Prêt à l'emploi: le militantisme positif

Sylvaine Pascual – publié dans: Instantanés

 

 

Voici le second de notre série de portraits de gens à la fois ordinaires et extraordinaires, engagés dans des projets qui leur tiennent à cœur. Leurs motivations et les trésors d’imagination, de détermination dont ils font preuve pour les mener à bien sont de lumineux exemples des possibilités qui s’offrent à chacun de nous. Nous avions été à la rencontre de Pierre Denier pour notre premier instantané, et c’est Jean-Marc le Hunsec, auteur du blog Prêt à l’emploi, que je vous propose de découvrir aujourd’hui.

 

 

engagement

 

 

 

La force de l’engagement

 

Loin d’être des super héros, nombre de gens réalisent et font vivre des projets formidables, tout en les conciliant avec une vie relativement classique, pour ne pas dire banale. Pour tous ceux qui ont des aspirations, tout en ne parvenant pas à oser, en se demandant si « c’est réaliste », ils sont un exemple du vaste champ des possibles, pour peu qu’on accepte de faire des choix, des ajustements, de prendre des décisions, de sauter des pas, de franchir des caps. Explorer leurs motivations et leur engagement dans leur projet est un moyen de prendre conscience que chacun peut faire vivre ses aspirations, à son rythme et à sa manière.

 

C’est le cas de Jean-Marc le Hunsec. Sociologue de formation, il est aussi webmaster éditorialiste, chef de projet Web 2.0 avec une grande expérience d’encadrement d’équipe (recrutement, formation, gestion, animation…). Nous nous suivons depuis longtemps et j’admire autant son engagement positif que les convictions fortes qui ressortent au travers de son blog, Prêt à l’emploi, qu’il anime en parallèle de sa vie professionnelle, et actuellement de sa recherche d’emploi.

 

 

 

Interview de Jean-Marc le Hunsec

 

Pétille et toi avez créé le blog Prêt à l’emploi en 2007. Qu’est-ce qui vous a donné envie de mettre toutes ces informations à la disposition des chercheurs d’emploi?

 

C’est Pétille seule qui a lancé Prêt à l’emploi en 2007 pour une simple (et bonne !) raison : elle s’est retrouvée au chômage, licenciée après un PSE (Plan de sauvegarde pour l’emploi) et 17 ans d’exercice.
Son premier objectif a été de partager les informations qu’elle récoltait et les outils qu’elle utilisait dans sa recherche d’emploi car elle s’est très vite aperçue des limites des aides existantes, de la mauvaise diffusion des informations sur les ressources disponibles et, c’est peut-être le plus important, de l’isolement qui guette tout chercheur d’emploi.
Si je me suis intéressé dès le début au blog, je n’ai commencé à y participer qu’au cours de l’année 2009 avant de prendre le relais à la fin de la même année lorsque Pétille a retrouvé du travail. J’ai poursuivi dans le même esprit, tenir un blog utile à ceux et celles qui cherchent un emploi, en lui donnant aussi une couleur plus sociale voire sociologique puisque c’est ma formation initiale.
Depuis quelques mois je suis à mon tour au chômage, licencié également, et paradoxalement je peine à tenir avec autant d’assiduité qu’avant la rédaction de Prêt à l’emploi. Le paradoxe n’en est pas vraiment un, tout bien pesé, car la recherche d’emploi est une activité prenante !

 

 

Au fil du temps, Prêt à l’emploi est devenu un véritable site de veille sur l’actualité de l’emploi, ce qui prend du temps. Comment t-y prends-tu?

 

C’est une veille sélective et très partielle quand même…
Mais il est vrai que c’est une dimension que nous avons tenu à donner, Pétille et ensuite moi, sans doute par (dé)formation professionnelle. Pétille est documentaliste et pour ma part j’avais, entre autres responsabilités, la charge de l’information et de sa qualité.
Pour autant exercer une veille tient pour beaucoup du bricolage, et même du braconnage, dans le maquis des informations disponibles.

 

Pour ce qui me concerne j’ai avant tout des sites (beaucoup) et des personnes (quelques unes) de référence. A l’origine je travaillais essentiellement avec les flux RSS (que j’utilise encore beaucoup) et les réseaux sociaux sont arrivés – Twitter d’abord et maintenant Google+ – avec leur maelström de liens en tout genre. Pour ne pas s’y perdre, le plus simple, notamment sur Twitter, est de commencer par décortiquer avec soin les fils des quelques personnes qui vous intéressent le plus : qui les suit ? qui suivent-elles ? Ainsi, vous vous constituez rapidement une copieuse liste de fils à suivre, il ne vous reste plus qu’à intéresser leurs auteurs ! C’est ce que j’ai fait par exemple avec le fil d’une certaine Sylvaine Pascual…

 

Sinon, et ça reste le plus important à mon sens, je lis beaucoup sur tous les sujets qui touchent à l’emploi, tout ce qui me passe sous les yeux en fait : journaux, hebdomadaires, mensuels, revues, ouvrages, rapports et études, publications officielles et j’en passe…
Concernant le temps que j’y consacre, tant que je travaillais c’est le soir, et parfois en début de nuit, que je me consacrais au blog à raison d’1, 2 ou 3 heures selon les jours.
Aujourd’hui c’est très irrégulier mais globalement ça n’a pas beaucoup bougé en moyenne je dirais 2h/jour.

 

 

Cet engagement, à quelles motivations, à quelles valeurs correspond-il?

 

Lorsqu’on se retrouve sans emploi dans les conditions dans lesquelles nous avons pu le vivre Pétille et moi (et nous ressemblons à énormément d’autres personnes à ce titre), on en garde inévitablement de la colère et de l’amertume mais aussi, et c’est ce sur quoi nous nous sommes appuyés et épaulés, une profonde conviction qu’il est essentiel de ne pas se laisser ébranler.
Sans vouloir trop de se payer de mots, l’engagement est aussi éthique et, forcément, politique, au sens étymologique, sans chapelle.

 

La gestion des ressources humaines demeure à mon sens médiocre, trop autoritaire et paternaliste ; le recrutement reste basé sur la cooptation et souffre indéfiniment de discrimination et de sectarisme ; le travail est un espace de conflit et d’enjeux de domination et de pouvoir ; les chômeurs sont l’objet de représentations dévalorisantes quand ils ne sont pas purement et simplement exclus. Les mots sont forts, je le concède, mais les agences du service public de l’emploi fourmillent d’individus qui témoignent, pour une large part d’entre eux, de cet état des choses.

 

Devant un tel tableau on ne peut que ressentir l’urgence de militer et de revendiquer, c’est un premier engagement, personnel. On doit aussi participer à faire reconnaître les initiatives qui, insensiblement, conduisent au changement de modèle auquel on aspire, c’est l’engagement que je prends sur Prêt à l’emploi.

 

Car il existe des responsables des ressources humaines compétents et respectueux des individus, il existe des cabinets de recrutement qui portent autant attention aux personnes qu’aux entreprises pour lesquelles ils travaillent, il est des entreprises et des entrepreneurs qui reconnaissent la valeur de leurs salariés, il y a, enfin, des élus et des institutions, des associations, etc. qui assument leurs responsabilités. Ils sont même nombreux ! J’évoquais Twitter précédemment : un simple coup d’oeil sur les personnes qui me suivent et que je suis suffit à s’en convaincre.
Hormis quelques coups de gueule, ce sont ces personnes et leurs initiatives qui forment le cœur des articles de Prêt à l’emploi.

 

Je me fais également quelques idées simples de la société actuelle et à venir. Je crois davantage au partage du travail (et des richesses) qu’au “travailler plus…” et que, si toute société est et doit être inégalitaire rien n’oblige à ce qu’elle soit injuste, élitiste, inéquitable ; j’estime que les plus jeunes ne devraient pas se voir reprocher leur inexpérience et que les “seniors” ont le droit de souhaiter faire reconnaître leurs expériences, qu’il serait temps de ne plus reprocher aux femmes de moins de 35 ans d’être susceptibles d’avoir un enfant et à celles de plus de 45 ans d’avoir passé l’âge de faire quoi que ce soit, que les handicapés peuvent être des travailleurs comme les autres et… je m’arrête là, je suis intarissable sur ces sujets mais il ne faut pas lasser.

 

Merci Jean-Marc!

 

Edit de 2014: Jean-Marc a mis le bolg en pause, mais continue d’œuvrer sur Twitter :@pretalemploi

 

 

 

Voir aussi

 

Étonnantes motivations

Pierre Denier et la fraternité

Recherche d’emploi: clarifierle besoin pour saisir une opportunité

Recherche d’emploi: mettre un terme aux convictions limitantes

Recherche d’emploi: reconstruire la confiance

 

 

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