e) au monde : Je suis réfractaire à l’idée d’être esclave ou seulement soumise à un objet, je suis réfractaire à l’idée de la traçabilité de mes moindres faits et gestes et d’être redevable d’explications quant à où je suis et ce que j’y fais. Inversement, je trouve un plaisir simple à des moments d’injoignabilité, probablement lié au sentiment de liberté (voir point N°8). Et puis ça fait un bien fait fou de se retrouver, même de courts instants, loin du bruit et de la fureur du monde:

5 manière de faire des micro pauses éjouissantes pour se détendre et se ressourcer en 2 mn

 

2- Travailler moins travailler mieux

le cerveau fonctionne mieux et plus vite quand il est moins sur-sollicité, c’est donc une façon aussi de gagner en efficacité. Mais mon principal objectif reste de travailler moins (l’efficacité n’est que le moyen) parce qu’il y a un million de choses que j’aime, qui m’intéressent, qui attisent ma curiosité et auxquelles j’aimerais consacrer du temps.

 

3- La concentration et l’efficacité

Se rendre injoignable, même l’espace d’un instant, c’est se créer une bulle d’attention qui peut favoriser la concentration et par ricochet, l’efficacité et la créativité.

les bulles d'attention pour renforcer sa capacité de concentration

 

4- L’estime de soi

En (re)devenant maître de nos choix d’articulation des temps, nous avons moins le sentiment de subir et bien davantage celui d’être au commandes de notre propre vie, d’échapper aux diktats de l’époque et de décider par nous-mêmes. Plus on pratique l’injoignabilité ou la rétivité numérique, plus on renforce l’aptitude à le faire et à fare des choix dans nos usages de nos outils. On finit par les remettre à notre service au lieu d’être à celui des GAFA et ça fait un bien fou à l’estime de soi 😊

l'assurance sereine de celui qui sait ce qu'il a à faire et comment il va s'y prendre

 

5- La valeur de la présence

C’est aussi redonner de la valeur au temps passé avec les autres. Lorsque nous leur accordons du temps, c’est du temps choisi et dédié à eux, où nous pouvons nous concentrer sur eux sans distractions. Nos relations gagnent en qualité d’attention et par ricochet en valeur. Ce sont des signaux précieux de reconnaissance et d’importance pour nos interlocuteurs.

 

6- L’intériorité et l’oursitude

Ces instants sans sollicitations sont aussi autant de temps où nous sommes en mesure de redécouvrir notre propre compagnie, notre propre vie intérieure et ce que se passe dans nos théières, pour peu que nous y prêtions attention. Ce sont des moments indispensables aux introvertis ainsi qu’à ceux qui ont un grand besoin d’oursitude, dont je fais partie:

7- Limiter la psychotoxicité de l’hyper connexion

Les moments de présence au monde qui nous entoure plutôt qu’à nos écrans sont ressourçants justement parce qu’ils autorisent l’oursitude, l’intériorité, la présence au monde et à soi-même, mais aussi l’analyse, la réflexion.

 

8- L’indépendance et la liberté

Aujourd’hui, si vous ne répondez pas à vos proches pendant une journée, ça y est, vous êtes mort, vous avez eu un accident grave, la Terre s’arrête de tourner. Etre injoignable de temps à autres, c’est aussi regagner en liberté, en indépendance, en autonomie, c’est regagner le droit d’avoir une vie à nous, un jardin privé, de ne pas avoir perpétuellement de comptes à rendre à l’humanité toute entière.

Etre injoignable c'est respecter ses besoins d'intériorité et de solitude

 

Le Perrier mental de notre époque, les bulles du plaisir d’être avec soi-même, de pouvoir travailler et réfléchir en liberté, la souplesse féline des temps de joignabilité, c’est l’injoignabilité ! Mais concrètement, aujourd’hui ne pas être joignable suscite un inconfort émotionnel qui empêche beaucoup de pratiquer, y compris ceux qui voudraient bien. Alors dans la seconde partie de ce billet, je vous donnerai des pistes pour pratiquer la rétivité imperméable aux sollicitations;)

Et vous, aimez-vous être injoignable de temps à autres?
Vous rendez-vous injoignable de temps à autres?
Quels en sont les bénéfices pour vous?

Avez-vous du mal à être injoignable?
Pour quelle(s) raisons?
Avez-vous envie de pratiquer l’injoignabilité heureuse, ne serait-ce que de temps à autres? Ou simplement de l’expérimenter, pour voir?

 

Voir aussi

La vie est trop courte pour oublier de prendre le temps
Vitamines mentales: (ré)apprendre à savourer avec Christophe André
3 principes de gestion du temps pour plus d’efficacité et de créativité
Efficacité, créativité: les itérations nécessaires

 

Aller plus loin

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