Reconversion: trouver une vocation sans chercher SA vocation

J’ai eu le grand plaisir de participer à l’émission On est fait pour s’entendre, sur RTL, sur le thème de la vocation. Lecteurs fidèles, vous serez sans doute surpris que j’aborde ce thème, que je n’aime pas toujours. Mais l’émission a joliment évité les pièges du sujet et les témoignages formidables des auditeurs nous ont donné, en filigrane, une façon de s’y prendre pour trouver une vocation sans chercher SA vocation.

J’ai donc participé à l’émission On est fait pour s’entendre, présentée par Flavie Flament mardi 16 mars, sur le thème de la vocation en compagnie de

– Sébastien Bernard, co-fondateur de ZEPRESENTERS

– Fabienne Broucaret, fondatrice du magazine en ligne My Happy Job

La vocation, vous le savez, fait les choux gras de nombreuses publications, à grand renforts de citations pas toujours si inspirantes que ça, voire trompeuses…

Trouvez-en une à grand renforts de techniques normées (l’ikigai en tête des outils-miracles du moment) et hop ! Vous finirez par nager dans le bonheur équanime du conte de fées. C’est exactement le piège auquel cette émission dynamique a réussi à échapper, grâce en particulier à des témoignages passionnants qui ouvrent la voie pour que chacun trouve la sienne – ou du moins en trouve une.

Le replay de l’émission: Comment découvrir sa vocation

A écouter en podcast:

 

Chacun cherche sa voie

Qui n’aimerait pas avoir un sentiment de vocation dans sa vie professionnelle  et se lever le matin avec joie et entrain à l’idée d’œuvrer pour quelque chose qui a du sens à ses yeux ? C’est ce qui poussent beaucoup d’entre nous à chercher LEUR voie, comme s’il n’y en avait nécessairement qu’une et qu’on était prédestiné pour elle, à condition d’avoir la chance de l’identifier. Ce qui favorise nourrit surtout la peur de se tromper. 

Mais entendons-nous. La vocation décrite dans beaucoup de publications est ce que le développement personnel appelait la « mission de vie » une sorte de fil conducteur très personnel que chacun peut se donner comme ligne directrice de sa vie en général résumée en une formulation souvent en un verbe d’action relativement générique (contribuer, aider, transmettre, construire, promouvoir etc.) et un complément qui est le reflet de nos valeurs. Ce qui est utile pour confirmer ou invalider des idées de métiers, ne suffit pas nécessairement pour identifier un.

Car la vocation qu’évoquent les témoignages de l’émission, ce n’est pas ça. C’est bien un métier, qui, conformément à la définition de la vocation, est une inclination, un penchant, associés à un sentiment d’élan, pas nécessairement une passion débordante, mais plutôt un métier passionnant pour celui qui l’exerce. Elle va procurer plaisir, sentiment de sens et motivation, détermination et, comme l’explique Jacques l’archetier, se pratique à sa propre manière. Nous voilà avec des débuts de pistes intéressants, qui vont s’enrichir de la façon dont ceux qui témoignent ont trouvé une vocation.

  • Jean-Michel, qui a découvert le métier de tailleur de pierres grâce aux compagnons, alors qu’il cherchait dans l’artisanat et explorait plusieurs métiers
  • Anabelle qui s’est dit qu’elle voulait faire la passerelle entre les langues en écoutant une interview de Harrison Ford. Elle a navigué dans les langues pendant plusieurs années avant de devenir traductrice.
  • Jacques, né dans une famille de musiciens et de travailleurs du bois. Il a concilié les deux en devenant archetier, grâce à une rencontre avec un violoniste qui lui a fait découvrir non seulement l’existence, mais aussi l’importance de ce métier.
  • Jean-Michel, devenu éducateur et comportementaliste canin à 54 ans, après avoir expérimenté par lui-même avec ses propres chiens, ce qui lui a permis de constater qu’il avait « une vraie énergie » avec les chiens »
  • Xavier, pâtissier, qui raconte qu’il s’est battu pour y parvenir parce que ses enseignants ne croyaient pas en lui.

Sylvaine Pascual invitée de Flavie Flament dans "on est fait pour s'entendre" pour parler reconversion professionnelle

Trouver une voie sans chercher sa voie

Il y a quelque chose de passionnant dans ces témoignages : ce qui en ressort, en filigrane, est une façon finalement simple, si on s’autorise de prendre le temps, de trouver une voie sans « chercher sa voie ».

Tout d’abord, pour qu’un métier puisse être une vocation, il a besoin de répondre à quelques critères

  • L’objet et le sujet du métier doivent avoir du sens pour celui ou celle qui l’exerce. Il ne s’agit ni nécessairement de passion préalable, ni de « talent », au sens d’un don pour quelque chose. On peut avoir du talent sans appétence et inversement, être passionné par quelque chose dans lequel on n’est pas forcément bon.
  • Des conditions d’exercices faites à sa main – Pensez au personnel soignant, dont les métiers sont souvent des professions de vocation. Lorsqu’on exerce dans des conditions délétères, le sens vient rapidement à manquer et la vocation à se questionner. La perte de sens peut vite arriver quand on n’exerce pas un métier comme on le souhaite, Il s’agit donc d’aller bricoler selon ses préférences et ses aspirations sa propre façon d’exercer, donc de pratiquer un job crafting éclairé.
  • Le sentiment d’évidence, l’absence de doutes, qui ne viennent d’ailleurs pas toujours au moment où on met un mot sur le métier, il est souvent nécessaire d’en savoir plus dessus
  • Le confluent entre valeurs et appétences. C’est probablement là où une vocation pour vous se situe, qui va permettre, comme le dit très joliment Sébastien Bernard  dans l’émission, de rendre heureux l’enfant qu’on était.

5 tendance annonciatrices de reconversion professionnelle

 

Les témoignages montrent bien aussi comment la vocation n’a pas nécessairement toujours été là, comme si Dame Fortune du Boulot s’était gentiment penchée sur le berceau pour faire don du bonheur de travailler. Même ceux qui l’ont identifiée jeunes parlent du hasard des rencontres et des expérimentations qui leur ont fait découvrir un métier qui les a fait vibrer.

Ce qui signifie qu’on peut trouver une vocation sans chercher sa voie, mais bien en agissant avec curiosité pour explorer et découvrir des métiers. Mais explorer quoi, où ? Les témoignages nous apportent 3 éléments de réponses.

1- Faire preuve de curiosité et explorer

Trouver une vocation, c’est d’abord entendre l’appel, témoigne Jean-Michel, qui donne l’exemple de l’incendie de Notre-Dame de Paris qui a suscité de nombreuses vocations dans des métiers d’artisanat liés à sa reconstruction. On peut donc explorer partout où l’attention se porte parce qu’un événement, une lecture, un contenu en ligne, un sujet, une rencontre a éveillé notre intérêt, nous a donné un sentiment de sens.

Faire preuve de curiosité, c’est aussi rencontrer des gens, parler de leurs métiers, de leurs vies professionnelles, parce que nous ne pouvons pas savoir en amont d’où vont venir nos inspirations. Or les témoignages de l’émission montrent à quel point les rencontres ont joué un rôle clé dans leur orientations.

2- Connaissance de soi et appétences 

Parfois, lorsqu’on a aucune idée de ce qu’on pourrait faire, le sentiment d’être dans le brouillard total fait qu’on peut ne pas savoir par où commencer. Une piste peut être de chercher dans ce à quoi vous avez envie de contribuer, même modestement (causes sociétales, environnementales, politiques etc., sources d’intérêt, voire passions). Cependant, il ne s’agit pas nécessairement de transformer une passion en métier!

Si vous avez une passion et que vous vous demandez dans quelle mesure elle pourrait devenir un métier, explorez largement les métiers qui y sont rattachés ! Les raccourcis sont beaucoup trop fréquents d’une part et la passion peut se diluer dans la professionnalisation. Voir Reconversion professionnelle: faire de sa passion un métier

Si vous n’avez pas envie de transformer un de vos loisirs en métier (ce qui est le cas de beaucoup de gens),  c’est dans ce qu’ils nous permettent de faire, les actions que nous y faisons (et la manière de les faire) que nous trouvons des indications sur ce qui nous procure joie et plaisir.

Une de mes clientes passionnée d’équitation se questionnait sur le métier de moniteur, ce qui est le type de raccourcis classiques auxquels on se heurte rapidement en reconversion (genre aimer transmettre = enseignement/formation/communication). En menant son enquête métier, elle a découvert que le quotidien des coachs d’équitation ne correspondait pas tellement à ses appétences, n’ayant que peu de goût pour la pédagogie, l’animation ou le contact avec les enfants. Elle eu le sentiment que son rêve allait s’écrouler. En questionnant ce qu’elle aimait dans les chevaux, bien des mots sont venus qui l’ont finalement aiguillée : compréhension, globalité, rigueur, toucher, manipuler, contact, prendre soin, regarder, observer. Elle a élargi ses recherches et est finalement devenue ostéopathe équin. Allez de l’autre côté du miroir !

Cherchez donc plutôt ce que vous aimez dans ce que vous aimez, qui vous viendra sous forme de verbes d’action (appétences) et de substantifs (valeurs). 

les appétences favorisent le plaisir de travailler

3- Expérimenter

Découvrir une vocation n’est pas tant un déclic intellectuel que l’aboutissement de la connaissance de soi et de démarches concrètes.  Malheureusement beaucoup de candidats à la reconversion peuvent se perdre, à vouloir mettre la charrue avant les bœufs, en pensant ne devoir démarrer leurs investigations qu’après avoir identifié ce qu’ils veulent faire. Ils tournent alors en rond en disant qu’ils ne « parviennent pas à se projeter ». Et c’est bien normal : comment se projeter quand on ne sait pas exactement de quoi il retourne ?

explorer tout désir de reconversion pour en entendre les messages

C’est aussi en faisant qu’on peut découvrir si un métier va nous combler ou non. Faire un stage, une initiation, aller passer quelques jours avec un professionnel, toutes les démarches qui vous permettront de mieux cerner une activité professionnelle vous aideront à vous orienter.

Si la plupart des témoignages montrent des vocations découvertes jeunes, chacun peut, à tout moment de sa vie, trouver un métier qui répondra à ses attentes et ses désirs et qu’il pourra ensuite mettre à sa main via un job crafting soigné.

J’ai déjà dit à plusieurs reprises que tout l’art de la reconversion réside de le fait non pas de chercher sa voie, mais d’apprendre à marcher. L’énorme avantage de cette manière de faire, issue des témoignages de ceux qui ont trouvé une voie professionnelle dans laquelle ils sont heureux, c’est qu’elle ne représente pas une prise de risque et demande pas d’audace ou de courage. Elle demande simplement de vous laisser porter par l’appel, l’élan de ce qui vous semble avoir du sens pour vous et, comme le conseille Fabienne Broucaret, susciter les rencontres et se laisser surprendre par les gens et leurs témoignages, grande source d’inspiration. Si vous ajoutez à cela une connaissance solide de vos appétences et de vos besoins, et vous pourriez bien, au détour du chemin, croiser une voie qui vous apportera plaisir et satisfaction.

 

 


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Aller plus loin

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