Idées, perception et réalité (2): l’art de réagir quand nos idées sont rejetées

l'important, ce n'est pas l'idée mais ce qu'on en fait... surtout quand elle est rejetée!

 

Ce billet fait suite à Le  duc, au marquis et à la comtesse de Machin-Chose, dans lequel Julien Pascual nous montrait que la réalité n’est qu’une question de perception individuelle. Et parfois, nos idées formidables et révolutionnaires font un flop parce qu’elles sont perçues différemment par l’autre. Et dans ces cas-là, un certain nombre de nos réactions habituelles, version génie incompris, sont de vraies fausses bonnes idées…. car finalement, l’important, nous explique-t-il aujourd’hui, ce n’est pas l’idée, mais ce qu’on en fait. 

l'important, ce n'est pas l'idée mais ce qu'on en fait... surtout quand elle est rejetée!

 

L’art de mal réagir quand nos idées ne sont pas acceptées

Si la perception des autres est leur réalité et si ce qui mesure la valeur d’un produit ou d’un service, c’est son acceptation par ceux à qui il est destiné, que faire quand vous avez l’idée la plus géniale qui soit, une idée simple et forte qui ouvrira les portes de la gloire et de la notoriété, mais dont personne d’autre que vous n’en perçoit le génie et la transcendance? Explorons d’abord les mauvaises façons de réagir.

 

1- Ma préférée : la réaction à la française

Variation autour d’un même thème : c’est tous des cons. Si ils ne comprennent pas mon idée, c’est qu’ils sont cons. Si les clients n’achètent pas mon produit, c’est qu’ils n’ont rien compris. Si mes utilisateurs test n’aiment pas le prototype qu’on leur montre, changeons les utilisateurs test. Puisque j’ai raison (puisque j’ai toujours raison) mes idées vont triompher, mes produits se vendre tout seuls, inutile d’écouter l’avis des autres, surtout pas de celui des clients, ce sont tous des imbéciles (corolaire : le marketing est inutile. Comme mon produit est bon –puisque je l’ai fait, il va se vendre tout seul).

Face aux idées rejetées, nous réagissons souvent mal

Nous sommes bien d’accord, ce genre de réaction n’arrive jamais, nous ne l’avons jamais vécue, nous n’avons même jamais pensé nous-mêmes comme cela, ceci n’est qu’une caricature grossière. Jamais nous ne tombons dans ce travers de l’arrogance, la certitude de notre triomphe annoncé. Enfin parfois les autres, mais jamais nous-mêmes, n’est-ce pas ? Personne n’a jamais dit que le minitel était bien supérieur à Internet !

 

2- La plus cinématographique : la manière viking

Si vous essayez d’expliquer à un utilisateur la beauté de votre produit et que cet utilisateur n’est pas convaincu, découpez-le en deux d’un coup de hache et buvez du calva dans son crâne. Efficace, quoi que peut-être un peu radical.

 

3- La plus grandiose :  la posture

Je suis maudit, mon génie artistique n’est compris de personne mais le temps me donnera raison, je vais me draper dans ma dignité offensée de génie. Je finirai l’oreille coupée avec la syphilis et une cirrhose, oublié de tous, mais droit dans mes bottes.

réagir quand son idée est rejetée

 

Les alternatives, ou l’art de bien réagir quand une idée est rejetée

Si l’exploration ponctuelle des mauvaises façons de réagir quand une idée n’est pas comprise ou acceptée ou contredit la réalité des autres peut se révéler jubilatoire (surtout, soyons honnêtes, la manière française), il convient tout de même de tenter d’adopter de meilleures pratiques. Face à une situation où votre idée n’est pas acceptée par ceux à qui elle est destinée, parce que leur perception, qui est leur réalité, ne correspond pas à la réalité qui a fait naître votre idée, il existe plusieurs réactions possibles:

 

1- Persévérer en modifiant la perception

La première est une forme de persévérance. Parfois, certaines idées, rejetées par tous, méritent qu’on les défende, car elles ne sont pas si mauvaises que ça. Parce que les grandes idées, celles qui ont en elle le potentiel de changer les choses, sont assez souvent rejetées au premier abord. Comme tout changement, elles vont bousculer des idées reçues, mettre en péril des situations établies, modifier les rapports de force ou les jeux de pouvoir, et donc susciter de la peur, des émotions négatives et être rejetées.

Darwin et l’évolution des espèces, les impressionnistes et leur nouvelle vision de la peinture ont eu raison de persévérer. Quand l’idée est radicale, il lui faut parfois du temps pour s’imposer. Quand Renault a lancé le premier Espace conçu par Matra, il en a vendu 9 le premier mois ! L’important, quand on décide de persévérer, est de trouver des moyens pour changer la perception des autres, des clients, des usagers.

Persévérer, c’est se donner l’occasion d’essayer à nouveau de faire accepter la valeur de l’idée : persévérer ne change pas le fait que la seule chose qui compte, c’est que la perception des autres est leur réalité. Il faut donc trouver de nouveaux moyens pour essayer de changer la perception. Tuer les peurs, changer le regard porté, modifier la grille avec laquelle ce qui est perçu est transformé en expérience. Ajouter des éléments à l’idée pour en modifier sa perception. Ainsi, quand je prends une photo avec mon iPhone, l’appareil fait « clack ». Ca ne sert à rien, sauf à améliorer ma perception de l’appareil photo inclus dans le téléphone : dans notre bagage culturel, un appareil photo fait « clack » quand on le déclenche.

améliorer la perception d'une idée qui a été rejetée

 

2- Abandonner l’idée

La seconde réaction, celle qu’on devrait avoir le plus souvent, c’est juste d’abandonner l’idée. Passer à autre chose. Se dire que si personne n’est d’accord, on a peut-être tord. Se rappeler qu’on n’a pas souvent dans une vie une idée qui soit une véritable cause, une idée qui change tout et qui mérite qu’on persévère. Attention cependant, le jugement qui compte, celui dont vous devez tenir compte pour abandonner l’idée, c’est celui de ceux à qui elle est destinée. Si vous concevez un nouveau produit, c’est la perception de ses potentiels clients qui compte. Si vous voulez changer un processus dans une entreprise, c’est l’opinion des personnes impliquées dans le processus que vous devez aller écouter.

 

3- La méthode Tchouang-Tseu

La dernière option est de faire comme Tchouang-Tseu qui rêve qu’il est un papillon et vous demander si ce n’est pas le papillon qui rêve qu’il est Tchouang-Tseu. Ou l’inverse.

idées rejetées

 

L’important, ce n’est pas les idées

Si un jour vous voulez séduire la comtesse de Machin-Chose, n’oubliez pas de vous préoccuper de sa perception des choses, pas de la votre. Si un jour, tandis que vous essayez de concevoir une solution à un problème, un produit, un service, n’oubliez pas que vos idées sont une chose, ainsi que la perception de vos utilisateurs est leur réalité : si votre succès dépend d’eux, vous devriez surement donner plus d’importance à leur perception qu’à vos idées. Il est préférable d’investir du temps à les observer, comprendre leur perception pour comprendre leur réalité, et parvenir à parler à leur réalité que de chercher les meilleures idées.

Résolvez leur problèmes, créez de la valeur pour eux, ne vous préoccupez pas de la grandeur de vos idées. Au fond, ce n’est jamais une idée qui change le monde. Ce sont les actes. L’idée peut initier l’acte, mais comme le disait Audiard, « un intellectuel assis va moins loin qu’un con qui marche ». Alors, l’important, ce n’est pas les idées, mais ce qu’on en fait.

Et vous, comment réagissez-vous quand vos idées ne sont pas acceptées?

 

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Aller plus loin

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4 Comments

  • Oana Juncu dit :

    Mon préfère est le même ! Et nous allons faire entrer la terre entière dans notre bocal à con! Elle ne sera pas bien dedans , toute jolie comme un bijoux bleu?
    Il y a la “renard-attitude” aussi : de toute façon les raisins doivent être acides!
    Oana

  • Julien dit :

    Encore une marque du Génie Français. Nous avons fait dans le grandiose, le sublime : nous avons inventé le bocal à con géant qui s’appelle la terre !

    La bonne question, maintenant, sera de trouver les pistes pour savoir quand persévérer et quand abandonner. Les signaux qui démontrent que l’incompréhension est né d’un écart de perception qui peut être comblé, qui mérite d’être comblé. A vos crayons !

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