Comment combiner le bocal à con et l’élégance relationnelle

Evidemment, quand on parle d’élégance relationnelle, on ne s’attend pas à l’utilisation d’une sémantique triviale et d’idées à la dénomination comme le « bocal à con ». Alors je vous explique comment celui-ci peut être au service d’une posture sans peur et sans reproche, pour mettre du panache dans votre relationnel professionnel!

Patrick Kervern, de l’excellent magazine en ligne Umanz, m’a interviewée à l’occasion de la sortie de mon livre sur le job crafting et en commentaire du post qu’il en a fait sur Linkedin, une internaute m’a posé une question pertinente : comment combine-t-on le bocal à con et l’élégance relationnelle ?

Effectivement, cette sémantique-là paraît un poil oxymoronique, l’association improbable du prosaïque poissard et de la courtoisie distinguée, c’est sans doute un brin surprenant. Mais vous avez certainement reconnu, lecteurs fidèles, mon côté mi-rugbystique mi-bucolique qui affectionne les accords les plus audacieux. Alors je profite de cette excellente question pour vous préciser comment le bocal à con se met au service de l’élégance relationnelle, par des chemins pas si détournés.

Le bocal à con pour se distancier la carafe

Le bocal à con est essentiellement une petite métaphore rigolote pour dédramatiser notre rapport à ceux que nous considérons comme des abrutis au boulot* et que, disons-le tout net, nous rangeons très rapidement sus l’étiquette « con ». Que le plus classe d’entre nous nous balance un cailloux dans la calebasse s’il n’a jamais utilisé le terme, face au comportement agaçant d’un quidam dans son entourage professionnel !

Car avouons-le sans ambage : le discours qui nous vient spontanément en tête face à des comportements qui nous défrisent n’est pas de l’ordre de « miséricorde, je me sens profondément remué(e) intérieurement par ce que je vois en termes de comportement chez Dupont-Durand, vite, pratiquons la tolérance et le non-jugement, c’est plus élégant que le traiter, même intérieurement, de bélitre et de cuistre ». Discours qui pourrait d’ailleurs nous amener à accepter et laisser faire des attitudes parfaitement inacceptables.

Ce qui nous vient, c’est tout un tas de noms d’oiseaux et de commentaires fort peu amènes qui raviraient les oreilles peu regardantes de l’inénarrable Bérurrier et que je range pour des raisons pratiques sous le terme générique de « con ». Or, résoudre l’écueil relationnel passe par la distanciation et la dédramatisation, ainsi que par le fait d’éviter de se croire en mesure de résoudre le problème à la connerie de l’autre. De façon à agir avec élégance, grâce et fluidité (et fermeté si nécessaire), ce qui est peu souvent le cas quand nous sommes submergés de dégoût, de fureur, de valeurs bafouées, de colères sentencieuses, de sentiment de supériorité, ou bien de peur de l’autre et de mise en retrait drapé dans sa dignité outragée.

L’idée est donc que, si nous voulons être en mesure de faire preuve d’élégance relationnelle, mieux vaut nous dégager tranquillement de ces réactions épidermiques qui pourraient nous amener à céder à la tentation de passer Dupont-Durand au trébuchet de nos offuscations et de lui beugler notre mécontentement dans des portugaises qu’il a visiblement très ensablées, puisqu’il n’arrive pas à entendre raison, et à comprendre que, quand même, “ça ne se fait pas”. Et c’est là que le bocal à con a son rôle à jouer, puisque son but est de neutraliser les conséquences émotionnelles que le fâcheux a sur nous-mêmes, de façon à pouvoir réfléchir en toute décontraction a des solutions pro-sociales et élégantes pour mieux interagir avec lui.

Car rappelons-le à toutes fins utiles : le bocal à con se veut personnel d’une part et temporaire d’autre part. Personnel parce que nous n’allons pas clamer sur les toits corporate d’avoir pratiqué l’embocalaison de Dupont-Durand. Temporaire car utile le temps de la réflexion, mais l’objectif est de le sortir de son bocal pour tester d’autres façons de nous y prendre avec lui, histoire de de ripoliner la relation de teintes plus mutuellement compatibles et conviviales.

Vous avez été enfermé dans le bocal à con d'une persone de votre entourage? Voici comment en sortir en 10 étapes

L’élégance relationnelle pour trouver des solutions

Une fois que l’impact émotionnel des comportements de notre abruti personnel (rappelons que le collègue de rêve de l’un est le cauchemar de l’autre, c’est donc bien notre abruti, pas un abruti universel), nous sommes plus à même de réfléchir sereinement aux solutions possibles. Et ces autres façons de s’y prendre, c’est bien nous qui les mettons en œuvre, ce qui est déjà élégant en soi, puisque ça suppose d’avoir l’humilité de:

– Penser qu’on est deux dans la relation et que nous sommes donc 50% responsable de la façon dont elle se passe.

– Choisir d’agir sur sa propre part, sans attendre ou espérer que l’autre soit touché par la grâce relationnelle et transformé, d’un seul cup d’un seul, en merveilleux collègue qui a compris les « vraies valeurs ».

– Comprendre que l’impact émotionnel que l’autre a sur nous (agacement, frustration, inquiétude, fatigue, dégoût etc.) et généré par nos propres perceptions des choses.

– Comprendre que l’autre ne fonctionne pas comme nous, n’a pas nécessairement les mêmes valeurs, les mêmes méthodologie, la même organisation, les mêmes perceptions, les mêmes formes de motivations, les mêmes désirs, les mêmes manières d’être efficace etc. Et que ça ne fait pas de lui un con, mais plutôt des comportements qui nous déplaisent (et le voilà déjà plus près de la sortir de bocal).

– Accepter de prendre son temps : se précipiter en espérant qu’une micro technique miracle va transformer l’abruti mis à mariner et le rendre tout sucre tout miel est une illusion. Prendre le temps de comprendre, d’analyser et d’imaginer des possibilités avant de les tester sans préjuger de leur efficacité, pour évaluer ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas avec le fâcheux en question

Il va donc maintenant s’agir de trouver des solutions :

Comprendre ses motivations absurdes, ses mécanismes émotionnels pour sortir des jugements hâtifs, pratiquer la communication non violente pour mieux interagir avec lui etc. il y a tout un panel de possibilités prosociales pour transformer la relation en modifiant notre façon de faire avec l’énergumène en question. Et c’est bien notre façon d’être en relation qu’on va changer, par l’autre en s’acharnant à « lui faire comprendre » des choses et à chercher des moyens de lui imposer nos manières de dire, de faire et de penser.

La combinaison se fait donc en trois temps :

  1. La mise en bocal
  2. L’exploration et l’analyse (de ce qui se passe et qui ne vous va pas, puis des solutions possibles)
  3. L’expérimentation des solutions, en ressortant l’abruti de son bocal. Avec un peu de chance et d’huile de méninges, une ou plusieurs expérimentations vont porter leurs fruits.

Bien sûr, le bocal à con ne fait pas l’unanimité.  j’ai déjà eu l’occasion de voir des gobilles vertueusement offusquées lorsque j’en ai parlé, parfaitement situées sous le front de personnes qui elles-mêmes, de toute évidence, venaient de s’empresser de m’y plonger, dans un bocal à con, avec mes idées à la con !

Le bocal à con est donc simplement une image dont l’objectif est de générer la bienveillance en partant de nos réactions spontanées qui, face à nos abrutis personnels, ne sont pas souvent empruntes d’empathie et de tolérance. Il s’agit donc d’accepter qu’effectivement, l’étiquette “con” ou tout autre nom d’oiseau est notre réaction première, pour pouvoir passer à autre chose. Pour ceux qui l’apprécient et/ou qu’il amuse, il facilite la réflexion et le passage à l’élégance relationnelle, il n’est pas un « outil », et reste à pratiquer en légèreté, en espérant qu’avec l’abruti en question, caillou dans votre chaussure professionnelle, on débouche finalement sur le printemps qu’une relation.

Pour ceux à qui il ne plairait pas, ça tombe bien : chacun est libre de choisir ses propres façons de faire et il existe de multiples manières de prendre de la distance avec les gens qui nous agacent, nous inquiètent ou nous fatiguent.

Et dans tous les cas, ne nous prenons pas trop au sérieux dans nos relations: On est tous le con de quelqu’un;)

*On exclue ici bien entendu les situations de harcèlement, qui se traitent autrement.


Voir aussi

Sortir d’un bocal à con en 10 étapes

Guide de survie aux abrutis: bocal à con et manque de pot (1)

Bocal à con et manque de pot (2): l’auto-bocal

ScrumDay 2012: le bocal à con rencontre les méthodes agiles

Bocal à con, sérendipité et vitamines mentales

Relations: le retour du bocal à con

Élégance relationnelle : ras-la-carafe des personnes toxiques !

Élégance relationnelle: garder son sang-froid face à l’agressivité

Sans peur et sans reproche: l’élégance relationnelle au service du plaisir de travailler (ensemble)

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Aller plus loin

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2 Comments

  • Encore un régal stylistique au service d’un conseil avisé et à viser.

    Je m’interroge avec nostalgie sur le nombre de personnes pour qui “Bérurrier” (un seul R en fait) évoque encore un plaisir rabelaisien qui ne se range pas illico dans un bocal à con “hashtag plein de choses”.

    Pour raffiner le rangement épicier, je propose de considérer que nous classifions souvent deux types de “cons” : les “mad” (les idiots, qui ne comprennent rien, à qui il faut toujours tout expliquer et que ça nous fatigue) et les “bad” (les méchants qui nous veulent du mal et font rien qu’à exister pour nous nuire et que ça nous épuise).
    Dans les deux cas d’ailleurs, leur existence (fatigante) est quand même vachement rassurante quant à notre place privilégiée au centre de notre petit monde égotique.

    Donc, pour gagner du temps, imprimer deux planches d’étiquettes :
    – con #mad
    – con #bad

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