Bulle, rêverie: enfin le retour en grâce?

Depuis quelques temps, la glandouille et la rêverie font l’objet de nombreuses publications (sous d’autres dénominations plus glamour!) et suscitent un intérêt sacrément réjouissant pour l’oisiveté heureuse et décomplexée, mère de l’inspiration, du bien-être et de l’efficacité et gardienne d’une bonne santé mentale.

Vers le retour en grâce de la glandouille?

Les expressions de l’oisiveté, délicieusement franchouilles et venues des tréfonds de la mémoire sémantique abondent, telles le savoureux « peigner la girafe » cher à Frédéric Dard, le « coincer la bulle » des artilleurs, le très imagé « lézarder », la douceur de vivre à l’italienne « farniente », le « traîner » et le « glander » de mon adolescence, la « délicieuse indolence » de Rousseau,  ou encore la badauderie, la flemme.  Leur nombre suppose que  l’art de ne rien faire n’est non seulement pas nouveau, mais qu’en plus, mais qu’il y a eu dans toutes les époques des quidams détendus qui s’y adonnaient sans vergogne. 

Mais pendant tout aussi longtemps, la glandouille et la rêverie ont été considérées comme des pratiques paresseuses incompatibles avec le monde industrieux, laborieux et affairé d’un système qui prétend promouvoir le mérite, à condition que celui-ci soit bien plus sueur au front qu’intelligence ou compétence. Peut-être parce que ce système-là nous garde bien au chaud, soumis et heureux de l’être, peu enclins à questionner nos conditions. 

D’ailleurs, quand on tape « inaction » dans le moteur de recherche de l’épatant dictionnaire des synonymes de l’université de Caen, à côté des délicieux repos, sieste, sommeil, loisir et autre vacance, on tombe rapidement sur des termes aux connotations autrement plus désapprobatrices comme, apathie, croupissement, désœuvrement, fainéantise, indolence, léthargie, etc. Voilà de quoi donner aux ennemis de la bulle de quoi donner des leçons de morale aux plus décomplexés des férus de farniente.

Mais le retour en grâce de la bulle et de la rêverie n’est peut-être pas loin, et c’est une sacrée bonne nouvelle, notamment en cette période harassante où tout ce qui peut nous aider à récupérer est particulièrement bienvenu.

Apologie de la glandouille, la bulle, la paresse qui permettent de se ressourcer et de recharger les batteries de votre cerveau

Le « Niksen » nouvelle mode ?

Je vous disais donc que l’intérêt allait grandissant, parfois sous d’autres dénominations. La glamourisation obligatoire serait-elle passée par là ? Pour redécouvrir ces pratiques pleines de bienfaits, il a fallu aller chercher un concept aux consonnances nordiques, car depuis quelques temps, il semblerait qu’on cherche moins les sagesses orientales ou les paroles de gourous américains que du côté tiède des pays plus frisquets. Le hygge et le lagom n’ont pas transformé votre vie ? Place au niksen « art de ne rien faire » venu des Pays-Bas, mode d’emploi à la clé parce que, hein, ne rien faire, c’est compliqué. Et quand on a la calcombe embuée, on pourrait rapidement confondre traîner sur Internet, binge-watcher une série télé et chiller.

Il est possible aussi que les temps modernes qui nous aiment uber-connectés, uber-sollicités et uber-occupés ait besoin de concepts aux tons doux et aux appellations exotiques qui donnent un sentiment d’innovation plutôt que de reconnaître que certaines pratiques d’antan avaient du bon sens, ce qui serait, admettons-le, d’une ringardise à la limite du grotesque : on ne va quand même pas se mettre à des trucs que faisait l’infâme génération X, naturellement responsable de tous les maux de l’époque ou encore plus navrant : des trucs de boomers.

Mais que l’époque se rassure, même les tocards de ces générations ont entendu plus souvent qu’à leur tour qu’il fallait « arrêter de rêvasser » et que la paresse est mère de tous les vices. Cependant, ils avaient de temps en temps un peu de temps pour s’y adonner en toute tranquillité.

Alors admettons qu’il faille donc un concept à tons doux pour nous intéresser au sujet. Quoi qu’il en soit, ça permet de remettre le sujet de la glandouille et la rêverie sur le tapis, même si l’on peut craindre qu’un terme glamour en fasse une mode qui passera comme toutes les autres modes.

4 manières utiles et efficaces de rêvasser sa reconversion professionnelle

Buller, besoin vital contre la surchauffe mentale

Lorsque nous bullons et que nous laissons notre esprit vagabonder à sa guise, le cerveau se met en mode par défaut, qui est le mode avion du ciboulot. Phénomène connu depuis belle lurette, je vous en parlais déjà il y a 10 ans, parce que des travaux de recherches substantiels avaient déjà été menés sur le sujet et que leurs conclusions étaient suffisamment intéressantes pour les intégrer dans le travail de job crafting que je propose à mes clients pour gagner en efficacité et en plaisir de travailler, ainsi qu’en soutien à la réflexion en reconversion. 

Des temps de cerveau par défaut sont non vitaux pour son bon fonctionnement et pour la santé mentale.

Buller pour se reposer la carafe

N’attendons pas les vacances pour reposer nos méninges ! Dans une interview pour Arte, le docteur Albert Moukheiber, psychologue clinicien et chercheur en neurosciences cognitives, explique que nous répartissons nos efforts avec bien peu de bon sens. Travailler comme des brutes et croire se reposer pendant deux semaines d’été c’est un peu comme si on mangeait 15 kilos au début de chaque mois pour ne plus manger pendant 20 jours.
Il vaut bien mieux reposer son cerveau au quotidien et faire ce qu’on veut pendant les vacances !

Se reposer, c’est faire n’importe quoi où il n’y a pas de pression de performance ou de rentabilité – Y compris rêvasser, remettre de la bulle décomplexée dans vos journées, des moments pour soi, déconnectés, calmes, sans pression. Juste parce que c’est bon !

Buller pour laisser le cerveau bien fonctionner

Le cerveau n’est pas outillé pour la charge mentale que nous subissons, selon le docteur Gael Allain et le flux continu d’informations rend le cerveau malheureux, en difficulté pour gérer ce flux et il s’y épuise. Ainsi par exemple, les micro interruptions comme les mails ou les notifications ont donc un impact catastrophique sur notre efficacité, notre confort intellectuel et notre bien-être.

Et Gael Allain de reprendre lui aussi, dans cette interview pour France 2, le flambeau des défenseurs de la bulle et de la rêverie: “on a besoin de moments de rien, de moments où le cerveau va divaguer, dans lesquels il n’a pas d’objectif et qui peuvent être des temps très courts, pour permettre au cerveau de structurer des informations, de structurer des émotions et d’être créatif et original”.

rêvasser à des vertus insoupçonnées qui méritent d'être redécouvertes

Travailler moins et buller plus

La conclusion est donc une invitation à travailler moins et buller plus, pour préserver notre santé, mais aussi notre créativité et notre efficacité (sans laquelle il est difficile de travailler moins, voyez?)
L’être humain n’est pas fait pour travailler comme une bête de somme et une nouvelle étude rapportée par Sciences et avenir vient confirmer ce qu’on savait déjà: “Travailler plus de dix heures d’affilée chaque jour, pendant au moins cinquante jours par an, serait lié à un risque accru d’AVC”.
L’époque nous aimerait surmenés et débordés depuis que, comme l’explique le livre Les possédésL. Boudard & D. Geiselhart, Editions Arkhe) qui détaille comment les gentilles licornes californiennes qui ont remplacé les méchants loups de Wall Street nous ont fait croire, à coups d’histoires d’entrepreneurs à succès, que bosser comme des dingues, c’est la classe :

Du coup, nous nous cramons le palpitant et la cafetière à un rythme vertigineux, sans questionner le bien-fondé de la surcharge de travail, en méprisant ceux qui voudraient bosser moins parce qu’un héros de boulot, ça « ne compte pas ses heures ». Car en dehors des risques cardio vasculaires, il y a aussi, bien entendu, les risques de burnout.
Alors encore une fois, travailler moins est un acte de résistance face à un monde sans joie et indifférent aux limites de l’être humain. Préservons-nous, nous n’avons qu’une santé et sa perte ne sera jamais compensée par une prime, une promotion ou un gros 4×4.

Glandouille: revisiter voluptueusement l'art de ne rien faire

Ouvrir la porte aux “moments de rien”

Vous imaginez que la multiplication de ces discours qui réhabilitent la glandouille, le rien, le rythme lent, la rêverie me réjouissent: il y a là une source majeure de bien-être à explorer, particulièrement à en cette période de pandémie, épuisante à bien des titres.  De quoi donner un autre souffle à nos vies et pouvoir enfin respirer!

Parce que la bulle a du bon, parce qu’elle vaut mieux que la rate au court-bouillon et aussi parce qu’elle est une alternative heureuse pour ceux qui ont du mal avec la méditation, quel que soit la terme que chacun aura envie de mettre dessus, il s’agit peut-être simplement d’ouvrir la porte à des instants de rien, juste pour voir. Alors une petite louche de plus, pour la route:

Eloge de la bulle, la glandouille: parfois, les doigts de pieds en bouquet de violettes, c'est mieux que la rate au court-bouillon


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Aller plus loin

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