Vivre au temps du coronavirus (2): connaître ses besoins

Bien connaître ses besoins pour mieux vivre le confinement

C’est bien normal de ne pas trouver que cette période de confinement n’est pas une promenade de santé et d’être submergé(e)s par un gloubiboulga d’émotions désagréables. Elles sont déclenchées par nos besoins malmenés en raison des contraintes auxquelles nous faisons face. Penchons-nous donc sur l’importance de connaître nos besoins… et comment nous y prendre.

De quoi avons-nous besoin pour nous sentir bien? Le confinement va nous le dire

Le confinement n’est pas glamour pour tout le monde

Faire face à une vie contrainte, réduite, étriquée, la réduction drastique des possibilités de se déplacer, de son champ d’action n’a rien d’anodin et rien d’une mince affaire. Et les discours moralisateurs vont bon train : il faudrait faire contre mauvaise fortune bon cœur et ne pas nous plaindre, il ne faudrait pas faire rejaillir sur nos compagnons d’infortune nos petits nerfs éternellement pas à la hauteur des situations auxquelles nous faisons face. Bref, à l’ère du Coronavirus, d’autres injonctions de bonheur voient donc le jour, qui se partagent les têtes de gondoles des Internets avec le poignant récit instagrammé de la vraie vie du confinement dans 300 m2 avec vue sur mer. Bientôt on nous expliquera qui « faut être forts, ne serait-ce que pour les enfants ».

Laissons aux Darieussecq de ce monde l’art du confinement chic et aux marchands de prêt à penser leurs injonctions de philosophie de vie en toc. Rions des premiers, passés à la moulinette de l’humour belge, histoire de nous détendre un peu la carafe:

Cesser de culpabiliser: être mal, c’est normal

Et épargnons-nous les seconds et leur philosophie de vie ultra culpabilisante. Evitons les conseils normés, les jugements et les comparaisons sentencieuses, toutes ces suggestions culpabilisantes parce que concrètement, chacun(e) d’entre nous fait ce qui peut, comme il/elle peut avec ce qu’il/elle a.

 

Pour la plupart d’entre nous, le confinement les doigts de pieds en bouquets de violette au bord de la piscine et les conseils de bon aloi pour rester de bonne humeur, positiver et transformer la période en « opportunité » (de se cultiver, de s’améliorer, de s’organiser, de redécouvrir son moi profond, ses motivations profondes et les vertus des huiles essentielles) sont lettres mortes :  l’obligation de positiver, parce que hein, Anne Franck, elle l’a eu vachement plus dure que vous, la vie en confinement nous laissent surtout le goût saumâtre de la culpabilisation. Car la réalité est que nous nous retrouvons coincés dans des espaces relativement limités et un poil entassés, et même entre gens de bonne volonté, ce n’est pas exactement simple, agréable ou aisé.

D’autant que nous n’en sommes qu’au début et s’il y a tout lieu de penser que nous allons, petit à petit, trouver de nouveaux équilibres, des habitudes, d’autres façons de vivre et de cohabiter et finalement nous y faire, en attendant, nous sommes nombreux à trouver ça dur.

Et c’est bien normal.

Vous n’en pouvez plus de vous sentir en dessous de tout, à ramer pour obtenir trois minutes cinquante de tranquillité dans l’open space bruyant qu’est devenu votre appartement? Des gosses qui sont prêts à s’écharper entre deux skypes de classe virtuelle, du (de la) conjoint(e) comme un lion en cage pour cause de chômage partiel et vous qui bossez deux fois plus tellement c’est le bordel dans la boite? Ou peut-être que c’est l’inverse, ou un mélange des deux. Ou peut-être aussi que c’est épuisant, de s’angoisser parce que vous ou votre partenaire doit aller bosser dans ces conditions difficiles, parce que vous, il ou elle travaille dans un secteur essentiel ? Ou peut-être encore que la solitude est terrible. Vous n’en pouvez plus de prendre sur vous, de faire le grand huit émotionnel au cours d’une même journée, d’être sur le point d’aller expliquer au voisin en mode médiéval que non, là, Calogero, c’est plus possible ?

Peut-être aussi que votre propre combinaison de réactions au confinement est moins débordante, mois ras-le-bolisante, mais génératrice de versions adoucies des émotions désagréables: simple contrariété, inquiétude légère et/ou un peu de lassitude. 

Tout cela est bien normal !

A moins d’être positivement décérébrés, la majorité d’entre nous se débat entre hauts et bas (plus ou moins hauts, plus ou moins bas) et est bien loin de « profiter » du temps gagné pour méditer, se cultiver savoureusement, assurer son avenir professionnel en faisant enfin un mooc, roucouler langoureusement avec un partenaire enfin retrouvé ou pour faire de l’éveil-légo avec le petit dernier.

C’est normal d’être dépassés, fatigués, exaspérés ou angoissés. C’est normal que ce soit le bordel chez vous, le bordel dans vos têtes, le bordel dans les relations avec vos proches.

Un moyen simple pour gérer le sentiment de culpabilité

Parce que le confinement met à mal la satisfaction de nos besoins, qui est le régulateur naturel de nos émotions, et probablement le seul digne de ce nom, puisqu’elles sont justement l’indicateur de nos besoins à combler.

Les émotions sont les messagers des besoins à combler

L’importance de la connaissance de nos besoins

Nous avons en général une connaissance assez confuse de nos besoins et de la façon dont il se déclinent en préférences, en désirs et en appétences. Or, dès que l’un de nos besoin est mis à mal, il déclenche des émotions désagréables, qu’on appelle parfois aussi « négatives » en raison de leur pénibilité. Bien se connaître sera donc crucial pour traverser au mieux le confinement.

Or cette période inédite va être le miroir, le révélateur de l’étrange mosaïque, la combinaison singulière de nos besoins, et de leurs façons de s’exprimer en termes de manières de fonctionner, justement parce qu’ils seront mis à mal par la brutalité du changement et l’étrangeté du confinement. Elle va donc être propice au développement de la connaissance de soi.

Et puisque les émotions sont les messagers de nos besoins à combler, c’est bien dans la connaissance de vos propres besoins que vous allez pouvoir puiser de quoi traverser cet intermède insolite, qui peut ainsi devenir une opportunité d’aller à la rencontre de soi (celle des autres, aussi, nous en reparlerons

Dans le cadre de nos vies sous la contrainte du confinement, il n’y a pas d’activités ou de façons de traverser la période intrinsèquement bonne ou mauvaise, tout dépend de chacun, de ses propres besoins pour se sentir bien. D’où l’importance de les accepter et de les identifier, donc de s’intéresser à la connaissance de soi.

Donc l’idée n’est pas de nous contraindre encore plus en nous acharnant à paraître de bonne humeur alors que nous bouillons à l’intérieur. C’est même la meilleure façon de finir la comprenette à genoux et les méninges en capilotade, à la limite du stress post traumatique. Qui sera dupe quand l’effet cocotte minute aura raison de nos bons sentiments et que de frustration en agacement, nous finirons par rouleau-compresser nos camarades de confinement ?

L’idée, c’est tout l’inverse : reconnaître nos besoins, les accepter, comprendre les émotions qu’ils suscitent et en parler, pour diminuer les risques non négligeables de troubles psychologiques et inversement favoriser la résilience et la capacité à rebondir en y puisant de quoi traverser cet intermède insolite. Et une précision, à toutes fins utiles: en parler ne veut pas dire jérémiader ou pourrir l’ambiance famille Ricoré, ça veut dire en parler.

Reconnaître (et accepter) nos besoins

Tout l’art du confinement consiste à connaître vos propres besoins, comprendre et accepter que ceux des autres ne sont pas forcément les mêmes et trouver les moyens de concilier tant que faire se peut ceux de chacun, y compris au moment (souvent inopportun( où ils se manifestent, pour que chacun puisse vivre cet épisode au mieux ou a minima, moins mal.

Voici quelques exemples de catégories de besoins qui vont demander à être satisfaits vaille que vaille, pendant cette période troublée. Précisez au maximum ce que chaque besoin signifie pour vous, concrètement, en terme de préférences et de comportements. Pour vous aider, voir

A titre de comparaison, pour se sentir bien, les chevaux ont trois besoins fondamentaux à combler, faute que quoi ils risquent de développer des troubles de toutes sortes: le besoin de mouvement (qui va correspondre à un espace minimum par cheval), le besoin de manger toute la journée et le besoin de contacts sociaux. Pour nous bipèdes, c’est un peu plus compliqué, car nos besoins fondamentaux sont multiples et leurs modes d’expression individuels. 

Besoins sociaux/affectifs

Comment ils se manifestent en termes de contact, d’interactions, de temps passé avec les autres pour imaginer les moyens de virtualiser ceux qui ne seront pas comblés en étant confinés. Cette catégorie comprend le besoin de reconnaissance et d’appartenance, le besoin d’être entendu, compris et pris en compte.

Besoin d’espace, de temps à soi

Qu’on ne mesure pas toujours en temps normal, voire qu’on néglige à l’ère du tout collaboratif, ce qui signifie qu’on peut ne pas en avoir conscience, jusqu’à ce que la cohabitation forcée devienne insupportable. Observez comment votre besoin d’oursitude se manifeste habituellement, comment le transcrire dans le cadre du confinement.

Se mettre au vert pour faciliter la créativité

Besoin d’air, de contact avec la nature, de temps passé en extérieur

Comment il se manifeste habituellement, imaginer des solutions possibles pour nourrir ces besoins avec les contraintes du confinement (quelle joie d’avoir un balcon de 2m2 d’où je peux regarder les oiseaux!)

Apprivoiser le silence et ses bienfaits

Besoin de calme

Sujet particulièrement sensible si vous télétravaillez dans un espace relativement restreint, avec votre famille autour de vous. Selon ce dont vous avez besoin, vous pourrez avoir recours à l’élégance relationnelle pour l’obtenir, ce sera entre autres l’objet du quatrième billet de cette série.

La désorganisation peut aussi être heureuse et fructueuse, agréable et productive

Besoin d’articulation des temps, d’organisation

Les premiers jours de confinement nous ont souvent laissés un peu perdus, avec des difficultés à nous concentrer, parfois même agités, passant d’un truc à l’autre sans vraiment nous mettre à rien, un œil sur les réseaux sociaux, un œil sur l’information, un doigt sur le clavier, une oreille au téléphone… bref, déstabilisés et ne sachant pas trop quoi faire de nous-mêmes. Par la suite, certains auront besoin d’une organisation et d’un planning minuté, d’autres de plus de liberté. Voir: 50 nuances de (dés)organisation fructueuse

Chronique du plaisir au travail: halte à la morosité!


Besoin de sécurité

Ce dont vous avez besoin pour vous sentir prêt(e) et protégé(e), quand vous sortez, mais aussi à la maison. Il a été de bon ton de conspuer les paniquards qui ont acheté trois paquets de pâtes et un peu trop de PQ, mais si vous êtes plus à l’aise avec des petites réserves qui vous évitent d’aller faire vos courses tous les jours, c’est compréhensible aussi.

Besoin de liberté

La période va mettre à rude épreuve ceux dont le besoin de liberté s’exprime par les déplacements, le mouvement, (personnellement, je passe beaucoup de temps en forêt), l’action (y compris le sport) etc. et l’appel des guibolles, quoi qu’on en dise, ne sera pas toujours calmé par la méditation.

Le rôle et l'utilité des émotions au travail

Besoin d’action

L’inaction est particulièrement problématique en situation anxiogène ou difficile, et elle peut générer d’autres tombereaux d’émotions difficiles à contenir. Pour beaucoup d’entre nous, rester physiquement inactifs, c’est-à-dire ne pas avoir à travailler par exemple, pour ceux qui sont en chômage partiel, ou passer beaucoup de temps dans des activités physiquement immobiles comme lire, visiter un musée virtuel ou regarder une série télé, peut générer tout un tas d’émotions lourdingues (frustration, impatience, agacement, angoisse, inquiétude, fatigue, abattement etc.) qui peuvent transformer le confinement en enfer et la cohabitation en pugilat. Nous reparlerons des émotions au temps du Coronavirus dans le second billet de cette série et en attendant, évaluez votre propre besoin d’articulation des activités statiques et dynamiques.

savoir demander de l'aide est une compétence relationnelle révélatrice de courage et de force de caractère

Besoin de contribution

En particulier pour ceux qui sont au chômage technique, au chômage tout court ou à la retraite et qui se sentent inutiles parce que le confinement entrave les possibilité de s’impliquer, de s’investir, de participer. A qui, à quoi aimez-vous être utile et comment ? A qui, à quoi allez-vous pouvoir être utile pendant le confinement? Les parties 3 et 4 de cette série de billets vous donneront peut-être des pistes si vous n’en voyez pas.

Renforcer la connaissance de soi et de ses besoins

Je suis en train de réaliser à l’attention de mes clients un dossier complémentaire gratuit pour les aider à élargir leur connaissance d’eux-mêmes et aller à la rencontre de la personne qui vit au fond d’eux tout en leur étant parfois relativement étrangère, afin de les aider à mieux traverser le confinement.

Quant à vous, chers lecteurs, je vous propose à la fin de ce billet une série de liens vers des pistes de réflexion. Toujours pour développer cette connaissance de vous en liberté. Car il est toujours plus efficace et plus agréable de choisir les propositions de réflexion qui vous parlent, vous inspirent, plutôt que de vous « discipliner » à travailler sur des sujets qui vous donnent autant envie que de traverser le confinement dans 22M2 avec Bichtouille, votre abruti de boulot préféré, ce grand amateur de Johnny et de pizzas surgelées.

Les émotions désagréables qui nous submergent sont déclenchées par ces besoins malmenés, aussi elles seront le sujet du troisième volet de cette série.


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