Chronique d’une reconversion annoncée: les métiers de demain

 

4ème volet de nos Chroniques d’une reconversion annoncée : les prédictions vont bon train sur les métiers de demain et les experts se transforment en voyant extralucides pour nous pondre le panorama ultime du monde professionnel qui nous attend. Dont acte, il est évident que l’accélération des progrès technologiques et le vieillissement de la population vont avoir un sérieux impact sur nos métiers.  Cependant, quel crédit apporter à ces prévisions ? Quelle place pour les métiers émergents dans un projet de reconversion ?

reconversion professionnelle métiers demain

 

 

Prévisions piège à con ?

Depuis quelques mois, les prédictions en tous genres sur les métiers de demain vont bon train et sont parfois surprenantes ou contradictoires. Evitons les conclusions trop hâtives sur les métiers émergents, d’après cette étude, les prévisions, dans le passé, n’ont pas toujours été d’une exactitude d’horloge suisse, tout comme celles sur les métiers en voie de disparition.

Les listes des métiers de demain fleurissent comme les coquelicots dans les champs de blés, avec à peu près la même utilité: c’est décoratif, parfois même spectaculaire, mais ce n’est pas ça qui va nous donner du grain à moudre. D’ailleurs, les prévisions de la DARES (qui ne joue pourtant pas dans le même bac à sable que les sites qui reprennent en cœur les TOP 10 des métiers de demain) en 2007 pour les métiers de 2015 sont assez éclairantes sur l’approximation des prédictions :

  • Le commerce en ligne n’y avait droit qu’à deux lignes soulignant qu’il pourrait « fortement restructurer les filières de distribution de certains produits.»
  • Le secteur de l’emploi à domicile devait être fortement pourvoyeur d’emploi, il ne cesse de chuter depuis 2013.
  • Le « maintien en emploi » des seniors très qualifiés devait s’améliorer. Hmmmm.
  • L’emploi dans le BTP ne devait cesser de progresser : pas moins de 30 000 postes ont disparu rien qu’en 2014.

Alors vous imaginez la fiabilité des listes présentées comme autant de certitudes, venues d’Outre-Atlantique et reprises telles quelles, sans recul et sans ajustement culturel et économique (les Etats-Unis prévoient la fin du métier de boulanger. Compréhensible chez eux, risible appliqué à la France et pourtant repris sur certains sites).

 

Métamorphose des postes  et obsolescence des compétences

De nombreux métiers ne sont probablement pas tant en voie de disparition qu’en pleine mutation. Je ne serais pas surprise qu’en réponse à la déshumanisation de l’expérience consommateur due à l’automatisation de prestations aux particuliers, se dessine une nouvelle tendance qui soit, justement, le luxe de l’être humain en face de soi. La disparition annoncée des chauffeurs de taxi sera peut-être l’occasion de ré-offrir un service humain, personnel, en faisant revivre ce métier. Ou un autre.

D’autre part, la plupart de nos métiers sera profondément impactée par les bouleversement technologiques et c’est parfois plus l’obsolescence des compétences qui guette que la disparition des métiers. Celle-ci pourrait être génératrice de reconversions subies pour ceux qui ne les auront pas actualisées et la formation proposée par les entreprises ayant souvent un train de retard, il sera de plus en plus crucial que chacun la prenne en main par lui-même. Nous reviendrons sur ce sujet.

Enfin, les mutations d’un métier peuvent être source de perte de sens ou d’intérêt et devenir des leviers de reconversions volontaires. Observer l’évolution de votre métier est aussi un moyen de savoir s’il est temps d’aller respirer des airs plus appropriés. C’est au cœur des tendances propres à un secteur parfois très limité qu’émergent de nouveaux métiers qu’on attendait pas et qui peuvent redonner dynamisme et variété à une carrière qui commence à ronronner.

 

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Métiers émergents : du cimetière à la pouponnière

La période, par l’accélération de changements de toutes sortes, des progrès technologiques, du vieillissement de la population, de la robotisation etc. est propice à l’apparition inopinée de nouveaux métiers et de nouvelles fonctions. On est même, depuis quelques années, en plein babyboom des métiers : il en fleurit de nouveaux  comme la progéniture après une panne d’électricité. La pouponnière à nouveaux métiers fonctionne à toute vapeur et elle est certainement une mine d’opportunités pour les candidats à la reconversion professionnelle.

Commençons par une distinction à faire entre les différentes générations de ces nouveaux métiers, dont le dénominateur commun est d’avoir surgi sans crier gare, inventés de toutes pièces, pondus par des fondus d’un domaine ou un autre, qui ont anticipé les besoins des entreprises et des consommateurs, ou construit de nouveaux secteurs et marchés :

  • Les métiers adolescents: ils existent depuis quelques années et commencent tout juste à intégrer les annuaires de métiers et notre vocabulaire. Des formations apparaissent, souvent élaborées par les précurseurs du métier en question, comme c’est le cas des community managers. Ce sont eux que ce guide de  l’Apec dénomme « métiers émergents » et chiffre à 60. Il s’agit de métiers tels que webmarketer, expert en bilan carbone ou analyste KYC, qui ne sont plus réservés à l’avant-garde qui les a créés et tendent à se professionnaliser.
  • Les métiers nouveaux-nés: ils viennent d’apparaître, ne sont pas encore reconnus, souvent mal compris et mal perçus, parfois avec des dénominations à géométrie variable, ce qui peut les rendre peu lisibles. Mais ils existent bien et sont la plupart du temps une grande source de plaisir pour ceux qui les exercent… et les ont créés.
  • Les métiers polichinelles dans le tiroir (ou brioche au four, selon vos références culturelles) : ils sont à l’état fœtal et s’élaborent au chaud dans l’esprit créatif et visionnaire de spécialistes d’un domaine qui en anticipent les évolutions et commencent à y expérimenter des nouveautés sous la forme de nouvelles prestations.

Autre point commun de tous ces métiers : le plus souvent, ils ne sont pas le produit des divinations d’experts : ils sont une génération spontanée née de la créativité et de la vision, de l’envie et de l’audace ou le fruit d’un besoin ultra spécifique. En d’autres termes, ils naissent de l’innovation.

D’autre part, lorsque ces métiers apparaissent, ceux qui les ont inventés en sont déjà experts avant même de les exercer. Il s’agit souvent d’une passion ou a minima d’un goût pour un domaine que l’on connaît sur le bout des doigts associé à un brin de vision, d’anticipation soit de besoins à venir, soit du potentiel. Ils ne sont donc pas du tout réservés à une jeunesse triomphante tombée dedans quand elle était petite, mais aussi le bébé de professionnels déjà expérimentés.

Ainsi les premiers community managers n’étaient pas tous des petits jeunes tous frais émoulus de l’école ou forts de leur habileté sur les réseaux sociaux, mais biens des professionnels ancrés dans une carrière, qui s’y sont implantés avec intérêt et avec succès, qui en sont devenus solides connaisseurs et ont su anticiper leur potentiel pour la communication des entreprises. Et qui d’ailleurs, pour certains, ont trouvé là une source de reconversion ou d’évolution professionnelle réjouissante.

Les métiers de demain sont donc une source réelle d’opportunités de reconversion, en particulier pour les intrépides qui auront l’audace de les explorer dans le cadre d’une réflexion sur une évolution de carrière. D’autant que leur nouveauté et parfois leur manque de lisibilité génère un manque de candidats parfois spectaculaire. Ainsi le numérique peine à recruter, comme l’explique cet article de la Tribune.

 

Les nouveaux métiers, une manne pour les candidats à la reconversion

L’évolution de plus en plus rapide du monde qui nous entoure nous donne trois possibilités face au monde professionnel de demain :

  • Ré-inventer un métier existant. Profiter des transformations d’un métier, en termes de compétences, de tâches, de types de prestation ou de produits, pour donner un nouvel élan à sa carrière sans passer par une reconversion à 180°. Ainsi le développement de fermes verticales pourrait être un moyen de donner une nouvelle dimension au métier d’agriculteur. Il est possible que ce soit un passage obligé pour beaucoup de salariés pour répondre à l’obsolescence des compétences et aux nouvelles exigences techniques.
  • Prendre le train d’une tendance émergente. Profiter de l’émergence de nouveaux métiers dans un domaine qui vous intéresse et que vous maîtrisez déjà plus ou moins pour élaborer une nouvelle carrière dans ce domaine. Y repérer des boulots d’avenir ou en pleine explosion qui correspondent à vos aspirations.
  • Inventer son futur métier à partir des mutations du marché et des nouvelles tendances, le façonner entièrement sur mesure en fonction de ce que vous avez envie de proposer au sein d’un marché en plein bouleversement. Une opportunité en or pour les intrépides qui auront l’audace de concilier aspirations personnelles et professionnelles, plaisir et sens au travail.

Le risque consisterait peut-être à vouloir se lancer dans un métier jeune dans un domaine auquel on ne connaît rien: l’absence de formation  disponible rendrait le saut probablement très incertain.

 

Reconversion et métiers du futur: une exploration personnelle et non formatée

Cette évolution très rapide des métiers rend aussi de plus en plus obsolète les démarches type bilan de compétences qui tardent à intégrer les métiers émergents et qui permettent peu l’anticipation ou l’invention pure et simple d’un nouveau métier. Leurs conclusions peinent à inclure les nouveaux métiers comme des pistes viables et s’appuient beaucoup trop sur des cartographies professionnelles rendues caduques par ces métiers naissants. S’il paraît logique d’attendre l’adolescence d’un nouveau métier avant de le considérer comme une option, cela signifie aussi qu’à un instant T, une démarche formatée risque de faire passer le candidat au changement de métier à côté de mille et unes opportunités d’une part, et d’envoyer certains clients vers des métiers qui ont déjà grandement muté, sans prendre en compte ces transformations. Et donc sans vérifier s’ils correspondent encore aux aspirations du candidat.

Elle nécessite une réflexion et une exploration de moins en moins normée et à l’inverse de plus en plus personnelle, en fonction non pas des compétences avérées et des métiers existants, mais de celles qu’on veut continuer à exprimer, des aspirations, d’une définition personnelle de « la réussite », des centres d’intérêts, des compétences développées hors monde professionnel, des moteurs personnels plutôt que du vaste fourre-tout estampillé « valeurs ».

Encore une fois, ne laissez pas un consultant en bilan de compétences, en outplacement ou un coach  jouer les Madame Irma des métiers de demain. Ils ne sont pas des experts de TOUS les domaines professionnels et ne peuvent ni valider ni invalider une piste de reconversion à votre place.

 

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L’exemple du marché de la cigarette électronique

De façon relativement peu médiatisée, le marché de la cigarette électronique s’est développé très rapidement, avec une créativité et un sens de l’innovation remarquables, autant en termes de métiers qui ont vu le jour que de produits.

C’est un exemple parfait de ces métiers qui apparaissent sans crier gare et génèrent une mine d’opportunités de reconversion ou d’évolution de carrière largement sous-estimée. Le marché s’est développé à une vitesse fulgurante et commence déjà à s’essouffler, ce qui le rend exemplaire des évolutions à grande vitesse que nous avons besoin d’anticiper.

  • L’ouverture de commerces de proximité, en réponse à l’offre qui, à ses débuts, était essentiellement disponible sur Internet. De très nombreuses boutiques ont vu le jour, probablement trop (11 points de vente en 2010, 2500 en 2014, selon cet article), celles qui survivront seront celles qui sauront se différencier, se réinventer.
  • La conception et la production de cigarettes électroniques et du matériel associé (chargeurs, packaging etc) est en plein boom, avec un panel de possibilités qui paraît sans limite (autant en termes de style que de technique).
  • Des amateurs éclairés, des œnologues et des nez se sont lancés dans l’élaboration d’e-liquides.
  • Des ébénistes ont intégré dans leur travail la fabrication d’embouts en bois.

Ce marché est d’autant plus intéressant qu’à moins de 5 ans d’existence il est déjà saturé et connaît déjà de nombreuses incertitudes quant à son avenir. Il est aussi déjà en quête de normalisation et fait l’objet d’une professionnalisation des réseaux de distribution au travers de la franchise. Cette évolution fulgurante  sera probablement le lot d’autres secteurs qui vont jaillir et s’imposer de plus en plus vite, avec des phases d’expansion rapide, de ralentissement et de transformations qui nécessiteront de la part des professionnels concernés beaucoup de réactivité et d’actualisation des compétences.

Ce qui signifie au final qu’en vertu du principe que la chance sourit aux audacieux, ceux qui mettront un peu de tripes et d’huile de coude dans l’exploration des domaines qui les intéressent ont beaucoup plus de chances d’y inventer une nouvelle fonction, d’y dénicher un métier fœtus, en bas âge ou adolescent qui pourrait être une véritable voie de reconversion pour eux.

 

 

Crédit photo : Mo & Jonny Williams

 

 

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Aller plus loin

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5 Comments

  • Jean-Louis Seguineau dit :

    Il est plaisant de constater que vous avez toujours le punch qui faut pour redresser les idée tordues 😉

  • Au final, c’est en quelque sorte la même histoire que la ruée vers l’or. Le premier à avoir l’idée en entraîne d’autres qui veulent leur part du gâteau jusqu’à ce qu’il n’y ait plus rien pour les derniers arrivés, les obligeant à trouver d’autres alternatives pour s’enrichir.
    Renouvelle toi ou casse ta pipe…
    C’est ainsi que les plus riches et les plus malins se sont enrichis sur le dos des chercheurs d’or en leur proposant des services, plutôt que d’aller casser des cailloux les pieds dans l’eau froide.
    Et je rejoins ce que tu dis Sylvaine dans ta conclusion, seuls resteront les plus audacieux qui y mettront leur passion !
    Jordane

  • Rougiet dit :

    Merci pour cette article qui me redonne espoir car depuis plusieurs années je cherche à me reconvertir et chaque idée échoue après l’avoir étudié plus en détail. C est compliqué et je ne trouve plus d’idée. Entre ce qu on Veut et peut c est vraiment difficile. (L’espoir fait vivre)

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