Estime de soi: rompre avec son encombrant héros intérieur

Divorcer à l'amiable de cet encombrant et exigeant héros intérieur

 

Nous avons tous, au creux de nous, une image héroïsée de ce que nous devrions être qui, loin de nous pousser, nous renvoie nos fragilités et nous grignote doucement mais sûrement l’estime de nous. Bonne nouvelle : Carrie Fisher nous donne les clés pour une rupture en douceur mais consommée avec ce héros intérieur qui n’a plus rien d’inspirant !

Divorcer à l'amiable de cet encombrant et exigeant héros intérieur

 

Quand le héros devient un boulet

Le décès de Carrie Fisher m’a attristée, d’abord parce que 60 ans, c’est bien jeune pour mourir, mais aussi parce qu’elle a été une personne remarquable. Les réseaux sociaux lui ont rendu des hommages émouvants et bien entendu le plus souvent sous forme d’hommage à la Princesse Leia ou a minima de référence à Leia.

héros intérieur

Et ce n’est pas une surprise: Leia est une personnage hors du commun (et pour moi le second vrai personnage féminin après (chornologiquement et tout court) la fabuleuse Emma Peel). Parce qu’elle n’était pas une princesse selon l’abêtissant stéréotype habituel: ni lisse ni policée en héritière jeune, jolie et en attente d’un prince charmant, elle est un vrai héros de cinéma d’aventure qui s’impose par son charisme et ses capacités. Autoritaire, futée, débrouillarde, sarcastique, pas froid aux yeux et mauvais caractère (qui est ce qu’on dit des femmes qui en ont, du caractère ;), investie pour la cause qui lui tient à cœur,  elle réussit même à ne pas être une victime du monde nécessairement macho des aléas la vie intergalactique : transformée en objet sexuel, esclavagisée, elle saisit la première opportunité et étrangle son persécuteur sans attendre d’être sauvée. Bref: un personnage magnifique.

héros d'aventure

Seulement voilà : Leia a aussi été le boulet de Carrie Fisher, enchaînée à ce personnage encombrant, au point d’être restée cette image figée pour l’éternité d’une jeunesse de géante minuscule, sûre d’elle et héroïque. Sa carrière d’actrice est restée en deçà de ses mérites à cause de ce rôle et ses autres contributions (écriture, engagement sociétal) sont restées confidentielles.

Tardivement, pour faire la paix avec cette héroïne encombrante qui lui a pourri la vie, Carrie Fisher lui a écrit une lettre. Une lettre drôle, émouvante, qui sonne juste. Une lettre d’une classe remarquable, qui parle plus de l’épatante Carrie Fisher que de l’inoubliable Leia. Enfin ! Car ce qu’elle prouve dans cette lettre, c’est que le beau est dans l’ordinaire et qu’elle était magnifique!

Lettre formidable que je vous encourage à lire dans le texte, ou à passer outre la mauvaise traduction (Je ne peux pas m’empêcher un exemple: Smooth ne veut pas du tout dire « douce » ici, Leia n’a rien d’un modèle de douceur! Smooth,  c’est un mélange d’habileté et de grâce qui rend par exemple persuasif dans l’interaction ou donne le sentiment que l’action est fluide et naturelle).

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L’encombrant héros intérieur et ses exigences dévalorisantes

Rapportée à nos dimensions plus prosaïques que galactiques, l’héroïne trop visible qui a été le boulet de Carrie Fisher, c’est un peu comme ce héros intérieur en chacun de nous, celui qui nous fait de l’ombre et nous dévalorise.

Ce héros intérieur, c’est cette vision idéalisée de nous-même ou de ce que nous aimerions être, ou encore de ce que nous pensons devoir être, ce que nos rêves d’enfant auraient voulu devenir : moins comme ci, plus comme ça, agissant comme ci ou comme ça, accomplissant de hauts faits ou de petites choses, mais tout de même, des trucs de dingue reconnus par les Autres, qui nous renverraient alors une image ultra valorisante de nous-mêmes. Une image conforme aux canons de l’héroïsme de fiction, aux canons de l’héroïsme professionnel du moment, aux croyances familiales ou socio-professionnelles, bref, une image plastique fantastique d’un nous-même parfait, hors norme, qui aurait eu le succès, la réussite, l’amour des Autres et peut-être même la célébrité.

héros boulet

Et ce héros-là est aussi encombrant que la Leia de Carrie Fisher, car à force de ne pas être lui, il est devenu exigeant, plein de jugements terribles à l’égard de ce qu’il considère comme nos défaillances, nos limites, nos incapacités, nos carences, nos manquements. Ce qu’il met en lumière, ce ne sont pas nos accomplissements, qui ne sont jamais à la hauteur de ses exigences, ce sont nos petites imperfections, nos défauts, nos vulnérabilités, notre humanité. Lui nous abreuve de ses impératifs et nous courbons l’échine sous le joug des obligations d’être au fond ce que nous ne sommes pas, ce que nous ne sommes pas devenus, ce que nous n’avons parfois jamais été.

Il peut parfois nous hanter et nous tourmenter, ce héros de papier, rappel incessant de notre incapacité à être à la hauteur de nos propres idées, à être et à rester jeunes, minces, beaux, athlétiques, performants, courageux, entreprenants etc.  La présence pernicieuse en nous de ce héros imaginaire, Carrie Fisher la qualifie d’insalubre, de dérisoire et décevante. Car elle use l’estime de soi, ronge la confiance et la capacité à vivre en bonne intelligence avec soi-même : « je palis tandis que vous flamboyez » dit-elle à Leia.

Comme pour ma cliente Léa 27 ans, qui fait partie de ces jeunes diplômés vite en rejet de l’entreprise. Avec sa tête bien faite et toutes ses épatantes qualités, elle avait surtout fini par être persuadée de ne correspondre en rien à ce qu’elle aurait dû être, puisque « les autres sont comme ça » : trop introvertie, trop analytique et réfléchie pour s’amuser comme ses amis, trop intello pour se contenter d’un métier manuel, trop manuelle et concrète pour se contenter d’un métier de consultant, trop compliquée pour « trouver sa voie », trop exigeante, trop insatisfaite, pas assez passionnée et enthousiaste et j’en passe.

Ou pour mon client Jean-Christophe, 42 ans, qui avait rêvé, d’échelon en promotion, de finir dans un comité de direction et qui se retrouve coincé sous le plafond de fer, bien visible celui-là, bien increvable, le plafond des cohortes de diplômés qui, mathématique oblige, n’atteindront pas les sommets. Son ambition déçue s’est transformée en héros encombrant, reflet d’une estime de soi en perdition, qui le plonge alternativement en dévalorisation ou en survalorisation (toujours en Victime) et souffle à ses oreilles des comparaisons douteuses: pas assez politique, trop gentil, trop compétent, trop incompris, tous des cons, je n’ai pas fait mes preuves, mon frère a bien mieux réussi que moi, j’ai honte vis-à-vis de ma famille etc.

Comme pour Sophie, 37 ans, totalement convaincue qu’on doit « être dans l’action » et que toute personne qui n’y est pas est d’une passivité insupportable.  Et malgré un premier burnout, elle se retrouve à rajouter toujours plus d’activités dans un quotidien déjà bien plein : se coucher à 3h du matin pour être sûre d’avoir lu un maximum de livres de sa liste de livres à lire, d’avoir vu un maximum des séries de sa liste de séries qu’il faut avoir vues, d’être allée au cinéma, d’avoir bossé plus de 10h, d’avoir vu ses amis, d’avoir fait du sport etc. Ce héros intérieur, infatigable et inarrêtable la tue à petit feu en lui ôtant le droit au calme, à l’intériorité, à l’écoute de ses besoins.

Mon propre héros intérieur, fils naturel d’Alexandra David-Neel et d’un mélange d’Indiana Jones et de Samuel de Champlain m’a longtemps menée en bateau à croire que des vies tranquilles sont des vies où il ne se passe rien et à me faire rêver d’aventure au point qu’aucune expérience, aucune action, aucun voyage n’était jamais à la hauteur de mes espérances. J’ai voyagé assise sur l’arbre de transmission d’un camion en Mauritanie, escaladé un 4000 toute seule en Argentine, traversé les Pyrénées à pieds, pisté des gorilles en Ouganda à des époques sans Internet et sans téléphone portable, mais rien n’y faisait et rien n’apaisait ce héros assoiffé de faire plus, plus haut, plus fort. Ce n’est que très tardivement que j’ai apprécié mes aventures pour ce qu’elles m’ont apporté et non pas seulement pour l’image qu’elles me donnaient de moi-même.

Ce héros-là nous a certainement poussé, à certaines époques de nos vies, à sortir de nous-mêmes, à nous dépasser et à réaliser des choses passionnantes. Mais à force d’exigences, il finit en tonneau des Danaïdes, quête sans fin des preuves de notre existence, qui nous laisse enchaînés à lui.

héros intérieur chaîne

Et le vôtre, qu’exige-t-il de vous ?
Que vous fait-il croire?
Comment vous pousse-t-il dans un sens ou dans un autre, mais dans un sens qui n’est pas/plus tout à fait le vôtre ou qui vous dévalorise à vos propres yeux ?

 

Divorcer à l’amiable de son héros intérieur

Comme il y en à marre que les héros aient le dernier mot, plutôt que d’ourdir en douce des plans vachards et tortueux parce qu’on leur garde un chien de nos chaînes, je vous propose de nous inspirer de cette lettre pour en finir avec eux.

Car elle nous offre un moyen passionnant de régler nos propres comptes avec nos héros intérieurs envahissants, de faire la paix ou de rompre avec eux, d’en divorcer à l’amiable pour passer enfin à autre chose, c’est-à-dire à nous-mêmes, avec nos aspirations plus porteuses de sens que celle d’être forever un héros intergalactique. Cette solution, c’est leur écrire la nôtre, de lettre. Avec un appel à nous réconcilier avec nous-mêmes plutôt qu’à nous laisser dévorer par ce héros intérieur.

ecrire une lettre à son héros intérieur encombrant pour rompre avec

Ce peut être une lettre pour faire la paix, ou une lettre de rupture, selon ce héros intérieur et nous-mêmes sommes arrivés au bout du chemin commun ou qu’on souhaite en garder certains bénéfices. Quoi qu’il en soit, il est temps de circonscrire son périmètre pour nous libérer de son influence délétère et vivre nos vies avec plaisir.

Qu’avez-vous envie de dire à votre héros intérieur encombrant ?

 

Et maintenant vous voilà en mesure de parvenir à l’acceptation de vous-même, de reconnaître vos qualités, vos talents naturels et de vous appuyez sur ce que vous êtes. Comme dirait Carrie Fisher, « Laissez tomber la coiffure et profitez du voyage »;)

 

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Aller plus loin

Vous voulez renouer avec une estime de vous qui donne sérénité, dynamisme et assurance et favorise la concrétisation de vos ambitions professionnelles? Pensez au coaching. Pour tous renseignements, contactez Sylvaine Pascual.

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4 Comments

  • Article super inspirant !! 🙂

    Merci beaucoup pour cette nouvelle pépite sur les super héros intérieurs ! 🙂

  • Mike dit :

    Bonjour Sylvaine,
    Après avoir lu cet article qui est d’ailleurs très intéressant je me rends compte que mon super héros intérieur je ne l’ai jamais vraiment écouté. J’ai une vie assez monotone, je remet toujours tout au lendemain je n’avance pas dans mes projets. J’ai l’impression d’être rentré dans un cercle vicieux où dès que je souhaite avancer dans ma vie une voie intérieur, comme pour se venger, me dit que je ne serais pas à la hauteur, regarde jusque ici tu n’as jamais rien réussi etc etc. Cependant aujourd’hui j’ai vigoureusement décidé de reprendre ma vie en main et je pense que j’ai quand même besoin de cet héros intérieur pour me guider et me motiver. Malgré cela il continue à me dévaloriser dès que quelque chose ne va pas et du coup ça me freine . Peut être que j’ai besoin de passer un pacte de cohabitation avec lui, du type j’accepte de faire ce que tu me demandes de faire et en échange quand quelque chose ne se passe pas comme prévu et bah tu acceptes. Qu’est ce que tu en penses ?

    • Je pense que toutes les intuitions sont porteuses d’enseignements, aussi si tu penses qu’expérimenter un pacte de non agression est une idée, alors fais-le sans hésiter, il sera toujours temps de se débarrasser de ce héros intérieur plus tard si ça ne marche pas;)
      Et pour les dévalorisations chroniques, trop ancrées, il reste toujours les possibilités de thérapie, tu peux aller regarder du coté des thérapies brèves (TCC) qui offrent des possibilités très intéressantes. Bonne route vers tes projets, Mike:)

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