Plaisir de travailler: le job crafting des appétences

Il est possible qu’un job agréable soit bien plus à portée de main qu’on ne l’imagine : quelques éléments de job crafting pourraient suffire pour modifier profondément le sentiment de satisfaction au travail de ceux qui aspirent à retrouver un brin printanier de plaisir de travailler. Et cède volontiers à la tentation du spoiler : il s’agit d’appétences.

Pour retrouver le plaisir de travailler, il suffit que 20% de nos tâches correspondent à nos plus grandes appétences

Plaisir de travailler : la force des appétences

Depuis quelques temps, et c’est tant mieux, le goût immodéré des entreprises pour les mesures ripolin soigneusement rangées sous le terme « bonheur au travail » sont en perte de vitesse, au profit de davantage de préoccupations sur les conditions de travail et « l’ambiance » dans l’organisation des entreprises.

Nous en parlions des 2009, de cette bataille du lexique à paillettes, qui avaient remplacé « stress » par « risques psycho-sociaux » pour ensuite passer, positivisme oblige, au « bien-être au travail » et à la « qualité de vie au travail ».

Balade médiévale au pays de la prévention du stress

Mais je n’avais pas anticipé l’avènement du terme « bonheur », au fond peu surprenant au regard d’une société friande de superlatifs. Mais ce choix malheureux d’esthétique sémantique a eu l’effet pervers de donner aux immobilistes les plus forcenés tout le fourbi nécessaire pour ourdir sa chute : entre les pratiques pansements des uns et les torpilles excessives des autres, l’idée même d’être heureux dans son travail, d’en avoir le droit et le pouvoir s’est prise dans le bec les coups de masse d’armes de toutes parts.

Et c’est bien dommage. Car on a le droit d’aspirer à se plaire à travailler, à œuvrer avec joie pour des choses qui nous paraissent utiles et intéressantes. Et malheureusement, si le revirement dans les publications managériales a l’intérêt de revenir à la question du travail plutôt qu’à son emballage, celles-ci se contentent de questions de conditions et d’organisation, mais le contenu du travail et en particulier la notion d’appétences, reste le grand absent du débat.

Pourtant, quel levier plus fort pour la motivation et la satisfaction professionnelle que de travailler sur des tâches qu’on apprécie parce qu’elles sont, au choix, intéressantes, stimulantes, pleines de sens, utiles etc. (selon vos propres préférences) ? Une série de travaux réalisés à la Mayo Clinic tend à montrer que de petits changements liés aux appétences peuvent avoir un impact majeur sur le sentiment de satisfaction professionnelle. Alors puisque le contenu du travail reste l’Arlésienne du management, il reste cette autre possibilité à explorer : le job crafting.

assurer un amour du métier solide et durable

Job crafting et appétences

Rappelons que le job crafting consiste à modeler, ajuster, façonner son quotidien professionnel pour qu’il s’adapte à vos besoins. C’est une manière réjouissante de limiter la suradaptation permanente aux exigences de l’entreprise qui sont imposées au salariés et qui leur permet, dans une certaine mesure, de travailler davantage en harmonie avec eux-mêmes.

Le job crafting est utile dans deux cas :

  • Donner un second souffle à sa vie professionnelle: pour les personnes qui aiment leur métier mais ont le sentiment de s’essouffler dans des conditions qui leurs conviennent peu ou moins qu’avant et ont envie de retrouver un quotidien plus réjouissant.
  • Vérifier s’il est temps de changer de métier : pour les personnes qui se questionnent sur leur avenir professionnel mais ne sont pas certains qu’un changement de métier à 180° soit la solution pour eux. L’ennui, les relations pourries, la perte de sens, tout ce qui peut faire naître un désir de reconversion cache parfois un simple besoin d’ajustements qui mérite d’être exploré avant de se jeter sur d’autres bifurcations professionnelles.

Parce que lété on est plus décontractés et on a plus le temps d'expérimenter

20% d’appétences garantissent satisfaction et évitent le burnout

Depuis 10 ans, j’utilise le contenu du travail en job crafting parce que c’est un levier particulièrement efficace pour renouer avec le plaisir de travailler, et l’étude mentionnée plus haut vient renforcer cette idée.

Le New York Times rapporte des expérimentations organisationnelles effectuées par la Mayo Clinic sur des médecins qui sont visiblement autant au bord du burnout aux Etats-Unis qu’en France. L’un des leviers pour limiter les risques liés au stress et favoriser le bien-être et la satisfaction professionnelles s’appuie sur une étude parue… en 2009 ! Et qui promouvait déjà l’idée que les appétences sont au cœur de ces questions :  dès lors que les personnes consacrent 20% de leur temps aux tâches qu’ils estiment les plus porteuses de sens, elles ont bien moins de chances de finir en burnout. Il suffirait donc de 20% de tâches pour non seulement gagner en plaisir de travailler, mais aussi pour réduire les chances de s’épuiser dans un job vide de sens et/ou d’intérêt, autant objet de désir qu’un continent de plastique flottant dans l’océan. Car le sens et les appétences sont une source essentielles de vitamines mentales au travail, qui nourrissent l’âme et entretiennent l’énergie!

les vitamines mentales se cultivent et se récoltent aussi au travail!

Il n’est donc pas forcément nécessaire de tout changer, de tout envoyer bouler, de karchériser un job lambda ou même, dans un certain nombre de cas, de changer de métier. C’est d’ailleurs ce que nous avions déjà évoqué dans une série de billets destinés à évaluer le moment où il devient essentiel de considérer une bifurcation professionnelle radicale sous la forme d’une reconversion à 180°:

Ceci est un signe qu'il est temps de changer de boulot!

Job crafting des appétences

Peut-être donc qu’un simple nettoyage de printemps qui permet de limiter un peu les tâches moins stimulantes et augmenter un peu la part de tâches intéressantes et porteuses de sens, et le tour est joué.

Alors plutôt que de vous soumettre à ceux qui s’acharnent à vous faire croire que vous devez modifier votre perception des tâches ou qu’il est impératif de « progresser » dans ce que vous n’aimez pas et/ou vous n’êtres pas le plus doué, rappelez-vous que l’inappétence rend le travail inepte et le travailleur inapte et penchez-vous sur vos penchants !

Car c’est bien dans ce que nous faisons concrètement chaque jour que se loge menus plaisirs et grandes joies autant que déplaisirs mineurs et ennui mortel. Or, comment être impliqué lorsque la somme de ce qu’on n’aime pas faire, par manque de sens, de sentiment d’utilité, de stimulation intellectuelle, dépasse largement celle de ce qui nous est agréable ?

L'enfer au boulot, ce n'est pas seulement les autres, c'est aussi les choses!

Façonner son propre plaisir de travailler

D’autre part, il n’y a pas de métier ou de poste qui rend heureux par nature, ça fait partie des phrases que je répète comme un vieux disque rayé ! Ce qui rend heureux, c’est la façon dont on exerce, on ne tombe pas sur le job ou le métier idéal comme dans un conte de fée, ils ne sortent pas d’un chapeau ou d’un test de personnalité, ils sont patiemment façonnés, arrangés, affinés, peaufinés par  des bricoleurs de plaisir de travailler qui s’appuient sur :

  • La connaissance de soi : ils savent précisément et concrètement ce qui constitue leurs besoins et leur désirs professionnels.
  • L’acceptation de soi : ils se reconnaissent le droit à être eux-mêmes, à fonctionner comme ils fonctionnent, à aimer ce qu’ils aiment, à ne pas aimer ce qu’ils n’aiment pas sans jugement et sans désir de normalisation. (Ils reconnaissent d’ailleurs aussi ce droit aux autres, ce qui les rend plus ouverts et bienveillants, plus aptes à démontrer une élégance relationnelle qui bénéficie à leur entourage)
  • Le désir d’expérimenter : ils croient en leur marge de manœuvre et sont prêts à expérimenter pour trouver leurs propres leviers.

Mais au fond, les deux premières nous font parfois défaut : avez-vous vraiment conscience de tout ce que vous faites chaque jour d’une part et des émotions associées à chacune de ces tâches, si minuscule soit-elle ? Avez-vous les idées claires sur ce que vous aimez faire, ce que vous n’aimez pas faire et la part que prend chacune de ces deux catégories dans votre quotidien, à la fois en temps et en énergie ?

3 attitudes à laisser tomber et 3 habitudes à adopter pour être plus heureux tout de suite

Auto coaching : le tri sélectif des tâches

Le New York Times propose un exercice qui vous donnera déjà une vue d’ensemble de vos zones de plaisir et d’efficacité et de vos zones de déplaisir et de démotivation. Avec mes clients, j’utilise une technique plus aboutie et élaborée qui permet d’identifier finement et rapidement des leviers très précis et relativement simples à utiliser pour gagner en plaisir de travailler. Cependant, l’exercice proposé dans cet article est un début pour commencer un tri selectif de vos tâches.

Dans un carnet, tracez deux colonnes, une colonne « j’aime », une colonne « je n’aime pas » et notez toutes vos tâches dedans, pendant trois jours à une semaine.  Pour chacune, réfléchissez aux émotions, sentiments et pensées associées « C’est un moyen merveilleusement simple de faire l’inventaire de vos réactions émotionnelles à la réalité quotidienne de votre travail » et d’identifier ce qui vous plaît et vous motive et ce qui est une source d’ennui ou de désengagement.

En quelques jours, vous aurez dégagé les grandes lignes des tâches qui génèrent en vous intérêt, motivation, plaisir et efficacité d’une part et celles qui vous ennuient, qui vous rebutent et vous font autant tartir d’un week-end de novembre passé entre l’interminable blanquette de veau de votre grande-tante et la cohue des courses au supermarché (ça, c’est bien entendu pour ceux qui entretiennent l’art de se pourrir les weekends !)

N’oubliez pas que les tâches idéales des uns sont le cauchemar des autres et réciproquement. Le sens ou l’intérêt que vous donnez à une tâche ne se juge pas, il ne dépend que de vous et ne regarde que vous, vous avez donc le droit à vos appétences !

Il ne vous reste plus qu’à vous positionner auprès de votre manager pour obtenir davantage des premières et moins des secondes. C’est peut-être cette seconde étape que vous trouverez la plus difficile et c’est tout l’intérêt de développer une élégance relationnelle solide, ultra utile à ce genre de situation, mais c’est une autre sujet 😉

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Aller plus loin

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