Procrastination, je ne te hais point;)

La procrasination est un système de protection

La procrastination est une amie qui vous veut du bien. Vous faire croire le contraire, c’est un peu comme s’en prendre aux lanceurs d’alertes au lieu de regarder les dysfonctionnements qu’ils dénoncent ! Car c’est bien à ça que sert la procrastination : pointer du doigt ce qui ne va pas. Bref, procrastination, je ne te hais point. Ou je ne te hais plus. Ou moins qu’avant, puisque maintenant, je te comprends !

La procrasination est un système de protection

 

La procrastination, ce n’est pas rien!

J’ai déjà eu l’occasion de vous en parler à de nombreuses reprises, la procrastination n’est ni de la paresse, ni une “vilaine habitude” ni un ennemi à abattre. Elle est en fait l’indicateur de besoins non satisfaits qui, à force de s’égosiller à exprimer leur manque, ont fini par trouver un autre vecteur pour communiquer avec nous. Bref, la procrastination est un messager plein de bonnes intentions.

 

“Je ne fais rien… “

Lors d’une séance, un client – appelons-le Patrick- me fait part du fait que sa procrastination le conduit, selon ses mots, à ne rien faire, ou du moins à ne pas faire tout ce qu’il devrait faire. Intéressantes expressions, “ne rien faire” et “devrait”, avec leurs connotations de passivité et d’obligation, assez typiques des personnes qui procrastinent.

Patrick, 50 ans, entrepreneur consultant indépendant, est venu me voir pour pratiquer le job crafting d’une vie professionnelle complexe dans laquelle il partage son temps entre deux spécialisations et deux types d’interventions. Slasheur depuis plusieurs années, c’est un bosseur impliqué qui m’explique lors de cette séance qu’il a prévu depuis quelques jours de se mettre à l’étude d’un dossier mais que l’affaire s’est terminée en épisode notoirement… procrastinatoire.

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Depuis quelques jours, au prix de grands efforts et de beaucoup de culpabilisation, il repousse quotidiennement le démarrage de ce dossier. Il trouve chaque matin diverses façons d’éviter de s’y mettre, qui lui coûtent autant que lui coûterait le fait d’y travailler. Il me raconte que le matin même, il a emmené son fils à la gare, puis planché pendant deux heures sur sa compta, qui en avait bien besoin. Et pourtant, il déteste la compta. L’après-midi, il profite de la présence d’un technicien venu pour installer la fibre pour se défiler à nouveau devant ce qu’il “devrait” faire. Et le voilà qui s’en va expliquer au technicien où se trouve l’accès à la galerie de câbles téléphoniques, via un regard, sur lequel est posée une plaque de béton. Celle-ci étant collée par le froid, le technicien lui propose de la casser à coup de marteau ; mon client a alors une excellente idée, à savoir verser une casserole d’eau chaude dessus. Et là, miracle: la plaque put être soulevée dé-li-ca-te-ment.

 

“…mais je fais plein de choses à la place”

Percevant une certaine jubilation de Patrick à me raconter cette anecdote, je lui demande comment il s’est senti en mettant en œuvre cette astuce et il me fait part de sa fierté d’avoir contribué à l’empêchement de la destruction d’une plaque de béton qui n’avait rien demandé à personne, ainsi que de son soulagement d’avoir évité soit d’acheter une nouvelle plaque, soit de négocier avec l’opérateur téléphonique une demande de remboursement de la plaque. Et puis nous revenons sur l’escapade à la gare et il m’explique que finalement passé une demi-heure sympa avec son fils… et de fil en aiguille, il en arrive à sa compta, qui est bouclée pour ce mois-ci, ça au moins, c’est fait.

Et donc vous n’avez rien fait, conclus-je.

Nous en rigolons: non, effectivement, il n’a pas rien fait, il a fait plein de choses à la place, y compris des choses importantes.

“Procrastiner, cela peut donc, parfois, permettre faire autre chose que ce que j’avais envisagé de faire.” me dit-il. Ainsi, si la procrastination permet d’éviter de faire quelque chose de difficile ou de désagréable, elle signifie rarement “ne rien faire” ou même s’investir forcément dans des activités oisives et inutiles.  Parfois elle pousse même à faire d’autres tâches importantes, pour peu qu’elles soient alors perçues comme moins désagréables que celle qu’on évite:

Il y a 1001 procrastinations, 1001 raisons de procrastiner 1001 façons de procrastiner

 

Procrastination, je ne te hais point

La prise de conscience libère Partick de sa culpabilité, mais elle ne résout cependant pas le mal-être lié à ce dossier, qui continue à l’empoisonner. Et il a eu le courage d’aller se confronter au message de sa procrastination, plutôt que de s’acharner à lutter contre. Et elle avait un message pas tout à fait facile à avaler.

Il m’explique alors que l’idée de commencer ce dossier lui provoque quasiment du dégoût et que rien que d’y penser, il a mal au ventre. Seulement il a pris des engagements et il ne peut pas s’en débarrasser comme ça. Voilà donc la raison de ce “devrait”, exprimé en début de séance. Je lui propose alors d’aller regarder du côté de son mal au ventre pour pouvoir écouter ce que cette douleur a à lui dire.

Outre le sentiment de culpabilité à l’idée de ne pas livrer dans les délais, Patrick finit par dire qu’il est vraiment fatigué. Il aurait pu se cacher derrière l’histoire du simple besoin de vacances qu’il aurait pu avoir envie de se raconter, histoire de glisser discrètement l’affaire sous le tapis, mais il n’a cédé ni à l’aveuglement, ni à l’auto-complaisance. Il m’explique en avoir assez de cette partie de son activité qui n’a plus beaucoup de sens à ses yeux mais dont, pour des raisons financières, il n’arrive pas à se débarrasser. Il évoque la possibilité de prendre quelques jours de congés, puis revient rapidement dessus: sa fatigue est émotionnelle car il n’est pas en surcharge de travail et ce dossier n’est pas très exigeant intellectuellement. Elle est liée à l’absence de plaisir et au côté absurde que cette part de son activité a pour lui. et  Ce type de dossier lui déplaît fondamentalement et entre dégoût et fatigue, sa procrastination le protège d’un burn-out qui pourrait bien arriver.

repérer les signes avant coureur de burnout

Patrick a bien conscience qu’il a besoin de revoir en profondeur les deux facettes de sa vie professionnelle et que son activité de consulting, si elle alimente son compte en banque, ne lui nourrit ni l’esprit, ni l’âme. Il tient là un nœud difficile à dénouer:  mesurer comment ré-équilibrer, en termes de sens, d’aspirations, de désir autant qu’en termes financiers, ses activités professionnelles de façon à trouver un équilibre qui lui redonnera du plaisir de travailler.

Rechercher un équilibre de ce type est un exercice subtil, du job crafting de haute voltige qui demande courage et détermination: le bien-être a parfois un prix que tout le monde n’est pas près à payer et prendre soin de soi au lieu de céder à l’aveuglement nécessite d’avoir des tripes bien rugbystiques.

Patrick a commencé par informer ses interlocuteurs qu’il aurait du retard, il a étalé l’étude du dossier sur une période deux fois plus longue, ce qui lui a permis d’alterner avec la préparation d’actions de formation, domaine qu’il affectionne. Et une fois le dossier en question bouclé, il s’est plongé dans les expérimentations nécessaires pour trouver l’équilibre entre les missions alimentaires et les missions roboratives d’une part et les moyens de rendre les interventions intéressantes plus lucratives d’autre part. Au final, il est fier de lui, il a le sentiment d’avoir franchi un cap qui lui a demandé une forme de dépassement de lui-même, pour ne pas rester enfermé dans la solution faussement facile qu’il qualifie a posteriori de “solution de dégonflé”, qui aurait consisté à se raisonner. Et il a de quoi être fier:

 – Il a accepté cette procrastination (au lieu de chercher à lutter contre)- Voir: Accueillir la procrastination
 – Il a compris les bénéfices de la procrastination – Voir : Mythes et réalités: 10 trucs indispensables à savoir sur la procrastination
Il s’est autorisé à reconnaître ses limites, sa fatigue et sa lassitude  – Voir: Se réconcilier aux émotions
  – Il a osé revenir vers ses interlocuteurs et les informer de son retard – Voir : Communication non violente 
  – Et il a osé regarder sa procrastination en face avec auto-bienveillance mais sans complaisance, ce qui est toujours bon pour l’estime de soi.
 – Il a accepté de traiter les raisons de sa procrastination, dans ce cas un réel dégoût et la nécessité de ré-évaluer ses activités professionnelles.
  – Au final, il a gagné en estime de soi, en acceptation de soi et en aptitude à prendre soin de soi.

 

La procrastination ne demande qu’à être écoutée : on peut alors ainsi traiter ce qui la déclenche au lieu d’en faire l’ennemie qu’elle n’est pas. Prochainement, je vous proposerai une infographie pour synthétiser une façon intelligente d’interagir avec la procrastination, cette amie qui vous veut du bien (même si, disons-le, elle n’en a pas forcément l’air au premier abord;)

Et vous, il vous arrive de procrastiner?
Sur quoi?
De quoi la procrastination vous protège-t-elle?

 

 

Voir aussi

Procrastination: Ithaque dans la Tribune
Procrastination, précrastination, performance et sérendipité
Reconversion profesionnelle: solitude et procrastination
1001 procrastinations

 

Aller plus loin

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