Sylvaine Pascual – Publié dans: Apprivoiser la procrastination
La procrastination aigüe
Une piqure de rappel pour commencer:
la procrastination qui nous intéresse ici n’est pas celle qui consiste à remettre quelque chose à plus tard, une fois de temps en temps et sans conséquences ennuyeuses: avons-nous du temps à perdre à traiter des situations pas du tout problématiques?Il s’agit bien de la procrastination chronique qui consiste à
repousser le moment de se mettre à une tâche, parfois jusqu’à son non accomplissement, avec
un étouffant sentiment de culpabilité, voire même de nullité et de connitude (tendance à s’estimer con. Je viens de l’inventer. Il vous plaît?)
Les champions de la procrastination
Rappelons aussi que celui qui procrastine fait autre chose à la place, et que cette autre activité peut être elle aussi importante, qu’il n’est donc pas un fénéant qui préfère jouer à des jeux vidéo ou ne rien faire.
Il fait face à une incapacité parfois insurmontable et très dérangeante à se mettre à certaines tâches,comme le montre cette excellente vidéo:
- Vous arrive-t-il de repousser tellement le moment de vous mettre à un devoir, un rapport, une tâche quelconque que vous la bâclez à la dernière minute avec le sentiment de fournir une prestation minable, très en dessous de vos capacités?
- Vous arrive-t-il, comme dans la vidéo, d’avoir tellement de mal ou à vous mettre à une tâche que n’importe quel prétexte est bon pour y échapper, y compris d’autres tâches dont vous n’êtes pas particulièrement fan?
- Vous arrive-t-il de vous prendre des majorations, voire même l’annonce de l’arrivée des huissiers parce que vous n’avez pas payé vos factures?
- Vous arrive-t-il d’avoir le sentiment de vivre dans une porcherie parce que vous ne faites pas le ménage?
- Chaque fois, vous avez une conscience aigüe de ce que vous devriez faire, que vous allez vous sentir mal par la suite, sans pour autant parvenir à vous y mettre?
- Chaque fois, votre discours intérieur se colore de tout un tas de noms d’oiseaux on ne peut plus exotiques, que vous n’oseriez probablement jamais adresser à un tiers?
Alors vous faites partie des
20% d’élus as de la procrastination, les purs et durs, les grands braquets. Et vous avez peut-être déjà essayé tout un tas de techniques organisationnelles qui foisonnent sur Internet et dans les livres, censées rendre la tâche plus facile, comme l
a stratégie du COQ (qu’on trouve sous diverses appellations), et qui se sont révélées inefficaces?
De multiples causes pour un résultat
Nous l’avons déjà vu,
la procrastination peut être invalidante et ses causes sont forcément multiples et complexes, car il est difficile d’expliquer que l’on procrastine sur le règlement d’une facture de la même manière que sur la rédaction d’un rapport:
peur du jugement,
perfectionnisme (?),
peur de l’inconnu, mais aussi besoin d’attention, résistance à l’autorité, seuil de tolérance à la frustration très bas, manque de confiance en soi, besoin de stimulation très élevé, hostilité passive agressive, peur de l’échec, besoin d’attention, peur de la réussite…
Quoi qu’il en soit, le résultat est une véritable
stratégie d’échec, d’auto-sabotage qui ressemble à s’y méprendre à de l’auto-punition. Même si nous nous plaisons à nous gémir de toutes les injustices et méchancetés que nous subissons, soyons clairs: dans un cadre de vie moyen, nous sommes les meilleurs
persécuteurs de nous-mêmes, à la fois juge et bourreau, aussi miséricordieux et bienveillant que Zeus face à Prométhée.
Procrastination et estime de soi
La procrastination aigüe (ou procrastination chronique), qui est un peu le sport extrème de l’auto-punition, est directement liée
aux émotions négatives. Elle révèle donc un
besoin à combler, qui relève du domaine de la relation à soi, de l’estime de soi.
De façon générique et ultra simplifiée, faire ce qu’on a à faire en temps et en heure, c’est s’éviter une pression inutile et fatigante tout en se donnant les moyens de réussir: c’est donc prendre soin de soi. Ce comportement « normal » peut être très difficile pour une personne en mésestime de soi qui, plus ou moins consicemment,ne mérite pas de prendre soin d’elle, de réussir. Elle se retrouverait alors en conflit direct avec l’image qu’elle a d’elle-même, en danger, et c’est tout son système émotionnel qui se met en marche pour la paralyser, ce qui est un moyen de la protéger de ce risque terriblement déstabilisant, tant qu’elle n’aura pas entendu le message.
Emotions négatives face à la tâche et besoin de soulagement: les ingrédients de la procrastination sont en place. Rappelons que le cerveau s’acharne à faire en sorte que la réalité corresponde à ce que nous croyons. Et en l’occurence, il y parvient très bien.
Nous rentrons alors tout naturellement dans un cercle vicieux de
dévalorisation de soi, car la procrastination est un système de défense ultra rodé qui s’alimente tout seul comme un grand, et qui est qualifié à juste titre, dans les cas chroniques, d’auto-handicapant.
Vous l’avez compris,
se débarrasser de ce comportement invalidant est difficile, et les techniques de
gestion du temps ont autant de chances d’être efficaces que de tenter de découper le rosbif du dimanche avec des ciseaux à ongles.
Il s’agit, comme souvent, de
cesser de vouloir vaincre la procrastination pour
écouter le message qu’elle nous envoie. C’est ahurissant comme nous nous escrimons à vaincre, combattre et lutter contre tout un tas de phénomènes naturels (voir
Stress, et si on arrêtait de lutter contre), comme si nous étions si peu civilisés quil nous faille démolir nos propres systèmes de protection à coups de bâton ou de bombe H.
Car l’enemi de l’exécution de la tâche, ça n’est pas la procrastination, c’est nous!
Commençons donc par porter un autre regard sur nous-même afin de nous autoriser à développer une estime de soi fragile et fluctuante.
L’estime de soi est la valeur que nous nous accordons en tant que personne, c’est l’évaluation que nous faisons nous-mêmes de nos actions, de nos comportements. Cette évaluation est faite en fonction de nos systèmes de valeurs: mon action est cohérente avec mon système de valeurs: mon estime augmente. Elle ne l’est pas: mon estime baisse. Attention, nous sommes souvent plus exigents envers nous-mêmes qu’envers les autres.
Et vous, quel regard avez-vous sur vous-même et votre procrastination?
Quelle valeur vous accordez-vous?
Qu’est-ce que votre procrastination vous dit sur votre estime de vous-même?
Sur vos besoins à combler?
Quelques pistes pour travailler l’estime de soi
Je ne pense pas qu’on arrive à se débarrasser totalement de la procrastination. Cependant on apprend à écouter ses messages, à
combler les manques, les besoins non satisfaits qui la déclenche et donc à diminuer sa fréquence et son intensité, puisqu’on diminue ses causes. A vous de voir dans la liste suivante quelles sont les pistes qui vous parlent le plus: ce sont sans doute celles-là qui sont à creuser!
Nous verrons prochainement certains outils spécifiques qui peuvent avoir un impact intéressant sur la procrastination chronique.
Mécanismes de valorisation et dévalorisation de soi
L’identité: acteur ou spectateur de sa propre vie?
Connais-toi toi même
Saisir les opportunités
Sortir de sa zone de confort
Définir ses limites
Exprimer sa créativité
Bien-être: prendre un moment pour soi
Un petit compliment, pour la route?
Se parler à soi-même comme on voudrait qu’on nous parle
Connaissance de soi: exploiter l’effet miroir
Simplifier, simplifier!
Dire les jolies choses que l’on ressent
Rôle des émotions: la joie
Je refuse d’avoir de la chance!
Entretenir une bonne relation à son corps
Se nourrir au lieu de manger
Petit jeu de connaissance de soi
Relations: le grand ménage de printemps
Le rire, remède universel
Connaissance de soi et traditions
Estime de soi: redécouvrir nos talents
Cultiver l’optimisme:10 bonnes raisons et 7 pistes
Accueillir les propositions inattendues
Les dossiers d’Ithaque: Apprivoiser la procrastination
Les dossiers d’Ithaque: Bien-être et estime de soi
Aller plus loin
Pour renforcer l’estime de soi et développer un état d’esprit à la fois dynamique et serein dans ses envies d’agir et d’entreprendre, contactez Sylvaine Pascual au 01 39 54 77 32
Bon, ça m’arrive de procrastiner, mais je me rends compte ici que je ne suis pas gravement atteinte. : Je ne vis pas dans une porcherie, je paie mes facture le plus tôt possible, pour ce qui est du boulot, j’ai une trop grosse conscience professionnelle.
C’est plus ce qui me concerner personnellement qui a tendance à me faire procrastiner…
Heuuu, moi je dois dire je procrastine pas mal mais bon ça doit être du à la maladie, ce qui ne m’empêche pas de m’estimer beaucoup note, mais bon à l’ouest du Pecos, les valeurs sont différentes, plus sérieusement, je dirais que c’est surtout valable pour les bien-portants qui sont des malades qui s’ignorent, malades entre guillemets, j’ai donc l’avantage de savoir que je suis malade, ça me donne une fameuse longueur d’avance là,
bises darling
Superbe article, Bravo! Je n’ai jamais perçu la procrastination comme une maladie. Cette approche m’était inconnue, et m’ouvre de nouvelles perspectives.
Merci!
C’est vrai qu’au bout d’un moment ça rend fou de ne pas adresser une question qui nous turlupine… J’adore battre le fer quand il est chaud, pas de temps à perdre!
J’ai été mariée à un procrastinateur né, entre autre… Ça vous entraîne rapidement vers le fond si rien n’est fait pour y remédier…
C’est vrai qu’au bout d’un moment ça rend fou de ne pas adresser une question qui nous turlupine… J’adore battre le fer quand il est chaud, pas de temps à perdre!
J’ai été mariée à un procrastinateur né, entre autre… Ça vous entraîne rapidement vers le fond si rien n’est fait pour y remédier…
Bonjour,
Pour ma part je sais que je fais un blocage sur certaines choses, mon ménage je le fait, mes obligations sont faites en temps et en heure, mais dés que ça me concerne directement si c’est quelque chose d’important pour moi je n’arrive pas à avancer je suis bloquée et je dois constamment me surbooster c’est fatiguant.
Je connaissais le mot mais pas la pathologie. Merci pour ces infos.
C’est pas grave! (un commentaire bref
)
Bonjour,
J’ai lu avec beaucoup d’attention votre article. Je vis avec un procrastinateur, et cela devient de plus en plus difficile. Je ne sais comment l’aider… comment le soutenir, comment vaincre mon exaspération, comment faire que son handicap ne nuise pas à notre vie.
Auriez-vous un moment à m’accorder ?…
Bien à vous.
Bonjour,
J’ai lu avec beaucoup d’attention votre article. Je vis avec un procrastinateur, et cela devient de plus en plus difficile. Je ne sais comment l’aider… comment le soutenir, comment vaincre mon exaspération, comment faire que son handicap ne nuise pas à notre vie.
Auriez-vous un moment à m’accorder ?…
Bien à vous.
une vie gaché par la procrastination, une souffrance latente et grandissante, une peur atroce de l’avenir, de perpetuelle frustration, des echecs permanents, sans recours
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